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Les 2 romans JF Pissard : 'L'Éducation conjugale' et '70 Les turbulences d'une époque en province'. Le polar JL Loiret : 'On meurt jamais par hasard'. Le livre D Pascaud : 'Araldus'. Et aussi 'Adjudant M Mansaud', etc...

La collection Essai/e-pour-voir de David Pascaud

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Les polars de J-Luc Loiret

LES INTERVIEWS DU PROFESSEUR PASCAUD

couverture du livre LES INTERVIEWS DU PROFESSEUR PASCAUD



L'INTERVIEW 2017 DE CET ÉCRIVAIN, ENSEIGNANT : DAVID PASCAUD.
(à suivre : lisez l'interview Araldus 2016, narrant la création en 1 000 d'une ville de l'Ouest)

1) Court-bouillon de culture : Quelle est votre méthode pour écrire ? Comment vous y prenez-vous ? Expliquez dans les grandes lignes et en détail !

David Pascaud : Je n’obéis pas à un dogme particulier. En réalité, c’est parce que j’ai du mal à m’imposer un rythme d’écriture régulier (même si je l’ai fait pour le roman 'Araldus') car la vie a un défaut majeur : elle déborde de quotidien. L’écriture est souvent intuitive dans un premier temps : des bribes d’idées, un sentiment de colère, des prises de note, je prends des photos aussi, une image peut m’inspirer un personnage, un scénario, une situations de départ… Les idées émergent pendant une balade, une rencontre… Je note des phrases qui me viennent, parce que j’en aime la musicalité, le rythme, même hors contexte. Plus qu’un thème élaboré ou une préoccupation à la mode, c’est un phrasé ou une simple émotion qui est plus souvent à l’origine d’un récit. Il faut que ça me plaise plutôt que ça complaise aux autres. Sur mon bureau s’empilent des post-it, des feuilles volantes annotées. Le défi alors, c’est que ça devienne exploitable. Le cérébral reprend le dessus. C’est alors que je m’impose ou me fait imposer des exercices d’écriture. À partir d’un mot, d’une phrase, j’écris un texte dans un temps donné, en heures ou en jours. Cela permet de tracer un sillon, d’avoir une ligne directrice autour de laquelle s’agrègent des idées sans lien au départ.

2) Court-bouillon de culture : Combien de temps pour écrire un roman comme 'Araldus' ? Temps d'écriture ! De maturation ! De réécriture !...

David Pascaud : La première mouture d’'Araldus' est… antédiluvienne ! En 2003-2004, maître auxiliaire dans l’enseignement, je n’avais qu’une poignée d’heures de cours par semaine. J’étais surtout un homme au foyer s’occupant de son fils en bas âge. C’était peut-être le moment de se lancer dans l’aventure de l’écriture. D’autant qu’une idée lancinait depuis un moment : l’histoire d’un homme du Moyen Âge, avec ses espoirs, ses difficultés… De septembre à mai, je me suis obligé à écrire au moins une demi-page par jour. Discipline rare chez moi et en même temps, pas le choix. Les temps d’écriture s’adaptaient à la cadence des siestes, sorties poussettes, biberons… Une écriture avec peu d’amusements et paradoxalement beaucoup de plaisir ! Complétée par un travail de documentation à la médiathèque, par des repérages sur le terrain. La vie et la psychologie du personnage principal ont été parallèles aux miennes malgré les mille ans qui nous séparent. Neuf mois pour donner naissance au roman… J’ai posté (assez naïvement) une dizaine de manuscrits à des grosses écuries parisiennes. Autant de réponses négatives. Rideau. Le roman a sommeillé presque douze ans dans un fichier informatique, jusqu’à ce qu’un éditeur (avec lequel j’avais travaillé dans la rédaction de guides à Poitiers) me contacte et me demande de tout récrire au présent. Je me souviens bien, c’était en janvier 2015, à l’époque de Charlie Hebdo… S’en est suivi un petit mois de rewriting (comme on dit maintenant) avec incorporation de deux nouveaux chapitres, dont l’introductif, qui s’est avéré indispensable puisque le dernier chapitre lui répond, donnant à la structure du roman toute sa cohérence « circulaire ».

3) Court-bouillon de culture : Croyez-vous à la promo sur les réseaux sociaux ? Sincèrement. Quoi d'autre ? Que faire ?

David Pascaud : Avant toute chose, il faut savoir que je suis un brin paranoïaque et capable de mauvaise foi. C’est utile de le rappeler avant de lire ce qui suit, et limitera l’hémorragie d''amis' sur ma page… Facebook permet de connaître des opinions sur les couleurs d’une couverture ou sur le nombre de bouquins s’empilant dans une PAL (mot atroce qui me fait plutôt penser à une méthode de torture). Dans la foison d’infos, je me cogne à beaucoup de lieux communs sur le 'livre' et d’égotisme sans humour. Il faut occuper le terrain, montrer qu’on existe. C’est un peu fatigant. Alors que l’écriture est un acte en rapport avec l’intime. Je pense que les réseaux sociaux dispersent l’individu, dont l’auteur. Je ne suis pas véritablement un 'auteur indépendant' puisque je collabore avec des maisons d’éditions (Jerkbook, La Spirale). Il m’est difficile d’évaluer l’impact de la promo via les réseaux sociaux. Je pense qu’elle a une influence, mais les pics de vente semblent liés à des événementiels (dédicaces, conférences) ou à des articles dans la presse traditionnelle. Mais il est vrai que les réseaux sociaux permettent de relayer tous ces événements et ces articles. Donc de mettre en avant son actualité. Les réseaux sociaux pourraient être (sont ?) une sorte de contre-culture qui donnent à voir ce qui est absent ou sous-représenté dans les structures plus traditionnelles. Mais des réseaux de copinage s’y créent tout autant, de nouveau pouvoirs en somme avec ce qu’il faut de brosse à reluire mais aussi de concurrence, plus ou moins larvée. On peut rencontrer des experts qui ne sont pas des… 'littéraires'. Je me souviens d’une blogueuse qui trouvait qu’il ne se passait rien dans un de mes romans. Que répondre à ça ? Bref, le rapport à la littérature me paraît un peu superficiel. A l’image d’un monde à la BFM TV où les événements doivent se succéder sans temps morts. On surconsomme du livre, on commente, vite. Trop vite. Je suis plutôt adepte de la lenteur, de l’échange argumenté. C’est comme ça. Je vois les réseaux sociaux, notamment Facebook, comme un forum. Chacun/e vient avec ce qu’il/elle est. Beaucoup de déchets, y compris sur le plan relationnel, mais c’est comme la ruée vers l’or : on peut tomber sur des pépites. Des relations interpersonnelles se font jour qui ne se seraient pas produites dans la vie… 'normale'. C’est sur réseaux sociaux que j’ai pu faire quelques belles rencontres et découvertes comme les éditions du Carnet à Spirale, les écrivains Robert Dorazi ou Céline Vay, ou encore les Impromptus de Thierry Bellaiche. Et j’espère bien faire d’autres trouvailles.

4) Court-bouillon de culture : Votre 'Araldus' est un roman très puissant. Un sujet puissant, la vie d'un petit seigneur au Moyen-Âge. Pensez-vous trouver un sujet aussi puissant pour un deuxième roman ? Et comment allez-vous procéder pour y réfléchir et trouver peut-être un sujet ?

David Pascaud : Puissant peut-être parce que les préoccupations et les angoisses de ce petit seigneur poitevin du dixième siècle ne sont pas si éloignées des nôtres. « Si tu veux parler de l’universel, parle de ton village » : j’aime beaucoup cette phrase de Tolstoï. 'Araldus' est un roman méditatif, c’est celui du temps long, bien que les chapitres fractionnent le récit comme la vie est fractionnée par les violences de toutes sortes. Je suis obsédé par l’individu, son positionnement dans une société, les contradictions entre ses aspirations et les codes normatifs auxquels il lui faut se soumettre. Dans 'Araldus', cela prend la forme d’un roman 'historique', rigoureux dans la reconstitution de l’époque du Haut Moyen Âge, certes, mais surtout soucieux de suivre l’évolution d’un individu. Un statut désarçonnant :des lecteurs de romans historiques traditionnels peuvent trouver le héros trop atemporel, d’autres peuvent ne pas être intéressés par une immersion dans l’époque carolingienne. Oui, je crois que c’est un roman hybride… Les prochaines publications seront différentes dans la forme (pas forcément 'historiques') mais tourneront toujours autour de la singularité de l’être. Deux ébauches de romans sont assez avancées, mais je dois les affiner encore… Je les ai mis un peu de côté en 2017 pour revenir à mes premières amours : les nouvelles. Un recueil paraît aux éditions toulousaine du Carnet à Spirale en septembre.

5) Court-bouillon de culture : Comment voyez-vous votre avenir dans l'édition ? Merci de répondre sans pirouette. Qu'allez-vous mettre en place pour tenter de bien réussir ?

David Pascaud : Avec bonne humeur et envie. Quand l’écriture m’agacera, j’arrêterai. Je placerai mon égo ailleurs. Je rejette l’étiquetage dans un genre. Je reste ouvert à tout projet, du moment qu’il est inspirant. Je suis actuellement partie prenante dans diverses coopérations : le CD-livre des Ducs 'Des Livres et nous des chansons' (7 chansons, 7 auteurs, 7 nouvelles), publié fin 2016, ou le recueil collectif 'Omnibook 2' (septembre 2017). Un autre 'chantier littéraire' me tient particulièrement à cœur : une écriture à quatre mains. Une très belle aventure qui commence…


Photo ©︎ Frédérick Lejeune | Éditions du Carnet à Spirale (Toulouse).

LES INTROSPECTIONS DE DAVID PASCAUD, ARALDUS

couverture du livre LES INTROSPECTIONS DE DAVID PASCAUD, ARALDUS


Jerbook - D’où vient l’idée de ce roman ARALDUS ?

David Pascaud → D’assez loin… Je suis originaire de Châtellerault, à trente kilomètres au nord de Poitiers. A l’école primaire, une institutrice avait expliqué que notre ville, vieille de mille ans, tirait son nom d’un seigneur local appelé Airaud. Araldus, dans sa forme latinisée. Châtellerault, c’est tout simplement le "château d’Airaud". Gamins, on était tous fascinés par ce nom énigmatique qui avait traversé tant de siècles. Bien plus tard, influencé par la lecture des Rois Maudits de Druon, j’ai eu l’envie d’écrire une grande saga historique autour de cet homme. J’ai rédigé une première mouture il y a dix ans, qui me semblait perfectible. J’ai laissé mûrir. J’ai repris l’ensemble il y a quelques mois : l’épopée a cédé la place à plus de psychologie.

C’est-à-dire ?

→ Je ne conçois pas les hommes et les femmes du passé comme des êtres imparfaits qui en sauraient moins que nous. Malheureusement, notre époque toute bardée de progrès technologiques cultive un regard méprisant ou indifférent, au mieux compatissant envers le passé. Ces gens-là ressentaient, imaginaient, rêvaient, pensaient… S’il vous plait, oubliez un peu Jacquouille la Fripouille ou Lancelot du Lac ! Araldus est devenu pour moi un personnage intéressant pas seulement parce qu’il est pittoresque et qu’il est amené à se battre à l’épée contre des Vikings, mais surtout parce qu’il est profondément humain : c’est un individu qui a des rêves et des espoirs – comme n’importe qui d’autre à n’importe quelle époque -, il veut construire quelque chose dans sa vie, le transmettre ensuite… Il passe par des phases d’euphorie et de réussite, mais aussi d’humiliation et de doute. Il se compromet parfois pour parvenir à ses fins… Son "castrum", fragile et dérisoire, symbolise cette ambition : sa vie entière tourne - aux sens propre et figuré - autour de cette construction en bois.

Araldus, c’est un peu vous ?

→ Oui (sourire)… Madame Bovary, c’était bien Flaubert, non ? Mon castrum, en quelque sorte, c’est le roman. L’écriture, c’est du travail et de l’imagination, une succession de joies, de soulagements, mais aussi de coups de blues et de remises en question… Assez épique, en fait. J’ai rédigé les épisodes successifs en même temps qu’Araldus consolidait ses palissades ! A un moment, j’ai eu l’impression de vivre avec lui, et il n’est pas toujours commode…

Mais alors, comment qualifieriez-vous ce roman ? Simplement de "roman historique" ?

→ Historique, oui bien sûr… Il a fallu se documenter sur ce Xe siècle méconnu, dans mes vieux cours de fac, dans les bibliothèques, sur le terrain pour retrouver quelques vestiges… J’ai voulu retranscrire avec une précision maximale la situation politique de ce siècle pas encore tout à fait féodal, m’immerger dans le contexte des premiers comtes de Poitiers et de la fin des Carolingiens. Le Xe correspond à la fin d’un monde et à l’émergence de nouveaux pouvoirs… Mais il a fallu aussi enquêter sur ce qui fait le quotidien des gens : les croyances, la nourriture, les vêtements… Par exemple, c’est tout bête, mais au Xe les armures complètes n’existent pas. Les habits des soldats sont beaucoup plus rudimentaires avec l’utilisation de plaques de fer cousues sur du tissu… Il était nécessaire d’échapper à une vision trop basique de ce qu’on appelle le Moyen âge, expression qui ne veut pas dire grand-chose… Mais il n’y a pas que l’aspect historique, le roman permet plusieurs degrés de lecture : on peut vibrer au rythme des batailles et des coups de théâtre, s’instruire sur les mœurs de cette époque, et s’identifier aux personnages que j’ai voulu fidèles à l’univers mental de leur époque mais sans leur enlever des caractères universels qui transcendent les générations. Ce roman aborde des thèmes intemporels comme l’éducation ou la parentalité. Finalement, à mille ans d’intervalles, leurs préoccupations sont les nôtres : ils connaissent eux aussi des frustrations, des pulsions, des angoisses, ils doutent, aiment, détestent, calculent… Je défie quiconque de ne pas s’y retrouver.

Quel mot résumerait alors l’esprit de ce roman à plusieurs visages ?

→ Le mot "transmission" colle bien. Dès le début de l’écriture, j’avais dédié ce récit à mon propre fils.

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