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Les 2 romans JF Pissard : 'L'Éducation conjugale' et '70 Les turbulences d'une époque en province'. Le polar JL Loiret : 'On meurt jamais par hasard'. Le livre D Pascaud : 'Araldus'. Et aussi 'Adjudant M Mansaud', etc...

La collection Essai/e-pour-voir de David Pascaud

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Les polars de J-Luc Loiret

WOODY, LIRE 1 EXTRAIT

couverture du livre WOODY, LIRE 1 EXTRAIT


Situation : La visite de Woody à sa mère dans les Alpes suisses.
Dana, l'épouse de Woody, taxi driver d'aéronef, pilote l'avion...


« Nous prenons un peu de temps libre pour rendre visite à maman.
Destination du vol : les abords du lac Majeur, dans cette région sud de la Suisse, frontalière avec l'Italie, dans les Alpes du Tessin. Vu d'en haut tout est majeur : le lac, ses paysages, et mon appréhension de l'atterrissage ! J'aimerais en toucher un mot à Dana, du style :
- Regarde bien devant toi, chérie, fais attention au pilotage.
Mais elle discute d'un ton badin avec le passager, comme si elle ne mesurait pas combien la situation est potentiellement critique. Finalement, les roues effleurent le sol de l'aéroport cantonal de Locarno, ville de quinze mille habitants. Y attend une limousine noire, où s'engouffre le petit homme, direction Bellinzona, à trente kilomètres à l'est, pour y célébrer une fête dans le château d'un ami, à ce qu'il paraît. Ce qui est bien possible, vu que je n'ai pas suivi la conversation.

Un autre véhicule patiente près des hangars où Dana stationne son coucou : un taxi que maman nous a envoyé. Il faut dire que ma mère est aisée, à la suite d'une histoire rocambolesque. Pour l'heure Dana et moi nous tenons serrés l'un contre l'autre à l'arrière du taxi, et je suis heureux près d'elle, non loin désormais de l'auteur de mes jours. Le taxi nous emmène à Ascona, sur une colline surplombant la partie nord du lac Majeur. Cette colline, le Monte Verità, a une histoire.

Il y a un siècle, elle constituait un sommet de tranquillité pour des gens d'horizons divers : anarchistes, végétariens, nudistes, artistes, issus du mouvement allemand de Réforme de la vie, lesquels avaient en commun un désir plus ou moins diffus de changer le monde et de retrouver la pureté originelle. C'est ainsi que moult célébrités du monde entier firent de Monte Verità leur résidence temporaire ou définitive. C'est là que maman vit depuis de nombreuses années.

Le taxi serpente vers le haut de la colline dans un harmonieux décor d'eau, de verdure, de monts et de montagnes, enveloppé de ce microclimat qui lui fait en permanence le ciel ensoleillé et l'air chaleureux. Sur les hauteurs du Monte Verità, se dessine à nos yeux un majestueux édifice : le couvent Santa Maria dei Frati Cappuccini, fondé par l'ordre des Capucins, en 1535. Depuis un demi-siècle, ce château-couvent est aménagé en résidence avec appartements individuels, piscines, courts de tennis, centre de remise en forme, salon de coiffure, restaurant et employés de service. Et en bas, sur les rives du lac : plage privée, activités nautiques. Depuis un demi-siècle, cet établissement planté dans un décor idyllique se trouve être la propriété du Syndicat des Artistes Américains, qui y accueille contre des débours raisonnables pour eux, mais irraisonnables pour le commun des mortels, les artistes désireux d'y couler une paisible retraite. Maman est française, mais papa était américain. Et artiste.

Je serre fort la main de Dana à l'arrière du taxi, et mon cœur s'emballe quand il franchit les grilles. Dana me fait une pression des doigts, et moi, je lui dépose un baiser sur la bouche, sans rien dire, tout simplement heureux qu'elle m'accompagne physiquement et sentimentalement. Cette petite femme fragile, qui patiente près de l'aire d'arrivée et de stationnement provisoire des véhicules, s'appelle Marie-Jeanne. A ma descente du taxi, elle me prend dans ses bras, et me glisse tremblotante près de l'oreille, en même temps que le baiser mouillé qu'elle dépose :
- Mon petit, tu me manques tellement.
- Moi aussi, maman !… Depuis longtemps.
- Ma chère Dana, dit maman, en la prenant à son tour dans ses bras.
Dana sourit de ce sourire apaisé de l'enfant qui retrouve les siens après une longue séparation. Dana aime maman. Elle lui trouve des circonstances atténuantes et je lui en suis reconnaissant.

Joyeuses et actives retrouvailles où nous nous affairons à déballer nos bagages, et maman à s'occuper du bon déroulement de la soirée. Dana et moi prenons nos quartiers dans une chambre classieuse, haute de plafond, avec des drapés rouges encadrant les fenêtres. Maman occupe la même, à proximité. Autres pièces du logement : un salon, une salle à manger, une cuisine, deux salles de bains, deux toilettes, tous de même style que notre chambre d'amis. Le repas de ce soir, nous le devrons à un cuisinier mis à disposition par la maison, sur demande de maman. Pendant qu'il s'active dans la cuisine, les femmes et moi paressons au salon, livrés à des fauteuils mous. Nous bavardons alternativement, nous trinquons à nos retrouvailles, jusqu'à ce que l'appétit nous appelle à table où nous nous régalons de mets et de vin helvétiques. Retour digestif dans les fauteuils du salon pour parler de tout et de rien. Nous buvons du café. Pas d'alcool. Maman ne fume pas. Lors des temps d'échanges entre les deux femmes, j'observe ma mère. Elle ne change pas. Le temps ne semble plus guère avoir de prise sur elle… depuis qu'il lui a asséné quinze ans de plus que son âge, d'un seul coup, le jour où elle est devenue veuve.

Elle est frêle, presque rachitique, ses cheveux sont courts et gris, son visage est ovale, ses lèvres sont bien dessinées avec la lèvre inférieure pulpeuse comme un quartier de mandarine, son nez est arrondi, ses yeux sont marrons, marqués à la manière des gens de Mongolie, avec des poches qui les oppressent dessous et qui mangent leur arrondi. Sa voix est rauque et elle articule les mots en déséquilibre chronique, comme si elle n'allait pas parvenir à prononcer la phrase suivante. Mais ce n'est qu'une impression, car elle a de la suite dans les idées.
Nous allons au lit tôt, pour mieux profiter de la journée de demain. Avec Dana, nous ne faisons pas l'amour pour ne pas faire de bruit. Parce qu'ici, dans cette chambre, je ne suis pas à l'aise. Dana, elle, a envie, mais elle me comprend. Nous fermons l'œil. Dans la nuit, elle me gobe par surprise, en silence, et moi je lui fais une mouillette sans qu'elle en soit surprise, en silence. Résultat, l'excitation me fait me lever pour aller uriner. Un rai de lumière filtre sous la porte de la chambre voisine, et il me semble percevoir un bruit de glaçons ou de cuillère dans un verre, et une odeur de fumée. De retour dans la chambre, je m'en ouvre à Dana, qui se pelotonne contre moi et me dit de ne pas m'en faire, de dormir.

Le lendemain est bienheureux. Lever au chant du coucou (la pendule) et footing oxygénant, avec Dana, dans l'arrière-pays. Douche chaude, au retour. Petit déjeuner sur terrasse, en tête à tête avec Dana. Belle échancrure de sa robe de chambre qui ne veut pas tenir fermée. De mes doigts, je compare la texture de l'œuf que j'épluche avec celle d'un de ses seins : c'est la même ! Dana en rit. Lever de maman, la tête encore dans le sommeil. Elle s'installe avec nous et boit un café. Sa main tremble un peu. Le temps de prendre possession de ses nerfs. Et puis séance d'habillage pour tous. Revancharde, Dana me tâte les testicules et les compare à des litchis : non épluchés, précise-t-elle. Un partout ! Avant qu'elle n'enfile son slip, je la projette sur le lit et lui fait un touché lingual : texture de mangue, fais-je. Deux, un ! Dana se relève, en haussant les épaules, mimant la contrariété et passe sa culotte, prenant de l'avance sur moi qui ne suis encore vêtu que de mes seules chaussettes. Devant le miroir de la salle de bains, je me rase minutieusement. D'un coup, se produit un événement qui manque de me faire couper le dessous du nez et la périphérie. Dana se colle derrière moi et me caresse tendrement les fesses de ses deux mains. Je me laisse faire, ravi. Quand soudain, d'un doigt elle fait pression sur ma pastille…
- Croupion de poulet ! lâche-t-elle hilare, avant de s'échapper à toutes jambes, en détournant la tête pour considérer la mienne.

Plus tard, quand le chauffeur nous emmène tous les trois : maman, Dana et moi, pour faire un tour en ville, Dana pouffe de temps à autre. A maman qui lui demande de quoi elle rit, je réponds :
- De rien. Elle est tapée. L'air de la région, sans doute.
Maman semble heureuse de nous voir délirer ainsi. C'est si bon l'expression du bonheur sur son visage. Elle se glisse entre nous, bras dessus, bras dessous, et entraîne le bloc que nous formons, à gauche pour admirer une vitrine, à droite pour en admirer une autre, en arrière pour redonner un coup d'œil, en avant pour que toutes y passent dans le centre-ville ; l'action oculaire s'accompagnant bien sûr d'une solide action de bavardage, à laquelle Dana participe haut la langue. Dans les rues de la ville, nous rencontrons un acteur connu et sa femme, qui déambulent main dans la main. Ils étreignent maman et lui demandent, en nous regardant, si elle a de la visite ? Ce à quoi maman répond que je suis son fils avec sa charmante épouse. L'acteur a vieilli, mais il a toujours ce charme particulier. Dana ouvre de grands yeux. Maman en est heureuse. Et moi de même.

Après le déjeuner, nous descendons au lac Majeur, sur la plage privée, pour y passer l'après-midi. Extraordinaire. Le soleil brille comme un fou. Il surchauffe. Et, dans l'eau du lac, les poissons transpirent. Même moiteur pour les résidents qui investissent les lieux. Chacun se prélasse dans un transat matelassé, surmonté d'un parasol. Un geste au garçon, tenant le bar, et il livre un verre. Tout est gratuit. C'est le paradis. Maman a revêtu un maillot de bain une pièce. Il lui sied bien. Dana évolue dans un maillot deux pièces, fait de cordelettes servant, en haut, à plaquer deux bonnets sur ses beaux nénés et, en bas, à maintenir deux triangles, petit devant, et à la brésilienne derrière, sur ses sens interdits... L'entourage donne de l'œil. Mais sur moi presque pas, du fait que je suis taillé en bâton de sucette et que je ne suis même pas en érection dans mon slip de bain. Encore que… j'ai quand même des regards.
Un peu à l'écart, le vieil acteur et Madame papotent sur leurs transats et, encore plus loin, un autre vieil acteur lèche une glace en regardant je ne sais qui faire du ski nautique. Pour le reste, il y a une foule de gens autour de nous que je ne connais pas, ou que je ne reconnais pas. Beaucoup sont d'âge automnal pour ne pas dire hivernal.

Dana se redresse de sa position allongé sur le ventre, se tourne vers moi et me propose d'aller nous baigner. C'est alors que tous les mâles automnaux et hivernaux alentour reluquent les obus nus de Dana qui avait détaché son soutien-gorge pour se faire bronzer le dos. Je lui dis de le remettre immédiatement.
- Pourquoi ? me dit-elle. On est jaloux ? Ils ont le droit de les voir aussi.
Ce à quoi, je réponds, contrarié.
- Si c'est ça, je quitte mon slip.
Et la voilà qui détale comme une lapine de Garenne vers le lac, les seins ballottant comme des fous, pour finir sa course en plongeon gerbant. Je ne sais pas alors ce qui me prend, mais moi qui suis de nature pudique, je quitte mon slip, je le mets sur la tête et je cours comme un malade dans le sillage de Dana, le sexe qui me flagelle les cuisses - le haut des cuisses pour être précis - et je plonge à sa suite dans un splash qui me pique le ventre et ce qu'il y a en dessous. J'imagine que les gens qui nous ont vu faire sont suffoqués. Quand à Dana, elle rit tellement qu'elle en boit la tasse. Je lui fais du bouche à bouche, tendrement enlacé contre elle. Et l'on se dit, sans le traduire par des mots : "Que c'est bon de faire les cons !". Et aussi, verbalement :
- Je t'aime.
Après la baignade, nous regagnons les transats où nous attend maman, semble-t-il heureuse, en conversation avec une grosse dame qu'elle nous présente comme étant Daisy Hartmann, ancienne cantatrice. Gros corps, mais un visage fin. Ensemble, nous sirotons un cocktail que nous a livré le garçon, sur un signe de la main. Daisy complimente maman d'avoir de si beaux enfants, Dana pour ses lignes sculpturales et moi pour "mon adorable petit cul" dit-elle dans un sourire malicieux. Les femmes éclatent de rire, moi je rosis.

La seconde partie de l'après-midi se déroule pour nous dans des gerbes d'eau. Dana et moi utilisons les services d'un des hors-bord maison pour faire du ski nautique. Moi tout seul, pendant que Dana est dans le bateau avec le pilote : je n'aime pas ! Dana toute seule, pendant que je suis dans le bateau avec le pilote : je préfère ! Dana et moi ensemble, pendant que le pilote pilote : c'est ce qu'on lui demande ! Et l'on sillonne un grand coin de lac dans tous les sens, sous un ciel ardent, sans ressentir la claque du soleil, le corps humidifié par les éclaboussures, tirés à bout de bras pendant au moins deux heures. La grande liberté.
- Youhououuu Ououuu Ououuu… !

Dana et moi revenons très en forme de nos glissades aquatiques. Nous bavardons un long moment avec maman et ses amis, en sirotant des cocktails plus alcoolisés à cette heure de la journée. Maman en boit un : tiens donc ! Puis nous remontons dans l'appartement maternel pour le dîner et la soirée. Nous nous douchons et nous nous vêtons avant de gagner le salon et la salle à manger. Apéritif au salon - maman en prend un -, et dîner dans la salle à manger, comme à midi, sous le service des gens du château-résidence. Retour au salon pour faire durer la soirée le plus longtemps possible. Ce n'est pas souvent que nous voyons maman, et qu'elle nous voit ; et demain à l'aube, nous reprenons l'avion pour le retour. Nous en sommes attristés et maman autant que nous. Les cocktails alcoolisés, l'apéritif pris au salon, le vin bu à table nous altèrent l'organisme, qui, par ailleurs paie les efforts des deux heures de ski nautique. Je m'amollis dans le fauteuil, tous les muscles du corps commencent à me faire mal et la peau me tire. Je ne m'étais pas tartiné de crème. Je crains le pire. Je demande à maman si elle a quelque chose, et j'entraîne Dana dans la chambre où je me mets à nu pour qu'elle me badigeonne de crème.
- Tu n'es juste que rosé, s'esclaffe-t-elle en m'enduisant le corps.

Nous retournons au salon où nous attend un café et une liqueur. Si la crème m'apaise la peau, l'autre crème, liquoreuse celle-là, me fait la peau. Et il n'y a pas que moi que l'alcool descend. Maman perd pied petit à petit. Ce faisant, apparaissent à ses lèvres des cigarettes : une, deux, puis trois... Avec le temps, maman n'échappe pas à ses démons : l'alcool, le tabac, et peut-être même pire… mais de cela je ne suis pas sûr. Avec Dana, nous l'écoutons nous parler, malheureux, sans oser une parole de travers qui pourrait faire figure de leçon de morale, de reproche, de condamnation. Car celui dont maman nous parle, tout d'abord sans l'évoquer, puis petit à petit en l'effleurant, puis en resserrant sa pensée et ses mots sur lui, pour finir à en faire un point fixe obsessionnel, celui dont maman nous parle, c'est de son mari… mon père. J'ai le cœur ravagé et les yeux rougis. A Dana qui me prend la main et qui m'en fait l'observation de son regard appuyé, je fais signe que c'est la fumée qui commence à saturer la pièce. Et maman raconte, raconte… Elle raconte l'histoire de papa et son histoire avec papa. Je la connais par cœur et Dana également, mais je veux encore l'entendre : pour vivre mon père, pour vivre ma mère, pour vivre à trois avec eux… et finalement souffrir.

Papa était américain, il s'appelait Jim. J comme joie de vivre, i comme immature, et m comme mort, avec laquelle il jonglait après que la vie l'eût blessé. Le patronyme de naissance de papa était Wood-Wroudy, de l'accolement des noms de ses parents. Alors qu'il était jeune, il rencontra une fille un peu hippie avant l'heure dont il tomba raide dingue amoureux. Et vice versa. Elle s'appelait Kim. Elle et lui étaient des artistes. Kim était douée pour la vie et papa savait la dessiner. Il touchait sa bille en arts graphiques. La vie de papa bascula le jour où Kim le quitta, des suites d'une maladie. Mon père voulut mourir, mais n'y arriva pas. S'il ne pouvait aller à la mort, alors qu'elle vienne à lui !
Le premier acte de mon père en mémoire de Kim fut de faire transformer son nom de Wood-Wroudy en WoodKimWroudy. Son deuxième acte fut de se lancer dans une débauche de travail ayant pour traits le dessin de presse.
De fil en aiguille, il intéressa les studios Disney et il participa à l'aventure. Il se lia d'amitié avec Roy-Edward, le fils du frère de Walt ; et eut une liaison avec Sharon-Mae, la fille de Walt, à la grande inquiétude des deux frères Disney qui voyaient en Jim un garçon talentueux et attachant tout autant qu'allumé. Jim s'adonnait à de drôle de loisirs : nuits blanches, jeux d'argent, alcool, courses de voitures avec des copains. Et puis, il y avait l'avion, auquel l'avait initié Roy-Edward. Ainsi Jim se mit-il à piloter. Avec raison pour commencer, puis de tangages en loopings et de loopings en vrilles, avec déraison.
Jusqu'au jour béni pour Walt où sa fille rencontra un homme qu'elle épousa, et Jim une femme âgée de dix ans de plus que lui : ma mère, une française.
Maman avait près de quarante ans quand elle m'a eu, et je suis son seul enfant. Issue de l'Assistance, maman était une femme indépendante et fragile qui n'avait jamais vraiment connu l'amour. Elle était l'amie d'un viticulteur qui exportait aux Etats-Unis. C'est là qu'elle a rencontré papa dans une exposition. Je fus procréé et le viticulteur rentra en France. Un temps stabilisé, mais vivant dans le souvenir de Kim, Jim reprit ses frasques et maman se retrouva délaissée. Les frères Disney compatissaient, eux qui aimaient Jim et qui se prenaient d'amour pour sa pauvre petite Française.

L'accident eu lieu, en plein vol. Roy-Edward en pilotait un avion. Jim en pilotait un autre avec Sharon-Mae à son bord. Les coucous volaient trop près. Roy-Edward fit un écart et heurta l'avion de Jim. Roy-Edward finit par se poser, et Jim tenta l'impossible pour sauver sa passagère. Il piqua sur une rivière et la précipita hors de l'avion, avant qu'il ne se crashe au sol, expédiant mon père au paradis dans les bras de Kim. Sharon-Mae eut la vie sauve.
Le désespoir de maman perdure encore aujourd'hui. De même que Jim survivait dans le souvenir de Kim, maman n'allait plus survivre que dans le souvenir de Jim. Rien d'autre ne compterait plus autant, si ce n'est moi. Un peu.
Les Disney honorèrent la mémoire de Jim et lui payèrent leur dette de culpabilité et de reconnaissance - pour l'accident provoqué par Roy-Edward et pour la vie sauve de Sharon-Mae - en entourant maman de leur attention et en l'aidant financièrement. C'est ainsi qu'aujourd'hui elle coule ici de douloureux doux jours. J'ai vraiment envie de pleurer. Et d'ailleurs maman, elle aussi est proche des larmes alors qu'elle nous termine son histoire de sa voix cassée par l'émotion, l'alcool et la cigarette. Ses mots se bousculent hors de sa bouche dans un ordre plus tout à fait logique. Son vocabulaire a des ratés, ses yeux luisent, ses paupières descendent de plus en plus à mi-yeux comme celles d'un caméléon, elle fatigue terriblement, elle est à moitié ivre. Dana et moi l'aidons à regagner sa chambre. "Bonne nuit maman, je t'aime !" ne lui dis-je pas.

Au réveil, tôt le lendemain, maman ne porte pas les stigmates de sa déconfiture d'hier. Dana et moi, si. Nous avons mal dormi et peu récupéré. Maman est triste de notre rentrée en France, mais dans le même temps elle paraît joyeuse. C'est à n'y rien comprendre. Après tout, peut-être l'empêchions-nous de librement s'adonner à l'alcool, la cigarette et à son désespoir. Comme à l'aller, c'est un taxi affrété par maman qui vient nous prendre. Embrassades, yeux mouillés, moucheries, les mains qui finissent par glisser les unes des autres et à se lâcher définitivement, montée dans le taxi, la porte qui claque et l'automobile qui démarre. Maman fait un signe de la main, nous de même. Ça y est, c'est fini. Ce voyage m'a fait plus de mal que de bien, et pourtant il m'était nécessaire. Dana le comprend, elle qui pose sa main fine et délicate sur ma jambe. Je lui glisse la mienne entre les cuisses ; pour faire diversion. »

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