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En lecture libre : Le tour du racisme en 80 textes, Le journal d'un fou, Dans la tête d'une dépression, J.O. Homme Animaux, Chéri/e Tu pousses. Lire aussi ces bests : Araldus, Je t'aime Dieu non plus, Bob l'Amerloc...

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Les polars et thrillers

GRATUIT, LE TOUR DU RACISME EN 80 TEXTES

Des auteurs du Monde contre le racisme

couverture du livre GRATUIT, LE TOUR DU RACISME EN 80 TEXTES


 
LE TOUR DU RACISME EN 80 TEXTES
connus, inconnus, inédits, écrits pour la circonstance
 
 
 Texte 80 
- Il y a cinq continents.
- Je ne suis pas doué.
- Pour quoi ?
- Pour les divisions.
Eugène Guillevic, poète breton, 1907-1997. Il signa tous ses textes de son seul nom. Sympathisant communiste depuis la guerre d’Espagne, il participa ensuite à la Résistance et fut membre du Parti communiste français. Dans ces textes il ne cessa de protester contre tout ce qui avilit l’homme et exprima l’espoir d’un monde meilleur.
 
 Texte 79 
Un jour en noir.
Ce matin, quand il m’a regardé,
j’ai vu à quel point j’étais noir,
sans que je puisse entrevoir
une raison précise à cela.
Mais toute la journée je me suis senti noir et misérable.
Il n’y avait aucun doute :
ce que j’ai senti le matin en sortant de chez moi
est resté toute la journée sur mon visage.
Son regard a réussi à me remplir de rage et de honte ;
la journée fut rien moins que sinistre,
Demain je trouverai le mot,
pour lui rendre la pareille.
Raymond Patterson. Né à New York en 1929, il a étudié à en Pennsylvanie, à New York et est devenu professeur d’anglais. Il a écrit des poèmes et des nouvelles évoquant souvent le sort des Noirs aux États-Unis. Celui-ci a été écrit en 1958. (Traduction de Gilles Manceron, New sun of poetry from the negro world).
 
Texte 78 
Au loin.
J’ai regardé au loin
J’ai vu quelque chose qui bougeait
Je me suis approché
J’ai vu un animal
Je me suis encore approché
J’ai vu un homme
Je me suis encore approché
Et j’ai vu que c’était mon frère.
↪|Proverbe tibétain. Le Tibet est le plateau habité le plus élevé du monde, avec 4 900 m d’altitude moyenne. Sa superficie est d’une à deux fois la France selon qu’il en soit de la Région autonome du Tibet ou du 'Tibet historique' ou 'Grand Tibet'. La capitale historique qui, traditionnellement, concentre l’autorité religieuse et temporelle du Tibet, est Lhassa. Les Tibétains sont 6 millions en République populaire de Chine, parlent un des trois dialectes du Tibet, une langue de la famille tibéto-birmane, et pratiquent majoritairement le bouddhisme tibétain.

 Texte 77 
– Tu sais quelle est la meilleure chose au monde ?
– C’est laquelle, ma tante ?
– Devine…
– La femme… ?
– Non.
– La cachaça*… ? (eau-de-vie)
– Non.
– La feijoada**… ? (plat brésilien)
– Tu ne sais pas ce que c’est… ?
– … C’est le cheval. S’il n’y avait pas le cheval, le Blanc monterait le Noir.
 
Jorge Amado, 1912-2001. Extrait de son roman 'Suor' publié en 1934. Le style lapidaire et dépouillé de la prose de cet écrivain brésilien est proche de la poésie. (Traduction de Alice Raillard. Suor).
 
 Texte 76
Quand ils sont venus
chercher les communistes
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas communiste
Quand ils sont venus
chercher les syndicalistes
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas syndicaliste
Quand ils sont venus
chercher les juifs
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas juif
Quand ils sont venus
chercher les catholiques
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas catholique
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour
protester.
Martin Niemöller. Ce poème, écrit à Dachau, est attribué à Martin Niemöller, 1892-1984. Emil Gustav Friedrich Martin Niemöller est un pasteur théologien allemand, créateur de l’Église confessante.
 
Texte 75
Partout des ponts.
Pour creuser un fossé suffit la force
Lancer un pont est un vrai travail d’amour,
de patience et de volonté.
Il faut de nouveaux ponts de mots
pour traverser les couleurs de la peau,
les intérêts, les désirs divergents.
Des ponts solides pour franchir
les fleuves de la méfiance séculaire,
les vallées de la peur, de l’égoïsme,
les abimes des préjugés.
Des ponts aussi
pour rendre visite aux voisins
se promener ensemble à la belle saison.
Pour l’amitié. Pour le dialogue.
Des ponts,
partout des ponts.
 
Armand Monjo, 1913-1998, est combattant de la résistance dans les maquis pendant la guerre. Il devient professeur d’italien à Paris, traduit de nombreux poètes italiens et publie une anthologie remarquée de la poésie italienne. Humaniste engagé, hédoniste, il transcrit dans sa poésie une grande fraternité. Sa poésie, subtile et pleine de saveurs est porteuse d’espoir. On dit de lui qu’il est 'un inlassable colporteur de lumière'.
 
  Texte 74 
L’autre.
L’autre, la femme ou l’homme, de la même espèce que moi, et pourtant différent, comment le regarder ? Comment me comporter face à lui ?
Si je vois en lui un ennemi qui me menace, qui me fait peur, je ne songe qu’à me défendre contre lui, et pour mieux me défendre, à l’attaquer. C’est cela le racisme.
Si je vois en lui un obstacle qui gêne ma progression, je ne cherche qu’à le dépasser, à l’éliminer. C’est cela la compétition qui transforme la vie de chacun en une suite de batailles parfois gagnées, en guerre toujours perdue.
Pour être réaliste, je dois voir en l’autre une source qui contribuera à ma propre construction. Car je suis les liens que je tisse ; me priver d’échanges c’est m’appauvrir. Le comprendre c’est participer à l’Humanitude.
La poésie est le plus mystérieux et parfois le plus efficace moyen d’échange. Les poèmes sont des sources convergentes apportant au lecteur la douceur de l’eau et la violence du torrent.
 
Albert Jacquard, 1925-2013, est un chercheur et essayiste français. Spécialiste de génétique des populations, il a été directeur de recherches à l’Institut national d’études démographiques et membre du Comité consultatif national d’éthique.
 
  Texte 73   
Le racisme expliqué aux lecteurs du journal Le Monde.
Au commencement, la xénophobie : l’étranger n’est pas accepté. On ne donne pas forcément de raisons. On parle à la rigueur d’incompatibilité ; on invoque le 'seuil de tolérance'. En fait, on se sent menacé dans son petit bonheur, car on s’est installé dans un territoire de certitudes. À l’ouverture sur les autres, on préfère la méfiance. Cette hostilité à tout ce qui vient de l’étranger, quand elle est exaspérée, devient de la haine, l’ignorance et le manque d’information aidant. Le glissement vers le racisme affiché, vers le 'racisme militant', se fait aisément en des moments de crise socioéconomique et politique.
L’autre devient l’indésirable parce qu’il a le tort de renvoyer à la société où il est de passage une image où elle ne se reconnait pas. Le Noir aux États-Unis est l’image qui indispose une mentalité satisfaite et encombrée de préjugés. C’est une question de couleur de peau, de faciès ; une question d’apparence. L’autre est refoulé sur simple présentation de son visage. Tout l’irrationnel du racisme est là : la haine de l’Autre à partir d’une question d’épiderme.
Tahar Benjelloun, 'La xénophobie', dans Le Monde, Dossier et documents, 1978. Tahar Ben Jelloun est un écrivain, poète et peintre franco marocain, né le 1er décembre 1944 ou 1947 ou 1949, à Fès au Maroc. Il a été récompensé du prix Goncourt 1987 pour son roman 'La Nuit Sacrée'.
 
  Texte 72  
De quelle couleur sont les Blancs ?
Je le vois : blanc !
Le professeur Brunet me dit
Qu’il n’en a pas toujours été ainsi.
Qu’il trouva au Tchad le premier hominidé,
Ce préhumain qu’il appela Toumaï,
Notre ancêtre de 7 millions d’années.
Que le tout premier homme moderne exhumé
Était d’Ethiopie et vieux de 200 000 ans.
Il s’agit de l’Omo1, l’Africain premier,
Qui vécut sur site et se mit en mouvement.
Il y a 100 000 ans,
Il entra en Palestine et au Yémen,
En Israël, au Japon, en Asie entière.
En Afrique de l’Ouest, de l’autre côté,
Le Noir de taille plus petite, le Pygmée,
Gagna le Brésil par les courants d’Atlantique.
Et peupla de ses premiers hommes l’Amérique.
Il y a de 50 à 65 000 ans.
Il y a 50 000 ans,
l’Africain prolongea d’Asie en Australie,
À lui les iles Pacifique et Hawaï.
Enfin, il y a 40 000 ans,
Il entra en Europe depuis l’Asie,
Voilà, me dit Brunet,
Comment par des Noirs le monde a été peuplé,
Et cela pendant des milliers d’années,
Comment sont nés l’homme multicouleurs, le Blanc…
Ç’a commencé il y a 7 700 ans.
C’est la mélanine qui s’est mise au boulot, < br/> Selon l’ardeur du soleil pour teinter les peaux.
Alors, finalement,
De quelle couleur suis-je et sont les Blancs ?
À mon avis :
Nous sommes des Noirs qui avons blanchis.
 
JeF Pissard est un écrivain de France et de Navarre, né à Poitiers en 1954 ; il réside à Pau. De nouveaux ouvrages sont à son actif depuis 1987, année de son entrée en livres. Il est aussi éditeur numérique des Éditions Jerkbook Art et Essai/e. Il y publie notamment l’un de ses livres dont il a la préférence : 'Je t’aime Dieu non plus' sous-titré '70, Les turbulences d’une époque en province'.
 
Texte 71
POÈME 1 de David Pascaud ; à venir.
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
etc...
David Pascaud est un écrivain français, né à Châtellerault en 1971. Il a étudié l’histoire aux universités de Poitiers et de Iaroslavl en Russie. Enseignant d’histoire-géographie à Poitiers, il se passionne pour la littérature et les arts visuels. Son premier livre roman 'Araldus', paru aux Éditions Jerkbook Art et Essai/e, narrant la vie d’un petit seigneur de l’an 1000, fondateur de la ville de Châtellerault, connait un vif succès.
 
Texte 70
Évolution.
Du temps où nous vivions au fond des océans
les petits se faisaient dévorer par les grands.
Aujourd’hui que nous vivons sur terre
(parfois même un peu plus haut)
avec difficulté nous apprenons
à nous débarrasser des habitudes anciennes.
 
 Francis Combes, né en 1953 à Marvejols en Lozère, est un poète et éditeur français.
 
  Texte 69
Grand Dieu !,
Nulle, ta teinte noire sur l’homme, mon p’tit Dieu !
Après quelques siècles d’usage,
Sur de ces humains, taillant la route en voyages,
Elle a viré, par déficience de lumière,
Au rouge jaune blanc, créant le binz sur Terre.
Fils, t’aurait dû prendre de la Tollens,
La peinture qui tient en toutes circonstances !,
Nom de Dieu de Grand Dieu !!!
 
JeF Pissard, 'Réprimande là-haut', est un écrivain de France et de Navarre, né à Poitiers en 1954 ; il réside à Pau. De nouveaux ouvrages sont à son actif depuis 1987, année de son entrée en livres. Il est aussi éditeur numérique des Éditions Jerkbook Art et Essai/e. Il y publie notamment l’un de ses livres empreint d’humour sur les relations homme femme : 'L’Éducation conjugale'.
 
Texte 68
Blanc sans 'N'
Ça fait Blac !
Comme quoi sans Haine
On est tous égaux !!!
 
Anonyme. Nous avons trouvé ce court texte subtil sur Internet. Qui en est l’auteur ? Mystère et boule de gomme. En tout cas, chapeau ! Si c’est vous, faites-le savoir, sans déc'.
 
Texte 67 
Le capitaine Jonathan,
Étant âgé de dix-huit ans,
Capture un jour un pélican
Dans une ile d’Extrême-Orient.
Le pélican de Jonathan,
Au matin, pond un œuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.
Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un œuf tout blanc
D’où sort, inévitablement,
Un autre qui en fait autant.
Cela peut durer très longtemps
Si l’on ne fait pas d’omelette avant.
 
Robert Desnos est un poète français, 1900-1945, mort du typhus au camp de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, à peine libéré du joug de l’Allemagne nazie.
 
Texte 66
L’Étranger.
– Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ?
Ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est
resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh ! Qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas…
là-bas… les merveilleux nuages !
 
Charles Baudelaire, poète français magnifique, né et mort à Paris, 1821-1867.  
 
 Texte 65
Chanson pie.
Il était noir,
Elle était blanche,
L’amour chantait malgré la loi
Sur la porte de leurs cinq doigts.
Mais une blanche
Vaut deux noires
Pour qui connait bien la musique,
L’histoire et la métaphysique.
À mort le Noir !
À mort la Blanche !
Du goudron pour qu’on la tartine !
Lui, roulez-le dans la farine…
Elle devint noire,
Il devint blanc.
Et ils trouvèrent que c’était mieux
Tandis qu’on les jetait au feu…
Il était noir,
Elle était blanche…
Que voulez-vous que je vous dise ?
Il n’en resta que cendre grise. Il était noir,
Elle était blanche…
Pourquoi voulaient-ils, elle et lui,
Mélanger le jour et la nuit ?
Hervé Bazin est un écrivain et romancier français, 1911-1996. Surtout connu pour ses romans, il a également publié de nombreux poèmes. Celui-ci a été mis en musique par Van Parys et chanté par Mouloudji.

Texte 64
Allez allez
Ne ramenez pas tant votre science,
Tout le monde ne peut pas tuer tout le monde,
Croyez-en ma vieille expérience.
Alors,
Tout saccagé qu'il est,
Le Grand Bal du Printemps
Peut-être
Ne fait que commencer
Jacques Prévert est un poète, scénariste, parolier et artiste français, 1900-1977. Il devint populaire grâce à son langage familier et à ses jeux sur les mots. Il écrivit 'Étranges étrangers' au sortir de la Seconde Guerre mondiale, époque où la France recourait à une main-d'œuvre étrangère après avoir utilisé les 'cobayes des colonies' comme soldats et où déferlait une vague xénophobe.

Texte 63
Invictus Dans les ténèbres qui m'enserrent, Noires comme un puits où l'on se noie, Je rends grâce aux dieux, quels qu'ils soient, Pour mon âme invincible et fière. Dans de cruelles circonstances, Je n'ai ni gémi ni pleuré, Meurtri par cette existence. Je suis debout, bien que blessé. En ce lieu de colère et de pleurs, Se profile l'ombre de la Mort. Je ne sais ce que me réserve le sort, Mais je suis, et je resterai sans peur. Aussi étroit soit le chemin, Nombreux, les châtiments infâmes, Je suis le maitre de mon destin, Je suis le capitaine de mon âme.William Ernest Henley est un poète, critique littéraire et éditeur britannique, 1849-1903. Il est principalement connu pour son poème 'Invictus'. C'est le poème préféré de Nelson Mandela.

Texte 62
Apartheid.
Je vous comprends si bien, mes frères  
Dans les méandres de l’Histoire,
Tant d’hommes se sont fait la guerre,
Pour un caillou.…Un peu de gloire.…
Vous avez cru à l’Amérique,
Champs de coton où vos peaux noires,
Dans ce pays démocratique,
Avaient le ton du désespoir.
Dans vos églises pathétiques,
Où vous chantiez, on pouvait voir
Oui, même là, dans vos musiques,
Des notes blanches et des noires.
Si vous avez vécu l’enfer
Les troquets blancs…les regards noirs…
Sachez bien qu’au vent du désert,
La poudre est blanche et l’or est noir
Dans cet univers utopique,
Vous trouverez, j’ose le croire,
Un fétu d’amour authentique
Qui consolera vos mémoires.
Cypora Sebagh. Nous savons d'elle qu'elle est née en 1957. Elle publie sa poésie sur les sites Internet. Cypora Sebagh, si vous vous remarquez ici, faites signe et dites-en plus sur vous.

 Texte 61
Un musulman, un chrétien, un juif et un athée entrent dans un café.…
Ils s'assoient ensemble, discutent, rient et deviennent potes.
Ce n'est pas une blague.
C'est ce qui arrive quand on n'est pas un imbécile
Anonyme. Poème libre, anonyme, remarqué sur Internet. Si l'auteur se remarque ici, sérieusement, qu'il se fasse connaitre pour la rédaction de quelques lignes de présentation. 
 
  ▶ Texte 60
« Je sais que je suis raciste, peut-être même envers plusieurs groupes. Je le regrette ; je préfèrerais dire que je ne suis pas d’accord avec certains groupes et, pourtant, il m’arrive d’avoir des accès jubilatoires quand des ennuis arrivent à un des groupes vis-à-vis desquels je me considère raciste. Je sais aussi que je ne voterais jamais pour un parti, nationaliste par exemple, qui aurait le moindre relent raciste. Je suis contre le racisme. Je sais encore que je ne suis pas excentrique ; je me considère dans la moyenne des gens. Je suis également un scientifique et non un rêveur. Mes convictions que le racisme est quasi universel sont donc basées sur une interprétation de recherches fiables et cohérentes. Cette interprétation n’est pas farfelue, même si nombre de collègues ne l’acceptent pas publiquement. Comme mes collègues, j’espère la disparition du racisme, mais nous différons sur les moyens à employer. J’écris ce livre avec la conviction que les conséquences les plus néfastes du racisme disparaitront ou diminueront si l’on accepte tout d’abord ce côté nauséabond de notre personne. Se battre contre ce que l’on ignore ou occulte est totalement vain. Améliorer ses faiblesses commande qu’à tout le moins on soit conscient de ses déficiences ».
 
Jacques-Philippe Leyens. Extrait de 'Sommes-nous tous racistes, psychologie des racismes ordinaires'. Jacques Philippe Leyens, 1942-2017, a été professeur émérite à L’Université Catholique de Louvain, en Belgique. Il a reçu, en 2002, la plus grande distinction européenne en psychologie sociale, le prix Henri Tajfel, pour la qualité de ses travaux. Il a beaucoup publié.

 Texte 59
Le racisme.
Le racisme est aussi dévastateur qu’un séisme,
Il se propage à la vitesse du guépard,
Et quand il vous pique avec son dard,
Ça fait mal et l’on est triste,
Puis après, on suit sa piste.
On fouille, on regarde, et quand on l’a trouvé,
On va vers lui et avant qu’il puisse frapper,
On lui parle, on essaye de lui expliquer,
Qu’au lieu de vouloir dire inégalité,
Sa définition pourrait être tendresse et amitié.
Mais s’il ne désire pas changer,
Alors tant pis pour lui, il sera capturé,
Car il exprime la terreur, et beaucoup en ont peur.
Il a l’apparence d’un méchant, d’un bagarreur,
Qui n’arrivera peut-être jamais à calmer sa fureur.
Mais heureusement, il y a les hommes de bien,
Qui prennent toujours le dessus,
Quand ils arrivent, c’est bientôt la fin.
Je sais qu’avec eux, je ne serai jamais déçu,
Mais pour le moment, on ne les a pas beaucoup vus.
 
Anonyme. Poème, empreint de fraicheur, remarqué sur Internet. Si le poète, au féminin ou au masculin, de ce texte, reconnait ses vers, qu’il se fasse connaitre, que nous célébrions son nom.
 
Texte 58  
Besoin de scotch.
Donnez-moi un petit bout de scotch,
Pour recoller les morceaux de mon cœur.
Donnez-moi un grand coup de scotch,
Pour anesthésier le tourment de mon cœur.
Ô doux leurre de l’amour fraternel,
Sempiternel.
Leur désamour me scotche.
Qu’on me redonne du scotch !
 
JeF Pissard est un écrivain de France et de Navarre, né à Poitiers en 1954 il réside à Pau. De nouveaux ouvrages sont à son actif depuis 1987, année de son entrée en livres. Il est aussi éditeur numérique des Éditions Jerkbook Art et Essai/e. Il y publie notamment l'un de ses livres dont il a la préférence 'Je t’aime Dieu non plus' sous-titré '70, Les turbulences d’une époque en province'.
 
 Texte 57
Les Noirs dans la société médiévale.
Le racisme anti-Noir au sens moderne du terme est inconnu au Moyen Âge. Il n'y a pas assez de gens de couleur en Europe pour que les blancs les perçoivent comme une menace. Les Noirs sont simplement une partie de la race humaine, qui souffrent, pèchent et, comme tout le monde, ont besoin d'un rédempteur . A la fin du Moyen Âge, des Noirs sont canonisés et la convention veut qu'il y ait toujours un Noir parmi les rois mages. Par ailleurs, le noir est l'attribut le plus courant pour désigner le mal et il est très souvent associé à Satan, ce qui n'équivaut pas à démoniser les Noirs mais ne joue à priori pas en leur faveur. Pour cette même raison, les bourreaux et les tortionnaires sont souvent représentés avec des hommes de couleur noire.
Association historique du Temple de Paris.

  Texte 56
Cher frère blanc,
Quand je suis né, j’étais noir,
Quand j’ai grandi, j’étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.
Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.
Alors, de nous deux,
Qui est l’homme de couleur ?
>
Léopold Sédar Senghor, 1906-2001, est un poète, écrivain, homme d'État français, puis sénégalais et premier président de la République du Sénégal (1960-1980) et il fut aussi le premier Africain à siéger à l'Académie française. Il a également été ministre en France avant l'indépendance de son pays.

  Texte 55
Ah bon, je suis noire ?!   
Pendant longtemps, je n'ai pas vraiment su que j'étais noire. Je sais, c'est étrange de dire cela   quand on me voit, c'est évident. Mais je me souviens qu'enfant, je répondais aux personnes qui me disaient noire   «Mais non, je suis marron et toi, t'es beige   Tout le monde croit que le racisme est un truc de méchant, une idée si grossière, si haineuse que personne n'est dupe quand elle se manifeste. Pourtant, le racisme le plus diffus et le mieux accepté se niche dans notre quotidien et s'exprime à travers les situations les plus ordinaires.
Rokhaya Diallo, née en 1978 à Paris, est une militante associative française, journaliste, réalisatrice et écrivain dont l'action s'inscrit dans la lutte contre le racisme, 'les préjugés ethno-raciaux' et contre la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises. Elle est l'auteure de plusieurs essais, comme 'Racisme : mode d'emploi', 'Comment parler de la laïcité aux enfants'. Elle a aussi réalisé plusieurs documentaires parmi lesquels 'Les Marches de la liberté' ou 'De Paris à Ferguson : coupables d'être noirs'.

Texte 54
Dans la peau d'un Noir.
[ Un écrivain s'’st transformé en Noir, le temps d’une expérience dans le sud des Etats-Unis.
« Je pris Chartres Street, dans le quartier français, et me dirigeai vers Brennan'’, un des restaurants réputés de la Nouvelle-Orléans. Dans un moment de distraction, je m'arrêtai pour compulser le menu qui était artistiquement mis en évidence dans la devanture. Je lisais, sachant que quelques jours auparavant j'aurais pu entrer et commander tous les plats que j'aurais voulus. Mais maintenant, tout en étant la même personne, avec le même appétit et les mêmes goûts et jusqu'au même portefeuille, aucun pouvoir au monde ne pouvait me faire entrer dans cet endroit et y prendre un repas. Je me souvins d'avoir entendu un Noir dire   « Vous pouvez vivre ici toute votre vie, mais vous n'entrerez jamais dans un des grands restaurants, sauf comme garçon de cuisine   C'est monnaie courante pour un Noir de rêver de choses dont il n'est séparé que par une porte, sachant qu'il ne les connaitra jamais. Je déchiffrai le menu avec attention, oubliant qu'un Noir ne fait pas une chose pareille. C'est trop poignant, comme le petit garçon les yeux écarquillés devant la vitrine du confiseur. Cela pourrait impressionner les touristes. Je levai les yeux pour voir les froncements de sourcils désapprobateurs qui peuvent tout exprimer sans que l’on ait besoin de paroles. Les Noirs apprennent à connaitre par cœur ce silencieux langage. Grâce au regard désapprobateur et irrité de l'Homme blanc, il sait qu’il sait qu'il doit passer son chemin, qu'il a dépassé la mesure.
John-oward Griffin, 1920-1980, est un journaliste et écrivain américain, réputé pour son combat contre les discriminations raciales dans son pays. Il s'est surtout illustré avec son livre 'Dans la peau d'un Noir', écrit à la suite de son expérience de la ségrégation raciale dans le sud des États-Unis en 1959. Pour cet ouvrage il a reçu le prix 'Saturday Review Anisfield Wolf' en 1962.

  Texte 53
Étranger,
Ton Christ est juif
Ta voiture est japonaise
Ta pizza est italienne
Et ton couscous est algérien
Ta démocratie est grecque
Ton café est brésilien
Ta montre est suisse
Ta chemise est indienne
Ta radio est coréenne
Tes vacances sont turques,
Tunisiennes ou marocaines
Tes chiffres sont arabes
Ton écriture est latine<
Et... tu reproches à ton voisin
D'être étranger  ? 
Jules Beaucarne, est un artiste belge né en 1936 à Bruxelles. C'est un poète, conteur, écrivain, sculpteur, comédien, chanteur, chantant en français et en wallon. 
 
Texte 52
Banzaï !
Pour combattre le racisme,
Fais-toi PANDA
Il est blanc,
Il est noir,
Il est asiatique,
Et il est gros !!
 
Anonyme (arrangé JeF Pissard)
 
  Texte 51
Le petit lapin noir.
II est tout malheureux, le petit lapin noir
Que sa blanche maman, ce soir, a rejeté
De la communauté.
Pas de lapin noir
Chez les lapins blancs,
C’est clair, mon enfant ?
Bonsoir !
Et on lui claque au nez la porte.
Il est jeune, il fait froid, qu’importe.
Rien ne sert ici d’insister,
II faut patte blanche montrer.
Alors, le petit lapin noir,
Dans un extrême désespoir,
Mais n’ayant pas de carabine,
Va se noyer dans la farine.
La neige, en rafale, soudain,
Hélas, lui bloque le chemin
Du moulin.
Quel destin,
Dieu, quel destin, petit lapin !
Lors, toute la nuit, il attend,
Et le lendemain, au matin,
Quand sa maman le voit dans son beau manteau blanc
Et qu’il n’est plus question de le laisser dehors,
Le petit lapin noir, vraiment, est bien content,
Bien que mort.
 
Michel Deville. Né en 1931 à Boulogne-sur-Mer, Michel Deville est connu avant tout en tant que cinéaste, pour les comédies qu’il a réalisées au cinéma comme 'Adorable menteuse', avec Marina Vlady (1963). Mais il a aussi publié des recueils de poèmes : 'Poèmes zinopinés' (1972), 'Poèmes zinadvertants' (1982) et 'Poèmes zimpromptus' (1985).
 
 Texte 50 
L’homme qui te ressemble.
J’ai frappé à ta porte,
J’ai frappé à ton cœur,
Pour avoir bon lit,
Pour avoir bon feu,
Pourquoi me repousser ?
Ouvre-moi mon frère !….
Pourquoi me demander
Si je suis d’Afrique,
Si je suis d’Amérique,
Si je suis d’Asie,
Si je suis d’Europe ?
Ouvre-moi mon frère !….
Pourquoi me demander
La longueur de mon nez,
L’épaisseur de ma bouche,
La couleur de ma peau,
Et le nom de mes dieux ?
Ouvre-moi mon frère !….
Je ne suis pas un noir,
Je ne suis pas un rouge,
Je ne suis pas un jaune,
Je ne suis pas un blanc,
Mais je ne suis qu’un homme.
Ouvre-moi mon frère !
 
René Philombé, nom de plume de Philippe-Louis Ombedé, 1930-2001 est un écrivain, journaliste, poète, romancier et dramaturge camerounais ayant écrit surtout en français.
 
  Texte 49 
Texte Amérindien.
« Il parait qu’autrefois nous étions civilisés et instruits…
Nous savions parler aux arbres et à toutes les plantes, au peuple ailé,
Aux quadrupèdes, aux êtres rampants, aux mammifères et au peuple des poissons.
De plus, nous étions capables de communiquer entre nous…
Nous formions un seul et même esprit.
C’est ce qu’on appelle être civilisé, ou instruit.
Et puis nous nous sommes éloignés de cette connaissance
Pour devenir ce que nous sommes… »
 
Black Elk, en français Wapiti Noir, 1863-1950, est un docteur et homme sacré de la tribu des indiens Lakotas. Il fut un petit-cousin du célèbre chef indien Crazy Horse.
 
 Texte 48
Le sang.
« Oui, il existe plusieurs groupes sanguins différents : ils sont au nombre de quatre, A, B, O et AB. Le groupe O est donneur universel. Le groupe AB est receveur universel. Cela n’a rien à voir avec une question de supériorité ou d’infertilité. Les différences sont dans la culture – la langue, les coutumes, les rites, la cuisine, etc. Souviens-toi c’est Tam, l’amie vietnamienne de ta maman, qui lui a donné du sang, alors que ta maman est marocaine. Elles ont le même groupe sanguin. Et pourtant elles sont de cultures différentes et n’ont pas la même couleur de peau. »
 
Tahar Benjelloum, Le racisme expliqué à ma fille (Maroc). Tahar Ben Jelloun est un écrivain, poète et peintre franco marocain, né le 1er décembre 1944 ou 1947 ou 1949, à Fès au Maroc. Il a été récompensé du prix Goncourt 1987 pour son roman 'La Nuit Sacrée'.
 
  Texte 47
Portrait de l’autre.
L’Autre :
Celui d’en face, ou d’à côté,
Qui parle une autre langue
Qui a une autre couleur,
Et même une autre odeur
Si on cherche bien…
L’Autre :
Celui qui ne porte pas l’uniforme
Des bien élevés,
Ni les idées
Des bien-pensant,
Qui n’a pas peur d’avouer
Qu’il a peur…
L’Autre :
Celui à qui tu ne donnerais pas trois sous
Des-fois-qu’il-irait-les-boire,
Celui qui ne lit pas les mêmes bibles,
Qui n’apprend pas les mêmes refrains…
L’Autre :
N’est pas nécessairement menteur, hypocrite,
Vaniteux, égoïste, ambitieux, jaloux, lâche,
Cynique, grossier, sale, cruel…
Puisque, pour Lui, l’AUTRE…
C’est Toi
 
Robert Gélis est un poète, conteur et nouvelliste français né en 1938. Il a publié des recueils de poésies : 'Poèmes à tu et à toi', 'En faisant des galipoètes'… et des contes 'Histoires et contes du loup-phoque'… d’humour et d’humanité.
 
  Texte 46
Je veux être raciste !
| Texte ironique |
Ça doit être génial d’être raciste. Franchement, j’aimerais bien l’être. Je rigole pas. Parce que quand t’es raciste, tu sais toujours qui est le coupable et pourquoi se fatiguer à chercher, ce sont toujours les mêmes.
Quand t’es raciste, tu te sens super intelligent car tu trouves des solutions super-simples aux problèmes complexes. Yaka couler les bateaux, tous les renvoyer chez eux, interdire l’Islam au nom de la liberté d’expression. Et zou, c’est réglé. Ô toi le raciste, comme je t’envie tes belles évidences tranquilles alors que je gaspille mon temps à douter de tout.
Quand t’es raciste, tu trouves le moyen d’avoir raison chaque jour. T’es un peu déçu quand c’est un belge-catho-blanc qui a braqué Mémé, mais tu trouves vite une occasion de te consoler.
Quand t’es raciste, t’es un vrai résistant et ceux qui pensent pas comme toi sont soit des bisounours soit des bobos, soit des collabos, alors que toi, tu es extra-fort et puissant. Y a plus qu’à passer à l’action.
Quand t’es raciste, tu es un homme, un vrai, parce que tu sais ce qu’il faut faire alors que les hommes politiques n’ont pas de couilles. Et puis quand t’es raciste, t’es aussi voyant extra lucide car tu connais l’avenir de l’Europe si ON ne fait rien très vite. Alors que moi, j’arrive pas à prédire le temps qu’il fera demain même après avoir lu la météo.
Ce qui est formidable dans la vie d’un raciste, c’est que tu peux être à la fois raciste et victime du racisme. Rien ne t’empêche de faire partie d’une minorité et d’en maudire une autre. Qu’est-ce que ça doit défouler.
Quand t’es raciste, tu connais pas la honte car tu dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Et c’est là qu’on voit que t’es vraiment costaud, parce que moi, je sais pas ce que les autres pensent et j’aimerais bien avoir aussi ce super pouvoir.
Quand t’es raciste, tu dois jamais te poser les questions qui font mal vu que quand quelque chose va de travers, c’est forcément quelqu’un d’autre qui doit changer et pas toi. Ça, ce sont de vraies vacances.
Et puis t’es pas raciste, t’es islamophobe et ça c’est plus fort que fort. Parce qu’une phobie, c’est une névrose caractérisée par une peur irraisonnée et incontrôlable d’un danger inexistant. Je t’envie trop parce que moi, mes désordres mentaux, je fais tout ce que je peux pour pas trop les montrer alors que toi tu réussis à en faire un drapeau.
Quand t’es raciste, la vie est simple parce que tu peux mettre tous les groupes dans le même sac sans te sentir affreusement con alors que moi, dès que je fais une simple généralité je me trouve débile.
Aidez-moi les gars, je cherche un groupe ethnique à haïr. Ouvert à toute proposition. Et si toi aussi, tu voudrais devenir raciste mais que tu y arrives pas, partage !
 
Philippe Dylewski. Il semble que Philippe Dyleswski soit un directeur d’agence de détective privé, s’adonnant à l’écriture.
 
Texte 45 
Dupont !
C’est pas parce que tu as trois ou
Quatre générations en tout
Bien empilées dans ta valise,
Bien tatouées sous ta chemise,
C’est pas parce que tu t’appelles Dupont
Que tu en as plus dans le pantalon…
Moi, j’en connais des Arturo,
Des Isaac, des Hidalgo,
Des petits Français de gouttière,
Des gentils gaulois de barrière
Qui te valent, pauvre franchouillot !
C’est bien parce que je m’appelais Tachdjian
Que cet enfoiré d’enseignant
M’a fait rerépéter mon nom
En travers, en large et en long,
J’avais onze ans, c’était la nuit,
J’y repense encore aujourd’hui…
Je le jure sur toutes vos races,
Je vous jure que c’est dégueulasse, < br/> Je souhaite à cet instituteur
Que sa fille perde sa candeur
Avec le nègre d’en face !
Si tu savais comme je serais bien,
En plus d’être un peu arménien,
Si j’étais également arabe,
Juif allemand avec une barbe,
Enfin bref un de ces métèques
Qui te piquent ta femme et ton steak…
Dors tranquille, mon pauvre Dupont,
Sur tes deux oreilles, sur ton nom,
Personne ne songe vraiment
À t’arracher les ongles et les dents
À part ton vieil ami Durand !
 
Henri Tachan, dit Henri Tachan, né en 1939 à Moulins, est un auteur-compositeur-interprète français.
 
Texte 44
Ce n’est qu’au jeu de cartes
Que les couleurs m’importent.
Ou au jardin
Pour commenter les parfums.
Ou avec mes chats
Pour commenter leurs noms.
Avec les humains
Je suis daltonien.
 
Michel Besnier est un poète et romancier français né à Cherbourg en 1945.
 
Texte 43 
Pas raciste, la mort !
Après cinq minutes, l’encéphale dégénère.
Relâchement des muscles et des sphincters,
Provoquant l’excrétion de l’urine et des matières.
Le corps encore tiède est d’une cireuse pâleur.
Il devient rigide au bout de cinq heures.
Des taches rouges apparaissent après vingt-quatre heures.
Le corps ne cesse de se putrifier et d’exhaler.
La peau devient parchemin sur les os, prête à crever.
Les ongles, les poils, les cheveux, finissent par tomber.
Les organes se délitent en ketchup mayo, en interne,
Remplissant un temps le crâne, le thorax, l’abdomen.
Plus de cœur en six mois, et plus de foie en trois semaines.
Les graisses glissent et pendent sur les bords de la bière.
Les liquides corporels et leurs sels vont à la terre.
Cinq mille litres de gaz emplissent l’atmosphère.
Le corps n’est plus qu’un squelette au bout d’un an,
Auquel tiennent encore des bribes de ligaments.
La désunion des os demande, elle, quatre à cinq ans.
Voilà, oui je sais, c’est ragoutant.
Mais c’est le lot de la mort qui prend le même temps,
Pour les Noirs, les Rouges, les Jaunes, les Blancs.
Alors raciste, la mort ! ? Ah ça non !
 
JeF Pissard est un écrivain de France et de Navarre, né à Poitiers en 1954 ; il réside à Pau. De nouveaux ouvrages sont à son actif depuis 1987, année de son entrée en livres. Il est aussi éditeur numérique des Éditions Jerkbook Art et Essai/e. Il y publie notamment l’un de ses livres dont il a la préférence : 'Je t’aime Dieu non plus' sous-titré '70, Les turbulences d’une époque en province'.
 
Texte 42 
Ils m’ont traité de Nègre | De Chinetoque | De Toubab | De Bougnoule | De singe | De Niakh | Ils disent que les Noirs sentent fort | Ont un gros nez | Sont sales | Ils disent aussi que les Métis ne sont ni de vrais blancs ni de vrais noirs | Que les Arabes sont des voleurs et des paresseux | Que les Asiatiques se ressemblent tous | Que les Blancs ne se lavent pas | Parce que je m'exprime bien de français, j'ai la peau claire et les traits fins, les gens ne me croient pas africaine | Parce que nous sommes des jeunes de couleur, les gens ne nous pensent pas dignes de confiance | Parce que je suis marocain, et moi sénégalaise, les gens ne comprennent pas pourquoi on est amis. Pourtant l'amitié n'a pas de frontière | Parce que l'amour est universel, il ne devrait pas avoir de couleurs | En 2013, la France, la Jordanie et l'Inde figurent sur la liste des pays les plus intolérants. Mis à part ça, nous avons déjà été tous témoins d'un acte de racisme. Ainsi pour la trente-sixième semaine de la lutte contre le racisme et les discriminations, je vous invite tous à travailler ensemble pour changer les mentalités et ainsi construire un monde meilleur sans discriminations. Le racisme vient de l'ignorance Unissons-nous contre le racisme.
 
Retranscription des dialogues du clip 'Tous contre le racisme', diffusé sur Youtube par Aimnshoot Films 2015. Avec la participation de Alioune Sanogo, Chloé Seonyoung Jang, Meganne Visette, Rim Chebab, Aude Émilie Homawoo, Carl Ametepe, Dalila Yaro, Kevyn Bele-Binda, Jessica Angui, Pearl Andrieu, Karma Aboukheir, Alysée Bouchet, Naomie Mandilou, Khalil Séré, Omar Ledjiar, Ngouille Yabsa Ndiaye, William Bansah, Barbara Vivet, Jean-Marie Mousenga.
 
Texte 41 
Aux Martiens !
Dis, sont-ils verts ?
Espérons qu’ils soient verts.
Qu’ils laissent entrer les navigants de la Terre
Pour qu’ils exploitent leurs terres.
Nous allons reconquérir.
Et ils vont souffrir.
Nous allons être sur leurs dos.
Nous ne leur ferons pas de cadeaux.
Attention, les Martiens !
Attention aux Terriens !
Ils l’ont déjà fait !
 
Neoo3 (retouché JeF Pissard). Neoo3 est un poète moderne du Net. Il publie des texte sur Internet sans qu’on ne sache qui il ou elle est vraiment.
 
Texte 40  
Je vois des gouttes sur la fenêtre,
Chacune n’en fait qu’à sa tête,
Si différentes mais pourtant si similaires,
Est-ce que sur Terre, il y a six mille airs ?
Mais chez toi qu’est-ce qui te gêne ?
Pourtant je respire le même oxygène,
Est-ce que moi ça me gêne que nos ADN
Partagent les mêmes gênes ?
Non, mais moi ça me gêne
Que d’autres comme toi partagent cette gêne.
Cœur, poumons, pieds, notre anatomie est la même.
Est-ce que de l’arc-en-ciel, les couleurs
Se demandent qui est la reine ?
Alors pourquoi penses-tu être supérieur
Parce que nos couleurs ne sont pas les mêmes ?
 
Yung Malick (légèrement retouché JeF Pissard. Yung Malick est un jeune réalisateur africain. Il fait aussi parfois dans la poésie. Témoin, ce texte trouvé sur Internet.
 
Texte 39
« L’intelligence prend fin où commence le racisme. Le racisme, c’est le vers qui ronge le fruit de l’intelligence, la rouille qui corrode et détruit la dignité de la personne. Le raciste, fait de peur et d’ignorance, traumatisé par le manque d’intelligence et d’estime de soi, et nourri par la haine de l’autre du fait d’un complexe d’infériorité profond et incoercible, est à la fois le danger et la victime : un danger pour les autres (l’enfer virtuel, ce n’est pas l’autre, c’est le racisme) et une victime de lui-même. Une victime qui devient le bourreau de l’autre. Prisonnier de ses préjugés, phobies et contradictions, le raciste n’aime pas la liberté car la liberté, c’est la diversité, la pluralité d’être et de choisir. Lui aussi – né du métissage d’un homme et d’une femme – a peur de choisir parmi la diversité des options, critères et modèles tout comme l’effraient la cohabitation, la communication et le rapport individuel aux autres. Devoir reconnaitre les différences l’angoisse tout comme le métissage – pureté ô combien audacieuse – l’épouvante. »
« Il y a certaines perversions de l’intelligence et de la société humaines contre lesquelles il est inutile de lutter ouvertement. La seule action positive est d’éduquer les enfants de telle manière que ces perversions leur paraissent inacceptables les moindres égarements. De toutes ces perversions, le racisme est sans doute la plus répugnante. »
 
Manuel-Martin Ramirez, textes déclaratifs. Manuel-Martin Ramirez, le président de l’association 'Presencia Gitana', à Madrid.
 
Texte 38  
Le racisme semble d’abord se caractériser par une antipathie accrue, une sensation de compétition plus violente entre mâles de race différente ; mais il a pour corolaire une augmentation du désir pour les femelles de l’autre race. Le véritable enjeu de la lutte raciale n’est ni économique, ni culturel, il est biologique et brutal : c’est la compétition pour le vagin des jeunes femmes. »
 
Michel Houellebecq, 'Plaforme', monologue de Robert le vieux raciste. Michel Houellebecq, né Michel Thomas à la Réunion, en 1956 (acte de naissance), ou en 1958 (selon lui), est un écrivain français. Poète, essayiste, romancier et réalisateur, il est l’un des auteurs contemporains de langue française les plus connus et traduits dans le monde. Il a reçu le prix Goncourt 2010 pour son livre 'La carte et le territoire'. Il a fait quelques apparitions remarquées en tant qu’acteur.
 
Texte 37 
[ … ]
Je te forcerai à te rendre !
Je brandirai l’étendard de nos différences,
Briserai la prison de tes obsessions,
Déchirerai les livres des interdits.
Ce sera le début de l’exil,
Vers ton avenir.
Je t’apprendrai les couleurs,
Du sang qui coule dans les cœurs,
La musique des amours cachés,
La beauté d’un échange,
Le temps d’un mélange !
Tu t’effondreras dans mes bras,
Me suppliera de toute refaire,
Pour effacer la honte,
D’avoir été inférieur à,
Toi-même !!!
 
Mick-Jhon (légèrement retouché JeF Pissard). Mick-Jhon publie des textes poétiques sur Internet.
 
Texte 36 
Humain à l’eau !
Moi humain Papou,
Primaire et pas vous ?
Si évoluer c’est ça,
Moi j’évolue pas pour un sou.
Moi parler des glaciers,
Si coulés, moi fâché,
Je saurai où te chercher
Quand comme moi tu seras perché.
Mais oui, retiens-moi bien,
Piercing tout comme les tiens,
Le même trou qu’à la couche d’ozone,
Je te le ferai, à l’étui pénien.
Mais vole, vole, voyage,
Fais-les tes reportages,
Mais pot de colle,
Crache loin dans votre bol de potage.
Dans votre monde de gotha,
Moi ? Je n’en voulais pas,
Évidemment que tu crois,
Mais on se tait quand on ne sait pas
Ta bouche, gros bêta,
Écoute, la nature est là
Ne vous étonnez pas,
Ça pue le coup d'État.
Humain à l’eau !
Humain à l’eau !
Mais petit modernisé,
Pourquoi tu me parles mal ?
Je respecte les Pygmées,
Donc respecte les Maassaï,
Je respecte ton terrier,
Respecte mes terres,
Je respecte les insectes,
Donc respecte les mammifères.
Je te l’explique encore,
Moi devoir définir,
Toi pas comprendre, < br/> Pas parler ou plutôt réfléchir ?
Le pauvre il faut l’aider,
Son pote il faut l’aider donc,
Déléguer au délégué,
Qui délèguera au délégué.
Imbécile, tais-le !
Même si, tais-le !
Trop risqué d’être écouté,
Même à telle, telle ou telle heure.
C’est un euphémisme,
Oui, je t’idéalise,
Et la culture de la bêtise
De ça, oui, je suis raciste.
Humain à l’eau !
Humain à l’eau !
Ça fait quatre fois que 'ton hélico passe,
Et tout le village a les boules,
Passez, passe, mais faites gaffe,
Si un jour il s’écroule.
Y’a pas de gang ou de police,
Nan, ce n’est pas la zone ici,
Les jaguars ne roulent pas,
Chez moi c’est l’Amazonie,
Ou c’était, pour ce qu’il en reste.
Mais garde-les tes arbustes,
Touche encore un poil à ma forêt,
Ton pénis, j’en ferai des buches,
Toi et toutes tes perruches,
Tes Christophe Colombus.
Trop tard pour les excuses,
Au nom du déluge,
3G, 4G ou déchet,
Oubliez G8, G20 ou j’ai chié,
Et j’ai bien caché.
Vous décidez de ça à notre insu,
Moi aussi j’aurais aimé être entendu,
Donc arrêtez de suite,
Vous êtes stupides ou quoi ?
Les études ne donnent aucune science infuse.
Humain à l’eau !
Humain à l’eau !
Humain à l’eau !
Humain à l’eau !
 
Stromae. Paul Van Haver, dit Stromae ou Paul, né en 1985 à Etterbeek, est un auteur-compositeur-interprète et producteur belge de hip-hop, de musique électronique et de chanson française originaire de Laeken, à Bruxelles.
 
Texte 35 
Quand le sang de tes veines
Retournera à la mer,
Et que la terre de tes os
Retournera dans le sol,
Alors peut-être
Te rappelleras-tu
Que cette terre
Ne t’appartient pas,
Mais que c’est toi
Qui appartient
À cette terre.
 
Inconnu. Poème indien.
 
Texte 34 
Ici,
Des pavillons,
Des pommes argentées.
Là-bas,
Des cases,
Des calbasses.
Ici,
Le froid,
La pluie.
Là-bas,
Le chaud,
Le soleil.
Ici,
Un bateau à moteur.
Là-bas,
Une pirogue à pagaies.
Ici,
Une forêt polluée.
Là-bas,
Une savane ensoleillée.
Ici,
Un cœur joyeux.
Là-bas,
Des gens heureux.
 
Cassandra Drouin est une poétesse du Net.
 
  Texte 33 
Ne décline pas de nom,
Pedigree,
Et curriculum vitae,
Ton pays,
Tes convictions,
Tes goûts et tes malheurs.
Si tu oses me dire
Que tu es un homme,
Viens t’assoir
Près de mon cœur,
Tout à droite.
 
 Malick Fall, 1920-1978, est un poète sénégalais, enseignant de formation. Il a été en service au ministère de l’information avant de devenir ambassadeur du Sénégal au Maroc, en Éthiopie, en Tunisie. Avant de faire paraitre son remarquable livre 'La plaie', il avait publié en 1964 un recueil de poèmes intitulé 'Reliefs'.
 
 Texte 32 
Va à l’étranger comme chez ton ami,
Et chez ton ami comme à l’étranger.
Depuis longtemps nos langues nous séparent,
Malgré les montagnes,
Les plaines,
Les rivières,
Que nous avons grimpées,
Traversées,
Longées.
Depuis longtemps nos dieux nous séparent,
Malgré le désert,
Le ciel,
La mer,
Que nous avons priés.
Le pommier est-il l’étranger du pin ?
L’oranger, celui du chêne ?
Le reflet du peuplier dans la rivière de Castille,
Est-il plus clair que celui du bouleau,
Dans un lac de Finlande ?
La neige qui tombe à Odense,
Au Danemark,
Le jour de Noël,
Est-elle plus blanche,
Que celle qui tombe des rêves du Touareg,
À Bamako,
Le jour de L’Aïd ?
La lune que je contemple ce soir,
Dans l’hémisphère nord,
Est-elle plus ronde,
Que celle qu’on ne voit pas ce soir,
Dans l’hémisphère sud ?
Depuis longtemps nos langues nous attirent,
Grâce aux pains,
Aux chants,
Que nous partageons,
Autour de la même table.
Et la main qui m’ouvre le chemin,
Dans ce pays où je me perds,
M’est plus proche,
Que celle qui menace,
Dans mon pays où l’on se perd,
Dès que de l’autre côté de la route,
Qui relie nos villages,
Nos quartiers,
Dans notre ville,
De notre pays,
Ils font de l’inconnu,
Un étranger.
Yvon Le Men, est un poète et écrivain français, né en 1953 en Bretagne. Son œuvre poétique comporte plus d’une trentaine d’ouvrages.
 
Texte 31 
Suis-je ou ne suis-je pas aux yeux de ces gens-là ?
Qu’ai-je fait pour être tant détesté/e ?
Qu’ai-je fait pour être tant rejeté/e ?
Suis-je ou ne suis-je pas aux yeux de ces gens-là ?
Ont-ils peur de mes idées ?
Ont-ils peur de partager ?
Ont-ils peur d’échanger ?
Ont-ils peur de la richesse ?
Est-ce là, vraiment un signe de sagesse ?
Suis-je ou ne suis-je pas aux yeux de ces gens-là ?
De mon corps, ils ne voient que les décors.
Pour eux, je suis : une religion, une nation, une couleur, et puis un pays !
Pourquoi me rejeter alors que j’ai tant à donner ?
Suis-je ou ne suis-je pas aux yeux de ces gens-là ?
 
Samira, 12 ans, 1er (exæquo) prix concours de poésie de Bruxelles. Une des belles découvertes textuelles sur Internet. Le titre du poème est 'Pourquoi le racisme ?'. Nous n’en savons pas plus sur ce concours et sur cette jeune et talentueuse Samira. En tout cas, grand bravo !
 
 Nous progressons, de texte en poésie, dans le déroulé de notre compilation titrée 'LE TOUR DU RACISME EN 80 TEXTES'. Et, AVERTISSEMENT !, nous nous sommes posé la question de savoir s’il fallait publier ici, un texte raciste d’une grande violence pour montrer de quoi il peut être question ! ? Vraiment !!! Nous allons donc en publier un, en début de la seconde partie, à suivre, de notre compilation. Il s’agit d’un texte d’un chef nazi pendant la dernière guerre mondiale. Attention, il est glaçant !!!
 

L'AUTEUR /E

Photo de l'auteur


DES AUTEURS DU MONDE CONTRE LE RACISME

Vous êtes en lecture de l'ouvrage de compilation ' 'LE TOUR DU RACISME EN 80 TEXTES' …
'connus, inconnus, inédits, écrits pour la circonstance'...

Vous découvrez ces plumes illustres et d'autres qui le sont moins, les textes de tous nous étant apparus avoir le talent pour figurer ici.

ATTENTION ! Dans le cours de cet ouvrage célébrant la lutte contre le racisme, nous avons choisi de publier deux textes de deux tristes personnages historiques s'étant adonnés au plus haut degré de racisme sanguinaire. L'objectif est de montrer ce que peut être véritablement ce racisme que les auteurs publiés dans ce livre dénoncent dans leurs textes.

Éditions Jerkbook | Collection Art et Essai/e | Les textes collectés l'ont été par JeF Pissard.

Aux auteurs publiés dans ce livre ! Beaucoup de textes d'anonymes et d'auteurs inconnus publiés ici. Si vous êtes de ceux-là, que vous vous reconnaissez et que vous souhaitez que des précisions soient apportées, ou toutes autres demandes, y compris celle d'être retiré de la publication, faites-le savoir sur le site des Éditions.

CE QU'ON DIT DE CE LIVRE

« Cet ouvrage de compilation, de toutes plumes littéraires et littérales, à 360° autour du monde, montre démontre, noir sur blanc, et l'inverse, etc., que le problème du racisme est l'affaire de tous. » Vigilance de tous les instants !...| Dominique Léonie.

Suite et fin de 'LE TOUR DU RACISME EN 80 TEXTES'

Texte 30
Extrait d’un discours d’Himmler, fait à Posen, au cours des journées SS Gruppenführer, le 4 octobre 1943.
« Il doit y avoir une règle absolue pour les SS : être honnêtes, corrects, loyaux et amicaux envers les membres de notre propre race et envers personne d’autre. Le sort d’un Russe, comme celui d’un Tchèque, m’est totalement indifférent... Que les autres nations vivent dans l’opulence ou qu’elles meurent de faim cela ne m’intéresse que dans la mesure où nous avons besoin d’esclaves pour notre 'Kultur', sinon cela ne m’intéresse pas. Si dix mille femmes russes tombent d’épuisement en creusant un fossé anti-tank, seul m’importe l’achèvement du fossé anti-tank pour l’Allemagne. Nous ne serons jamais brutaux et insensibles lorsque cela ne sera pas indispensable, c’est évident. Nous, Allemands, qui sommes les seuls au monde à avoir une attitude correcte envers les animaux, nous aurons également une attitude correcte envers ces animaux humains. Mais ce serait un crime contre notre race de nous soucier d’eux et de leur donner un idéal, car nos fils et nos petits-fils auraient encore plus de difficultés avec eux. (…) Si quelqu’un vient vers moi pour me dire : « Je ne peux pas faire construire le fossé anti-tank par des enfants ou des femmes. Cela est inhumain, car ils en mourront , je dois lui répondre : « Tu es un assassin pour ceux de ta race, car Si le fossé n’est pas construit, des soldats allemands mourront et ce sont des fils de mères allemandes. Ils sont de notre race ». C’est ce que je voudrais inculquer à chaque SS, et – comme je le crois – ce que j’ai inculqué comme une des lois les plus sacrées de l’avenir : « Notre souci, notre devoir c’est notre peuple, c’est notre race ». Cela doit être notre souci, notre pensée, notre travail, notre combat et rien d’autre... Tout le reste n’est que bulles de savon, imposture envers notre propre peuple et entrave à un succès proche dans la guerre. »
H.H. Heinrich Himmler est l'un des plus hauts dignitaires du Troisième Reich, 1900-1945 (mort par suicide).

Texte 29
Déclaration d'Hitler... Pour comprendre.
« Notre racisme n'est agressif qu'à l'égard de la race juive. Nous parlons de race juive par commodité de langage, car il n'y a pas, à proprement parler, et du point de vue de la génétique, de race juive (…) La race juive est avant tout une race mentale, c'est quelque chose de plus solide, de plus durable qu'une race tout court. Transplantez un Allemand aux États-Unis, vous en faites un Américain. Le Juif, où qu'il aille, demeure un Juif. C'est un être par nature inassimilable. Et c'est ce caractère même qui le rend impropre à l'assimilation, qui définit sa race. Voilà une preuve de la supériorité de l'esprit sur la chair ! »
A.H. Adolf Hitler, homme politique, chancelier, homme d'État, nazi, criminel de guerre 1889-1945 (mort par suicide).

Texte 28
Et si après les atrocités commises par les tristes personnages évoqués ci-dessus, et malheureusement bien d'autres, Dieu avait renvoyé son fils une deuxième fois sur Terre... Et que personne, hormis l'auteur de ce très beau texte à venir, ne s'en était aperçu ?!?
« Jésus... !
C’est ici que je l’ai rencontré. Il affirme avec force qu’il est le fils de Dieu. Une révélation ! Non, pas seulement, mais des signes, des preuves même, une évidence, et depuis toujours : le prénom de sa mère, Marie, cette tache sur son flanc gauche, les gens qui se retournent sur son passage et murmurent, la couleur de ces murs, mon regard posé sur lui, mes questions, son internement aussi, tout converge et vient alimenter cette certitude qu’il porte et l’anime. Grand et maigre, le visage anguleux, il proclame a capella sa vérité au monde dans un océan d’indifférence. Sa voix le porte, le transporte, lui permet de marcher et prophétiser comme les rois de la Bible. Dieu lui a parlé, confié un message, une destinée qui éclatera bientôt aux yeux de tous. Derrière ces murs, il a le devoir de soigner les malades, si nombreux ici, les faire marcher, leur imposer les mains. Est-ce l’extravagance du personnage, la certitude absolue de son propos, la misère de ces lieux où j’avance mes premiers pas ? Un instant, je me suis pris à penser : et si c’était vrai ? C’était il y a bien longtemps. »
Docteur Alain Rault, 'Jésus, en hôpital psychiatrique'. J’aime ce texte, il porte à réfléchir... Il est extrait de 'Pour une psychiatrie de la rencontre', du médecin psychiatre Alain Rault.

Texte 27
Dieu.
Dieu a tout créé.
Dieu a créé le racisme.
Mais Dieu a aussi créé l'antiracisme.
Avec tout le respect que je lui dois,
Dieu est un fouteur de merde.

Philippe Geluck
Depuis six mille ans, la guerre
Plaît aux peuples querelleurs,
Et Dieu perd son temps à faire
Les étoiles et les fleurs.

Victor Hugo
Dieu est vivant et en bonne santé.
Il est actuellement au travail
Sur un projet moins ambitieux.

Roger Nimier
Dieu, date de naissance inconnue, Immortel.

Texte 26
Je rêve d’un monde.
Je rêve d'une ronde d'humains, féminins, masculins, se tenant par la main, brune ou blanche, pâle ou couleur du soleil levant, qui tiendrait le langage du bien, d'un pôle à l'autre et dans son quotidien. Je rêve d'un monde que cette ronde partagerait entre louanges et bontés, sans distinction de race ou de sexe, et avec les anges qui en sont dénués. Je rêve d'un monde sans violence et ses maladresses qui ternissent avec adresse le visage d'enfants et de femmes soumises à ceux, qui au nom d'on ne sait quel dieu ou quel précepte, offensent et agressent leur digne et égale valeur, leur interdisant le plus petit bonheur. Je rêve d'un monde d'une seule rumeur… respecter son prochain, quels que soient son genre, son identité, sa couleur, sa variété, sa grandeur ou sa petitesse, sa complexité, son ardeur, sa richesse ou sa pauvreté.
Samie Louve, rédidente de Pau, est une poétesse qui se produit très souvent, partout, en spectacle, à déclamer sa prose versifiée et ses vers, accompagnée de Vincent, le guitariste, qui fait vibrer ses cordes sur les mots de Samie. Je la connais, je les connais : ils sont magnifiques !

Texte 25
« J'ai toujours été connu comme un rouspéteur. Je n'ai jamais rien accepté purement et simplement. En classe, je n'ai cessé d'être rebelle. Je me souviens d'une scène, à l'école primaire. J'étais assis à côté d'un petit bonhomme, à qui je demandais : « Que lis-tu ? » C'était un livre 'Nos ancêtres les Gaulois avaient les cheveux blonds et les yeux bleus...' « Petit crétin » lui dis-je, « Va te voir dans une glace ! » Ce n'était pas forcément formulé en termes philosophiques, mais il y a certaines choses que je n'ai jamais acceptées, et je ne les ai subies qu'à contrecœur. Quand je parle des situations insupportables, je pense d'abord à la médiocrité de la vie coloniale : « Monsieur le Gouverneur, Monsieur le Préfet, mon Colonel, mon Général, etc. » Dans la vie, il y a des choses que l'on supporte très mal et, si nous faisons tous un effort, c'est parce que nous sentons qu'il est urgent de faire naitre une autre civilisation. Ce n'est pas très original, mais c'est vrai : il faut un autre monde, il faut un autre soleil, il faut une autre conception de la vie. C'est cela l'effort collectif. Ces temps derniers – il n'y a rien de neuf dans ce que je dis là –, tout ce dont rêvaient les philosophes s'est terminé par une terrible déconvenue. La dernière chose que l'on ait imaginée, c'était le communisme... Il faut repartir vers un autre monde qui affirme la peur de la violence, la peur de la haine et le respect de l'homme, son épanouissement. »
Aimé Césaire, extrait de 'Nègre je suis, nègre je resterai'. Aimé Césaire, 1913-2008, est un écrivain, poète, et homme politique. Membre du Parti communiste, il est élu maire de Fort-de-France en 1945, puis devient député jusqu'en 1993. Il quitte le parti pour cause de désaccord sur la déstalinisation, en 1956, et crée le Parti Progressiste Martiniquais qui revendique l'autonomie de la Martinique. Siégeant comme non inscrit à l'Assemblée nationale, il devient apparenté socialiste de 1978 à 1993. Il reste maire de Fort-de-France jusqu'en 2001.

Texte 24
Le globe.
Offrons le globe aux enfants,
Au moins pour une journée.
Donnons-leur afin qu'ils en jouent
Comme d'un ballon multicolore,
Pour qu'ils jouent en chantant parmi les étoiles.
Offrons le globe aux enfants,
Donnons-leur comme une pomme énorme,
Comme une boule de pain toute chaude,
Qu'une journée au moins ils puissent en manger à leur faim.
Offrons le globe aux enfants,
Qu'une journée au moins le globe apprenne la camaraderie,
Les enfants prendront de nos mains le globe,
Ils y planteront des arbres immortels.
Nâzim Hikmet, 'C'est un dur métier que l'exil'. Nâzım Hikmet Ran, 1901-1963, est un poète turc, puis citoyen polonais, longtemps exilé à l'étranger pour avoir été membre du parti communiste de Turquie.

Texte 23
Non, l'homme 'blanc'
N'est pas plus évolué,
Plus intelligent...
Il n'est pas 'mieux'
Que les autres.
Il le croit,
Il le pense
Et il ne l'est pas.
D'autres,
Pas 'blancs'
Le croient aussi.
Ils se trompent
Tout autant. 
GTK. Poème remarqué sur le Net, sans savoir qui est ce ou cette GTK.

Texte 22
Quand le dernier arbre
Sera abattu,
La dernière rivière
Empoisonnée,
Le dernier poisson
Capturé,
Alors le visage pâle
s'apercevra que
L'argent
Ne se mange pas...
Sitting Bull, 1831-1890, est un chef de tribu et médecin des Lakotas Hunkpapas.

Texte 21
Parodie
Ô injures ! Ô racisme ! Ô peau maltraitée !
N'ai-je donc tant vécu que pour être détesté ?
Et ne fais-je tant d'efforts chaque jour
Que pour entendre des moqueries pour toujours ?
Ma peau, qui encaisse tous les combats,
Ma peau, qui m'a tant de fois tiré vers le bas,
Qui tant de fois a été jetée au sol,
Trahit donc mes rêves et me fait rater mon envol ?
Ô cruel souvenir de mon enfance passée !
Œuvre de tant de joies gâchées à tout jamais !
Haine fatale à mon bonheur !
Insultes répétées qui ravagent mon cœur !
Faut-il de vos regards voir jaillir ma honte,
Et mourir sans connaitre la joie ou vivre en laissé-pour-compte ?
Anonyme. À la manière de Le Cid, de Pierre Corneille. Poème parodique remarqué sur le Net. Il semble que ce soit des ados qui aient écrit ce texte.

Texte 20
Trois amis en cavale trouvent refuge dans un squat du 9.3...
(Extrait, à la découverte de la vie dans un squat)

Entrée dans le bâtiment et montée des marches, des trois, derrière Tarik grand black, en teeshirt, survêtement, tongs aux pieds, et qui tortille du cul. Quel délabrement, quelle vision, que de bruits, et que d’odeurs ! Arrivés dans le long couloir du premier, les trois se regardent, et ne trouvent rien à se dire. Dans une pièce à gauche, pas très grande, allongés sur des matelas, deux vieilles Maghrébines, près d’elle un vieux, deux plus jeunes, et trois enfants. Un peu plus loin, autre espace, avec des jeunes, moins jeunes, des vieilles et des vieux Noirs. Autre espace avec des Asiatiques. Autre espace avec des femmes sexy paraissant en être... Autre espace avec des gars plein de vigueur...
Tarik montre un espace pièce, vers le fond du couloir :
– Vous, vous êtes-là. C’est une chambre grand luxe !
Chacun regarde et se fait une idée sans mot dire. « Tu parles oui ! Une pseudo-pièce (pas de terme pour définir) de merde ! » Pas grand. Pas de fenêtre. Quatre matelas. Un lavabo robinet. Et bien sûr. Pas de porte.
– Et pour pisser etc. ? demande Bob.
– Un chiotte, à l’autre fond, à gauche. Ou dehors !
– Comment, le chiotte ? demande ironiquement Mao.
– Merdeux ! Sala kahle !
Comprendre « Salut » à ce qu'il parait.
Et Tarik se barre.
(…)
C’est infernal. De vingt-trois heures à minuit, heure à laquelle l’extrême fatigue œuvre à les assommer, ils ont droit à ça :
... Des conversations. Des bruits de marmaille. Des cris d’enfants. Des pas dans le couloir. Des bruits de cuisine sommaire. Des rôts. Des pets. Des bruits de lavabos. Des bruits de mictions (comme l'impression que ça pisse où ça peut). Des bruits de matelas. De retournement sur les matelas. Des ronflements. Des gémissements de femmes. Des cris de femmes. Des gueulantes. Des bruits de matelas. Des râles de jouissance. De douleur aussi. Des coups. Des mots : « Salope. Salop. Enculé ! »... ... Et puis les effluves : de cuisine, de sueurs, de vents, de foutre...
(...)
Dans le tunnel ouateux les conduisant de l’éveil au sommeil, ils leur semblent aussi percevoir, des sons d’effleurement, d’étreintes, et ces mots de langues ou de dialectes... « Ouhibbouka Ouhibbouki » en arabe ; « Wo ai ni » en chinois ; « Mi aim a ou » en créole ; « Gue konwou » en camerounais ; « Mi klôa » en ivoirien ; « Nan nyanyar do » en soudanais ; « Ni kou zololo » en congolais ; « Ira fan ma » en malien ; « Je t’aime » en mauvais et en bon français... Sourires sur les lèvres, en leurs sommeils. Dieu que c’est beau et que c’est bon... Pour Jean-Claude, Robert, Mao, Ah-choo, Mai-huong, Faaid, Faraah, Mamadou, Kadija, Taalib, Taaman, Waitimu, Yamimba...
'Il y a des mots qui font vivre. Et ce sont des mots innocents. Le mot chaleur le mot confiance. Amour justice et le mot liberté. Le mot enfant et le mot gentillesse. Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits. Le mot courage et le mot découvrir. Et le mot frère et le mot camarade. Et certains noms de pays de villages. Et certains noms de femmes et d’amis.'
(...)
Dans les midi, les trois se partagent entre eux ce qu'a apporté JiCé, et le partage aussi avec les amis. Qui, du coup, partagent eux-mêmes ce qu’ils ont, avec les trois. C’est ainsi que Grandji-Bob-Mao se font des nems et autres mets aux noms imprononçables ; oh très peu mais un peu quand même. Ils boivent de l’eau et des liquides. Dont un qui pique et qui brule tout du long de la dégoulinade. Un truc qui les oblige à roupiller un temps sur place. L’emmerdant c’est que parmi leurs nouveaux amis, il y a des vieux qui fument des pipes. À peine sortis de l’engourdissement, obligés de tirer des bouffées, au risque de les vexer. Une sorte de calumet de la paix. « Allez encore une bouffée ! ». Alors de fait, départ des trois dans le cirage...
Ils se réveillent, plusieurs heures plus tard, sur leur matelas. Sans doute leurs amis, les ont-ils transportés-là ?... Leurs amis ?... Mais, révélation ?, sont-ce vraiment leurs amis, se prennent à douter Grandji-Bob-Mao, en pensant à tout le fric que JiCé a encore sur lui, ou n’a plus, pour payer le solde de l’exfiltration... 
JeF Pissard, extrait de 'Bob l'Amerloc'. JeF Pissard est un écrivain de France et de Navarre, né à Poitiers en 1954 ; il réside à Pau. De nouveaux ouvrages sont à son actif depuis 1987, année de son entrée en livres. Il est aussi éditeur numérique des Éditions Jerkbook Art et Essai/e. Il y publie récemment son polar humour humaniste 'Bob l'Amerloc'.

Texte 19
Chaque visage est un miracle.
Un enfant noir, à la peau noire, aux yeux noirs,
Aux cheveux crépus ou frisés, est un enfant.
Un enfant blanc, à la peau rose,
Aux yeux bleus ou verts,
Aux cheveux blonds ou raides, est un enfant.
L’un et l’autre, le noir et le blanc,
Ont le même sourire quand une main leur caresse le visage.
Quand on les regarde avec amour et leur parle avec tendresse.
Ils verseront les mêmes larmes si on les contrarie, si on leur fait du mal.
Il n’existe pas deux visages absolument identiques.
Chaque visage est un miracle, parce qu’il est unique.
Deux visages peuvent se ressembler,
Ils ne seront jamais tout à fait les mêmes.
Vivre ensemble est une aventure où l’amour,
L’amitié est une belle rencontre avec ce qui n’est pas moi,
Avec ce qui est toujours différent de moi et qui m’enrichit. »
Tahar Ben Jelloun est un écrivain, poète et peintre franco marocain, né le 1er décembre 1944 ou 1947 ou 1949, à Fès au Maroc. Il a été récompensé du prix Goncourt 1987 pour son roman 'La Nuit Sacrée'.

Texte 18
Je croyais qu’il était encore possible de transcender notre 'blancheur' et notre 'noirceur'. Je croyais que tendre la main et toucher l’autre par-dessus l’abime suffirait. Mais j’ai saisi si peu de choses comme si les bonnes intentions pouvaient tout résoudre. C’était présomptueux de ma part. (...) Je peux me mettre à leur place ; je peux éprouver leurs souffrances. Mais je ne peux pas vivre leur vie. Que pouvait-il sortir de tout ça, sinon l’échec ? Que je le veuille ou non, que j’ai envie ou non de maudire ma propre condition – et ça ne servirait qu’à confirmer mon impuissance -, je suis blanc. Voilà l’ultime et terrifiante vérité de mon univers brisé. Je suis blanc. Et parce que je suis blanc, je suis né dans un état privilégié. Même si je combats le système qui nous a réduits à ça, je reste blanc et privilégié par ces mêmes circonstances que j’abhorre.
André Brink, extrait de texte sur l'Apartheid, 1979. André Brink, 1935-2015, est un écrivain sud-africain d'expressions afrikaans et anglaise. En 1980, il obtient le prix Médicis étranger pour son roman 'Une saison blanche et sèche'.

Texte 17
D'ailleurs et d'ici.
Ali bafouille son français,
Guiseppe rêve du soleil,
Kasongo agite une amulette,
Amalia rit de ses lèvres de poivron.
Dans la cour ils éclatent en rires clairs
Sur la marelle dessinée.
Et moi Benoît seul dans mon coin,
Où l'ombre devient fraîche,
Je déballe une sucette.
Parce que mon papa croit
Que les rois sont blancs.
Michel Voiturier. Né en 1940 à Tournai, Michel Voiturier est ex-professeur au Zaïre et en Hainaut. Il est aussi critique d'art contemporain, chroniqueur littéraire accordant priorité au style, performeur en poésie improvisée sur scène, essayiste, homme de théâtre (auteur, comédien), novelliste et enfin animateur en ateliers d'écriture.

Texte 16
On en lit des choses sur les murs...
Récemment, j'ai lu sur un mur :
'Le Portugal aux Portugais !'
C'est comme si on mettait :
'La Suisse aux Suisses !'
Ou
'La France aux Français !'
Ce ne serait plus la France.
Le racisme, on vous fait une tête
comme ça avec le racisme !
Écoutez...
J'ai un ami qui est xénophobe.
Il ne peut pas supporter
les étrangers !
Il déteste les étrangers.
Il déteste à tel point les étrangers
que lorsqu'il va dans leur pays,
il ne peut pas se supporter !
Raymond Devos, 1922-2006, est un humoriste français, demeuré célèbre pour ses jeux de mots, ses qualités de mime, son goût pour les paradoxes cocasses, le non-sens et la dérision.

Texte 15
Humour noir.
« On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle ?
Vous pouvez rester. N’empêche que. On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi. Il est vrai que les Allemands, de leur côté, cachaient mal une certaine antipathie à l’égard des juifs. Ce n’était pas une raison pour exacerber cette antipathie en arborant une étoile à sa veste pour bien montrer qu’on n’est pas n’importe qui, qu’on est le peuple élu, et pourquoi j’irais pointer au vélodrome d’hiver, et qu’est-ce que c’est que ce wagon sans banquette, et j’irai aux douches si je veux... Quelle suffisance ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je n’ai personnellement aucune animosité particulière contre ces gens-là. Bien au contraire. Je suis fier d’être citoyen de ce beau pays de France où les juifs courent toujours. Je sais faire la part des choses. Je me méfie des rumeurs malveillantes. Quand on me dit que si les juifs allaient en si grand nombre à Auschwitz, c’est parce que c’était gratuit, je pouffe ! »
Pierre Desproges, Textes de scène / Éditions du Seuil. Pierre Desproges, 1939-1988, est un humoriste français réputé pour son humour noir, son anticonformisme et son sens de l'absurde.

Texte 14
Je relisais 'Juifs et Français', d’Harris et Sédouy (Gasset 1979). Les auteurs demandaient à une grande journaliste très belle et pleine de talent (que ma discrétion m’interdit de nommer ici) si elle aurait épousé Ivan Levaï dans le cas où ce dernier n’eût pas appartenu comme elle à la communauté israélite. Cette dame a répondu que non, qu’elle n’aurait probablement pas pu tomber amoureuse d’un non-Juif. Je comprends aisément cette attitude qu’on pourrait un peu hâtivement taxer de racisme. Moi-même, qui suis Limousin, j’ai complètement raté mon couple parce que j’ai épousé une non-Limousine. Une Vendéenne. Les Vendéens ne sont pas des gens comme nous. Il y a le barrage des patois, fort lointains. Et puis nos coutumes divergent et divergent c’est énorme. Voilà une femme qui mange du poisson le vendredi en tailleur Chanel. Moi je mange de la viande le mardi en pantalon de coton. Il n’y a pas de compréhension possible. Nous avons notre sensibilité limousine. Nous avons bien sûr notre humour limousin qui n’appartient qu’à nous. Nous partageons entre nous une certaine angoisse de la porcelaine peu perméable aux Chouans. Il faut avoir souffert à Limoges pour comprendre.
Pierre Desproges, 1939-1988, est un humoriste français réputé pour son humour noir, son anticonformisme et son sens de l'absurde

Texte 13
Pas sûr que ce texte s'écrirait ainsi, de nos jours.
Y a bon !
Soudanais qui jamais ne flanche,
Grand diable couleur de charbon,
À chaque instant de tes dents blanches
S'échappe un cri joyeux : « Y a bon ! »
C'est la chantante ritournelle,
La rengaine sempiternelle
Dont s'ornent tes moindres propos ;
Car ton âme toujours ravie
Prend par ses bons côtés la vie :
« Jamais mouri !... Toujours dispo !... »
Ça manque de soleil d'Afrique
Et de ton coucous d'Orient.
Mais tu boufferais de la brique
Sous les averses en riant...
Parfois on te voit disparaitre
Et fuir (toi, loyal) comme un traitre :
Tu suis ton instinct vagabond,
Puis reviens après cette frasque,
D'un Boche rapportant le casque.
Sournois, tu répètes : « Y a bon !... »
La mitraille éclate ?... Bien vite
Faisant un fantastique bond,
Ta souplesse de chat évite
Le choc vingt fois par jour ! Y a bon !... »
Mais dans ta cuisse une balle entre.
Y a bon : Ça pourrait être au ventre !...
Et quand tu songes, moribond,
Que ton effort, en fin de compte,
Rendra la victoire plus prompte,
Tu pars en murmurant : « Y a bon !... »
O brave nègre, continue !
Ris, sympathique moricaud !
Que ta confiance ingénue
Dans tous les cœurs trouve un écho.
Les timorés transis de fièvres
Apprendront de tes grosses lèvres
Le pouvoir puissant et charmeur
De cette vertu peu vulgaire
Indispensable en temps de guerre
Et qu'on nomme la Bonne Humeur !
Hugues Delorme, 17 novembre 1914, 'Y a bon !', un poème en hommage aux combattants africains. Ce jour-là, 'Le petit Journal' publie un poème d'Hugues Delorme, qui glorifie ces 'braves nègres' toujours de 'bonne humeur'. Georges François-Thiébost dit Hugues Delorme, 1868-1942, est un poète, humoriste, dramaturge et journaliste français.

Texte 12
On voit du bleu au loin, mais ici c’est gris béton, poussiéreux.
Moi, c’est simple, je suis tout noir.
Je m’appelle Issam et je suis le petit dans la famille.
Mon père est grand et sénégalais. Il est grutier et chômeur... Il n’y a plus de grues à Marseille-Nord, mais il reste les Sénégalais.
... et puis ma mère. Trop belle, maman, trop blanche. Et j’aime bien nos câlins.
Ça y est, papa a trouvé du travail. On a déménagé.
Marseille, c’était bien quand même et mes copains me manquent, Kevin, Tarek, Laura...
Ici c’est pas pareil, il pleut souvent. Dans ma nouvelle école on ne voit jamais les montagnes. Et on n’aime pas trop les blacks. Ils sont méchants à l’école, je ne sais pas pourquoi.
J’ai demandé à maman, elle a répondu 'parce que' en me regardant dans les yeux. À Marseille, c’était notre jeu à tous les deux. Après je disais 'parce que quoi ?'... Et elle répondait 'parce que que'... J’aime bien quand elle dit 'parce que que' avec ses grands yeux.
On voit bien les montagnes aujourd’hui. C’est comme les grues de papa, on dirait qu’elles brillent.
On repart. On bouge beaucoup dans le métier de mon père, c’est à cause des grues. Faut les suivre. Mais cette fois c’est pas pareil, on va à Paris ! Trop grand, trop dur aussi, Paris !
À l’école, aujourd’hui, on a voulu me piquer mon blouson. J’ai serré les poings dans mes poches. Mes grands frères sont arrivés, j’ai eu la trouille !
Le soir, je pleurais, j’y pensais encore. On a joué à 'pourquoi, parce que, parce que quoi, parce que que' avec maman, mais même ça, ça marchait pas.
Alors papa est venu. Il a promis de m’emmener sur sa grande grue. La plus haute, celle qui touche le ciel.
Grand, le ciel ! Vraiment vide... et rien en bas ; on voit même pas les gens. J’ai un peu peur, mais j’aime bien quand j’ai peur et puis c’est beau là-haut.
On bouge encore. Chez nous, au Sénégal, on déménage jamais... Mon grand frère dit que c’est la France chez nous, et pas le Sénégal. Moi, j’en sais rien, mais il parait que c’est jaune et vert là-bas, et rouge.
On a décidé de rentrer au Sénégal. Parait qu’il y a du travail là-bas. Fini de bouger ! Mon père, il sera patron, costume et tout, et tout.
Hier soir, j’ai parlé à maman :
– T’es contente de partir ?
– Oui, mon Issam.
J’aime bien quand elle dit 'mon Issam'. Je me suis vu dans ses yeux, tout petit, tout noir, à l’envers. Trop fier.
C’est drôlement bien ici, personne m’embête. Je joue comme je veux et j’ai plein de copains. Tout est différent : le ciel, les arbres, le soleil et même la poussière.
Mais elle reste dans son coin, ma mère.
Maman pleure. Papa la console. Il explique toujours, papa. Cette fois c’est à cause de la peau blanche. Ça me fait triste, mais moi je connais...
– Je sais, je suis différente, mais c’est pas une raison. Alors pourquoi ?
– 'Pourquoi', maman ? Mais 'parce que'…
– Parce que quoi, mon Issam ?
Elle ne pleure presque plus, ma mère.
– 'Parce que que'... et les choses changent, maman.
On rit tous les deux.
Et je me vois dans ses larmes, tout petit, tout noir, à l’envers.
Trop fier.
Yves Bichet, 'Peau noire peau blanche', Gallimard Jeunesse. Yves Bichet est un écrivain français, poète, romancier et dramaturge, né en 1951. Son parcours professionnel est singulier. Salarié agricole pendant neuf ans, puis artisan du bâtiment, il se consacre désormais totalement à l'écriture.

Texte 11
Nous avons appris à voler dans les airs
Comme des oiseaux,
À nager dans les océans
Comme des poissons,
Mais nous n'avons pas encore appris à marcher sur terre
Comme des frères.
Martin Luther King, 1929-1968, mort assassiné, est un pasteur baptiste afro-américain, militant non-violent pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis, pour la paix et contre la pauvreté.

Texte 10
Mon origine.
Un jour,
Une personne me questionna
Sur mes origines.
Je lui répondis :
Je suis Français.
Elle me rétorqua :
Non ! Tes origines ?
À ses yeux, ma peau d'ébène
Signifiait des origines lointaines.
Selon elle,
La France n'était que caucasienne.
Puis à contrecœur,
Afin de satisfaire son ignorance arienne,
Je lui ai lâché dans une timide ferveur,
Mes autres origines qui lui sont aliens.
Le Français républicain ne peut être raciste.
Seul l'ignorant l'est.
Après c'est vrai...
Un Français peut être ignorant.
Finalement,
Lorsque nous nous disons Français,
Qui sommes-nous réellement ?
Selon moi,
Nous sommes...
Nous sommes les enfants des révolutions,
Nés de la vaillance de nos pères,
Nés de la vertu de nos chers,
Nous sommes les fils de l'émancipation.
Nous sommes les descendants partageant une même Mère,
Les frères brisant toutes frontières,
La famille se dressant contre l'opprobre.
Nous sommes la communion aux valeurs nobles.
Nous sommes les dignes héritiers du sang
Mêlé sous nos pavés.
Nous sommes les cultures colorant
Les nuances de notre drapeau levé.
Nous sommes les métis de notre Histoire.
Nous sommes, ensemble, l'expression de nos Victoires.
Nous sommes le Juste s'opposant
Aux despotes sanguinaires,
Le Braconnier de ces fauves écorchant
Nos pauvres pairs.
Nous sommes l'État, la République, la Nation !
Nous sommes le Pouvoir, nous sommes l'Insurrection !
Nous sommes le Peuple amoureux de son latin,
Le magnanime tutoyant son prochain,
L'humble défendant sa terre jusqu'au décès.
Nous sommes Français !
Nous sommes les patriotes de l'Égalité,
Patriotes de la Liberté !
Nous sommes les combattants au chant révolté,
Et ce...
Pour l'Éternité.
N'en déplaise à certains,
Voilà qui nous sommes.
Franklin V, 'Mon origine' (Lettre aux Français). Qui est ce mystérieux Franklin V, ayant posté ce très beau texte sur Internet ?

Texte 09
Racistes !
Voilà ce qu'ils disent :
L'anémone est plus intelligente que la rose,
Le sable est plus beau que le chat,
Et la pierre a toujours été
Supérieure au potiron.
Ils reprochent au noir
D'être plus noir que le blanc,
Comme on reprocherait au feu
D'être plus chaud que la neige,
Et au miel d'être plus sucré
Que la vague.
Et s'ils ont peur de leur ombre
C'est qu'ils se doutent un peu,
Que haïr l'étranger
C'est avoir peur de soi.
Jean-Pierre Siméon. Jean-Pierre Siméon est un poète et dramaturge français né à Paris le 6 mai 1950.

Texte 08
Mustapha Dupont, par Gilbert Becaud.
Mustapha Dupont,
Il est né entre Constantine
Et Joinville-Le-Pont.
Dupont Mustapha
C'est un bon Français,
Comme toi et moi.
Mohamed Durand,
Il a vu le jour entre Fez
Et Clermont-Ferrand.
Durand Mohamed Français cent pour cent,
De A... à Z...
Abdou Mamadou,
Son père est tombé en 44,
En plein mois d'août.
Mamadou Abdou il est bien d'chez nous,
Comme toi, comme nous.
C'est ça la couleur d' l' équipe de France,
Entre bleu d'outre-mer et d' Provence.
Tu prends un Lillois, Marseillais,
Un Rital un peu polonais,
C'est rouge orange, jaune, vert, bleu
Indigo, violet.
Mustapha Dupont,
Quand il allait à la communale de Bécon,
Il disait comm' ça,
Mes ancêtres s'appelaient les Gaulois.
Abdou Mamadou,
Diplômé des universités
D'un peu partout.
Mamadou Abdou de notre
Ambassade de Moscou.
C'est ça la couleur d' l' équipe de France,
Entre bleu d'outre-mer et d' Provence.
Tu prends un Lillois, Marseillais,
Un Rital un peu polonais,
C'est rouge orange, jaune, vert, bleu,
Indigo, violet.
Et moi au milieu,
Qui ne sais pas très bien
Où sont enterrés mes aïeux.
Et moi au milieu,
Mon sang est-il rouge
Ou blanc ou bleu ?
P' t' êt' les trois, Mustapha.
Paroles de Pierre Delanoë, Musique de Gilbert Bécaud, 1984. Pierre Charles Marcel Napoléon Leroyer, dit Pierre Delanoë, 1918-2006, est un parolier français. Il a écrit 5 000 chansons et poèmes.

Texte 07
Armstrong, Nougaro.
Armstrong, je ne suis pas noir,
Je suis blanc de peau.
Quand on veut chanter l'espoir,
Quel manque de pot.
Oui, j'ai beau voir le ciel, l'oiseau,
Rien, rien, rien ne luit là-haut.
Les anges zéro.
Je suis blanc de peau.
Armstrong, tu te fends la poire,
On voit toutes tes dents.
Moi, je broie plutôt du noir,
Du noir en dedans.
Chante pour moi, louis, oh oui,
Chante, chante, chante, ça tient chaud.
J'ai froid, oh moi,
Qui suis blanc de peau
. Armstrong, la vie, quelle histoire?
C'est pas très marrant,
Qu'on l'écrive blanc sur noir,
Ou bien noir sur blanc.
On voit surtout du rouge, du rouge
Sang, sang, sans trêve ni repos.
Qu'on soit, ma foi,
Noir ou blanc de peau,
Armstrong, un jour, tôt ou tard
On n'est que des os.
Est-ce que les tiens seront noirs ?
Ce serait rigolo.
Allez Louis,…
Claude Nougaro, 1929-2004, est un auteur-compositeur-interprète et poète français.

Texte 06
 – Maman, c'est quoi l'amour ?
– C'est les sentiments qu'il y a entre papa et moi.
– Maman, c'est quoi la vie ?
– C'est le moment pendant lequel ton coeur bat.
– Maman, c'est quoi l'éternité ?
– C'est quelque chose qui ne se finit jamais.
– Maman, tu m'aimeras pour l'éternité, toi ?
– Mais oui, bien sûr mon chéri.
– Maman, tu crois que je peux vivre à côté de toi pour l'éternité ?
– Dans ton coeur tu le peux.
– Mais Maman, c'est quoi la mort ?
– C'est là où mamie dort.
– Et de là-bas elle nous aime encore ?
– Oui, pour toujours.
– Maman, quand je serai mort je t'aimerais toujours. Toi aussi ?
– Mon chéri, tu as longtemps vivre avant de mourir, alors ne pense pas à ça.
– Mais, tu m aimeras ?
– Oui, toujours.
– Maman, c'est quand que tu vas mourir ?
– Dans pas longtemps.
– Mais pourquoi ?
– Parce qu'un vilain monsieur, il m'a fait quelque chose de pas bien.
– Qu'est ce qu'il t'a fait ?
– Il m'a blessé avec un couteau.
– Pourquoi il a fait ça, Maman ?
– Parce qu'on n'est pas comme lui.
– C'est quoi la différence, Maman ?
– La couleur de la peau.
– Mais Maman, je ne comprends pas, la couleur de cheveux n'est pas la même non plus.
– Je sais.
– Et on a tous un cœur, nous sommes pareils puisqu'on a tous un cœur...
– Je sais.
– Et c'est à cause de lui que tu es allongée ici ?
– Oui mon ange.
– Mais, c'est où ici ?
– C'est l'hôpital.
– Maman, j'ai peur...
– Non, il ne faut pas avoir peur.
– Mais, Maman je veux pas que tu partes...
– Un jour on se reverra.
– Dans longtemps ?
– Je l'espère.
– Pourquoi ?
– Car je veux que tu profites de la vie.
– Maman je t'aime...
– ...
– Maman ?
– ...
- Maman ?
– ...
– Maman.....
Anonyme. Très beau poème dialogué, pathétique, didactique, trouvé sur le Net, sans signature.

Texte 05
Mon plus beau combat.
Lorsque je suis monté sur le ring, j’ai tout de suite su que ce serait un combat difficile. Qu’il serait long et douloureux. Face à moi, un adversaire de taille, le genre d’adversaire qui parait immortel. Il me regardait d’un air sûr de lui, l’air de dire : « Es-tu bien certain de savoir à qui tu t’attaques ? Nombreux sont ceux qui ont tenté de se frotter à moi et ont échoué. » Je m’appelle Cassius, mais appelez-moi Muhammad. J’ai dix-huit ans. Je suis très jeune, sûrement le plus jeune dans la salle, mais peu nombreux sont ceux dont l’ambition équivaut à la mienne. Qu’importe mon âge, qu’importe mon origine, je veux et je vais leur montrer qui je suis. Je sais que beaucoup ont tenté, année après année de le battre, cet adversaire. Je sais qu’il est coriace et que, malgré son grand âge, il n’a rien perdu de sa résistance et de sa puissance. Il suscite une haine incroyable à lui seul. Il n’épargne personne. Il trouverait même quelque chose qui ne lui plait pas chez le plus parfait des hommes, prétextant sa 'race' ou sa couleur de peau. Il n’a aucune pitié et parait invincible. Mais cela ne fait que renforcer mon envie de le battre, de le sortir de ce ring de la façon la plus violente qui soit. Même si cela ne réduira en rien la douleur provoquée et que provoquent aujourd’hui encore, ses mots et ses coups. Le gong retentit. Le combat débute. Dans un premier temps, je me contente d’esquiver. Puis, je commence timidement, par quelques coups timides. Je n’ose pas m’affirmer, je préfère l’analyser et me donner le temps de préparer chaque attaque. Car pour moi, toutes ont leur importance, même si elles peuvent parfois paraître anodines, chaque action, chaque coup, chaque éclat est réfléchi. Je tente de rallier la foule à ma cause, de mettre tout le monde de mon côté car mon adversaire ne me fera aucun cadeau. Ma notoriété grandissante me permet d’avoir du soutien et Dieu sait que j’en aurai besoin. J’ai la conviction d’être entendu, c’est une chance et je compte bien m’en servir. Je veux toucher l’Amérique et le reste du monde. Je ne veux pas tomber dans l’oubli sans avoir laissé une trace. Mais cela ne va pas être simple. Il me rend coup pour coup. Il a une puissance incroyable, je ne m’attendais pas à cela. Le combat a commencé depuis quelques minutes et mon opposant ne semble pas relâcher la pression. Il me pousse dans les cordes, j’en perds l’équilibre, il est sournois, ses coups en douce se succèdent. Il multiplie les attaques par derrière, il n’a tout simplement pas de face. Fort de son expérience, il sait où toucher pour faire mal. J’ai parfois envie de jeter l’éponge. Quand je regagne mon coin, je souffle un peu tout en restant concentré sur mon objectif. Je pense aussi à ma famille, je m’évade du ring quelques secondes. Mais cette pause est de courte durée. Je repars au combat. Aucun de nous ne s’avoue vaincu. Crochets, uppercuts et coups bas, il utilise toutes les armes. La passivité coupable de l’arbitre encourage mon adversaire. Plusieurs fois il m’envoie au tapis mais je me relève. Le mot abandon ne fait pas partie de mon vocabulaire. Jamais je ne laisserai gagner la lâcheté et l’injustice. Je donnerai tout dans cet affrontement, jusqu’à ma vie s’il le faut. Je veux que mes combats servent à ceux qui en ont besoin. Je ne veux pas dépasser les limites car je veux gagner cet affrontement à la régulière. Je souhaite être un exemple pour ceux qui me regardent et leur montrer que l’intégrité est souveraine. La fin du round est assez équilibré. Puis vient la troisième et dernière reprise. Le combat se durcit encore. Je n’ai plus de forces, mon corps me lâche peu à peu, je baisse ma garde, je suis exténué. J’ai l’impression d’avoir vieilli de cinquante ans, lui semble à peine fatigué, il est certes un peu sonné, mais grand nombre de personnes le supportent et nourrissent sa hargne. Rien ne semble pouvoir l’arrêter. J’ai cru pouvoir le battre. Le sortir du ring une fois pour toute. J’avais l’envie et l’ambition de m’en débarrasser, d’aider toutes ces personnes qui subissent au quotidien sa méchanceté, sa lâcheté et sa stupidité. Mais en fin de compte, il m’a mis KO, mais je sais que mes coups l’on fait vaciller, que mes paroles et mes actes ont changé le cours des choses. J’espère sincèrement que d’autres suivront mes pas et se soulèveront, se battront comme je l’ai fait. Pour un jour peut-être, le faire disparaître pour de bon. Car oui, le racisme est un adversaire de taille. Pourtant, j’ai su par ma carrière et mon ambition, exprimer à tous ma tolérance et aussi ma révolte. Cessez de vous taire par peur de ne pas y arriver. Je suis un homme, tout comme vous, avec mes faiblesses et mes failles. Ensemble, continuons à combattre.
Jeanne Simon. Jeanne Simon a remporté, avec ce texte, le troisiè̀me prix du concours 'Ma Plume Contre le Racisme'.

Texte 04
Le racisme,
Ce n'est pas un problème de peau,
Mais de cerveau.
Tydé, proverbe d'ici et maintenant. Ce proverbe présenté dans l'illustration ci-contre a été trouvé sur le Net.

Texte 03
La crise, extrait.
Discussion entre bourgeois et gens simples dans un salon d'appartement, en soirée...
L'homme bourgeois :

– Je vous parle du racisme. Comment enrayer ce fléau ?
Victor, alias Vincent Lindon :
– Non, je suis confiant dans le peuple français. Au fond, il est tolérant, généreux...
L'homme bourgeois :
– Enfin, 15 % vote pour l'extrême droite. Beaucoup plus par endroit. C'est tout de même... C'est tout de même...
Victor, alias Vincent Lindon :
– Je sais, c'est terrible.
L'homme bourgeois :
– C'est une honte. C'est une véritable honte.
Dans la cuisine, les deux femmes papotent...
– Laissez Lisa, laissez...
– Vous avez toujours votre Marocaine, là ?
– Non, ça fait longtemps. Maintenant, j'ai une Philipine.
– Ah oui, elle est bien ?
– Formidable. C'est vraiment, ce qu'il y a de mieux. Sérieuse, propre, discrète, travailleuse. Non mais... Les Portugaises, elles sont très propres... Des voleuses.
– Les Maghrébines, elles sont très bien avec les enfants. Mais alors le ménage, c'est une véritable catastrophe. Quant aux Noires, elles sont toujours fatiguées. Les Asiatiques, elles sont comme ça (signe du pouce en l'air).
Les deux femmes prennent les plateaux d'amuse-gueule et passent au salon...
L'homme bourgeois, à Michou alias Patrick Timsit :

– Eh vous, Monsieur, qu'est-ce que vous en pensez ?
– Ah !... Moi je pense que c'est beaucoup plus facile d'être un couple raciste quand on habite à Saint-Denis qu'à Neuilly, hein ? Vous voyez, moi, par exemple, je suis de Saint-Denis, eh ben je suis raciste. Et vous par exemple vous habitez cette maison, vous n'êtes pas raciste, vous voyez ?
– Vous vous considérez comme raciste ?
– Ben oui. Les étrangers je vis avec, alors je peux pas les saquer, vous voyez. Ils foutent rien, ils sont sales, ils nous piquent nos bagnoles, on leur file des appartements en priorité sur les Français, ils gagnent plus de fric que nous avec toutes les allocations qu'ils ont, dans les écoles nos mômes n'apprennent plus rien parce qu'il y a 70 % d'enfants étrangers qui ne parlent pas un mot de français, ils nous font chier avec leur foulard, et encore faudrait qu'on paye pour leur construire des mosquées, alors vous avez qu'à voir.
– Mais enfin, qu'est-ce que vous faites du droit à la différence, de la tolérance, de l'idéal de terre d'accueil de la France ?
– … Je sais pas ce que j'en fais, moi. J'en sais rien.
– Mais c'est très bas d'être raciste. Ça ne se fait pas, c'est immoral.
– Ah ben oui, mais on ne se refait pas.
– Vous votez Le Pen ?
– Ah non, moi, je vote pas, moi. J'ai pas de domicile. Non justement, parce que ça fait cinq ans que mon frère a demandé un trois-pièces, mais comme son fils est mort, on lui a refusé. Alors du coup, moi, j'ai pas de domicile, parce que sa femme a un cancer, et qu'à l'hôpital on l’a renvoyée parce qu'elle est en phase terminale...
– Bon alors, si vous votiez, vous voteriez Le Pen ?
– Mais tous les Arabes que je connais à Saint-Denis, ils sont dans cinq ou six pièces, hein. Ils ont beaucoup d'enfants, c'est forcé...
– Ce que vous ne comprenez pas, c'est que ça n'arrange en rien vos problèmes personnels d'être raciste.
– Ah ben oui, mais moi ce que je comprends c'est que les trois quarts de la planète ils sont dans la merde, alors ils essaient tous de se radiner là où c'est moins la merde, c'est-à-dire chez nous. Et puis, là, faut bien que quelqu'un se bouge pour leur faire de la place et leur filer à bouffer, ça c'est sûr. – Je ne vous le fais pas dire.
– Ah ben oui, mais jusqu'à présent ceux qui se sont poussés pour leur faire de la place c'est ceux de Saint-Denis pas ceux de Neuilly. Et les mecs de Saint-Denis, faut qu'ils se poussent en gardant le sourire, sinon c'est immoral, vous voyez ?
– Vous seriez pas un peu communiste ?
– Ah non, je suis pas communiste. Sinon il y a longtemps que je l'aurai eu mon appartement. Mon frère aussi.
– Ah ah ah... Il faut se dépêcher de prendre notre carte du parti avant que tout disparaisse complètement. Ah ah ah...
Les femmes :
– Ah ah ha...
Victor alias Vincent Lindon à Michou alias Patrick Timsit, en aparté...
– Je croyais pas que t'étais raciste.
– Bien sûr que je suis raciste.
– Et Djemila ?
– Djemila, c'est la femme de mon frère. C'est pas pareil. Et puis Djemila elle m'a aidé, c'est comme ma mère.
– Alors qu'est-ce que tu racontes, que tu peux pas blairer les Arabes ?
– Ah ben c'est vrai que je peux pas les blairer. Djemila, c'est pas une Arabe, c'est une femme.
– Et Mohamed et Farid, c'est pas des femmes ça.
– Ah ben eux c'est des copains depuis l'école. Eux c'est pas pareil, hein.
– Michou, je comprends rien...
'La Crise', Coline Serreau, 1992. Coline Serreau, née 1947 à Paris, est une actrice, réalisatrice, scénariste, compositrice et chef de chœur française. Elle a notamment écrit et dirigé le film 'Trois hommes et un couffin' et le film 'La Belle Verte'...

Texte 02
Plus blanc que moi,
Petit bonhomme noir,
À force de prendre des coups
L'est devenu plus grand, plus bavard,
Et teigneux comme un clou.
L'a commencé à tâter
De la matraque, de la 'mac light'
(Lampe matraque).
Le con il parle même anglais
« Si tu bouges, je te fight. »
Pour payer des études,
À l'école des Blancs,
Il est vigile, ce que c'est rude
De taper sur des gens...
T'es devenu plus blanc qu'eux,
Blanc que moi.
T'es devenu plus con qu'eux,
Con que moi.
Il est où le petit Noir
Débarqué du bateau,
Sur les bords, un peu anar',
Noir et rouge, et beau ?
T'as réussi chez les Blancs.
Remarque c'est ce que tu voulais,
T'es pourri mais t'es pas méchant,
T'y es arrivé mais à quel prix ?
Plus blanc que moi (…)
Feu de Paille. Ce texte, mystérieusement signé 'Feu de Paille', a été trouvé sur le Net.

Texte 01
Extrait de ce livre-méthode, présenté à la fin de ce texte...
QUESTION 10) LA TENDANCE À REPOUSSER DANS L’EXCÈS LES PERSONNES ÉTRANGÈRES ET LEURS CULTURES
Quelle note de 0 à 10 : __
L’attitude plus ou moins hostile, voire défiante, envers les étrangers...
Racisme. À force d’employer inconsidérément ce mot, nous finissons par en oublier le sens. Dans le cadre de notre livre, préférons-lui les expressions : 'notre rapport aux personnes étrangères', 'notre rapport aux personnes d’origines étrangères' et aussi 'notre rapport aux personnes paraissant étrangères'. Tout est histoire de traits physiques et de culture. Vivent en France des personnes à la couleur de peau : blanche, jaune, marron, mate. Or, voici ce qui se passe dans l’esprit collectif des Français de peau blanche, issues d’ancêtres blancs. L’étranger à la peau blanche qui vient en France est étranger, mais pas tant que cela à cause de la similitude de ses traits et de sa culture. L’étranger à la peau jaune est un peu plus étranger, ses traits sont différents et sa culture sensiblement différente. L’étranger à la peau marron est assez étranger, ses traits et sa culture sont différents. L’étranger à la peau mate est assez étranger, ses traits ne sont pas très différents mais sa culture l’est. Ce n’est pas tout. Dans l’esprit collectif, l’étranger naturalisé français demeure étranger ('de quelle origine est-il ?'). Il en va de même, avec une atténuation progressive dans le temps, pour ses enfants. Il reste encore à dire. Dans l’esprit collectif, le Français de couleur marron qui vient des DOM-TOM est étranger. Parce qu’au fond du fond, malgré tous les discours, il n’a pas Vercingétorix comme ancêtre. Oui, il y a ce qu’il faut penser... et il y a ce qui est. L’étranger est et demeure la personne qui ne nous ressemble pas, qui parait étrange. Cela vaut sur notre continent comme sur les autres continents. Pour noter les personnes à évaluer, identifions trois catégories de comportements, via cette métaphore de la pyramide. Au sommet de l’édifice, dans la pointe, se trouvent des comportements intégristes de personnes rejetant totalement l’étranger – en général les types d’étrangers qu’ils jugent inférieurs. Ils s’identifient facilement, leurs discours et leurs actes sont radicaux. En partie centrale de la pyramide, se retrouvent les comportements de ceux manifestant de l’hostilité, de façon globalement modérée, envers les étrangers. Les paroles et les comportements peuvent être plus ou moins agressifs, systématiques, presque systématiques, voire circonstanciels. Enfin la base de la pyramide se constitue de personnes pas forcément franchement hostiles mais plutôt défiantes. Elles restent à distance de qui parle une autre langue aux sonorités bizarres, de qui s'habille autrement, de qui a des habitudes ou une religion différentes… de qui peut inspirer de la crainte. Il s’agit d’une peur de l'inconnu ; avec un i minuscule et majuscule. Ce comportement est ancien, universel, et humain. Selon les cas, cette attitude est identifiée et revendiquée plus ou moins confusément, identifiée et combattue, ou encore déniée. Parmi cette frange de personnes, on en retrouvera certaines qui pourraient dire ou penser ces paroles que Pierre Perret met dans la bouche des futurs beaux-parents blancs de cette jeune fille noire prénommée Lily, dans sa chanson du même nom : « Nous ne sommes pas racistes pour deux sous, mais on ne veut pas de ça chez nous ! ». Au fond ces gens-là peuvent ne pas se sentir racistes, et sans doute ne le sont-ils pas vraiment. Par l’esprit et de façon raisonnée, en tout cas. Mais par les actes, ils ne sont pas encore prêts à ... ! S’ils se posent la question, ils sont en voie. Et puis pour être complet, il y a aussi dans la base de la pyramide, ceux qui sont en harmonie avec eux-mêmes et avec les personnes étrangères et d’origine étrangère qu’ils côtoient, et avec les personnes étrangères de façon générale. À partir de là, l’identification des comportements présentés dans cette métaphore de la pyramide doivent aider à avoir une première approche de l’attitude de la personne à évaluer. Pour références, il faut aussi donner des définitions. L’encyclopédie Vulgaris-Médical écrit : « Médicalement et scientifiquement la notion de race n'existe pas. Il semble préférable de parler d'ethnie, terme servant à définir des populations dont les critères culturels ou sociaux sont dominants. Il n'existe en fait qu'une seule race humaine ou espèce humaine ». Un dictionnaire définit ainsi le racisme et ce qu’il en advient : « Idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les "races" ; comportement inspiré par cette idéologie ». À retenir  donc : que les hommes sont égaux et différents ; que penser différemment et se comporter envers autrui comme si ce n’était pas le cas, relève d’une attitude indigente, et donc un peu-beaucoup-grandement sotte, puisqu’en position d’être améliorée. En fonction des éléments évoqués dans ce paragraphe, avec tous les bémols que nous y avons intégrés, à vous de noter maintenant la personne à évaluer.
JeF Pissard & Geneviève Ballereau, 'Le degré de c.' JeF Pissard & Geneviève Ballereau ont fait paraitre ce livre de méthode d’évaluation permettant de déterminer le degré de sottise que chacun porte en lui ; et donc de s'améliorer dans l'appréhension des principales situations de la vie quotidienne. Pour y parvenir, il est posé 50 questions sur 8 thèmes. De courts textes d’aide à la réflexion accompagnent chacune des questions, pour s'induire à mieux réfléchir. Le lecteur répond aux questions sous forme de notes. En fin de livre, un calcul en règle de 3 détermine le pourcentage de bêtise. Si leur méthode grand public aide à réfléchir sur de multiples sujets, et à évaluer autrui, elle sert aussi à s’évaluer soi-même.

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