Logo de Editions numériques Jerkbook
Editions numérique d'Art et Essai/e
Enveloppe
Lien Facebook

La sélection générale

Bande-annonce

'Pour une ouverture d'esprit' | Bon livre aux idées simples et efficaces. Accéder à un confort d'esprit se travaille et cet ouvrage y contribue en tout bon sens. Pour les personnes de tous âges et de toutes conditions...

En lecture libre

Bande-annonce

Bande-annonce

Les polars et thrillers

SOUVENIRS DE 1950 À 2000

JeF Pissard

couverture du livre SOSOUVENIRS DE 1950 À 2000


À compter du 1er juin 2019, je jette ici des séquences souvenirs de ma vie, dans l'intention d'en faire un livre quand les pages seront remplies. Ces souvenirs vont courir sur la seconde moitié du XXe siècle.

Séquence 15
SAVON(S), LA RECONSTITUTION

Quand j'étais petit, on se lavait au bon gros vieux savon de Marseille. Même que je n'avais pas la main assez grande pour le tenir. Et encore moins quand il se faisait savonneux : Pfuiiit Splok par terre ! Combien de fois l'ai-je ramassé sur le sol ? Et puis, à force de lavages (de nos corps et de notre linge), il s'amenuisait jusqu'à devenir fin, mini et inutilisable. Mais que non, c'était mal connaître le sens de l'économie et de l'ingéniosité de nos parents sortant de la guerre. Ils amalgamaient le reste à un beau gros tout neuf ; ou conservaient les bouts restants et les liaient-savonnaient entre eux pour faire un nouveau savon à utiliser.
Cà, c'était avec avec le bon vieux savon de Marseille. Mais un peu plus après, avec la nouveauté, ils eurent encore plus de raisons de le faire, car survint l'ère des savonnettes (de luxe) aux multiples parfums, bien moins économiques et bien plus chères. Certes, ce n'était plus le temps de l'économie forcée, du temps de la guerre et de la sortie de la guerre, mais les habitudes restant, ils continuaient de le faire. D'ailleurs mes parents, âgés, poursuivent leurs reconstitutions de savons, en cette année 2019, témoin la photo ci-dessous prise chez eux.

Séquence 14
LE DEUIL DANS LES FAMILLES

Quand je partais à l'école, en culottes courtes, avec mon sac à la main, il m'arrivait de voir de loin, sur le trottoir, une façade de maison décorée funestement, et ça me faisait peur. Une énorme tenture noire dressée sur la façade, indiquait qu'il y avait un mort. Bien que n'ayant qu'une faible conscience de la mort, je l'avais sans doute profondément ancrée en moi, et je changeais de trottoir, tout en poursuivant ma marche, le regard et l'esprit rivés sur cet habit noir de façade. Ça me hantait jusqu'à temps d'arriver à l'école ; la joyeuse insouciance de mes copains me rendant la mienne. Je crois que cette tenture était installée par les Pompes Funèbres sur les maisons de riches. Je me souviens aussi avoir remarqué, en ces temps de deuil, des Messieurs importants avec un brassard noir ; et aussi d'autres avec un galon noir à la boutonnière. Chez nous, Le deuil s'invitait parfois et s'ensuivaient des obligations : interdit de s'habiller en couleurs vives, de paraitre joyeux, de regarder la télévision, d'écouter de la musique, de chanter... Et puis, à force, le fil vivant de la vie reprenait son cours...

Séquence 13
PREMIÈRE FOIS

Ça couvait et c'était espéré depuis longtemps. Mais pour cela, il fallait une copine, un minimum de sentiment et-ou que ça pousse fortement. Lapalissade que cette dernière affirmation, car à nos jeunes âges, la poussée de la nature et de la découverte pousse tectoniquement. La palissade, je n'eus pas à la franchir, puisqu'il n'y en avait pas. Pour elle et moi, cela se passa à la belle étoile dans le champ derrière le Prisunic à la lisière de la ville. Je ne raconterai pas ici cette soirée d'été où nous étions entre copains et elle, et où elle et moi nous éloignâmes pour aller nous allonger dans l'herbe... ; jusqu'à ce que le cul sous la lune, nous entendissions des pétarades et vîmes des lueurs de phares se dirigeant vers nous. C'était mes copains, hilares, en mobylettes, venant me souhaiter un bon dépucelage ! On est un peu con à cet âge. Je n'évoquerai pas plus ce fait d'amour peu glorieux. J'aurais plutôt envie de narrer celui d'un de mes autres copains, rigolo. Il nous le raconta des fois et des fois, en se mettant debout, à notre demande, dans des soirées et des diners. Voilà ce qu'il nous rapportait, un peu timide, tout en se retenant de rire, sans toujours y parvenir, et finalement content de capter l'attention et de faire le pitre...
« C'était un après-midi ensoleillé, j'étais avec elle, et on alla se promener du côté du champ de tir (ndlr : le bien nommé), une idée derrière la tête. À force de se tenir par la main, par l'épaule, la taille, de se frotter l'un à l'autre et de se bisouiller, on a fini à en venir à se poser. J'ai allongé ma veste à terre pour qu'elle s'assît dessus, je me suis mis près d'elle. Tout près. Et encore plus près. On s'est embrassé en surface, et plus profond. Je lui ai caressé le cou et de la main, doigt à doigts, je suis rentré dans son corsage. J'avais chaud, je n'étais ni à l'aise ni tranquille. Le sol était bosselé, au loin il y avait des promeneurs, et dans le ciel il y avait des planeurs. Coup de chaud supplémentaire quand elle glissa sa main sous ma chemise et qu'elle se mit à me caresser. Nous glissâmes à terre. Je venais de m'embarquer dans une drôle d'affaire où il allait me falloir gérer. Quand elle me caressa la braguette, on était dans le dur. J'ai sorti ma main de son corsage et je lui ai passé sous sa jupe. J'ai palpé et j'ai fini par dribler son slip. Elle m'a ouvert mon pantalon, sorti le petit personnel, et s'est mise sur le dos. Je me suis mis sur elle, l'ai embrassé et je suis entré. J'ai commencé à bouger, lentement, puis plus vite... Excitation personnelle, mais pas vraiment pour elle !? De quoi se poser des questions !? J'y suis allé plus fort et plus vite... Jusqu'à ce qu'elle se relève sur ses coudes et me lance, des étincelles dans les yeux : « Mais qu'est-ce que tu fous ? » Grand étonnement, « Comment ça, qu'est-ce que je fous ? » J'ai l'idée de regarder. Et je rends compte que je suis dans une motte de terre !!! »

Séquence 12
PREMIER BAISER

Je me suis lavé partout, j' ai changé de linge et de vêtements, je me suis bien peigné, je me suis parfumé, j'ai passé un coup à mes chaussures avant de partir... Et je me suis mis en marche, à pied, jusqu'au centre-ville. Une demie heure plus tard, j'y étais, Place de l'Hôtel de ville, devant le café du rendez-vous. À attendre qu'elle arrive. Ma première petite copine. Et je l'ai vu venir, pas très grande, notre croissance n'est pas terminée, dans une belle petite robe, 'du dimanche, je dirais' bien que ce fut la semaine. Elle est brune et jolie, intimidée. Elle sait qu'aujourd'hui, ce va être un grand jour. Nous nous sommes fait les bise, près de lèvres bien sûr. Et nous sommes entrés. Le cadre est classe et beau, j'ai bien choisi le café. Mais, la classe plus-plus, c'est au sous-sol que nous descendons par l'étroit escalier. La pièce du bas fait presque boîte de nuit, avec ses lumières tamisées. Là, ce sera bien. Nous nous asseyons sur la banquette et nous attendons sans rien dire. Elle, avec les mains sur ses genoux, et moi, je ne sais pas comment, car agité mentalement. Le serveur dispense de la distraction en venant prendre la commande. Diabolo menthe pour elle. Et, puis tient, diabolo menthe pour moi aussi. J'ai des sous pour payer. Re-silence le temps que le garçon parte et revienne. Et moi qui, je ne sais à quel moment et comment, qui lui prend la main !? Elle la prend et la serre. Je suis envahi d'une onde. Elle porte le verre à ses lèvres et je fais de même. Et puis, naturellement, nous portons nos lèvres à nos lèvres. C'est doux et mentholé, c'est bon. C'est un baiser sans langues, elle ne la met pas, sans doute ne le sait-elle pas, et moi à peine...

Séquence 11
PREMIER ACHAT DE PRÉSERVATIFS

Les copains en parlent dans la cour de récré. Il y en a qui en ont vu et qui en ont même manipulé. WOUAOU ! Des capotes... Autre nom, pas ordinaire et pas facile à retenir et à dire, d'autant qu'il n'en est question qu'en chuchotant : des préservatifs. Comment c'est fait au juste ? Et où ça se trouve ? À la pharmacie ! Pfou... Pas facile à se procurer, surtout à notre âge. Il parait qu'il y a un copain d'un copain d'une autre classe qui s'est fait jeter par la pharmacienne quand il est entré en demander. Elle est marrante, elle, à faire comme si on était des obsédés (ce qu'on ne peut vraiment contester), il y a le printemps de la vie qui nous fait venir la sève et pousser les branches. Il faut bien y mettre les mains, l'esprit, et s'y accrocher, même si c'est périlleux.
Délibération entre copains : il faut trouver du fric et désigner qui va y aller. « Faut prévoir combien ? » « Bein... ?!? » On fait une collecte ; approximative. « O.K. » Maintenant, on se fait une courte paille... « Putain, c'est moi qui gagne !!! » Je propose de recommencer, ils ne veulent pas. Par contre, on fait le tour ensemble de quelques pharmacies pour épier, en vitrines, quelles tronches ont les praticien/nes. On en choisit une. Mais je n'y entre pas aujourd'hui, Nan NAn NAN, car il me faut un entraînement mental. Le jour J, je me pointe ; les copains se mettent en planque discrète dehors. J'entre. Au guichet, ce n'est pas les mêmes que l'autre jour. Il y a une pharmacienne et un pharmacien s'occupant de deux dames. Je suis calé derrière, plus moyen de faire marche arrière. Qui va me servir... et par qui j'aimerais être servi ? Le pharmacien est plutôt jeune, la pharmacienne plus âgée m'impressionne. Pourvu que tout se passe bien. Je me signe mentalement. Je sens que je suis pâle, tendu, raide. Une des clientes s'écarte et me voici devant la pharmacienne qui me salue et me demande ce que je veux. « Putain, je suis en train d'oublier le nom !?... » Silence d'attente. « … Des préservatices !... Ah, non, quel con ! » Mais elle comprend. Et me demande : « Une boîte de combien ? » Je fais un coma mental ; d'où je finis par m 'extraire : « ... Les moins chers. » Elle part (pas chercher les flics, j'espère !?). Je regarde à droite, il n'y a rien. Je regarde à gauche, il y a la cliente... qui me regarde, du moins en ai-je l'impression, tout en ayant aussi l'impression qu'elle a entendu. La pharmacienne revient, me tend la boite (là, maintenant, elle voit ce que j'achète,) et je demeure figé dans l'attente de l'annonce du prix en espérant que j'ai assez ; sinon ce sera définitivement la Honte. Elle m'annonce le prix. Ah, tant mieux! Je lui donne l'argent, je salue et je sors. Je respire un grand coup, je reprends des couleurs. Sans courir, pour le cas où les pharmaciens me surveilleraient dans le dos, je rejoins normalement mes copains cachés plus loin.
Et, là, je brandis le trophée !
Maintenant qu'est-ce qu'on fait ? On se les partage et on va aviser chez nous.
« Bon, voyons commet ça marche ! » Déjà ce n'est pas facile à ouvrir. Obligé d'y mettre les dents. Voilà. Je sors difficilement le truc huileux, comprimé, en forme de petite vulve (j'apprendrai ce mot plus tard). C'est agréable, ça glisse. Maintenant, la pose. Des suites de l'excitation de la situation, mon matériel est prêt, qui pointe résolument vers le plafond (le privilège de la jeunesse). Eh bien, c'est un beau bordel à mettre ! À force j'y arrive, mais j'ai dû trop l'enfoncer, car ça me comprime le bout du bout ; tiens on dirait qu'il y a une malfaçon, car cela fait comme une sorte de renflement au bout ; mais à force de tirer dessus en marche arrière pour l'ajuster, ça ne poche presque plus. Et puis maintenant j'ai tout mis dedans. Je suis paré, tout est rentré !... Je ne sais pas ce qu'en penseront les copains, mais c'est quand même inconfortable. Et puis ça me tire sur mes poils pubères. Et ça me comprime les bourses. Mais au moins, à force, j'ai réussi à les mettre dedans !!! Eh oh, les filles, je suis prêt ! Je vous attends... L'excitation sans doute, et l'installation certainement, le truc finit par craquer...

Séquence 10
PREMIÈRES CIGARETTES

Ah oui, c'était tentant de faire comme les Grands en se plantant une tige entre les lèvres, tirer dessus à bloc, recracher la fumée ramone-poumons, et recommencer ! Quand l'idée m'est venue, je n'ai pas osé braver franchement l'interdit. Je suis allé au fond du jardin, où poussait de la viouche, j'en ai coupé un bout, de la taille d'une cigarette, je l'ai allumé et j'ai tiré dessus. Et bien, dis donc, qu'est-ce que c'est fort ce truc, ça arrache ! | C'est quoi la viouche ? De fines tiges de vigne sauvage devenant poreuses en vieillissant | Après l'avoir fumée, t'as la goule qui te pique un moment, mais tu l'as fait !
Ensuite, ç'a n'a pas été si long pour qu'une clope me soit proposée. Ça s'est passé au jardin public près du collège avant les cours. « Tiens, t'en veux ? Bein oui ! » Regards tout autour... La cibiche aux lèvres. Coup de feu. Insufflez expirez... Bof ! Mon pote me dit « Faut avaler ». Ce à quoi je réponds, pour l'avoir entendu d'une fille à la télé sans en mesurer le sens : «  J'avale pas la première fois ». Air dépité du copain, et comme je ne suis pas une mauviette, surtout pas moi, je le fais. Pfou !!! SOS Pompiers ! Mais asphyxie contenue malgré tout et espoir de survie, yeux qui piquent, expulsion record mondial d'expulsion de fumée à dix mètres ; avec quelques sécrétions de poumons en pièces jointes. Et puis, recommencement jusqu'à mi-clope... Ça suffira, pour cette fois, j'ai la tourne qui tête, la tête qui tourne, à partir en sens inverse pour gagner le collège. Mon pote me rattrape par la manche et me dit : « Attends, c'est pas fini ». « C'est pas fini, quoi ? » « Tu veux te faire gauler par un pion ? » « Pourquoi ? » «  Parce que tu pues de la gueule. J'ai ce qu'il faut ». Il sort deux plaquettes vertes Hollywood qu'on s'enfourne et qu'on mâche...
Ensuite, l'habitude se prenant, il faut s'approvisionner sans débours, car pas de sous. Je pique bien quelques clopes à mon père, mais très peu, car et d'une il surveille ça de très près, et de deux parce qu'il fume des Gitane maïs sans filtre qui arrachent. Mon copain, lui, a des frères négligents fumant pas mal à qui il prélève. Et puisqu'il y est, il leur tire aussi des pièces, ce qui permet d'acheter. On se prend ce qui se vend à l'époque : des P4, mini-paquets de quatre clopes. Mais c'est si vite fumé qu'il faut se trouver des solutions. Alors, on conserve nos mégots dans des boites d'allumettes, et on les fume. Quand on frise la pénurie, on en ramasse par terre, qu'on ajoute aux autres, et on les fume. On a aussi l'idée d'expulser notre fumée des clopes dans des bouteilles et de la r'inhaler...
L'adolescence nous prenant et nous poussant sérieusement, on s'affiche. On s'achète des Gauloises, sans filtre bien sûr, beau paquet bleu avec le casque et des ailes. On aime avoir ce paquet souple et tactile en poche. On le sort, on le renverse, on le tapote... et la clope nous glisse jusqu'aux doigts qu'on s'agite démonstrativement pour se porter la clope à la gueule : il n'y a pas d'autres mots si l'on veut faire définitivement viril. Ensuite on l'allume au Bic ou au Zippo. Et on inspire expire grimace, plus que jamais à la dur, style Robert de Niro, façon « What ? You are talking to me ? » Bon ! C'est bien beau tout ça, mais à force, il y a plus sérieux à faire. La classe ! On s'achète donc des paquets rigides avec une gonzesse dessus. La Gitane. Toujours sans filtre. On la fume sans filtre, la Gitane ; sans capote. On a un pote qui, lui, la joue super classe. Il installe ses clopes dans un étui à cigarettes argenté. Quand l'envie vient, surtout devant du monde, il ouvre son truc, sort une tige, la tapote sur le boitier, se la porte aux lèvres, et l'allume avec son briquet de luxe, en faisant gaffe à bien regarder si on le regarde. Ensuite, il fait des ronds de fumée, des O, et se cale son bout de cigarette entre les dents ; sans filtre, et sans s'en mettre plein la bouche ; ou alors, il avale discrètement ; quel talent ! Après, il changera d'artifice, et-ou fera plus confort, il adjoindra le fume-cigarette ; comme Éric Von Stroheim ou Alice Saptritch (que la jeunesse se documente).
Et puis il y a aussi l'époque baba-cool qui se pointe. On se laisse pousser les cheveux, on s'habille guenilles et on fume la pipe. Avec ce bon tabac Amsterdamer. Même les filles s'y mettent. Tout du moins une, dans notre entourage. Une petite, un poil boulotte, marrante. Un jour qu'on se balade avec mon copain dans la rue commerçante très fréquentée du centre-ville, elle nous croise et nous interpelle fortement, avec sa pipe à la bouche. Tout le monde de retourne et nous regarde. Gênés, nous sommes ! Et elle, contente qu'elle est, tout en poursuivant son chemin. Sacrée…?... ! Je ne me souviens plus de son nom. Mais d'elle je me souviens. Elle était culottée. Comme sa pipe. Que deviens-tu ? Je pense à toi...

Séquence 9
MES MÉDOCS DE JADIS
Qu'est-ce que je me suis mis dans le nez quand j'étais jeune ! Dès que je me sentais congestionné, je sortais le truc, me l'introduisais dans les narines et tu sniffais profond. Qu'est que ça te faisait de l'air dans le blair et plus haut ! « T'en veux ? » On s'en procurait facilement à la pharma du coin : de ces sticks de bâtons Vicks mentholés ! Et quand tu toussais d'une toux pulmonaire, tu doublais en t'enduisant le torse de la crème Vicks qui pique, ensuite quand tu toussais tu sentais que ça se décollait. Le nez pris again, j''adorais me mettre des gouttes Balsamorhinol. La petite fiole de verre épais, limite œuvre d'art, avec la pipette surmontée de la poire plastique longitudinale sur laquelle t'appuyais pour te déverser le liquide onctueux dans les cavités. T'inspirais. C'était gras, agréable au nez, j'aimais l'odeur, et j'en avais toujours d'avance. Tout comme ces pastilles pour la gorge que je suçais comme des bonbons : la Solutricine, carré blanc sur une face et jaune sur l'autre ; du travail d'artiste. Je prenais aussi de la pastille Valda qui te figurait comme de l'air de haute montagne. Dès fois, en saison, quand ça me prenait, je faisais chauffer de l'eau, mettais un produit ou une pastille dans le récipient, versais l'eau bouillante dessus, me penchais le nez à ras le bol, me mettais une serviette sur la tête, et l'exercice consistait en rester le plus longtemps possible en inhalant. Difficile au début, et puis plus facile et jouissif au fur et à mesure, jusqu'au tiédissement et refroidissement. Autrement, il y a longtemps, souvenir diffus, on m'a ventousé des pots de yaourt sur la poitrine. On m'a mis des cataplasmes à la moutarde ; ça kique. On m'a fait boire de l'huile de paraffine, de l'huile de foie de morue. J'ai bu de mon plein gré de l'Hépatoum, ce liquide pétillant jaune poussin d'après cuite. Et j'ai aussi bu de la Boldoflorine, 'la bonne tisane pour le foie'. J'ai pris des grogs bien en gnole, forcément. J'ai bu de l'eau citronnée pour le pipi pili-pili. Et je me suis poussé du doigt du suppo à la glycérine pour que, en retour, ça glisse... Comment ce(s) fèces (si je puis dire) ? De la façon dont je viens d'expliquer.

Séquence 8
LES DÉPARTS EN VACANCES SUR LA NATIONALE
« Ça y est les filles, vous êtes prêtes, vous avez fait pipi ? » « Ouiii », heureuses de partir en vacances en Espagne, à deux voitures ; la fille de nos amis étant avec nous à l'arrière, pour commencer ; puis avec eux, pour terminer. On part de nuit, car la route est longue et on prend la nationale et parfois les départementales pour contourner les ralentissements et les bouchons. Il n'y a pas beaucoup d'autoroutes, et quand il y en a, elles coûtent cher. Alors, on prend notre mal en patiente sur les routes. Première mise à mal de la patience justement quand, après vingt kilomètres, les filles veulent faire pipi again sur le bord de la route !!! « C'est pas possible, ça, c'est pour confirmer que les filles sont des pisseuses, ou quoi ? ». Devant, nos amis à qui j'ai fait des appels de phares se sont arrêtés. Pas de warning, ça n'existe pas, pas de gilets jaunes non plus, faut faire gaffe (encore qu'avec des gilets jaunes aujourd'hui, faut faire gaffe aussi !) Bref ! Tiens, les revoilà qui reviennent en rignochant. Et c'est reparti... Ce qui est pénible, la nuit, c'est de se prendre les phares des voitures de l'autre sens qui, souvent sont réglés à l'à peu près. Il y en a qui conduisent avec des lunettes jaunes. Moi, je plisse les paupières, et je balance mes gros yeux de bagnole quand ça insiste. Pour ne pas m'endormir, bien qu'on n’en soit qu'au début, et que c'est aussi le début de la nuit, j'entrouvre ma vitre et, à côté sur le siège passager, ça veille. Pour tenir la moyenne et ne pas perdre mes amis de devant, c'est quand même la galère. Il faut faire des dépassements de nuit, pas faciles pour sauter des voitures, et carrément difficiles pour des voitures avec carrioles, des caravanes pliantes et des caravanes en dur. Il y en a plein. « Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à partir en même temps ; y compris moi !? Comment faire pour ne pas se perdre avec les amis de devant. On n'a pas de téléphone portable, ce n'est pas inventé, alors on a pensé acheter des talkies-walkies. Juste pensé, parce qu'on ne l'a pas fait. On est quand même dépositaire de cette idée géniale. En cas de perte, on se donne rendez-vous devant l'église de tel ou tel patelin. Sauf que... à choisir un patelin où il y a plusieurs églises, ça ne le fait pas ; on poirote et on se perd. Alors, on remplace l’église par la mairie. Pour l'itinéraire, pas de GPS, n'est-ce pas ! On s'est inscrit les villes à traverser, les unes après les autres, sur un papier qu'on scotche sur le tableau de bord. Tiens, les filles ne jacassent plus derrière, elles se sont endormies. « Tant mieux, ça évitera le risque d'un autre arrêt technique seulement pour trois gouttes ! » Et puis cette phrase leitmotive qui ne va pas manquer d'arriver, au réveil : « C'est quand qu'on arrive ? » L’aube n’est pas si loin. Elle arrive. Elle point. Elle pointe. Le ciel accouche. L’aube nait. Un peu rouge. Elle va s’auto-nettoyer. Et se faire nette et charmante pour se présenter au monde en beau matin fringuant. Punaise, qu'est-ce que je suis lyrique quand je suis fatigué ! C'est l'heure céleste ! On trouve à s'arrêter, le long de la route, dans un renfoncement boisé si possible, pour plein de raisons. Parce que le soleil se lève et qu'il est temps de faire la pause, pour se détendre, pour petit-déjeuner, pour faire les commissions, pour faire reposer la voiture. Elle, on la met à l'ombre et on lui ouvre le capot bien grand pour que le moteur refroidisse. C'est qu'en ces temps, ça chauffe plus que maintenant, surtout avec nos veilles titines. On attend un peu, et on contrôle les niveaux : l'eau, l'huile ; faut en rajouter. La gent féminine déplie les couvertures, sort le thermos, les timbales, les paquets de Choco-BN. Qu'est-ce qu'on se régale. Et puis, forcément, après, c'est le matin, n'est-ce pas, il faut s'isoler pour vidanger. C'est la galère, car rien n'est aménagé. On trouve toujours le bon coin, sauf que d'autres l'ont trouvé avant. Alors on débarque dans un espace maculé de bouses d'humains, de papier fion... et de mouches heureuses d'être là. On repère un reste d'espaçounet en visant où poser les orteils, on défroque, prout prout, on se papier-culise, qui nous tombe des mains, comme les autres. Comment faire autrement, à moins de s'essuyer avec de l'herbe ou des feuilles !? Bref, on revient en disant que c'est dégueu et en oubliant de penser qu'on a aussi participé. Berk, quand même ! Re-départ pour toute la demi-journée jusqu'à midi. Et une partie de l'après-midi. Arrivée en début de soirée. Les filles disent : « Quand est-ce qu'on arrive ? » Ah, la plaie, ça commence ! Faut les occuper. On a notre stock de dérivatifs mentaux. Lire les plaques minéralogiques et trouver les départements. Deviner de quelle couleur sera la prochaine auto. Des chansons. Faire coucou aux occupants des voitures... Tiens, ça me fait penser à cette occupation pratiquée avec les copains de club quand je faisais de l'athlé cross-country. On avait vu faire les grands, alors vous pensez bien ! En revenant de compétition, dans le bus, on se mettait au fond et on se déculottait à la vitre arrière. Jusqu'à ce qu'un automobiliste fâché double le car, le fasse stopper et demande à voir le Président ; qui nous a passé un savon. Bref ! Le soleil du midi commence à monter. Les filles disent : « Quand est-ce qu'on arrive » et « On a chaud ». Pas de clim, bien sûr ; à inventer. Alors, on imbibe des serviettes avec de l'eau conservée dans la glacière, et on les accroche aux fenêtres. Putain de merde, j'ai perdu mon copain qui roule devant. Va falloir que j'accélère. Je double, à la limite. Parfois un peu sur les débuts ou les fins de lignes jaunes, car elles sont jaunes et pas encore blanches. Faut faire attention, car le jaune, il y en a qui l'ont dans le corps, le Ricard, vu qu'on on est dans les heures apéritives ! Faut faire attention aux motos, dont les conducteurs roulent sans casques, eh oui. Et à nous aussi qui roulons sans ceintures, eh oui. Faut aussi faire attention à la limitation de vitesse, qu'on respecte à la louche, plutôt au-dessus qu'en dessous. Les gendarmes, il y en a à motos, quand on les voit arriver en face, pas de danger ; quand c'est dans le rétro, cool Marcel, lève le pied. Et puis il y a le sport national. Repérer les grille-pains planqués le long de la route, avec des mecs à képis (pas de filles, pas encore) qui t'attendent avec le carnet de PV. Heureusement, il y a de la solidarité sur la route des vacances. Tu fous un grand coup de plein phares dans la tronche de celui que tu croises, à la nuit il te traiterait d'empaffé, là il lève la main et te gicle son plus beau sourire. Ça fait plaisir à voir. Au bout d'un moment, on cesse de balancer des coups de phares, car verbalisable selon les Bleus. On balance alors des coups de code ; avec cette excuse imparable au cas où : « Excusez-nous, Monsieur l'agent, on s'est emmêlé les manettes ! ». Chouette, je viens de rattraper mon pote, bon allez je me calme. Sait-on jamais, peut-être que je peux gagner au jeu de l'autocollant RTL !? J'allume mon autoradio cassette, et j'écoute, tout en conduisant façon permis de conduire. Le principe est simple. Une voiture RTL circule dans les régions de France, se met à suivre une caisse roulant prudemment, communique le numéro d'immatriculation à la radio, et si tu écoutes et que tu t'arrêtes, tu gagnes un joli petit pactole ; de quoi te faire plaisir en vacances. Je suis dans ce trip quand, des sièges arrière, j'entends : « Quand est-ce qu'on arrive ? » Ah non, encooore !!! Ce à quoi je réponds d'un ton assuré : « Eh bien, je vais vous le dire, les filles – extrême attention de leur part – : On arrivera, quand on arrivera... Ah ah ah, hi hi, ah ah ah ah ah... Il va falloir que je m'arrête. | Reliquat-féine : Un jour, il y a un pote docteur qui nous a filé une pilule pour tenir. On l'a prise, et ensuite impossible de débrancher pendant des heures, on était sur les nerfs.

Séquence 7
LE TOUR DE FRANCE EN NOIR ET BLANC À LA TÉLÉ

Ah, les duels Anquetil Poulidor, tous les étés à la télé sur le Tour de France ! Avec, à la fin, toujours le même qui gagne. À force c'est frustrant, mais moi, j'y crois ; ce sera pour cette fois. Parce que Poupou, y nous ressemble, à nous les gens du peuple : un gars de la terre, pas bêcheur, dur au labeur, dur au mal, un gars qui fait tout pour y arriver, qui y arrive souvent, mais qui se fait souvent barrer par l'aristocrate Anquetil : le beau, le stylé, le seigneur..., à qui tout réussit sans travailler, du moins est-ce l'impression qu'il donne. Poupou c'est nous, nous qui faisons souvent le maxi, pour des fins pas toujours à la hauteur des espoirs (désespoir !?). Comme Poupou, on se remet en scelle et on persévère (perd sévère !?). Il est courageux, Poupou ; on l'aime et ça va lui sourire. Et puis, j'aime bien son maillot et la couleur de son vélo : violet. J'ai demandé à mon père qu'il m'achète le même. Ou tout du moins un vieux, presque pareil, qu'il repeindrait de cette couleur. « Oui, on verra ! » En attendant, je suis petit, je fais le Tour de France, dans ma cour, avec des petits coureurs. Règlement de ce tour... Je trace une longue route-circuit dont je délimite les contours avec un filet de sable. Il y a du plat et de la montagne sur des bosses du terrain de la cour mi-terre mi-ciment. À la fin, sur la partie de ciment, j'ai tracé la route tracée à la craie. Le circuit est coupé en étapes. J'invite des copains, avec leurs billes, et on fait progresser chaque coureur à coups de billes. C'est dur, car si la bille mort le filet de sable, c'est pénalité. Et les coups de billes sur le tracé en ciment, c'est périlleux. On tient un classement écrit à chaque étape : vainqueur de l'étape, maillot, maillot vert, maillot à pois, et retranscription sur papier des performances de chaque coureur, en centimètres de retard sur le vainqueur. Après, ça le soir, on dort bien et heureux. Je sais pas pourquoi, dans mon Tour de France à moi, Poupou souvent gagne. Pourquoi ? Peut-être passe que je mets un soin particulier aux lancers de billes faisant mouvoir le coureur Poupou. Allez Poupou, c'est sûr tu gagneras ! Et tu as déjà gagné. Dans nos cœurs.

Séquence 6
LE MARTINET

Ah purée, ce que j'ai pu souffrir quand j'étais petit ; mais qu'est-ce ça mettait de l'ambiance ! LES PUNITIONS. À la maison quand on faisait le zouave, y'avait l'arme de dissuasion nucléaire. Le martinet. L'instrument en bois et cuir, de 10 à 12 lanières, je le sais : je les ai coupées une à une aux ciseaux. C'était dur à faire. Et dur de se prendre le retour de bâton ! Et ç'a servi à rien, car ma mère en a acheté un autre. J'ai dû m'en prendre quelques coups sur les cuisses, mais assez peu finalement. Car la force de cet engin était d'être brandi, avec cette phrase claquante : « Si t'arrêtes pas tout de suite, t'en prends un coup ! » Comme j'étais pour la paix, j'arrêtais (et je m'en allais me faire plus discret ailleurs). L'emmerdement, c'est que les bêtises finissent toujours par se remarquer. Pas de violence à la maison. Mon père, qui le tenait certainement de mon grand-père, avait trouvé un truc. Quand je me faisais insupportable, dans la cour, il m'attachait le bout d'un fil de laine à la cheville et l'autre à un arbre, avec cette menace : « Si tu le casses, tu seras puni ! » Sauf ton respect, Papa, c'était déjà être puni que d'être attaché à un arbre. Tu aurais dû dire : « Tu seras doublement puni. ». Mais bref. C'est pas tout.
Qu'est-ce que j'ai aussi souffert à l'école !...
Les maitres avaient une belle panoplie académique de maintien de l’ordre : tirage de petits cheveux sur les tempes | Pinçage de la joue, puis un ou deux mouvements de droite à gauche et vice et versa, PLUS la claque de finition | Présentation des doigts en dôme pour le coup de règle ; que si tu virais les doigts, tu t'en prenais deux | Le célèbre piquet ; avec ou sans bonnet d'âne | Le puni au fond de la classe, tout seul | Le privé de récréation | Plus tard, les colles avec des rédactions ||| Tiens, à ce sujet, je me souviens de cette colle dissertante que M. Lecroux m'avait filé sur je ne sais plus quel thème. Et quand je lui avais rendue, j'avais senti de l'intérêt chez Lecroux pion. C'est peut-être de là que m'est venue ma vocation écrivante...

Séquence 5
LE PIQUE-NIQUE LE DIMANCHE

Le meilleur des jours de la semaine, c'est le dimanche. Parce que l'été, quand il fait magnifique, avec mes parents ma sœur, tonton tata et le cousin de notre âge on s'en va faire le pique-nique au bord de l'eau. Ça se prépare bien avant. Les adultes des deux familles conciliabulent pour savoir qui emmènent quoi dans les deux paniers. Plutôt plus que moins. Toujours. Puis c'est le rendez-vous à l'une ou l'autre maison. Excitation ! Le bonjour enfiévré. Et départ des deux titines pour le paradis.
La dernière fois c'était l'ancien champ de tir avec des familles tout autour et des cages de foot au milieu. Rapidement, dans l'aprèm', tout le monde jouait au foot.
Cette fois, les titines nous emportent vers cette prairie boisée, avec la rivière au court lent se trainant entre ses berges. Ce qui est chiant pour nous les gosses, c'est qu'il faut aider à porter quelque chose, des compléments de paniers, des parasols... alors qu'on a autre chose à foutre : commencer à jouer.
Ça y est, on se débarrasse de tout, et courses partout à fond les gamelles ! Les parents installent les couvertures qui grattent. Montent les parasols, mettent les paniers à l'ombre, attachent les bouteilles par le goulot avec des fines cordes et vont les plonger dans l'eau en les arrimant à des racines.
Après nos galopades, équilibre sur les mains, la roue, le poirier, jeu de gendarmes et de voleurs, chat perché, les premières sueurs et des volées de cris saturant les tympans de nos parents, et des gens autours ayant eux-mêmes des enfants faisant pareil, c'est l'appel pour le début du pique-nique assis sur la couverture avec le mal au cul et sans savoir exactement comment se mettre les canes.
On fait comme on peut et on savoure. Faut dire qu'ils ont fait fort, les parents. Menu 5 étoiles. Saucisson beurre, pâté cornichons, poulet froid moutarde, chips ordinaires et gaufrées, salade de fruits, pschitt qui pique le nez... Robuchon n'aurait pas fait mieux !
Ensuite, nous les gosses, on veut aller se baquer. Sauf que pas question ! Il faut attendre 3 heures de digestion. Pas 2 heures 59. Non, 3 heures. C'est la norme à l'époque et faut dire que l'eau est fraiche. Alors, en attendant, pendant que les parents bavardent et somnolent, nous on s'occupe. On joue aux boules en plastique, au croquet, au badminton, aux raquettes contre la balle élastiquée arrimée à un socle en bois... Ç'est dur et ça dure. Heureusement, les parents nous ont tartinés de crème solaire, car ça tape.
Tiens, ça s'active autour de nous. Les familles se planquent sous des serviettes poncho pour se déloquer et enfiler les maillots. Beaux maillots, ma foi, très échancrés et distendus avec, pour nous les mecs, une poche kangourou pouvant accueillir plusieurs habitants. Fière allure !
Mais soudain, Alerte !!! Dans le courant lent de la rivière, mon père repère un homme à plat dos dérivant la tête la première. Il ne bouge pas. Papa lui lance, très en stress : « Besoin d'aide ? » Pas de réponse. Une deuxième fois. Une dernière. Rien ! Papa s'urge à se dépoiler du principal. Le type réagit alors et dit qu'il fait la planche. Putain, il nous fait peur, ce con !
Et maintenant pour nous tous, c'est l'heure. Tous à la flotte sur une berge aménagée avec le matos. Chambre à air de voiture. Et grand luxe, s'il vous plait, chambre à air de camion. Mais avant, faut pomper. Ensuite on passe au moins deux heures dans la baille à tout faire, absolument tout...
Nageoter, s'arroser, faire des bombes, plonger, se mettre le corps à l'envers les jambes en l'air, se passer entre les jambes, faire boire la tasse à ma sœur qui pleure, et le plus rigolo : faire pipi dans l'eau.
Fourbus, rincés, de l'eau dans le nez, les yeux qui piquent, un peu froid, la peau fripée, les parents nous rappellent pour le quatre-heures. On t'a une de ces dalles ! Et pis merde, d'un coup, l'accident bête, une guêpe qui me pique. Mais maman sait faire. Elle s'isole derrière un buisson, fait pipi sur un mouchoir et me l'applique sur le bras. Il parait que ça guérit bien. C'est vrai que je n'y pense plus rapidement. Le soir, dans le lit, je me refais le film de la journée et je le poursuis en rêve.

Séquence 4
LA TOILETTE AU ROBINET DANS LA CUISINE

Quand j'étais petit, on se lavait tous les jours, mais pas comme maintenant. Pas de baignoire ni de douche chez nous, mais y'avait le robinet de la cuisine. Alors tous les matins, ou souvent la veille au soir, on y allait du gant de toilette à l'eau froide sur tout le corps, « Et surtout les fesses » insistait ma mère ». À poil dans la cuisine, ça astiquait. Et le samedi, cher/es ami/es, c'était le grand luxe ! On sortait la grande bassine en fer, ma mère versait de l'eau froide avec le broc et complétait avec de l'eau chauffée sur la gazinière. Toilette-bain pour ma sa sœur et moi, à tour de rôle. Quand le premier terminait, ma mère virait les résidus d'eau savonneuse surnageant, avec une louche, faisait un rajout d'eau chaude et c'était reparti. L'eau des bains servait ensuite à arroser les parterres de fleurs dans la cour.

L'été, on se mettait dehors. Et en plus de la bassine-baignoire, on avait la douche, eh oui ! Les parents tenaient l'arrosoir au-dessus de nos têtes, déversant des jets d'eau de la pomme d''happy'. Adjoint au shampoing qui nous dégoulinait de la tête, l'eau nous piquait les yeux, et nos larges sourires découvraient notre denture trouée de dents de lait et de dents d'adulte pas encore poussées. Le dimanche, on allait aussi se baquer dans la buanderie. On remplissait les bacs à linge en ciment et on faisait trempette-toilette dedans. Dès fois aussi, on se lavait dehors au jet, et on aimait tellement que souvent ça dégénérait : « Bon Dieu de drôles ! » devaient pester les parents.

Le jeudi ou le dimanche, on allait chez mes grands-parents qui habitaient à un bon 3 kilomètres de chez nous ; avec 2 côtes et la franchissement d'un pont métallique enjambant une rivière. On y allait à pied, et parfois on séquençait en poussette. Arrivés sur place, on faisait les cons toute la fin de matinée et l'après-midi avec les chenapans du coin. C'est lessivés qu'il fallait penser à rentrer ; c'est la cas de la dire, car grande toilette avant de repartir. Devant l'assistance, car y'avait toujours du monde, ma mère nous faisait monter debout sur la table et nous gant-de-toilettait entièrement. Pas dérangé, jusqu'au jour où prenant conscience de mon corps, plus d'accord pour qu'on voit mon asticot ! Rhabillage, et tout frais tout neuf, c'était reparti pour le bon 3 kilomètres de retour. On dormait bien.

De la toilette, je garde le souvenir, du gant de toilette un peu rêche, et aussi de la serviette. Y'avait pas de machine à laver et pas d'adoucissant forcément. Mais pas si rêche quand même la serviette et le gant car mis à sécher sur l'étendoir dehors au soleil, et ça produisait un je ne sais pas petit quelque chose de doux et d'agréable à l'odeur. Anecdote parenthèse, sur l'étendoir mon jeune cousin vit des serviettes périodiques en tissus qui séchaient et demanda « – C'est quoi ça Grand-mère ? | – Euh, des cache-cols ! ». Sinon, la toilette se faisait au savon de Marseille, forcément. Et ensuite, on se faisait frictionner à l'eau de Cologne. Quelle bonne odeur ! Pour ponctuer en beauté la préparation du petit que j'étais, coup de peigne vigoureux sur mes cheveux courts, avec la raie sur le côté évidemment.

Séquence 3
LES CABINETS AU FOND DE LA COUR

Dans mes années 1960 jusqu'au début 1970 où j'ai déménagé dans une maison plus moderne, j'ai ces souvenirs de nos cabinets au fond de la cour pour les commissions. La petite, la nuit, on la faisait dans le gros sot en faïence recouvert d'un couvercle. Et le jour et le soir, c'était tout à fait au fond de la cour. Accolé à un étroit bâtiment de débarras, il y avait celui des cabinets. Le tout en pierre et entretenu. N'empêche qu'il se trouvait à distance de l'habitation, dans les trente à quarante mètres, en lisière du jardin, et il y avait des habitants. Y aller la journée ne posait pas de problème, mais le soir ça me fichait la trouille. Fallait traverser la cour dans l'obscurité, y avait le jardin tout noir derrière, et quand t'es petit t'imagines des trucs. Pour ne pas arranger les choses, un soir mon père en revient, tout chose parce que la culotte sur les chevilles, un des habitants, une souris, lui est rentrée dans la jambe de pantalon ! De quoi se tortiller et couler un bronze biscornu ! Quand t'avais fini, tu tirais une des feuilles de papier journal prises dans un crochet et tu te graissais les fesses avec, car on peut pas dire que ça essuyait bien. Au passage, j'ai une pensée émue et j'adresse mes remerciements aux journalistes de l'époque qui ont écrit pour mon cul. La lune noire, j'imagine, car pas assez souple pour regarder, quand t'avais complètement fini, t'actionnais la manette d'ouverture du clapet de fond pour le grand saut dans la fosse. Pour bien terminer le travail, t'attrapais le broc à côté, tu versais de l'eau et tu balais-chiottais...

Dans la continuité, il me reste très présent à l'esprit ces gros camions vidangeurs qui stationnaient devant les maisons, dans une belle odeur ambiante de parfum du corps, pendant que de gros tuyaux caoutchouc déroulés jusqu'aux fosses pompaient pompaient comme les Shadoks. Mon imagination d'enfant courait alors avec l'image de ces camions sillonnant les rues et avec cette interrogation... Mais qu'en font-ils ensuite ?

Quand j'étais petit, on dormait à quatre dans la chambre : mes parents dans le grand lit, et ma sœur et moi dans l'autre lit. Quand envie de pipi la nuit, on le faisait dans un saut en faïence posé le long de l'armoire. Toujours à la même place. Une nuit, mes parents allumèrent la lumière en catastrophe à l'écoute d'un bruit reconnaissable. Il avait déplacé le pot, et moi très endormi, je pissais le long de l'armoire !!!

Un autre souvenir de ma petite enfance. Mon grand-père a invité toute la famille dans un restaurant de campagne où l'on mange super-bien. Forcément, à un moment, mon cousin et moi avons eu besoin d'aller aux cabinets. Et là, ça s'est passé dans les cabinets du fond du jardin : la culotte baissée, tous les deux, assis sur une planche percée de deux trous, côte à côte...

Autres temps, juste avant, et autres circonstances... Mon oncle Maurice Mansaud a écrit ses mémoires (1) dont le début narre ses années de captivité en camps de travail en Allemagne. Pour les chiottes, voilà comment ça se passait :

« Les feuillées, grandes tranchées très longues pour contenir les selles de 2 500 hommes, avec des poutres en fer en travers pour délimiter les emplacements, il est souvent le lieu de nos réunions. Au début, ce n'est pas marrant de se retrouver le cul à l’air pour chier tous en commun, puis question d'habitude on s’y fait comme pour la promiscuité dans les baraques, il n'y a pas de mauvais caractère, il est resté à la porte du camp, il n'y a qu'une grande camaraderie entre nous, solidarité de tous. »

« Les feuillées sont l’occupation du dimanche. Quand elles sont pleines, faut mettre du chlore, reboucher la tranchée et en creuser une autre ailleurs. Ça se remplit vite, non par le produit de ce que nous mangeons, mais par le nombre que nous sommes. Le dimanche, c'est le folklore que de se mettre le cul à l'air, on s’y retrouve plusieurs pour discuter quand il fait beau, moi la promiscuité ne me gêne pas, rue de la Roche où j'habite à Poitiers, nous avions une planche à deux trous même si c'était rare d'y aller avec un autre. »

(1) 'Adjudant Maurice Mansaud, Ma vie de prisonnier et de militaire en Allemagne, Indochine, Égypte, Algérie', Éditions numériques Jerkbook.

Séquence 2
LE TÉLÉPHONE À LA POSTE EN CABINE

Dans les années 1960, on n'a pas le téléphone à la maison, c'est réservé aux personnes à l'aise et nous nous sommes à l'étroit. Mais parfois, il faut téléphoner ou l'on a envie. Cet été, en vacances, j'ai rencontré une bande d'ados comme moi et on a un peu flirté entre filles et garçons. Les émotions sont éruptives en ces saisons 1 ! En rentrant, il faut absolument que je téléphone à Claudine. Je demande de l'argent à ma mère qui me donne un gros billet (de l'époque) en me disant qu'il y a trop et je dois ramener la grosse et la petite monnaie. Me voilà parti à la poste centrale. La préposée me dit d'attendre qu'une cabine se libère. Il y en a cinq, fermées avec des portes vitrées derrière lesquelles on voit des gens parler comme s'ils étaient seuls au monde. « Mais qu'est-ce qu'ils se racontent ? ». Ça s'impatiente. Une cabine se libère... Mais pas pour moi, celle-là, « Fait chier ». Coup de chaleur. Tiens, à force, y'a une femme toute rouge qui sort et la préposée me fait signe. J'entre, je ferme, et manque de ressortir illico tant il fait chaud et que ça cocotte. Ça puire le gaz carbonique, la sueur, et des subsides de parfums dont le perceptible Brise d'anus. Comme je vais parler à Claudine, je veux parfaitement l'entendre, je ne souhaite pas qu'on m'entende, alors je ne laisse pas la porte entrouverte pour survivre. Maintenant, il s'agit de ne pas s'emmêler les pinceaux dans la valse des numéros à composer sur le cadran qui tourne. Crispation. Il me semble que j'ai réussi. Oui, ça sonne. Mais chez qui ? Chez Claudine, finalement. Si la porte close m'isole du bruit extérieur, par contre la minceur des cloisons et le fait que mes voisins crient plus qu'ils parlent pour prétendument se faire entendre des gens lointains avec qui ils jactent, fait que c'est un sacré chahut autour de moi. C'est la merde ! Va donc parler d'amour dans ces conditions ! À la fin, épuisé par la chaleur, ce raffut, et la tension de cette première conversation amoureuse au téléphone, je ressors en nage et je vais payer à la préposée au comptoir. « Nom de Dieu, j'ai grillé le billet ! Ma mère va gueuler ».

Plus tard, j'ai eu d'autres expériences avec le téléphone. Ces deux-là m'ont marqué... On ne l'avait pas encore à la maison, mais ils l'avaient au café de presqu'en face. Alors on donnait le numéro, et quand de la famille voulait nous parler, le patron, la patronne ou des employés venait nous chercher. C'était quand même sympa comme concept.

Plus tard, un peu avant le portable, j'étais à Paris et j'attendais devant une cabine qu'elle se libère. Le mec qu'était dedans s'éternisait en fumant. À force, il sortit, je rentrais et manquais faire un malaise nirvanesque car le type fumait un bedo. Cool, quand même, t'en veux ?...

Quand j'étais petit, je me prenais à imaginer qu'en 2000, il existerait des sortes de bornes installées dans les rues, et qu'en s'en approchant avec un combiné portable, on pourrait téléphoner...

Séquence 1
LA DEUXIÈME CHAINE DE TÉLÉ

C'était en 1964, je m'en souviens à cause du trouble que ça m'a causé. J'avais 10 ans, et mes parents s'étaient payé ce beau gros poste de télé en noir et blanc. Au début c'était génial de se mettre devant ce gros écran gris bombé et de regarder des actualités, des reportages et des films qu'avant je voyais parfois au ciné de la salle de patronage. J'étais captivé, assis bien calé dans le fauteuil de départ en retraite de mon grand-père. À force, je m'affaissais et c'est complètement avachi que je faisais défiler les heures à regarder l'unique chaine. Heureux gamin que j'étais ! Mais ça s'est compliqué quand, à partir de 1964, ces imbéciles ont ajouté une seconde chaine, toujours en noir et blanc. D'accord, c'était bien, mais c'était aussi très chiant, car fallait se lever du fauteuil pour aller appuyer sur le bouton de changement de chaine. Et à 10 ans, en pleine crise de croissance mais surtout de flemme aigüe, j'avais pas souvent le courage pour ça. Quand t'as pas les jambes, dit le proverbe, faut avoir la tête. Bien qu'en petite voie de remplissage, je me suis mis en danger à me la creuser, pour trouver cette solution, ancêtre de la zapette. J'ai rapproché le fauteuil à distance atteignable de la télé, c'est-à-dire assez près de l'écran ; pas terrible pour les yeux. Et je me suis pris à changer de chaine avec le bout d'un manche à balai que je tenais à l'envers du côté des poils empoussiérés et sales. J'ai survécu ! En 1964, il y a eu un drame à la télé. La présentatrice de Télé Dimanche, Noëlle Noblecourt, s'est fait virer pour avoir montré ses genoux à l'antenne.

L'AUTEUR /E

Photo de l'auteur


JeF Pissard, alias Dominique Léonie, est un écrivain français né en 1954 à Poitiers.
Il exerce professions dans la banque, le social, le journalisme, l’édition.
Il commence à publier des livres en tant qu’auteur professionnel en 1987.
C’est pour la publication de son premier ouvrage alors qu’il est en poste dans une banque qu’il prend le pseudonyme de Dominique Léonie (Dominique son second prénom, et Léonie en hommage à Léon et Léonie ses grands-parents).
Il écrit de nombreuses années sous ce pseudonyme avant de poursuivre sous son patronyme. Pas de ligne directrice pour ses sujets traités, il se laisse entraîner par ceux qui l’intéressent et son sens de la curiosité le fait s’intéresser à bien des sujets. Il écrit tout d’abord depuis sa région de Poitou-Charentes, depuis Paris où il fut établi, sur les rives du lac Léman France Suisse, et actuellement depuis le Midi Pyrénées où il réside, à Pau.
Il est membre de la SGDL.
Voir sa production sur Wikipedia.

ContactMentions légalesAdministration