Logo de Editions numériques Jerkbook
Editions numérique d'Art et Essai/e
Enveloppe
Lien Facebook

La sélection générale

Bande-annonce

Votre lecture bonne humeur pour l'été. ITINÉRAIRE D'UN JEUNE-HOMME. En amour, il faut se mettre à sa place de l'autre pour le comprendre. Tentez l'Aventure via ce livre léger et profond. À lire aussi, the best : ARALDUS.

En lecture libre

Bande-annonce

Bande-annonce

Les polars et thrillers

CHÉRI-E TU POUSSES !

Jef Pissard

couverture du livre CHÉRI-E TU POUSSES !



CHÉRI/E TU POUSSES !
Petit roman conversationnel, de très GRANDE mauvaise foi
En lecture libre | texte intégral
JeF Pissard
Éditions Jerkbook

ISBN 979-10-94391-14-3








000 | Chéri/e TU POUSSES !

C’est beau l’amour ! Mais bordel, qu’est-ce que c’est compliqué !
Ça avait commencé comme ça... À la sauce Aragon :

« Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre | Que serais-je sans toi qu'un cœur au bois dormant | Que cette heur...

0.01 €

+
d'infos

LES J.O. HOMME ANIMAUX !

Jef Pissard

couverture du livre LES J.O. HOMME ANIMAUX !



J.O. Homme ANIMAUX !
& Grands reportages animaux

JeF Pissard
En lecture libre, ici
Éditions Jerkbook, 2017
SBN 979-10-94391-11-2

Les animaux en rêvaient. Les hommes, pas forcément, craignant d’avoir à subir la comparaison avec ces créatures qu'ils pensent être inférieures. Quoi qu’il en soit, nous avons organisé des Jeux Olympiques universels, c'est-à-dire une confrontation sportive générale entre tous les animaux, y compris ce drôle de zèbre qu'est l’homme.


COURSES DE 100 MÈTRES À PIED, À LA NAGE, AU VOL

LE 100 MÈTRES PLAT


Voici le moment tant attendu : les éliminatoires de l'épreuve reine des Jeux Olympiques.

32 concurrents vont s’affronter dans 4 séries éliminatoires de 8 coureurs chacune. Les 4 premiers de chaque série seront qualifiés pour les demi-finales Puis les 4 premiers des deux demi-finales participeront à la finale historique.
Malgré les animosités opposant nombre d'espèces – notamment les carnivores et les herbivores –, saluons la bonne volonté des concurrents qui ont accepté sportivement de concourir aux côtés de leurs ennemis naturels.
Tous les continents ont aligné des athlètes : l'Afrique, l'Amérique, l'Antarctique, l'Asie, l'Europe, l'Océanie.
Mais voici que rentrent sur la piste les coureurs des séries.
Place à la compétition !

Série numéro l

Dans les starting-blocks :
ANTILOPE, CHIEN, GAZELLE, LIÈVRE, PINGOUIN, RENARD, RHINOCÉROS et SINGE.

Pan ! C’est parti.
ANTILOPE et GAZELLE sont en tête, suivies de peu par LIÈVRE, CHIEN et RENARD, alors que RHINOCÉROS a du mal et que PINGOUIN est à la traîne.
Et, finalement, c'est ANTILOPE qui remporte la série.

Premier : ANTILOPE
Deuxième : GAZELLE, à 18,20 m du vainqueur.
Troisième : LIÈVRE, à 28,00 m.
Quatrième : CHIEN, à 37,90 m.
Cinquième : SINGE, à 48,30 m.
Sixième : RENARD, à 52,80 m.
Septième : RHINOCÉROS, à 54,70 m.
Huitième : PINGOUIN, à 84,80 m.

Bravo à ANTILOPE, GAZELLE, LIÈVRE et CHIEN qui se qualifient donc pour les demi-finales.

Soyons chauvins, et exprimons notre satisfaction de voir les deux Européens franchir ce premier tour de la compétition, à savoir LIÈVRE et CHIEN. CHIEN qui, soit dit en passant, est de race lévrier et qui s'est qualifié pour les J.O. en dominant ses congénères lors des éliminatoires.

Série numéro 2

Sous le commandement du starter :
BISON, CERF, CHEVAL, CHEVREUIL, CROCODILE, ÉLÉPHANT, SERPENT et ZÈBRE.

Attention au coup de feu !
Voilà, les coureurs giclent des starting-blocks, avec un très bon départ de CHEVAL, CERF et CHEVREUIL. BISON et ÉLÉPHANT perdent du terrain. Tandis que CROCODILE et SERPENT sont distancés. Mais revenons en tête de course, avec CHEVREUIL qui produit son effort et remporte la série.

Premier : CHEVREUIL.
Deuxième : CERF, à 19,80 m du vainqueur.
Troisième : CHEVAL, à 28,80 m.
Quatrième : ZÈBRE, à 32,70 m.
Cinquième : BISON, à 52,50 m.
Sixième : ÉLÉPHANT, à 58,50 m.
Septième : CROCODILE, à 85,10 m.
Huitième : SERPENT, à 86,l0 m.

Accèdent aux demi-finales : CHEVREUIL, CERF, CHEVAL et ZÈBRE.

Soit trois Européens, décidément en forme, sur quatre qualifiés, dont notre ami CHEVAL (de course) que nous avons tout de même la surprise de voir dominé par CHEVREUIL et CERF.

Ah ! Nous voyons que les concurrents de la prochaine série se préparent ! Et parmi eux, nous suivrons particulièrement l'homme, en la personne de USAIN BOLT, sélectionné en raison de ses performances, mais aussi de son expérience des compétitions internationales et olympiques.

Série numéro 3

Le starter invite les concurrents à prendre place dans les starting-blocks. Obtempèrent : AUTRUCHE, CHAMEAU, COCHON, USAIN BOLT, LÉZARD, MOUTON, OURS et POULET.

Pan ! C’est parti. Avec LÉZARD, OURS, HOMME et AUTRUCHE dans un mouchoir. Derrière, CHAMEAU, MOUTON, COCHON et POULET courent aussi à la culotte, mais à quelques longueurs des premiers. Des premiers sur lesquels nous revenons immédiatement pour la fin de la course, avec HOMME. Oh là là, là là! qui se fait dépasser par AUTRUCHE, qui gagne la série.

Premier : AUTRUCHE.
Deuxième : HOMME, à 13,30 m du vainqueur.
Troisième : OURS, à 14,80 m.
Quatrième : LÉZARD, à 17,80 m.
Cinquième : CHAMEAU, à 24,70 m.
Sixième : MOUTON, à 25,70 m.
Septième : COCHON, à 32,60 m.
Huitième : POULET, à 35,60 m.

Se qualifient donc pour les demi-finales :

AUTRUCHE, HOMME, OURS et LÉZARD.

Avant de commenter la dernière série, qui déjà se prépare, applaudissons la qualification d'USAIN BOLT pour la suite de la compétition, mais interrogeons-nous aussi sur cette deuxième place... seulement, serions-nous tentés de dire. Mais attendons la suite.

Un mot aussi, sur LÉZARD, dont l'appellation précise est LÉZARD SPRINTER et qui signe ici une très belle performance en accédant aux demi-finales.

Série numéro 4

À vos marques! BUFFLE, CHAT, GIRAFE, GUÉPARD, KANGOUROU, LAPIN, LOUP et LION prennent position. Prêts !...
Pan ! CHAT et LAPIN prennent un mauvais départ, tandis que, juste devant, GIRAFE et BUFFLE sont au coude à coude, que LOUP les précède de quelques encablures, à la poursuite de KANGOUROU qui se fait distancer par LION et par GUÉPARD, GUÉPARD qui se détache et gaaagne !

Premier : GUÉPARD.
Deuxième : LION, à 20,90 m du vainqueur.
Troisième : KANGOUROU, à 28,80 m.
Quatrième : LOUP, à 35,70 m.
Cinquième : BUFFLE, à 45,60 m.
Sixième : GIRAFE, à 49,40 m.
Septième : CHAT, à 60,40 m.
Huitième : LAPIN, à 62,40 m.

Qualifiés pour les demi-finales : GUÉPARD, LION, KANGOUROU et LOUP.

Applaudissements des lecteurs-spectateurs pour tous ces magnifiques champions que nous retrouverons d'ici quelques lignes, le temps qu'ils se reposent un peu.

Pour patienter, nous allons vous faire assister à une épreuve d'une nature un peu spéciale. Il s’agit d'une course dont le terrain d’action est le podium olympique avec ses trois marches, et dont les acteurs sont deux concurrents parmi les animaux les plus lents et donc éliminés des J.O. lors des épreuves de présélection. Le départ sera donné au pied du podium olympique, sur sa partie gauche. Les concurrents devront escalader la première marche, en faire la traversée sur sa partie plane, puis escalader la plus haute marche, la traverser également sur sa partie plane, puis descendre sur la troisième marche à droite du podium, faire une dernière traversée sur sa partie plane, avant de rejoindre enfin le sol où sera jugée l’arrivée. À raison de 40 cm par paroi verticale et 80 an par partie plane, la distance totale à parcourir est de 4 m.

Mais il est temps pour nous de vous présenter les deux athlètes : à notre gauche ESCARGOT et à notre droite LIMACE. Lequel des deux va l’emporter ? Les paris sont ouverts.

Le starter donne le départ. Les deux concurrents s’élancent mollement, avec toutefois un avantage pour l'un d’eux, avantage qui semble nettement se marquer au fil de la course. Après quelques minutes, à moins d'une terrible défaillance, le résultat semble d'ores et déjà acquis ou le sera d’ici quelques minutes, car le rythme est follement... lent. Enfin, nous voilà récompensé de notre patience par le sprint époustouflant d'ESCARGOT qui boucle son parcours de 4 m en exactement 28'57'', alors que LIMACE se trouve encore à la moitié de la traversée de la première marche.

Bravo à ESCARGOT qui réalise là un bon chrono à un rythme de 8 m 40 cm à l’heure. Saluons également le valeureux effort de LIMACE qui terminera son épreuve en 2 h 38’, À la vitesse horaire de 1,70 m. Mais, comme disait le Baron, l'essentiel est de participer! Merci aux deux coureurs.


Mesdames et messieurs les lecteurs-spectateurs, retour à la compétition du 100 mètres avec les deux demi-finales.
Rappelons que les 4 premiers de chaque course seront qualifiés pour la grande finale. Les concurrents entrent en piste.

Première demi-finale

Se mettent à la disposition du starter :
ANTILOPE, CERF. CHIEN, HOMME, LIÈVRE, LION, LOUP et ZÈBRE.
Tous nos regards se portent sur les compétiteurs européens, mais surtout sur notre représentant USAIN BOLT qui, nous en sommes persuadés, parviendra à se qualifier sans difficulté.

Mais silence, le starter lève son pistolet et donne les commandements :
À vos marques !... Prêts ? Pan !
Ça y est, les coureurs sont libérés. CERF, ANTILOPE et LION sont très bien partis, LIÈVRE est à une encablure, tandis que ZÈBRE et LOUP sont au coude à coude, que CHIEN court sur leurs talons, et que... Oh, oh, HOMME, pourtant en très grande forme, est à la peine. Mais tout n'est pas joué, on connaît les fins de courses fulgurantes d'USAIN. L’allure ne ralentit pas pour autant avec des positions inchangées pour les plus proches poursuivants, tandis que devant LIÈVRE se fait décramponner par CERF et LION, qui lui-même se fait distancer par ANTILOPE, qui remporte cette demi-finale.

Premier : ANTILOPE.
Deuxième : LION, à 18,20 m du vainqueur.
Troisième : CERF, à 20,00 m.
Quatrième : LIÈVRE, à 28,00 m.
Cinquième : ZÈBRE, à 33,00 m.
Sixième : LOUP, à 33,60 m.
Septième : CHIEN, à 37,90 m.
Huitième : HOMME, à 61,20 m.

ANTIILOPE, LION, CERF et LIÈVRE sont qualifiés pour la finale.

Outre les deux premiers, bravo à nos compatriotes CERF et LIÈVRE... et très grande déception pour USAIN BOLT qui, en pleine possession de ses moyens, termine dernier de sa demi-finale, loin, loin, très loin des premiers. Ce qui, à l'avenir, doit nous conduire à une certaine humilité. Mais le sport est le sport, et...
Mais voici qu'apparaissent les concurrents de la seconde demi-finale.


Seconde demi-finale

Se préparent près de la ligne de départ :
AUTRUCHE, CHEVAL, CHEVREUIL, GAZELLE, GUÉPARD, KANGOUROU, LÉZARD et OURS.
Le starter demande aux concurrents de se positionner dans leurs starting-blocks. Donne les ordres. Libère les coureurs.
OURS et LÉZARD sont mal partis, AUTRUCHE un peu mieux, tandis que KANGOUROU et CHEVAL sont sur la même ligne, que GAZELLE se fait dominer par CHEVREUIL, et que GUÉPARD coiffe tout le monde.

Premier : GUÉPARD.
Deuxième : CHEVREUIL, à 3,00 m du vainqueur.
Troisième : GAZELLE, à 20,90 m.
Quatrième : KANGOUROU, à 28,80 m.
Cinquième : CHEVAL, à 31,80 m.
Sixième : AUTRUCHE, à 50,90 m.
Septième : OURS, à 65,40 m.
Huitième : LÉZARD, à 68,40 m.

Qualifiés pour la grande finale : GUÉPARD, CHEVREUIL, GAZELLE et KANGOUROU.

Satisfaction devant le résultat encourageant de notre compatriote CHEVREUIL qui, espérons-le mais c’est loin d’être acquis, se comportera bien en finale.

Une finale que nous suivrons tous ensemble, amis lecteurs-spectateurs, d'ici quelques lignes, le temps que les concurrents puissent récupérer de leurs efforts et donner pour la finale le meilleur d'eux-mêmes.

En attendant, pour patienter; nous vous proposons de rester dans la course à pied et de vous parler de la fable de Jean de La Fontaine Le Lièvre et la Tortue, en levant le voile sur un aspect non élucidé de l’histoire.
Combien de temps le lièvre s’est-il reposé pour que la tortue le batte à la course ?
Voici nos éléments d’enquête et la réponse.
Sur 100 m, qui est une distance de référence pour la course pédestre de vitesse, la tortue, qui court à 0,37 km/h, doit franchir la ligne d'arrivée en 16'21''. Le lièvre dont la vitesse est de 70 km/h, accomplit 100 m en 5"14. Ce qui signifie que ce fainéant de lièvre s’est reposé 16'18" pour terminer son 100 m en plus de 16'21", temps réalisé par la tortue.
« Rien ne sert (donc) de courir, il faut... »


Retour à la compétition du 100 mètres pour suivre en direct la grande finale.

Y participent :
ANTILOPE (Afrique), CERF (Europe), CHEVREUIL (Europe), GAZELLE (Afrique), GUÉPARD (Afrique), KANGOUROU (Océanie), LIÈVRE (Europe) et LION (Afrique).

La tension et la concentration sont extrêmes chez les concurrents. tandis qu'une certaine fébrilité anime les lecteurs-spectateurs. Quelles sont les chances de chacun et qui va gagner ? La préoccupation est aussi de savoir si les Européens sont capables de tirer leur épingle du jeu et de figurer en bonne place.
Le suspens va être de courte durée. Le starter commande aux concurrents de prendre position dans les starting-blocks. ll donne les ordres... s'apprête à faire feu.
Fait feu.
LION et GAZELLE partent bien, de même qu'ANTILOPE, CHEVREUIL et GUÉPARD. CERF est près des premiers, alors que KANGOUROU s'accroche et que LIÈVRE est loin de faire de la figuration. À mi-course, les choses se décantent avec un début de distancement de KANGOUROU et LIÈVRE, alors que CERF, GAZELLE et LION se lancent dans une course extraordinaire juste devant, et qu'ANTILOPE, CHEVREUIL et GUÉPARD semblent promis aux premières places, mais dans quel ordre ? Dans Quel Ordre ? La lutte est folle, fabuleuse, magnifique. Victoiiiiire de GUÉPARD... Oh là là, là là ! GUÉPARD victorieux ! GUÉPARD champion olympique !

Premier : GUÉPARD.
Deuxième : ANTILOPE, à 2,70 m du vainqueur.
Troisième : CHEVREUIL, à 3,00 m.
Quatrième : LION, à 20,90 m.
(ex æquo) : GAZELLE.
Sixième : CERF, à 22,90 m.
Septième : KANGOUROU, à 28,80 m.
Huitième : LIÈVRE, à 30,70 m.

Médaille d'or et champion olympique : GUÉPARD.
Médaille d'argent : ANTILOPE.
Médaille de bronze (et c’est une satisfaction) : CHEVREUIL.

Applaudissons également la sixième place de CERF et la huitième place de LIÈVRE. Trois Européens en final olympique, bravo !

Pour connaître les temps réalisés sur 100 m, les vitesses, les écarts entre les concurrents, et pour les situer par rapport à notre représentant Usain Bolt, reportons-nous au tableau global des performances que voici.

TOUS LES RÉSULTATS DU 100 MÈTRES PLAT

Guépard, 101 km/h, 3''56/100 m.
Antilope, 98,16 km/h, 3''66/100 m, elle en est à 97,30 m de course à l'arrivée du vainqueur.
Chevreuil, 98 km/h, 3''67/100 m, il en est à 97,00 m de course.
Lion, 80 km/h, 4''50/100 m, il en est à 79,10 m de course.
Gazelle, 80 km/h, 4''50/100 m, elle en est à 79,10 m de course.
Cerf, 78 km/h, 4''61/100 m, il en est à 77,20 m de course.
Kangourou, 72 km/h, 5''00/100 m, il en est à 71,20 m de course.
Lièvre, 70 km/h, 5''14/100 m, il en est à 69,30 m de course.
Cheval, 69 km/h, 5''22/100 m, il en est à 68,20 m de course.
Zèbre, 65 km/h, 5''54/100 m, il en est à 64,30 m de course.
Loup, 65 km/h, 5''54/100 m, il en est à 64,30 m de course.
Chien, 60 km/h, 6''00/100 m, il en est à 59,30 m de course.
Singe, 55 km/h, 6''54/100 m, il en est à 54,40 m de course.
Buffle, 55 km/h, 6''54/100 m, il en est à 54,40 m de course.
Girafe, 51,49 km/h, 6''99/100 m, il en est à 50,90 m de course.
Autruche, 50 km/h, 7''20/100 m, il en est à 49,40 m de course.
Renard, 45 km/h, 8''00/100 m, il en est à 44,50 m de course.
Bison, 45 km/h, 8''00/100 m, il en est à 44,50 m de course.
Rhinocéros, 43 km/h, 8''37/100 m, il en est à 42,50 m de course.
Chat, 40 km/h, 9''00/100 m, il en est à 39,60 m de course.
Éléphant, 39 km/h, 9''23/100 m, il en est à 38,60 m de course.
Lapin, 38 km/h, 9''47/100 m, il en est à 37,60 m de course.
HOMME, 37,58 km/h, 9''58/100 m, il en est à 37,20 m de course.
Ours, 35 km/h, 10''28/100 m, il en est à 34,60 m de course.
Lézard, 32 km/h, 11''25/100 m, il en est à 31,60 m de course.
Chameau, 25 km/h, 14''40/100 m, il en est à 24,70 m de course.
Mouton, 24 km/h, 15''00/100 m, il en est à 23,70 m de course.
Cochon, 17 km/h, 21''18/100 m, il en est à 16,80 m.
Poulet, 14 km/h, 25''71/100 m, il en est à 13,80 m de course.
Pingouin, 13 km/h, 27''69/100 m, il en est à 12,90 m de course.
Crocodile, 12 km/h, 30''00/100 m, il en est à 11,90 m de course.
Serpent, 11 km/h, 32''73/100 m, il en est à 10,90 m de course.

Note : Départ arrêté pour Usain Bolt (homme), course lancée pour les autres concurrents.

LE 100 MÈTRES À LA NAGE

Nous voici déjà en finale de l'épreuve du 100 mètres nage, les séries éliminatoires s'étant déroulées parallèlement à celles du 100 mètres plat que nous vous avons fait vivre en direct.
24 concurrents étaient inscrits à ces épreuves : poissons d'eau douce, d’eau de mer, mais aussi des mammifères – dont l'homme – et des oiseaux.
La composition des séries était la suivante.

Série numéro 1

ANGUILLE, BALEINE, CALMAR, DAUPHIN, HOMARD, MERLAN, OTARIE, TORTUE.

Série numéro 2

CARPE, CROCODILE, MANCHOT, PIEUVRE, PINGOUIN, POISSON VOLANT, REQUIN, TRUITE.

Série numéro 3

BROCHET, CACHALOT, ESPADON, GARDON, HOMME, MARSOUIN, THON, SAUMON.

Signalons que REQUIN est de la famille requin-taupe bleue et que POISSON VOLANT est en fait un pseudonyme, sa véritable appellation étant EXOCET. En ce qui concerne HOMME, l'excellent nageur français a été sélectionné. En l'occurrence le très populaire Florent Manaudou. Autre précision : les juges (de genre humain) ont été très longs à déterminer la composition des séries et les modalités d'accès à la finale, ce qui, ici, fait jaser quelques 'pingouins'.

Toujours est-il que les deux premiers de chaque série ont été qualifiés directement pour la finale olympique ainsi que les deux meilleurs temps des trois séries éliminatoires. Mais rassurez-vous, chers lecteurs-spectateurs, le classement global de l'épreuve sera communiqué intégralement, d'ici quelques lignes, après l'arrivée de la finale.

Mais voilà que les finalistes montent sur les plots de départ. ll y a là, de gauche à droite :

CALMAR, en fait, peu connu dans le monde de la compétition ;
ESPADON, que l'on sait affûté ;
HOMME, ce qui est malgré tout une surprise ;
MERLAN, lui aussi peu connu dans les courses de vitesse ;
PIEUVRE, avantagée ou non par ses nombreux bras, nous le verrons ;
POISSON VOLANT, qui, dit-on, a du souffle et de l’énergie ;
REQUIN, redoutable compétiteur ;
THON, dont on ne sait pas précisément ce qu’il vaut.

Le starter lève son pistolet. « Pan ! »

Les finalistes s’élancent et plongent. POISSON VOLANT part bien, ESPADON fend l’eau, bon départ aussi de CALMAR et de REQUIN. MERLAN et THON suivent juste dans leur remous, tandis que PIEUVRE s'emmêle les tentacules, et que HOMME est à la peine. Mais la course va très vite devant : POISSON VOLANT s'essouffle, alors que THON et MERLAN luttent branchies contre branchies et que, devant, le sprint est lancé entre ESPADON, REQUIN et CALMAR ; REQUIN qui se fait décrocher, qui ne semble plus pouvoir revenir, et ESPADON... Oh ! Là, là... ESPADON qui se fait remonter par CALMAR... CALMAR qui produit son effort et gagne.
CALMAAAR gagne haut la tentacule. CALMAAR premier ! CALMAR champion olympique !

Premier : CALMAR.
Deuxième : ESPADON, à 8,90 m du vainqueur.
Troisième : REQUIN, à 13,20 m.
Quatrième : MERLAN, à 36,20 m.
(ex æquo) : THON.
Sixième : POISSON VOLANT, à 45,30 m.
Septième : HOMME, à 93,20 m (!). Huitième : PIEUVRE, à 94,20 m (!).

Médaille d'or et champion olympique : CALMAR.
Médaille d'argent : ESPADON.
Médaille de bronze : REQUIN.

Applaudissements pour tous ces superbes champions et aussi pour notre HOMME qui a réussi malgré tout à se hisser en FINALE et à prendre une méritoire septième pl...
Ah, mais voilà qu'on nous signale qu'une réclamation a été déposée et que HOMME et PIEUVRE sont déclassés. En effet une erreur (ou une malversation) avait amené à qualifier les deux premiers de chaque série éliminatoire plus les deux plus mauvais temps, au lieu des deux meilleurs temps. Finalement, la supercherie a été découverte ! Mea culpa des organisateurs, tout honteux et, disons-le, jaloux des performances animales. Le reste du classement reste inchangé.

TOUS LES ANIMAUX SAVENT-ILS NAGER ?
Non ! Certainement à cause de l’étrangeté de son corps, la girafe ne sait pas nager. Même dans les cas d'extrême urgence. Comme celui-ci où a été vue tombant à l'eau par accident et coulant à pic sans même essayer de surnager. Que la girafe coule dans l'eau n'est pas une surprise. Mais que l'on apprenne que le singe, lui aussi, ne sait pas nager, là, ça nous estoma(ca)que !


TOUS LES RÉSULTATS DU 100 M NAGE

Calmar, 109,43 km/h, 3"28/100 m.
Espadon, 100 km/h, 3''60/100 m, il en est à 91,10 m de course à l'arrivée du vainqueur.
Requin, 95 km/h, 3''78/100 m, il en est à 86,80 m de course.
Merlan, 70 km/h, 5''14/100 m, il en est à 63,80 m de course.
Thon, 70 km/h, 5''14/100 m, il en est à 63,80 m de course.
Poisson volant, 60 km/h, 6''00/100 m, il en est à 54,70 m de course.
Dauphin, 59,54 km/h, 6''04/100 m, il en est à 54,30 m de course.
Marsouin, 55 km/h, 6''54/100 m, il en est à 50,10 m de course.
Manchot, 45 km/h, 8"00/100 m, il en est à 41 m de course.
Otarie, 40 km/h, 9''00/100m, elle en est à 36,40 m de course.
Saumon, 40 km/h, 9''00/100 m, il en est à 36,40 m de course.
Truite, 37 km/h, 9''72/100 m, elle en est à 33,70 m de course.
Baleine, 36,69km/h, 9''8l/100 m, elle en est à 33,20 m de course.
Cachalot, 36 km/h, 10"00/100 m, il en est à 32,80 m de course.
Pingouin, 36 km/h, 10"00/100 m, il en est à 32,80 m de course.
Tortue, 35 km/h, 10''28/100 m, elle en est à 31,90 m de course.
Brochet, 33 km/h, l0''90/100 m, il en est à 30,10 m de course.
Crocodile, 25 km/h, 14''40/100 m, il en est à 22,80 m de course.
Homard, 23 km/h, 15"65/100 m, il en est à 20,90 m de course.
Gardon, 16 km/h, 22"50/100 m, il en est à 14,60 m de course.
Carpe, 12,20 km/h, 29"50/100 m, elle en est à 11,10 m de course.
Anguille, 12 km/h, 30"00/100 m, elle en est à 10,90 m de course.
Homme, 7,47 km/h, 48"21/100 m, il en est à 6,90 m de course.
Pieuvre, 6 km/h, 60"00/100 m, elle en est à 5,80 m de course.

Note : Départ arrêté pour Florent Manaudou (homme), course lancée pour les animaux.

LE 100 MÈTRES VOL

Dernière épreuve de vitesse, avec cette fois le 100 mètres vol, et la très grosse déception de ne pas avoir de concurrent HOMME dans la compétition, chacun sachant que ce dernier, à son grand dépit, est incapable de voler. Il se dit, toutefois, que les organisateurs de ces jeux Olympiques, vexés des piètres résultats de nos représentants humains dans les épreuves de sprint et à la nage, préparent sournoisement un coup tordu. Espérons qu'il ne s'agisse que de rumeurs. Et reportons notre attention sur l'épreuve du 100 mètres vol qui se déroule en 3 séries éliminatoires avec qualification directe pour la finale, des deux premiers et du meilleur temps de l’ensemble des 3 séries... Ah, tiens !, cela ne fait que 7 concurrents pour la finale, alors que d'ordinaire le nombre des compétiteurs est de 8. Mais que trament donc les organisateurs ?

La composition des séries est la suivante.

Série numéro l

AIGLE, BÉCASSE, CANARD SAUVAGE, CORBEAU, FRÉGATE, GRUE, MOUCHERON, PERDRIX.

Série numéro 2

CHARDONNERET, CHAUVE-SOURIS, CORNEILLE, CYGNE, FAUCON PÈLERIN, OIE, PIGEON.

Série numéro 3

ÉPERVIER, FAISAN, GUÊPE, LIBELLULE, MARTINET, PAPILLON, PÉLICAN, VAUTOUR.

Sur ce, nous sommes contraints de rendre la plume au rédacteur en chef qui va vous dactylographier un sujet sur quelques-uns des concurrents en lice pour cette épreuve Nous nous retrouverons, ensuite, pour la finale. À tout à l’heure !

Oui, ceci pour vous dire, pendant que la première série se court sous nos yeux, que les compétiteurs CANARD et OIE sont de race sauvage et non domestique, mais cela nos amis lecteurs-spectateurs l'auront compris. Alors que la deuxième série donne lieu à une sérieuse empoignade entre PIGEON et FAUCON. Enfin, alors que la troisième série se déroule actuellement, une dernière précision en ce qui concerne les compétiteurs-rapaces : leur pointe de vitesse est calculée en piqué, lorsqu'ils chassent. Mais, stop, car voilà que se juge l’arrivée de cette dernière série...

Nous voilà arrivés au moment tant attendu de la finale avec, comme annoncé précédemment, 7 compétiteurs issus des éliminatoires, pour mémoire : les 2 premiers de chaque série, plus le meilleur temps de l’ensemble des séries.

Se présentent au départ :

AIGLE, FAUCON, FRÉGATE, MARTINET, PIGEON, OIE et VAUTOUR...

Les concurrents se préparent et se mettent à disposition du starter. Lequel semble attendre. Mais quoi ? Nous apercevons un certain mouvement du côté des organisateurs qui semblent être à l'origine de cette attente prolongée. Les concurrents s’impatientent, deviennent nerveux. Ah !... Nous apprenons qu'un huitième concurrent, qualifié d'office par les organisateurs, va prendre part à la compétition. La raison de cette finale à 7 était donc là. Cela paraît insensé, mais c'est ainsi ! Nous ne voyons pas qui a pu être ainsi qualifié sans en passer par les différentes éliminatoires. En tout cas, certainement pas L'HOMME qui ne sait pas voler, et ce, malgré la folle envie de certains de le voir briller et, enfin, remporter une médaille. Mais, ah !... Voilà que nous apercevons un engin métallique qui se présente sur la piste... c'est hallucinant, mais c’est... Mais c’est... un hélicoptère, un hélicoptère de type alouette 3, avec à ses commandes HOMME qui va 'voler' la finale ! Incroyable !!! Les autres concurrents protestent, mais le starter maîtrise la situation et donne l'ordre à chacun de prendre position sur la ligne de départ. Tous s’exécutent. Y compris HOMME-HÉLICOPTÈRE. Le départ est imminent.

Les commandements. Et « Boum ! » La finale olympique est lancée. HOMME-HÉLICOPTÈRE, MARTINET, PIGEON et FRÉGATE partent comme des fusées, suivis de prés par AIGLE, OIE et VAUTOUR. VAUTOUR et OIE qui se battent bec et ongles mais qui se font un peu distancer par AIGLE, AIGLE qui suit à quelques plumes PIGEON et MARTINET qui se livrent une lutte de haut vol. Simultanément nous gardons un œil sur les juges arbitres, tout sourire à la vue de la tête de course, tête de course qui voit HOMME-HÉLICOPTÈRE dominer la situation devant FRÉGATE et Faucon. Ça y est, l'ultime sprint dans le sprint est lancé, FRÉGATE décroche, FAUCON s'accroche, HOMME-HÉLICOPTÈRE... Ah ! Ah ! Ah !... Les juges changent de mine... les juges s’inquiètent... 0oh !... Les juges font la gueuuule !... Victoire extraoooordinaiiire de FAUCON. FAUCON, champion olympiiiiique !!! Superbe FAUCON !

Premier : FAUCON.
Deuxième : HOMME-HÉLICOPTÈRE, à 31,90 m du vainqueur.
Troisième : FRÉGATE, à 38,30 m.
Quatrième : MARTINET, à 47,20 m.
Cinquième : PIGEON, à 47,40 m.
Sixième : AIGLE, à 50,20 m.
Septième : VAUTOUR, à 53,80 m.
Huitième : OIE, à 56,10 m.

Médaille d'or et champion olympique : FAUCON.
Médaille en chocolat : HOMME-HÉLICOPTÈRE (Houuuh !).
Médaille : d'argent : FRÉGATE.
Médaille de bronze : MARTINET.

Écœurés par la tournure des événements nous allons conclure sur cette épreuve. En choisissant de passer sous silence les subterfuges dont vous avez été témoins, et en préférant mettre en avant la formidable performance de tous ces vrais athlètes. En soulignant aussi et surtout, chers lecteurs-spectateurs que c’est dans cette épreuve du 100 mètres vol qu'ont été enregistrées les meilleures performances chronométriques.

Nous vous engageons donc à consulter le tableau des résultats, ci-après. Merci. Et à bientôt, pour la suite des épreuves de ces jeux Olympiques.

TOUS LES RÉSULATS DU 100 M VOL

Faucon, 324 km/h, 1''11/100 m.
(Hélicoptère), (220 km/h), 1''63/100 m), (il en est à 68,10 m de course à l'arrivée du vainqueur).
Frégate, 200 km/h, 1"80/100 m, elle en est à 61,70 m de course.
Martinet, 171 km/h, 2''10/100 m, il en est à 52,80 m de course.
Pigeon, 170,68 km/h, 2"11/100 m, il en est à 52,60 m de course.
Aigle, 161km/h, 2"23/100 m, il en est à 49,80 m de course.
Vautour, 150 km/h, 2"40/100 m, il en est à 46,20 m de course.
Oie, 142 km/h, 2"53/100 m, elle en est à 43,90 m de course.
Canard, 120 km/h, 3''00/100 m, il en est à 37,00 m de course.
Épervier, 110 km/h, 3''27/100 m, il en est à 33,90 m de course.
Cygne, 88,51 km/h, 4''06/100 m, il en est à 27,30 m de course.
Perdrix, 84 km/h, 4''28/100 m, elle en est à 25,90 m de course.
Libellule, 80 km/h, 4"50/100 m, elle en est à 24,70 m de course.
Corneille, 76 km/h, 4''73/100 m, elle en est à 23,50 m de course.
Corbeau, 60 km/h, 6"00/100 m, il en est à 18,50 m de course.
Faisan, 59 km/h, 6"10/100 m, il en est à 18,20 m de course.
Chauve-souris, 55 km/h, 6''54/100 m, elle est à 17,00 m de course.
Grue, 50 km/h, 7''20/100 m, elle en est à 15,40 m de course.
Pélican, 48 km/h, 7''50/100 m, il en est à 14,80 m de course.
Pinson, 40 km/h, 9''00/100 m, il en est à 12,30 m de course.
Moucheron, 35 km/h, 10''28/100 m, il en est à 10,80 m de course.
Papillon, 32,18 km/h, 11''20/100 m, il en est à 9,90 m de course.
Chardonneret, 30 km/h, 12"00/100 m, il en est à 9,20 m de course.
Bécasse, 21 km/h, 17"14/100 m, elle en est à 6,50 m de course.
Guêpe, 19,31 km/h, 18"64/100 m, elle en est à 5,90 m de course.

LES SAUTS : EN LONGUEUR, EN HAUTEUR

Autre épreuve d’athlétisme très attendue lors de ces olympiades insolites, l’épreuve des sauts, saut en longueur et saut en hauteur, avec la participation dans chaque compétition de 12 candidats, dont l’homme. Et une originalité, en ce qui concerne les classements, puisque, pour plus d'équité entre les compétiteurs, nous allons procéder à deux classements. Un premier, disons de 'principe', suivant la performance de chacun, puis un deuxième, 'officiel', cette fois, calculera la performance de l’athlète en tenant compte de la longueur de son corps, pour le saut en longueur ; et de sa taille, pour le saut en hauteur. Ainsi, par exemple, saurons-nous qui de la sauterelle ou du chien saute le plus loin ou le plus haut comparativement à son gabarit.

LE SAUT EN LONGUEUR

Préalablement à la compétition et au premier classement résultant de la performance brute de chacun, profitons de la présentation des 12 champions pour apporter quelques précisions sur certains d'entre eux.

Participent à la finale directe :

ANTILOPE, BOUQUETIN, GRENOUILLE, HOMME, KANGOUROU, PUCE, PUMA, SAUTERELLE, SINGE...

Également : CHIEN, qui est de race lévrier ; OURS, qui est de nationalité polaire ; SPRINGBOK, une variété d’antilope semblant montée sur ressorts. Pour la petite histoire, l'appellation 'Springbok' provient du hollandais qui signifie chèvre sauteuse.

Mais passons immédiatement aux premiers résultats de l'épreuve.

Premier : SPRINGBOK, avec un bond de 15 m.
Deuxième : KANGOUROU, avec un bond de 12,80 m.
Troisième : PUMA, avec un bond de l2 m.
(Ex aequo) : ANTILOPE.
Cinquième : CHIEN, avec un bond de 9,14 m.
Sixième : HOMME, avec un bond de 8,95 m.
Septième : SINGE, avec un bond de 8 m. (Ex æquo) : OURS.
Neuvième : BOUQUETIN, avec un bond de 7 m.
Dixième : GRENOUILLE, avec un bond de 4,50 m.
Onzième : SAUTERELLE, avec un bond de 3 m.
Douzième : PUCE, avec un bond de 0,32 m.

Une fois corrigé, par le biais d'un calcul ramenant la performance des compétiteurs à la taille de leur corps, le classement des compétiteurs s’établit comme suit.

Ont la meilleure détente :

Champion olympique : PUCE !
Médaille d'argent : SAUTERELLE.
Médaille de bronze : CHIEN.

Quatrième : SPRINGBOK.
Cinquième : KANGOUROU.
Sixième : PUMA.
Septième : ANTILOPE.
Huitième : GRENOUILLE.
Neuvième : SINGE.
Dixième : HOMME.
Onzième : BOUQUETIN.
Douzième : OURS.

Encore une fois, l'homme n'a pas de quoi faire le beau devant ses petits camarades animaux qui le devancent dans l’exercice du saut en longueur. Livrons-nous à une extrapolation qui est vraiment en sa défaveur. Compte tenu de sa taille, l’homme pourrait sauter nettement plus loin s'il avait la détente de tous les animaux qui le précèdent dans ce genre d'exercice.

S'il avait la détente de ces animaux, il sauterait à...

SINGE : 9,60 m.
GRENOUILLE : 10,90 m.
ANTILOPE : 12,70 m.
PUMA et KANGOUROU : 14,40 m. SPRINGBOK : 15,90 m.
CHIEN : 20,60 m.
SAUTERELLE : 45,00 m.
PUCE : 360,00 m.

Traduit en images, l'homme pourrait donc franchir en longueur :

Une piscine olympique, dans le sens de la largeur, s'il avait la détente d'un CHIEN lévrier ; Une piscine olympique, dans le sens de la longueur, s'il avait la détente d'une SAUTERELLE ; La plus vaste place de Paris, la place de la Concorde, dans le sens de la longueur, s'il avait la détente d’une PUCE (60 x 210 m).

LE SAUT EN HAUTEUR...

12 candidats s'affrontent maintenant dans l'épreuve du saut en hauteur dont voici quelques précisions.

Participent à la finale directe des athlètes terrestres comme...

BOUQUETIN, CHEVAL, CHIEN, de race lévrier, HOMME, PUCE, KANGOUROU, PUMA, SPRINGBOK dont nous avons parlé lors du saut en longueur.

S’alignent aussi dans cette finale des concurrents marins comme...

CACHALOT, DAUPHIN, EXOCET surnommé POISSON VOLANT, et SAUMON.

L'affrontement sportif terminé, le premier classement, suivant les réelles performances des athlètes, s'établit ainsi :

Premier : DAUPHIN, avec un saut de 7 m.
Deuxième : CACHALOT, avec un saut de 5,50 m.
Troisième : BOUQUETIN, avec un saut de 4,50 m.

Quatrième : KANGOUROU, avec un saut de 4 m.
Cinquième : CHIEN, avec un saut de 3,55 m.
Sixième : PUMA, avec un saut de 3 m.
(Ex æquo) : SPRINGBOK.
(Ex æquo) : SAUMON.
Neuvième : CHEVAL, avec un saut de 2,47 m.
Dixième : HOMME, avec un saut de 2,45 m.
Onzième : EXOCET, avec un saut de 1,50 m.
Douzième : PUCE, avec un saut de 0,20 m.

Fort bien ! Toutefois le classement, tenant compte du meilleur saut réalisé proportionnellement à la taille du compétiteur (hauteur au garrot pour les athlètes à quatre pattes), s’établit comme suit.

Ont la plus belle détente :

Champion olympique : PUCE !
Médaille d'argent : CHIEN.
Médaille de bronze : BOUQUETIN.

Quatrième : EXOCET.
Cinquième : PUMA.
Sixième : SPRINGBOK.
Septième : KANGOUROU.
Huitième : SAUMON.
Neuvième : DAUPHIN.
Dixième : CHEVAL.
Onzième : HOMME.
Douzième : CACHALOT.

Deux constatations s’imposent. En premier lieu, que la Puce, formidable compétitrice, remporte haut la main son deuxième titre olympique. Compliments ! Ensuite, que I'HOMME conserve sa fâcheuse habitude de fréquenter le bas des tableaux.

Une nouvelle fois, livrons-nous à une extrapolation très accablante pour le genre humain. Par rapport à sa taille, l'HOMME devrait sauter nettement plus haut s’il avait la détente de tous ces animaux qui le devancent dans cette compétition.

S'il avait la détente de ces animaux l'HOMME sauterait en hauteur à...

CHEVAL : 2,60 m.
DAUPHIN : 3,10 m.
SAUMON : 4,30 m.
KANGOUROU : 4,50 m.
SPRINGBOK : 4,70 m.
PUMA : 6,00 m.
EXOCET : 7,70 m.
BOUQUETIN : 9,50 m.
CHIEN : 12,80 m.
PUCE : 360,00 m.

Cela signifie que I'HOMME pourrait donc franchir en hauteur :

Une maison d’un étage avec son toit, s'il avait la détente d'un BOUQUETIN ;
Une maison de deux étages avec son toit, s'il avait la détente d'un CHIEN lévrier ;
La tour Eiffel, augmentée de 40 m, s'il avait la détente d’une PUCE.

L’ ÉPREUVE DE FORCE

Autre discipline olympique, l'épreuve de force qui consiste à déterminer quel est le concurrent le plus puissant au regard de son propre poids.

Y participent :

CHEVAL, CHIEN, ÉLÉPHANT, ESCARGOT, FOURMI, GORILLE, HOMME, SCARABÉE.

Et peut-être des surprises à l‘issue de l'épreuve !

Effectivement. Car après contrôle des juges, le classement s'établit comme suit...

Dernier : ÉLÉPHANT, qui ne peut porter que 0,25 fois son poids.
Avant-dernier : HOMME, qui parvient à porter 3 fois son poids.
Sixièmes ex æquo : CHIEN et GORILLE, qui peuvent tirer ou porter 5 fois leur poids.
Quatrième : CHEVAL, qui peut déplacer 35 fois son poids.

Troisième : FOURMI, qui peut porter 60 fois son poids.
Deuxième : ESCARGOT, pouvant supporter 200 fois son poids.
Premier : SCARABÉE, pouvant porter 850 fois son poids.

Le record mondial officiel d'haltérophilie en épaulé-jeté, est de 250,50 kg. Toutefois, à l’occasion de manifestations d'exhibition, il arrive que des costauds déplacent des engins pesant jusqu'à 17 fois leur poids.

Nos premiers commentaires iront à I’HOMME qui réalise de nouveau une piètre performance, mais aussi en direction de l'ÉLÉPHANT, qui dans ce genre d'épreuve est à la fois bien placé et mal placé puisque, proportionnellement à son poids, c‘est lui qui en soulève le moins, alors qu'en performance brute il arrive deuxième derrière le CHEVAL, le plus puissant des chevaux pouvant tirer une charge de plus de 28 tonnes. Enfin et surtout notons la prédominance, dans cette épreuve, des insectes qui placent deux concurrents sur le podium que voici. Bravo à eux !

Médaille de bronze : FOURMI.

Si l’homme avait sa force, il pourrait soulever 4 800 kg, soit le poids moyen d'un éléphant.

Médaille d'argent : ESCARGOT.

Avec sa force, l'homme pourrait soulever 16 000 kg, soit le poids d'un autobus chargé de passagers.

Champion olympique : SCARABÉE.

L'homme doté de sa force pourrait soulever 68 000 kg, soit le poids d'une motrice de T.G.V.

LA PLONGÉE SOUS-MARINE

L'HOMME réussira-t-il enfin à monter sur le podium lors de cette épreuve de plongée sous-marine ? Les vainqueurs seront ceux qui atteindront la plus grande profondeur. De vagues indiscrétions, du côté des juges-arbitres, laissent à penser que cette fois l'HOMME a des chances d'accéder au podium, voire au titre. Nous verrons ! Pour l'heure les candidats s‘avancent sur le quai maritimo-olympique, au fur et à mesure de leur présentation au public.

Avec dans l’ordre d’apparition :

AMPHIPODE (un crustacé), BALEINE, CACHALOT, ÉLÉPHANT DE MER, ÉPONGE, ÉTOILE DES MERS, HOMARD, HOMME n° l et... HOMME n° 2 (Tiens !, comme c'est bizarre, deux engagés dans cette compétition), OURSIN, PINGOUIN, PHOQUE, PIEUVRE... Plus deux candidats aux noms barbares et imprononçables : BASSOGIGAS PROFUNDISSIMUS, qui est un poisson. Et CHASCANOPSETTA LUGUBRIS, un autre poisson aux allures de sole.

La plongée est imminente. Si, de notre place, nous apercevons parfaitement HOMME 1, vêtu de son seul maillot de bain, en revanche, nous ne discernons pas HOMME 2 qui est caché par des candidats (à moins que ce ne soit lui qui se cache ?).

« Boum ! » « Splash ! » Le départ est donné.

Les compétiteurs se lancent tomber dans l’eau, tête la première, et coulent à pic. Par un système de contrôle adéquat les juges-arbitres enregistrent la profondeur de plongée des athlètes avant que ces derniers ne remontent à la surface.

Voici leur classement, au fur et à mesure de leur réapparition à l'air libre :

Premier à émerger de l’eau et donc...

Dernier : HOMME l, avec une plongée de 122 m. (Il s’agit du néo-zélandais William Trubridge)
Avant-dernier : PINGOUIN, avec une plongée de 265 m.
Treizième : PHOQUE, avec une plongée de 600 m.
Douzième : BALEINE, avec une plongée de 914 m.

HOMME 2 n’est pas encore en vue : c’est bon signe !...

Onzième : ÉLÉPHANT DES MERS, avec une plongée de l 250 m.
Dixième : CACHALOT, avec une plongée de 3 000 m.
Neuvième : ÉPONGE, avec une plongée de 5 637 m.
Huitième : OURSIN, avec une plongée de 7 250 m.

Toujours pas d’HOMME 2. Chouette ! Hum... à moins qu‘il ne se soit noyé ? Inquiétude !!!

Septième : ÉTOILE DES MERS, avec une plongée de 7 584 m.

Sixième : PIEUVRE, avec une plongée de 8 100 m. Cinquième : BASSOGIGAS PROFUNDISSIMUS, avec 8 300 m. Quatrième : AMPHIPODE, avec une plongée de 10 500 m.

Et toujours pas d'HOMME 2. Ce qui est excellent, vu qu'il est maintenant assuré d'obtenir un podium. Et ce qui est aussi extrêmement inquiétant, compte tenu des profondeurs que les concurrents atteignent présentement.

Troisième : HOMARD, avec une plongée de l0 912 m.
Premiers ex æquo : CHASCANOPSETTA LUGUBRIS, et... HOMME 2, avec une plongée de 10 917 m.

Mais, horreur ! De quoi s'aperçoit-on lors du retour en surface de HOMME 2 ? Que HOMME 2 vient de réaliser cette magnifique performance aux commandes d'un sous-marin. D’un sous-marin ! Qui pour l’occasion réalise la plus profonde plongée jamais réalisée, ce qui est un exploit, comparé à la plongée moyenne des sous-marins qui est de 5 000 à 6 000 m. Compliments donc pour cette performance mécanique, mais aussi et surtout honte à HOMME 2 et aux juges arbitres pour cette tentative de tricherie dans le cadre de cette compétition officielle !

LE TEMPS D’IMMERSION

Cette autre épreuve aquatique consiste à départager les athlètes que voici... CACHALOT, CORMORAN, CROCODILE, DAUPHIN, MANCHOT, MORSE, PHOQUE, HOMME, LOUTRE DE MER et OURS, et à déterminer lesquels restent le plus longtemps la tête sous l'eau sans reprendre leur respiration. Pour cela, une bassine remplie d’eau est posée devant chaque concurrent qui devra y plonger la tête au signal du départ, les juges-arbitres chronométrant la performance de chacun.

Top départ ! Les athlètes mettent la tête dans la bassine. Le chronomètre tourne : « tic-tac... tic-tac... tic-tac... ! »

Premier à relever la tête et donc...

Dernier de l'épreuve : OURS, avec 1'30" sans respirer.
Avant-dernier : CORMORAN, avec un chrono de 2'50".
Huitième : LOUTRE DE MER, avec un temps de 5'.
Septième : DAUPHIN, avec un chrono de 10’.
Sixième : HOMME, avec un temps de 11'35". (Cette performance d'apnée statique a été réalisée par le français Stéphane Misfud. Cocorico !)
Cinquième : MORSE, avec un temps de 15’.
Quatrième : MANCHOT, avec un chrono de 18'.

Médailles d'argent ex æquo : CROCODILE et PHOQUE, avec 1h sans respirer.
Médaille d'or et champion olympique : CACHALOT, avec près de 1h52' sans reprendre sa respiration.

Époustouflant. Mais toujours pas de médaille remportée honnêtement par l'homme !

LE VOL EN ALTITUDE

L'homme ne volant pas, il y a donc peu de chance que ce soit dans cette épreuve qu'il décroche enfin une médaille, si tant est qu'il soit capable d'en décrocher une lors de ces confrontations sportives avec les animaux. Pour mettre en valeur les performances animales et aussi rattraper la mauvaise impression que nous donnons à propos de nos capacités physiques, nous allons illustrer le classement de cette épreuve en indiquant l'altitude à laquelle volent différents engins motorisés, qu'entre nous soit dit, nous fabriquons, nous les humains ! Ah, c'est qu'à force, ça énerve d’être moins doués que les animaux !

Prennent le départ de l'épreuve de vol en altitude :

BÉCASSEAU, CANARD SAUVAGE, CIGOGNE, CORBEAU, COURLIS (un oiseau échassier migrateur), CYGNE, GRIVE, GRUE, MARTINET, OIE SAUVAGE, PIE, VANNEAU, VAUTOUR...

Prennent aussi part à la compétition :

EXOCET, le fameux poisson volant, et BEC-OUVERT, un oiseau africain dont l'échancrure très large de chaque mandibule ne lui permet jamais de fermer complètement son bec, d'où son nom.

Tandis que les concurrents volettent pour s'échauffer, 6 engins motorisés prennent leur envol pour mieux situer la performance de chaque athlète oiseau. ll s'agit d'un ULM, d’un hydravion, d’un hélicoptère Alouette 3, d’un avion à réaction, d'un Boeing et du Concorde.

Des avions étant en place dans le ciel, les juges arbitres donnent le départ. Les compétiteurs s'envolent à tire d'aile. Et, après quelques minutes, le classement s'effectue naturellement.

Premier à plafonner et donc...

Dernier de l'épreuve : BEC-OUVERT, avec un vol culminant à 0,80 m au maximum du sol. Eh oui, c'est tout !

Avant dernier : EXOCET, avec un vol haut de 1,50 m. Ce qui est aérien pour ce poisson qui effectue des vols planés sur plusieurs centaines de mètres en s'aidant de ses nageoires en forme d'aile.

(Vol de l'ULM signalé à une hauteur moyenne de 500 m)

Treizième : CORBEAU, avec une altitude de 700 m.
Douzième : PIE, avec un vol à l 500 m.
Onzième : MARTINET, avec une hauteur de 2 000 m.
Dixième : BÉCASSEAU, avec une altitude de 3 000 m.
Neuvième : GRIVE, avec un vol à 3 300 m.
Huitième : VANNEAU, avec une performance à 3 900 m.

(Vol de l'hydravion signalé à une hauteur moyenne de 4 000 m)

Septième : GRUE, avec une altitude de 4 053 m.

(Vol de l’hélicoptère Alouette 3 à une hauteur moyenne de 4 100 m)

Sixième : CIGOGNE, avec une performance à 4 800 m.
Cinquième : CANARD SAUVAGE, avec un vol à 5 000 m.
Quatrième : COURLIS, avec une hauteur de 6 000 m.

Médaille de bronze : CYGNE, avec une performance à 8 320 m.
Médaille d'argent : OIE SAUVAGE, avec une altitude de 9 500 m.
Champion olympique : VAUTOUR, avec un vol à 11 277 m.

(Vol de l'avion à réaction à une hauteur moyenne de 12 000 m)
(Vol du Boeing à une hauteur moyenne de l3 000 m)
(Vol du Concorde à une hauteur moyenne de 18 000 m)

En conséquence, un grand coup de chapeau à ces oiseaux de haut vol qui atteignent des altitudes proches, pour certaines, du vol de nos plus grands et prestigieux avions.

Signalons, au risque d'accentuer notre ridicule, que les humains ne peuvent aller, sans assistance technologique, au-delà de 8 000 m d’altitude sans risquer la mort, par manque d'oxygène.

LE PLONGEON DE HAUT VOL, DANS L’EAU

Avant-dernière épreuve de ces Jeux Olympiques, celle du plongeon dans l'eau, avec pour critère de classement, la plus grande hauteur de laquelle les compétiteurs réussissent à plonger.

Et parmi les concurrents qualifiés pour la finale, nous retrouvons prêts à en découdre...

FOU DE BASSAN : un oiseau palmipède marin qui se lance de haut pour pêcher des poissons.
GANNET : également un oiseau marin piquant de haut dans la mer pour attraper des poissons.
HOMME : qui pour s'amuser ou battre des records s'élance du haut de falaises.

La compétition est lancée.

Et la surprise vient de ce que FOU DE BASSAN prend seulement la troisième place avec un plongeon de 40 m de haut...

Médaille de bronze : FOU DE BASSAN !

GANNET, lui, termine deuxième avec un piqué de 100 m de haut...

Médaille d'argent : GANNET.

Quant à HOMME, lui, cet ex-tra-or-di-naire petit HOMME, il remporte le titre olympique, avec un plongeon de l10 m de haut ! (C’est en tout cas le record établi par le Suisse Harry Froboess, qui sauta de cette hauteur dans le lac de Constance, depuis un dirigeable, en juin 1936.)

Médaille d'or et champion olympique : l'HOMME ! Enfin !!!

Enfin une victoire humaine. Et pour mieux apprécier la performance, précisons que ce cher congénère, qui sauve l’honneur, s'est élancé d'une hauteur représentant celle d’un immeuble de 37 étages. Ou encore la moitié de la tour Montparnasse, à Paris. Ou encore le deuxième étage de la tour Eiffel... (On est si heureux qu’on ne se lasse pas de donner des exemples.)

LE MARATHON

Ces olympiades se terminent par le marathon, cette course de fond se déroulant sur 42,195 km. Il se trouve peu de concurrents d'une résistance suffisante pour être qualifiés.

Parmi les compétiteurs :

LOUP, coureur de fond reconnu, capable de parcourir 250 km en deux semaines, mais aussi, s’il est 'dérangé' dans son secteur, d'accomplir jusqu’à 100 km en une journée.

CHAMEAU, concurrent un peu lent, mais extrêmement résistant, capable de franchir aisément l 000 km de désert en trois semaines, sans boire une seule goutte d’eau.

CHEVAL, en la personne de son meilleur représentant : CHEVAL ARABE.

Et HOMME.

À l'issue de l’épreuve, somme toute assez courte et trop rapide aux goûts de certains concurrents, CHEVAL ARABE tire son épingle du jeu et met une déculottée à l'HOMME.

Car si HOMME court un marathon à la vitesse maximum de 20 km/h (2 h 02' 57”), CHEVAL ARABE, lui, est capable d’aligner 3,5 marathons de suite, sensiblement à cette même vitesse (150 km à 18 km/h).

Pfou... ! De quoi être dégoûté.

Fin de ces Jeux Olympiques !

Dans ces conditions, on n’est pas près d'en organiser d'autres...

EN RÉSUMÉ CONCLUSIF...

D’accord, l'homme est le maître du monde. Mais il n'y a pas de quoi pavoiser. Nous sommes loin d'être le roi des animaux. Pour cela, il faudrait que nous soyons les meilleurs partout. ll faudrait que nous soyons plus grands, plus gros, que nos oreilles dépassent de 70 cm de part et d'autre de notre tête, que chacun de nos yeux soit de la taille d'un ballon de football, que notre nez soit long comme un bras, que notre langue fasse 5 m, que notre cou soit haut comme notre bras levé en l'air, que notre sexe soit de la longueur de notre cuisse, que nos bras et nos mains traînent par terre...

Question performance, il faudrait que nous sautions 360 m en longueur, que nous courrions le 100 m en 3"56, que nous sautions 40 m au-dessus de la tour Eiffel, que nous plongions dans l'eau en apnée à 11 000 m de profondeur, que nous restions sous l'eau sans respirer pendant l h 50'... Bref, une mosaïque d’attributs physiques et d'aptitudes sportives qui font la force de bien des animaux...

Chers lecteurs spectateurs, restez avec nous.
Nous vous invitons à suivre maintenant nos reportages réalisés sur le MONDE ANIMAL !
Tournez la page...

NOS EXTRAORDINAIRES ANIMAUX

L'ANATOMIE ANIMALE ET HUMAINE

LA TAILLE

Grande comme 6 autobus empilés !

Avec ses 3 m de hauteur lorsqu'il se tient debout, le grizzli est immense, comparé à l'homme. Si d'aventure le cœur vous disait d'en recevoir un chez vous, ses épaules toucheraient le plafond de votre salon, et il dépasserait d’une tête le niveau du premier étage.

Mais il y a plus grand que le grizzli, sur terre. Ainsi l'éléphant mesure 4 m au garrot, alors que la girafe culmine à 6 m, soit la hauteur que franchissent à la perche les meilleurs sauteurs du monde.

La girafe est-elle l’animal le plus grand du monde ? Que non, puisque lui sont supérieurs : le crocodile, le python ou la raie, charmantes bestioles que chacun rêverait d'accueillir chez soi, dont la taille avoisine les 8 m, et qui ne logeraient pas dans votre plus grande pièce, ni même dans la longueur cumulée de deux pièces ordinaires, à moins d'habiter un logement spacieux.

Par contre, si votre gosse veut un serpent, choisissez-lui le plus petit du monde, le serpent filiforme des Caraïbes, car il pourra le loger dans son... porte-mine, en lieu et place de la mine de crayon.

Pour ce qui concerne les plus grandes tailles animales, c’est du côté du requin pèlerin et du calmar géant qu’il faut jeter un oeil, puisqu'ils atteignent respectivement 18 et 19 m. Pour se donner un élément visuel de comparaison, c'est dans les sous-sols parisiens qu'il faut se rendre. Imaginez seulement que ces deux monstres sont de 3 à 4 m plus longs qu’une voiture de métro ! Et si, en définitive, le calmar géant, tous tentacules dépliés, est le troisième des plus grands animaux terrestres, il fait figure de nain 6 à côté des deux premiers : la baleine bleue qui, elle, mesure 35 m, soit la longueur de 3 autobus placés à la queue leu leu, et la méduse géante, dont l'envergure totale est de 6 autobus, soit 75 m.

LE POIDS
Lourde comme 2 700 personnes !

Avec un poids moyen de 70 kg, l'homme se trouve relégué en fin de classement des êtres vivants les plus lourds du monde. Il arrive loin derrière son ami le cheval qui accuse sur la balance un poids de 1 500 kg, soit l’équivalent de 20 personnes ; loin derrière le boeuf, le crocodile et le calmar géant dont 1e poids est de 2 000 kg, soit l’équivalent de 30 hommes réunis ; encore plus loin derrière la grande raie, l'hippopotame et le rhinocéros qui, avec 3 000 kg chacun, représentent l’équivalent de 45 personnes. Voilà pour les places d'honneur du Top 10, juste avant l'attribution des premières places. Car on attaque maintenant les choses sérieuses...

En troisième position vient l’éléphant avec 6 000 kg, soit le poids de 90 personnes réunies. Le précède, en deuxième position, le requin pèlerin avec un très beau 40 000 kg, soit l'équivalent de 7 éléphants ou encore de 570 hommes. Enfin, le titre d’animal le plus lourd de la planète revient à la baleine bleue qui avec une masse de 190 000 kg, équivaut au poids d'un troupeau de 30 éléphants ou encore un rassemblement de 2 700 personnes.

BALEINE BLEUE : LA VISITE D'UN MONUMENT

Avec ses 35 mètres de long et un poids de 190 t, la baleine bleue est ce qu'on peut appeler un sacré morceau d'animal. C'est la plus grosse bête vivant actuellement sur la terre. Ne serait-ce que pour plonger sa tête dans l'eau (et piquer ensuite à la verticale) des fonds marins d'une profondeur minimale de 30 m lui sont nécessaires, soit la hauteur d'un immeuble de dix étages. Les organes de la baleine atteignent des proportions difficilement imaginables. Par exemple, son cœur pèse plusieurs tonnes et, sur les navires-usines de pêche, il faut souvent 6 hommes pour le lui extraire à l'aide de crochets et d'un palan. L'aorte, qui part du cœur, est si volumineuse qu'un enfant marchant à quatre pattes pourrait s'y promener, et ses principaux vaisseaux sanguins sont gros comme des canalisations d'égouts.


LES OREILLES
Et si nos oreilles mesuraient 1,40 m ?

Il y a oreille et oreille : la partie interne qui sert à entendre, et la partie externe, le pavillon, qui sert à capter les sons circulant dans l’air et à les acheminer dans le conduit de l’oreille, à la manière d'un entonnoir.

Ce sont des pavillons dont nous allons parler. Et tout d’abord des nôtres, bien modestes avec leurs 7 cm de hauteur, ce qui représente 4 % de notre taille. C’est peu ! Mais estimons-nous heureux, car bien des animaux n'ont pas d’oreilles externes : les poissons, les oiseaux, les serpents... lesquels, entre nous soit dit, sont également démunis d'oreille interne et donc sourds, ce qui met à mal la légende des charmeurs de serpents qui, en réalité, font réagir leurs reptiles non pas grâce à leur musique, mais grâce aux vibrations du sol provoquées par leurs pieds battant la mesure. Les éléphants, eux, ont de l'oreille, et même de véritables feuilles de chou, qui mesurent jusqu’à 1,80 m de hauteur, soit la taille d’un homme de belle grandeur. L’envergure de leurs deux oreilles atteint 3 m, et leur surface totale plus de 8 m2, soit 1a surface d’un mur d’une pièce d’habitation.

De si beaux pavillons sont-ils utiles à l’éléphant ? Oui, d’une part, pour maintenir un équilibre thermique autour de lui en agitant l’air par battements, à la manière d’un éventail, d'autre part, pour rappeler l'éléphanteau quand le garnement s’est trop éloigné : la mère fait claquer ses oreilles sur son dos, et le bébé revient de suite.

Bref, si dans l’absolu l’éléphant possède les plus grandes oreilles, elles ne représentent que 24 % de la surface de son corps, ce qui 1e met en met en deuxième position derrière la chauve-souris oreillard.

Cette minuscule bébête de 5 cm de long bat en effet tous les records, puisque ses oreilles de 4 cm de hauteur représentent 80 % de sa taille. Si proportionnellement à sa taille, l’homme était aussi bien équipé que l'éléphant, il serait affublé d'oreilles hautes de 42 cm, soit la longueur d’un avant-bras et de la main. Et s’il était aussi bien pourvu la chauve-souris oreillard, ses oreilles mesureraient 1,40 m : 70 cm dépassant de la tête vers le haut (la longueur d’un bras) et 70 cm pendouillant vers le bas !

LES YEUX
2, 3, 4 ou 28 000 yeux ?

LA TAILLE

Dans l'absolu, le plus gros œil existant est celui du calmar géant. Son globe oculaire, d’un diamètre de 38 cm, correspond au volume d’un ballon de basket-ball. Mais il est vrai que le calmar géant, comme son nom l’indique, est géant, puisqu’il développe une envergure totale de 18 m, ce qui, tout compte fait, ramène l'ordre de grandeur de l'œil par rapport au corps à 2 %, seulement. Il en va de même, par exemple, chez le cheval, dont l’œil, avec 5,5 cm de diamètre, représente lui aussi 2 % du corps.

L'œil le plus plus démesuré appartient au tarsier, petit mammifère nocturne d’Indonésie de seulement 15 cm de long. Plus gros que sa cervelle, laquelle ne pèse que 3 g, chacun de ses yeux accuse un diamètre de 2,6 cm, soit 17 % du corps.

Si ces mêmes proportions s 'appliquaient à l’homme, dont les yeux ont sensiblement le même diamètre que ceux du tarsier (2,4 cm), malgré sa taille infiniment plus grande, celui-ci serait doté d'organes oculaires de 30 cm de diamètre, soit 1e volume d’un ballon de football.

LE NOMBRE

En ce qui concerne les humains, hormis les mythiques Cyclopes, l'homme est pourvu de deux yeux, un point c’est tout. Et là, il faut bien dire que de nombreux animaux nous surpassent.

Le sphénodon ou hattéria, reptile de Nouvelle-Zélande, possède sur le front un troisième œil dissimulé sous l'écaille.

L'anableps, poisson d'Amérique centrale, semble avoir quatre yeux. En réalité, il n’en possède que deux, mais ses yeux sont subdivisés en deux parties : la partie supérieure étant adaptée a la vision hors de l’eau et la partie inférieure a la vision dans l’eau, ce qui est pratique et original.

Les insectes possèdent de gros yeux a facettes, constitués d'un grand nombre de petits yeux simples, les ommatidies. L'œil de la mouche, par exemple, en compte 4 000 et celui des grandes libellules jusqu'à 28 000.

Les coquilles Saint-Jacques disposent sur le bord de leur manteau d’une double rangée de jolis petits yeux bleus, dont le nombre augmente avec l'âge, jusqu’a atteindre 1a centaine.

Vu et éprouvé. Passons à autre chose.

LE NEZ
Et si votre nez était long de 58 cm ?

Indiscutablement, la palme du plus grand nez revient à Jumbo.

Avec un poids avoisinant la centaine de kilos et 1 000 muscles pour la faire fonctionner, la trompe de l'éléphant mesure 2,5 m de long, ce qui représente 33 % de la longueur du pachyderme. Elle lui sert de pulvérisateur pour débarrasser sa peau des multiples parasites qui l’encombrent et lui permet d'aspirer et de stocker 9 l d'eau, qu'il s'asperge ensuite dans la gueule pour se désaltérer.

À côté de cet animal bien 'nez', l’homme est ridicule avec ses 5 cm d'appendice nasal, soit 3 % de la taille de son corps et dont la seule fonction est de lui permettre de respirer. Si nous faisions une projection des caractéristiques nasales de l'éléphant sur l'homme, nous pourrions avoir un nez long de 58 cm, soit 1a distance séparant 1a plante des pieds des genoux, et une apparence de Pinocchio.

Si l'éléphant est une exception en la matière, force est de constater que tous les animaux, ou presque, ont des nez vraiment plus longs que le notre.

Prenons le cas de notre compagnon le chien. La preuve que l’homme lui est inférieur, c'est que le museau canin représente 13 % de la longueur du corps de l'animal. Si nous possédions un aussi bel appendice nasal, nous serions pourvus d’un nez de 23 cm de longueur, soit la grandeur d’un pied... De quoi faire mourir de jalousie Cléopâtre et Cyrano.

LA LANGUE
Une langue de 5 m de long, enroulée comme un ressort...

Instrument de mesure à l'appui, voici un relevé, en poids et en longueurs, qui ne plaide pas pour la supériorité de l’homme en matière linguale. Nous avons peut-être la langue bien pendue, mais nous sommes loin de pouvoir comparer notre organe à celui des animaux.

LE POIDS

Avec ses 50 g de langue dans la bouche, l’homme est affreusement ridicule à côté du plus gros animal terrestre existant, la baleine bleue, qui, elle, accuse sur la balance un poids de langue de... 4 000 kg.

Oui, vous avez bien lu. Soit le poids de 60 personnes.

Rappelons toutefois que le poids global de cette baleine est de 190 000 kg et que sa langue représente 2,10 % du poids de son corps, contre 0,07 % pour les chétifs petits hommes que nous sommes. Si proportionnellement à notre taille, nous avions une langue de baleine, notre organe pèserait 1,5 kg, soit le poids d’un beau rôti.

LA LONGUEUR

Si notre petit bout de langue humaine atteint péniblement une longueur globale de 10 cm, en revanche, elle mesure :

- 18 cm chez l'échidné, un mammifère ovipare d'Australie et de Nouvelle-Guinée, couvert de piquants, portant un bec corné, fouisseur et insectivore ;

- 25 cm chez le pangolin, un mammifère édenté d'Afrique et d’Asie, couvert d’écailles, se nourrissant de termites et de fourmis ;

- 28 cm chez le sphinx, ce papillon nocturne d’espèce tropicale qui présente la particularité d’avoir une longue langue tubulaire s'enroulant en spirale quand elle est au repos ;

- 30 cm chez le caméléon, petit reptile africain, arboricole et insectivore, qui projette sa langue sur ses proies pour les attraper ;

- 35 cm chez l’okapi, un mammifère ruminant du Zaïre, voisin de la girafe, mais a cou plus court et à pelage rayé a l’arrière ;

- 50 cm chez la girafe, qui entoure sa langue autour des branches dont elle veut se saisir, au mépris des feuillages épineux, particulièrement ceux de l'acacia siffleur avec ses épines longues de 3 cm.

Enfin, et c'est le record, la langue atteint :

- 60 cm chez le fourmilier, ce mammifère édenté d’Amérique de Sud, qui s’en sert pour capturer des insectes, soit presque 1a longueur de votre bras et de votre main !

Voilà pour le classement des plus grandes langues.

Toutefois, si nous établissions un autre classement en confrontant la longueur de la langue par rapport à la taille du corps, nous obtiendrions ceci :

Espèces : taille de la langue par rapport à celle du corps...

Sphinx 300 %
Caméléon 100 %
Échidné 72 %
Fourmilier 50 %
Okapi 35 %
Pangolin 25 %
Girafe 9 %
Homme 6 %

En résumé, sur ce coup-là, l’homme n’est pas le mieux loti. Si, comparativement a la taille de son corps, il avait une langue aussi longue que celle du sphinx, elle mesurerait plus de 5 m, soit la taille d’une grande canne à pêche. Cela présenterait un avantage pour ceux qui ont l'esprit farceur : ils pourraient, par exemple, lancer leur langue comme un ressort, à la manière d’un caméléon, dans l'assiette d'un dineur à l’autre bout d’un restaurant et la vider pendant qu’il a le dos tourné !

LES DENTS
Vous vous voyez avec des dents de 38 cm ?

Au cours de sa vie, l’homme possède, en tout, 52 dents : une première dentition infantile de 32 dents, dont 20 tombent pour repousser, les 12 restantes étant permanentes.

Et première vexation pour le genre humain : si l'homme aligne deux dentitions successives lors de son existence, le crocodile, lui, bat tous les records en totalisant 25 dentitions successives, ce qui lui fait utiliser 3 000 dents !

Chiffre identique pour le requin sauf que, dans son cas, ces 3 000 dents sont présentes en permanence dans ses mâchoires ! Disposées en rangées, de 6 à 20 selon les espèces, les dents de devant usées ou cassées sont aussitôt remplacées par d'autres, positionnées en retrait, qui peuvent ainsi avancer à leur place. Voilà pourquoi les dents des requins sont toujours acérées, ce qui leur coûte tout de même plus de 20 000 dents au cours de leur vie.

Deux réflexions nous viennent à l’esprit. Si l’homme avait une denture aussi fournie que celle du requin, proportionnellement à sa taille, il posséderait 350 dents.

Si nous avions la chance de bénéficier de ce système de remplacement des dents, propre au requin, nous échapperions à cette affligeante statistique qui constate qu’à vingt ans un jeune a déjà 4 dents cariées, plombées ou manquantes, et qu’une personne de soixante ans a 9 risques sur 10 de n'avoir plus une seule dent 'vraiment' à elle. Or malheureusement, et dans ce cas précis, on peut le regretter, les hommes ne sont pas des requins.

Question dimension et poids, les vexations continuent. Que nos quenottes sont ridicules !

Ridicules à côte de l’éléphant dont les dents pèsent 4 kg au total.

Ridicules à coté de l'hippopotame dont les canines inférieures, coupantes comme des rasoirs, pèsent ensemble jusqu’à 2 kg et mesurent 50 cm de longueur.

Ridicules à côté du morse dont les canines supérieures atteignent 80 cm.

Ridicules à côté de la baleine dont les 700 fanons (lames de corne semblables à des dents, servant à retenir le plancton) mesurent 3,60 m, soit la hauteur d’une maison de plain-pied avec son toit !

Si, comparativement à sa taille, l'homme avait d’aussi longues dents que celles de la baleine, elles mesureraient 17 cm. Et si elles étaient aussi longues que celles du morse, elles atteindraient 38 cm, soit la hauteur d’une bouteille d'eau minérale de 1,5 1. Démoralisant !

Ah ! Une consolation, pour nous les humains. Les incisives des lapins grandissant continuellement à un rythme de 2,5 mm par semaine, les pauvres bêtes se trouvent irrémédiablement condamnées s'il leur arrive de perdre une dent. Car celle en vis-à-vis ne pouvant plus s’user sur la dent manquante, elle continue sa pousse jusqu'à ce que mort de l’animal s’ensuive...

Et ca, chez l’homme, c’est impossible.

LES MOUSTACHES 35 cm de poils sous le nez.

Eh bien non, il n’y a pas que l’homme qui porte des moustaches. Bien des animaux sont pourvus de poils sous le nez, à commencer par nos compagnons chiens et chats. Mais, en ce qui les concerne, il ne s’agit la que de quelques poils épars, utiles, mais peu fournis.

Chez l’homme, la moustache est nettement plus abondante et drue. De la à dire que les humains détiennent la palme des plus belles moustaches, il y a un pas... que nous ne franchirons pas. Car, encore une fois, nous sommes supplantés par un animal, la loutre, dont la moustache se compose de vibrisses tactiles, très sensibles, implantées sur le museau. Comme pour nombre de mammifères, ce sont ses antennes. Et celles de la loutre sont remarquablement longues et bien fournies, puisqu'elles peuvent atteindre jusqu’à 25 cm de longueur.

De quoi donner des idées aux moustachus qui, pourquoi pas, pourraient lancer la mode 'loutre' ! Ainsi, en proportion de leur taille, ils arboreraient de belles bacchantes longues de 35 cm. Laissées pendantes, elles descendraient jusque sur la poitrine, déployées de part et d’autre du visage, elles dépasseraient l'extrémité des épaules. Superbe.... et finalement très utile pour signaler le dépassement d’un passant sur le trottoir !

LE COU
Et si nous avions un cou de 65 cm ?

Nous l’avons dit, le plus grand animal terrestre est la girafe, avec une taille de 5,50 m et un cou qui mesure 2 m, soit 36 % de sa hauteur. Mais, comparativement a sa taille, ce n’est pas elle qui détient le record de 'grandeur de cou'.

C’est l’autruche qui, avec une taille globale de 2,70 m, arbore un cou de 1 m, ce qui représente 37 % de sa taille.

Quant à l’être humain, hormis les femmes de certaines ethnies de Birmanie – dont 1a tradition exige qu’elles portent des anneaux de cuivre superposés, ayant pour effet de leur allonger le cou de 40 cm –, i1 n’est pourvu que d’un petit cou d'une douzaine de centimètres.

Pourtant qu’il porterait beau, cet homme, et i1 y verrait mieux, si, à l'image de l'autruche et de la girafe, il affichait, comparativement à sa taille, un superbe cou de 65 cm ! Pour vous rendre compte, levez le bras et imaginez-vous avec votre tête au sommet de votre main.

L’OSSATURE ET LA MUSCULATURE
Il y a plus osseux et plus musclé que nous !

Sous prétexte qu’il s’est mis debout, il y a quatre millions d’années, l'homme joue maintenant les caïds en exhibant son poitrail saillant, ses biscotos bombés, ses cuisses et ses fesses musculeuses. Mais il n'y a vraiment pas de quoi faire un tel cinéma, quand on prend connaissance de certaines données.

Entre autres, le chat compte 46 os de plus que l’homme : 198 os pour l’humain contre 244 pour le félin ; quant à la colonne vertébrale du serpent, généralement une plus petite bête que nous, elle compte 400 vertèbres contre 33 vertèbres seulement pour l’homme. Il y a un os, là, non ?

Même navrante constatation pour ce qui est des muscles animaux et humains. Si le corps de l'homme fonctionne avec 570 muscles majeurs, celui du chat, modeste animal au regard de notre taille, dispose de plus de 600 muscles, ce qui lui confère cette extrême aisance à se tordre dans tous les sens ; et celui de la minuscule chenille totalise le chiffre record de 2 000 muscles. Ca énerve !

Nous vous proposons un petit jeu. Mettez-vous debout et écartez les bras. Si vous êtes une personne de 1,70 m ou de 1,80 m, de l’extrémité de votre main gauche à l’extrémité de votre main droite, i1 y a une distance approximative de 1,80 m.

Maintenant, comparez-vous a certains oiseaux. Par rapport au corbeau et à son envergure de 1,20 m, la votre est plus large. Si l’on applique l’extrémité de l'aile gauche du volatile contre votre main gauche, l’extrémité de son aile droite ne vous arrivera qu'à l'épaule droite.

Mais vu la taille du volatile, ce n’est déjà pas si mal...

Par rapport au hibou et 565 1,89 m de grandeur d'ailes, vous êtes à égalité. C’est chouette, non ?

En revanche, avec 565 2,50 m d’envergure, le cygne vous cloue le bec. Son envergure représente vos deux bras tendus, plus celui de votre voisin d’à côté, à qui vous avez demandé de tendre aussi un bras.

Enfin, si vous voulez vous mesurer au record-man du monde d’envergure, demandez à votre voisin de se mettre aussi les bras en croix à côté de vous. À vous deux, vous faites 3,50 m d’envergure. Maintenant, si votre directeur fait irruption dans votre bureau et vous trouve ainsi, dites-lui que vous faites l’albatros. Et s'il vous passe par la fenêtre, vous n'aurez qu'à battre des ailes !

LES PLUMES ET LES POILS
L’homme a moins de poils qu’un lapin...

Comme il est difficile d'établir un parallèle entre l’homme et les animaux, certains ayant des plumes, d’autres des poils, d’autres des écailles et d’autres encore rien du tout, nous illustrerons ce chapitre différemment. Mais, avant cela, passons la gent animale au peigne fin.

Le colibri, ce tout petit oiseau d’Amérique pourvu d’un long bec qu’il plonge dans les fleurs pour y puiser le nectar, est l’un de ceux qui possèdent 1e moins de plumes : de l'ordre de 950. Ce qui n’est pas si mal si l'on pense qu'il n’est pas plus gros qu’un bourdon, d'où son qualificatif d'oiseau-mouche.

Cela étant dit, les oiseaux ont le corps généralement recouvert de 1 000 à 30 000 plumes, soit une pelisse qui représente 10 % du poids de leur corps.

Pour certains, la mode est au long. Il en est ainsi pour le très habillé et très chic coq phénix du Japon, qui se pare de superbes plumes de plus de 6 m de long, soit 1a longueur d'une camionnette. Il existe même certains coqs qui friment en exhibant des queues de près de 11 m. C’est dire si les poules gloussent !

À propos, savez-vous quel animal possède autant de poils sur le corps que l'homme a de poils au pubis ? Le hérisson. Même s’il ne s'agit pas tout à fait de poils, mais de piquants, il en a 6 000 sur le corps. Ils lui servent à se protéger de ses ennemis lorsqu'il se met en boule, mais sont de peu d’effet sur les voitures qui l'écrasent quand il traverse les routes. On dénombre 150 000 hérissons écrabouillés chaque année. Halte à l’holocauste, évitez-les !

Revenons aux plumes, et pour poursuivre dans la série 'J’en ai plus que toi sur le corps', sachez que le goéland est recouvert de 6 500 plumes, le canard de 12 000, ce qui est une misère par rapport au cygne qui est l'oiseau le mieux doté du monde avec 25 000 plumes, dont 20 000 concentrées exclusivement sur la tête et le cou.

Pour remplir de plumes et de duvets l’oreiller sur lequel vous dormez, il faut déshabiller 5 canards. Et pour cette couette, sous laquelle vous aimez à flemmarder bien au chaud avec votre chéri(e) d’amour, c’est à 70 canards qu'il faut faire la peau.

Et puisque vous reposez, méditatif, sur le dos, dans votre petit lit douillet, regardez donc au plafond ! Vous avez vu ? Il y a une mouche qui vous regarde 1a tête à l’envers. Savez-vous pourquoi elle peut tenir ainsi accrochée au plafond et même y marcher ? Parce qu’elle possède des coussinets gluants de poils sur les pattes qui lui permettent de s'accrocher aux surfaces lisses. En voilà une révélation : les mouches ont du poil aux pattes ! Comme nous les hommes, qui non seulement avons des poils sur les jambes, mais aussi sur la tête, sous les bras, au pubis et, pour les mâles, sur le visage et un peu partout sur le corps. Notre pilosité est cependant variable selon les sujets, mais sachez que l’homme possède entre 200 000 et 1 million de poils sur le corps, et environ 150 000 cheveux sur le crâne. Ce qui est modeste par rapport au lapin, recouvert de 8 millions de poils, au caniche nain et au berger allemand, pourvus respectivement de 13 millions et de 65 millions de poils, ou à la chèvre, dotée de 130 millions de poils !

Le privilège de l’homme (et pour cause !) par rapport a certains animaux, c'est qu’on ne l'extermine pas pour lui prendre sa peau et en faire des vêtements. Paix aux âmes de toutes ces bêtes que l'on dépèce, et bien du tourment dans les cervelles de tous ces bêtes qui portent des manteaux en peaux de bêtes ! Qu’ils songent que pour confectionner :

- un manteau de loup, il faut 12 peaux ;
- un manteau de renard, il faut 20 peaux ;
- un manteau d'astrakan, il faut 24 peaux ;
- un manteau de ragondin, il faut 30 peaux ;
- un manteau de lapin, il faut 36 peaux ;
- un manteau de vison, i1 faut 45 peaux ;
- un manteau de rat d'Amérique, il faut 50 peaux ;
- un manteau de taupe, il faut 650 peaux ;
- un manteau d’hermine, i1 faut 700 peaux ;
- un manteau de chinchilla, il faut 700 peaux.

Alors, s’il vous plait, Mesdames et Messieurs... !

LES SEINS
Plus fortes que les baleines !

La femme est loin d'être en tête si l'on effectue un classement des êtres vivants suivant leur nombre de mamelles ou de seins. De même pour ce qui est de la taille des mamelles et du volume de la lactation.

En premier lieu, il faut savoir que chez les mammifères il y a un rapport assez étroit entre le nombre de naissances et celui des glandes mammaires. Ainsi, les animaux qui possèdent beaucoup de mamelles ont généralement des portées nombreuses.

Le record mammaire appartient au tanrec, cet insectivore de Madagascar, avec 12 paires de mamelles, soit 24 seins. Oh, quel paradis ! Comme notre esprit se remet mal de ce trouble libidineux qui nous agite, nous vous prions de nous pardonner pour le calcul farfelu que voici : la femme étant de 4 à 5 fois plus grande que le tanrec, ce petit animal long de seulement 35 cm, ce n’est pas de 2 seins dont devrait être pourvue, mais de plus de 100 seins : 50 paires alignées sur la poitrine et sur le ventre !

Mais, alors, pourquoi la femme n'a-t-elle que 2 seins ? Et pourquoi émoustillent-ils autant les mâles humains, alors qu’il n’en est rien chez les animaux ?

Si la femme ne compte que 2 seins, c’est parce qu'elle ne nourrit en général qu’un bébé à la fois. De là à penser qu'un seul sein devrait suffire... Ce serait occulter le fait que dans la nature tout est le plus souvent symétrique, et que le nombre minimal de mamelles dont sont dotés les mammifères est de deux.

Cela ne fait pas si longtemps que l'homme a des bouffées de chaleur lorsqu'il se retrouve avec une poitrine sous le nez. Tout a commence i1 y a seulement quatre millions d’années, quand madame (et aussi monsieur) en a eu marre de se mouvoir à quatre pattes et s'est soudainement redressée pour marcher debout. Conséquences : le postérieur de madame n'étant plus à la hauteur de la truffe de monsieur pour l'aguicher, les seins se sont mis à jouer un rôle visuel, en gonflant petit à petit. Et c'est ainsi que la poitrine est devenue l'emblème de la sexualité et de la matemité. À ce sujet, le Coran a cette très jolie phrase : « Le sein nourrira l’enfant et réjouira le père ! »

Ce serait une lapalissade de dire que les hommes aiment caresser les seins des femmes, et personne ne leur en fait le reproche, surtout pas les femmes. Mais là où les maris, les petits copains et les amants sont injustes, c'est lorsqu'ils s’intéressent à un sein en particulier plutôt qu'aux deux à tour de rôle. ll s'agit du sein gauche. C'est en tout cas ce qu'affirment des médecins spécialistes du sein qui expliquent que, clans les face-à-face amoureux, les hommes, en majorité droitiers, caressent plus commodément le sein gauche de leur compagne. Il en ressort que le sein gauche est en moyenne un peu plus gros, plus sensible au plaisir et à la douleur, et aussi plus sujet au cancer. Alors, messieurs, songez à la bonne santé de vos femmes : caressez-leur les deux seins !

En valeur absolue, la plus grosse poitrine appartient à la baleine bleue qui joue les stars avec des mamelles (plates) mesurant 2,40 m de longueur, pour 50 cm de largeur et 15 cm d’épaisseur. De beaux lolos ! Mais, en définitive, bravo à la femme, qui comparativement à sa taille est aussi bien pourvue, sinon mieux, que la baleine bleue ! Car les 2,40 m de mamelles du cétacé équivalent, chez madame, à une poitrine dont l’extrêmité des tétons pointeraient à 11 cm. On a vu mieux...

Ah, naturellement, on peut toujours se moquer de la musaraigne, ce petit animal insectivore de la taille d'une souris, avec sa poitrine de 2 mm2 : la plus petite des mammifères. Heureusement que la femme ne suit pas son exemple car, relativement à sa taille, cela lui ferait des seins d’un diamètre de 6,5 mm chacun, moins d'un centimètre.

Il faudrait de bien petites bouches aux bébés pour téter. Car la fonction première des seins et des mamelles, ne l'oublions pas, est de nourrir les enfants et les petits. À ce sujet, les femmes qui allaitent sécrètent en moyenne 0,7 l par jour. Mais il existe des recordwomen produisant quotidiennement jusqu’à 5 l de lait qu’elle donnent ensuite (ou vendent à un prix forfaitaire symbolique) à des lactariums, organismes collectant le lait maternel pour approvisionner les maternités.

Si la femme avait la même production que la baleine bleue, les 100 l de lait journaliers du cétacé équivaudraient à une production de 4,7 l chez madame maman, soit plus que la moyenne de l'ensemble des femmes, mais en dessous des scores records de nos 'supernanas ». Bravo les filles !

LES ORGANES GÉNITAUX
Qui, de l’homme ou de la puce, en a le plus ?

Heureusement que la hiérarchie des espèces animale – dont l’homme fait partie – ne s’établit pas selon la longueur du sexe, sinon nous serions supplantés par bien des animaux ! Toutefois, si l'on se livre a un calcul en pourcentage de la longueur du sexe par rapport à la taille du sujet, l'homme n’est pas ridicule.

En revanche, s'il en est un qui l’est, ridicule, c'est bien le gorille qui développe laborieusement un petit 5 cm lorsqu'il est en érection. Ce qui représente 3 % de la grandeur de son corps.

C’est une tout autre dimension pour la baleine bleue mâle, dont le sexe en érection atteint le chiffre record de 3 m. Et malgré cette taille démesurée qui pourrait laisser penser que la chose est encombrante, le pénis de la baleine mâle est d’une extrême maniabilité. Alors qu'un homme en érection ne pourrait bouger latéralement son sexe que de quelques millimètres, sans l’aide de ses mains, la baleine mâle, elle, peut aisément diriger le sien dans tous les sens, comme une sorte de doigt. Naturellement, une telle grandeur peut faire rêver, mais précisons que la baleine bleue est un animal qui mesure 35 m de long, et que, par conséquent, la longueur de son sexe rigidifié représente seulement 8,50 % de sa taille globale, ce qui relativise 1a chose... N’empêche que 3 m de sexe, c'est très long, et 1 000 kg de testicules – poids phénoménal de la paire de testicules de la baleine mâle –, c'est très lourd !

Avec un poids de 200 g tout compris, le service trois pièces de l'homme en érection atteint 15 cm. Bien sûr, ce chiffre est quelque peu différent de celui de la baleine, mais si l’on compare notre longueur de sexe par rapport à notre taille, nous obtenons un coefficient de 8,60 %. Plus fort que la baleine ! Ouaiiis ! Hum, excusez, ca nous a échappé !

Maintenant, prenez le pénis de l'homme (façon de parler), multipliez le par dix, et vous obtiendrez la longueur du sexe en érection de l'éléphant, soit 1,50 m. Ce qui représente la hauteur d'épaules d'un homme de 1,80 m. En plus d’être d’une bonne taille, c'est aussi d'un bon poids puisque le morceau, à lui seul, pèse 25 kg. Question rapport (mathématique) entre la longueur du sexe et la grandeur de l'animal, l’éléphant monte sur la troisième marche du podium avec un ratio de 20 %. Là, nous sommes bel et bien battus...

En seconde position des animaux les mieux montés, se distingue notre ami le cheval avec un très joli 60 cm lorsqu'il est bien disposé. Soit 1a longueur de bras d’un homme de 1,80 m. Et un coefficient de 21 % entre le sexe et la taille.

Enfin, puisqu'il faut bien un gagnant, le grand vainqueur est l'immense, l'incommensurable, l'éléphantesque... pupuce. Oui, vous avez bien lu : 1a puce, qui possède un sexe de 0,40 mm de long, soit le quart de sa grandeur totale.

On se prend à rêver d’un monde meilleur ou les hommes seraient montés comme des puces. Proportionnellement à notre taille, nous disposerions alors d’une longueur de sexe de 43 cm, soit trois fois la taille moyenne de notre actuelle zigounette.

LES BRAS ET LES JAMBES
Mieux que Ia girafe, mais moins bien que le singe !

Il parait que certains hommes ont le bras long. Et certainement est-ce pour eux un motif de satisfaction et de jouissance. Ils risquent fort d’être déçus en apprenant que certains animaux ont les bras nettement plus longs qu'eux.

Les caïds en la matière sont les singes, dont les membres supérieurs sont deux fois plus longs que le tronc. Ils s’en servent dans les arbres pour passer d’une branche à l’autre a toute vitesse.

Livrons-nous a un malicieux calcul. Si un homme de 1,80 m avait les bras aussi longs que ceux du singe, ses membres mesureraient 1,50 m, et les doigts de la main traineraient par terre.

Concernant les pattes... ou les jambes, suivant 1e cas, vous pensez que les hommes sont ridicules, à côté des grandes perches que sont la girafe et le flamant rose. Vous avez tort. Car si les 'papattes' du flamant rose mesurent bien 0,75 m, elles ne représentent que la moitié de sa hauteur totale ! Et si celles, sans fin, de la girafe atteignent une hauteur de 2 m, elles ne représentent qu'un tiers de la taille de la grande bringue !

En revanche, nous sommes fiers de vous annoncer que les jambes de l'homme mesurent en moyenne 1 m et qu’elles représentent près de 55 % de sa taille globale.

LE NOMBRE DE PATTES
On marche loin derrière...

Il y a peu de chances que l’on vous épat(t)e en vous disant qu'en la matière, ce sont les insectes qui l’emportent. Et pourtant, c’est la réalité.

Évitons le ridicule en ne nous éternisant pas sur l’homme, avec ses deux seules jambes ! Il était plus compétitif quand il évoluait encore à quatre pattes, il y a des milliers d'années. Mais désormais...

Note hors sujet : si vous avez un crayon ou un stylo près de vous, prenez-le, mettez-le debout sur votre bureau... et sachez qu’il est de la même taille qu'un bébé flamant rose quand il naît. Attendrissant, non ?

Passons à la cigale qui, elle, possède 6 pattes, et on se demande bien pour quoi ! Car elle se déplace peu, elle mange peu, se contentant de se reproduire et surtout, surtout, de chanter pendant six semaines, avant de mourir au début de l’automne.

Mais là où nous abordons les choses sérieuses, c'est lorsque nous évoquons toutes ces minuscules bestioles dont les noms – c'est un signe – finissent en pate ou en patte.

Commençons par le péripate, petite bête molle de 1 à 15 cm des forêts tropicales d’Asie, qui capture ses proies en les engluant. Eh bien, le charmant animal ne lésine pas sur les moyens puisqu'il dispose pour se déplacer de 14 à 43 paires de pattes, selon les espèces.

Encore mieux équipés, les centipattes, qui vivent sous des bûches ou sous des pierres, possèdent une paire de pattes à chaque segment de leur corps, soit, selon les espèces, de 30 à 200.

Le mille-pattes, lui, est pourvu non pas d’une seule paire de jambes à chaque segment du corps, mais de deux paires de pattes. Une variété américaine de mille-pattes, vivant en Californie, possède 375 paires de pattes, soit 750 jambes.

Chez les mammifères, le kangourou s'efforce de sauver la face. Pour les besoins de la vie courante, il utilise ses 4 pattes, mais pour marcher, se sert en plus de sa queue comme cinquième patte. Nous ne pouvons que l'en féliciter. Et puis, tant qu’on y est, félicitations aussi à l'homme qui parfois sait posséder plus de jambes. Notamment quand il se dote d’un appui supplémentaire : une canne ; et parfois de deux : des béquilles. C'est comme ça qu’on avance...

LES FONCTIONNEMENTS ANIMAUX ET HUMAINS

L'OUIE

Sourd comme un homme...

Avant de commencer, entendons-nous bien sur les termes.

Les sons circulent dans les airs par vibrations. Plus un son est aigu et plus sa fréquence est élevée. Celle-ci s’évalue au nombre de vibrations par seconde, ou hertz (Hz). L'oreille humaine est ainsi sensible aux vibrations sonores comprises entre 20 et 20 000 Hz (10 octaves). Les sons dont la fréquence est supérieure a 20 000 Hz sont appelés 'ultrasons', et l’oreille humaine ne les détecte pas. En revanche, une multitude d’animaux les captent et peuvent même les produire, parmi lesquels, au rang des mieux places, on trouve : la chauve-souris, le dauphin et, de façon générale, les rongeurs. D'autres animaux, comme notre ami le chien, peuvent entendre les ultrasons, mais ils sont incapables d’en émettre eux-mêmes.

Maintenant que cela est précisé, prêtons l'oreille a ce qui va suivre.

Tout d’abord, chers amis des bêtes, une question : savez-vous qui de Médor ou de Minette a la meilleure ouïe ? Qui du chien ou du chat ? Réfléchissez une seconde, le temps de découvrir 1a réponse dans le paragraphe qui suit.

Voici un panorama incomplet des meilleurs et des moins bons entendeurs du monde.

Un grand bravo au dauphin et à la chauve-souris, lesquels peuvent capter des sons d’une fréquence de 200 000 Hz. Saluons également le phoque et certains insectes dont l’ouïe enregistre des sons de 100 000 Hz, nettement plus que le chat qui ne capte que 47 000 Hz, ou le chien qui ne perçoit que 35 000 Hz.

On continue dans la catégorie des moins bien entendants avec les oiseaux et l’homme (Hein ? Comment ?) qui est obligé de tendre l’oreille pour enregistrer du 20 000 Hz.

Pour finir, venons-en aux durs de la feuille, notamment l’éléphant qui ne capte que du 10 500 Hz, et la grenouille qui ne perçoit que du 5 000 Hz. Apres tout, c’est peut-être parce qu’elles ne s’entendent pas crier que les grenouilles coassent si fort entre elles ! Assez ! Merci pour le silence... Parce que nous aimerions nous arrêter un instant sur deux animaux extraordinaires du point de vue... de l’oreille.

Tout d’abord, les chauves-souris. Leur art est de pouvoir voler dans une obscurité totale soit pour vaquer à leurs tâches quotidiennes, soit pour chasser. Et pour cela, elles n’utilisent pas leur vue, mais leur ouïe. Elles émettent soit par le nez, soit par la bouche, des cris ultrasoniques rythmés qui se réfléchissent sur le relief environnant, et reviennent en écho dans leurs grandes oreilles. L’animal localise ainsi les obstacles très rapidement et très précisément, puisqu’en volant à une vitesse de 30 km/h, une chauve-souris peut détecter et éviter un fil gros comme un cheveu. De même, elle peut attraper deux mouches en l'espace d’une seconde.

À cette occasion, il est intéressant de rapporter ici une expérience menée sur cet animal, visant à montrer l’extrême acuité de son ouïe : des chercheurs ont tendu des fils relies à un système de lampe-témoin dans une pièce noire et y ont lâché a trois reprises une chauve-souris. La première fois, elle évita tous les fils. La deuxième fois, on lui banda les yeux, et elle évita également les fils. La troisième fois, on lui boucha les oreilles avec un bonnet, et elle heurta les fils. Moralité : « À bon entendeur... »

Le deuxième animal qui nous interpelle est la baleine bleue. Car la bête possède un cri si puissant et une ouïe si fine que deux baleines se trouvant sur les bords opposés d’un océan peuvent communiquer entre elles, non pas pour faire la causette et papoter inutilement, mais pour se signaler l’une à l’autre les endroits ou trouver de la nourriture. Il a ainsi été établi que des baleines pouvaient s’entendre à 850 km de distance.

Alors, nous, pauvre petit homme sourdingue, on se prend d’un coup à rêver. Si nous avions 1a même ouïe que la baleine, relativement à notre taille, nous pourrions nous poster sur la côte de la Manche, face à l’Angleterre, tendre l’oreille et entendre distinctement parler un homme qui se trouverait à une distance de... de... de 300 m. Ah, tiens, seulement ?

L' ODORAT, LE FLAIR ET LE SIXIÈME SENS
Une fois de plus, nous sommes 'domi-nez' !

Ce que l'on aimerait vous faire sentir, c'est que si l’odorat et le flair sont des notions bien connues de l'homme, en ce qui concerne le sixième sens des animaux, il se sent quelque peu désorienté et, par manque d'éclairage scientifique, a du mal à se l'expliquer. Qu'à cela ne tienne, partons sur la piste des animaux olfactivement les plus doués, la truffe collée au sol et la langue pendante !

On sait que la loutre de mer est capable de sentir la fumée à une distance de 8 km. Ce qui serait pratique pour l'homme, pour repérer des copains qui font des brochettes, l'été, dans le jardin... et s'inviter !

Le requin, lui, peut détecter une goutte de sang dans 115 1 d’eau. Ce qui n'est pas étonnant quand on sait que les deux tiers de son cerveau sont consacrés à l'odorat. Repérer l'odeur du sang à plusieurs kilomètres de distance est donc pour lui un jeu d'enfant.

La chauve-souris possède, elle aussi, un flair très aiguisé. À tel point que dans la caverne américaine de Bracken, au Texas – un lieu abritant 20 millions de chauves-souris, soit 240 t de viande – , une maman chauve-souris (qui n'élève qu'un gosse par an) est capable de reconnaitre son petit parmi tout ce méli-mélo d'individus.

Mais l'odorat le plus fin du monde est celui des papillons de nuit. Le mâle du bombyx du mûrier (qui a pour chenille le ver à soie) est capable de percevoir l'odeur enivrante de sa promise à une distance de 11 km. À ce propos, la quantité de substance odorante émise par la femelle est tellement forte qu'elle serait suffisante pour attirer 1 trillion de mâles. Le nombre est tellement gigantesque que, pour mieux se rendre compte, nous l'indiquons en chiffres :

1 000 000 000 000 000 000 de mâles, susceptibles de tirer la langue pour une femelle.

Restons dans la luxure. Saviez-vous que si la truie met tant d’ardeur à dénicher les truffes dans le sol, c'est parce qu’elles contiennent une substance odorante semblable à celle sécrétée par le verrat. Ah, l'amour, l'amour !

C'est par affection pour eux que nous évoquons maintenant les chiens. Capables de distinguer 100 000 odeurs (contre 3 000 seulement pour l'homme), l'espèce canine compte dans ses rangs de sacrés beaux champions. Ainsi, un chien labrador entrainé est capable de vérifier 500 valises en une demi-heure, à la recherche de drogue (les douaniers allemands estiment néanmoins que le sanglier est plus efficace qu’un chien pour le dépistage de drogue). Un seul chien de montagne peut sonder un hectare de neige en une demi-heure. Le même travail demanderait plus de trois heures à une équipe de 20 secouristes. Dans les années 20, un chien de garde doberman a piste un voleur sur 160 km, uniquement en flairant le sol.

Ces chiens ont indéniablement un flair extraordinaire. Mais de quoi doit-on parler, au juste, de flair ou de sixième sens ? Quand, dans les années 1980, un berger allemand de sept ans, vivant en Belgique, effectua 1 500 km en deux ans pour retrouver son maitre parti habiter en Espagne, s'agit-il de flair ou d’autre chose ?
Quand, dans les années 1920 aux États~Unis, un colley, égare alors qu'il était avec ses maitres en vacances, revint chez lui six mois plus tard, après avoir parcouru 3 200 km, s'agit-il de ce fameux sixième sens ? Difficile à dire. Toujours est-il que bien des observations faites sur les animaux attestent l'existence de ce mystérieux sixième sens, sans toutefois pouvoir l'expliciter.
Cependant, une chose est sûre, les animaux s'orientent grâce aux repères terrestres (reliefs du terrain, etc.), mais aussi grâce aux étoiles.
En dehors de cela, i1 paraitrait que les chiens et les chats perdus ou abandonnés très loin de chez eux retrouveraient la trace de leurs maitres et rallieraient 1e domicile grâce à une faculté encore inconnue de l’homme, que les spécialistes appellent le 'psy rampant'.

Il peut également s'agir de télépathie. Des expériences montrent qu’un chien retenu dans une pièce insonorisée devient très nerveux lorsqu’un individu fait mine d’attaquer ses maitres dans une pièce avoisinante. Autre expérience troublante relevant de la prémonition : des chiens peuvent ressentir à distance le décès de leur maitre et se mettre à hurler à la mort.

Et l’homme dans tout ça ? Passons, ça vaut mieux...

LE CADAVRE ET LA TORTUE

Il était une fois, quelque part dans le monde, l'histoire vraie d’un cadavre humain qui demeurait introuvable au fond d'un lac. C'est alors qu’un vieil Indien eut l’idée de le faire chercher par une tortue d'eau douce, de l'espèce dite 'vorace', qu'il attacha à son canot. Friande de charogne, la tortue ne tarda pas à tomber sur ce macabre festin. Moralité : « Rien ne sert courir, il faut sentir à point ! » Et aussi : « Les Indiens et les tortues ont du nez ! »


LA VISION
L'homme n’a pas un œil d'aigle !

Vous vous êtes sûrement déjà trouvé dans un cabinet médical devant un tableau présentant des lettres de plus en plus petites, et peut-être estimez-vous avoir une bonne vue, parce que vous êtes parvenu à tout lire, ou presque...

Ce que vous ne savez pas encore, c'est que, dans une autre salle, le docteur vétérinaire reçoit des oiseaux : des rapaces, précisément, pour leur faire passer le même examen. Et ces rapaces vont vous en mettre plein la vue.

Car nos amis à plumes sont dotés d’une vision de 50 à 100 fois plus aiguisée que celle de l'homme. Aussi, les lettres du tableau que vous venez de déchiffrer à 3 m de distance, eux pourraient les lire parfaitement avec un recul de... 300 m. Et ce, en plein jour pour la majeure partie des rapaces, mais aussi... dans l’obscurité pour les chouettes. Zéro pointé donc pour l'homme qui, comme toujours, a une confiance aveugle en ses capacités !

Pour lui ouvrir les yeux, nous ajouterons qu'un faucon pèlerin repère un pigeon à plus de 8 km de distance, et qu'un aigle doré décèle un lièvre à 3 km d’altitude.

Maigre consolation, mais consolation tout de même, un humain particulièrement doué, un médecin américain, a réussi a identifier à plusieurs reprises une ligne blanche d’une largeur de 4 mm à 1 km de distance. Mais c’est exceptionnel. Merci, docteur !

LE LANGAGE
Du vocabulaire, mais pas de voix...

Livrons-nous à une expérience. Alignons sur une même ligne plusieurs animaux, dont l’homme, faisons-les crier à tour de rôle, et demandons a des juges-arbitres de mesurer 1a performance vocale de chacun.

Parmi les concurrents en lice, le plus humble est un oiseau : le roitelet. Maigre portée de son gazouillis, avec seulement un peu plus d’une dizaine de mètres.

Il est surpassé par la cigale, grande chanteuse devant l'Éternel, dont le chant porte à 400 m. Ce qui relève de l’exploit compte tenu de son extrême petite taille.

Arrivent ensuite en ordre croissant de criaillerie...

- les borborygmes de la grenouille qui nous coassent la tête à 500 m ;
- le très chouette chant de l'oiseau du même nom qui s’entend à plus de 1 km ;
- les éclats de voix de l’alligator, qui se perçoivent à 1,6 km ;
- le chant du faisan qui porte à 1,7 km, et celui de la grue cendrée qui atteint 2 km ;
- le cri du butor étoilé, oiseau échassier voisin du héron nichant clans le Midi. S'il est le chant le plus puissant parmi ceux des volatiles, il est aussi l’un des plus moches, puisqu'il fait penser au beuglement du bœuf. N’empêche qu'on le perçoit à 4 km ;
- les braillements du singe, dont les hurlements sont audibles à 15 km à la ronde.

Cependant, les cris les plus forts et les plus impressionnants sont poussés par la baleine bleue. Avec son larynx et ses poumons façonnés à la mesure de son corps gigantesque, elle émet des sons dépassant de loin le seuil de douleur supportée par l'oreille humaine, et comparables au bruit terrifiant produit par la fusée qui lance la navette spatiale. Les baleines chantent pendant des heures et, pour ce faire, utilisent une palette d'un millier de sons différents et fort beaux, puisque ressemblant à la musique émise par des orgues et des flutes, disent les plus poètes des scientifiques, ou au 'grincement d’une porte rouillée', selon Philippe Cousteau.

Maintenant, parlons de l'homme. Qu'en est-i1 exactement de ses capacités vocales ? Chez un sujet ordinaire, vous, nous, la voix masculine est audible en plein air et sans vent jusqu'à 180 m de distance. Mais, une voix humaine peut porter jusqu'à 17 km lorsqu'elle est émise dans des conditions bien particulières : notamment sur une eau calme, la nuit. D’accord, c'est bien ! Cependant, compte tenu de notre taille, on ne peut s’empêcher de penser que nous pourrions faire beaucoup mieux. Par exemple si nous avions 1a même capacité vocale que la petite cigale, nous pourrions nous commander un pastis au café du village sans quitter notre hamac, à 24 km de là !

LES NOMS DES CRIS D’ANIMAUX


Madame, Monsieur, pour ne pas avoir l’air bête quand vous évoquerez, en société, le langage de vos amis les animaux, voici un répertoire des vraies appellations.

Parmi les animaux de compagnie...

Le chat félit, miaule, ronronne, rouffigne.
Le chien aboie, clabaude, clatit, grogne, hurle, jappe.
Le perroquet cause, jase, parle, siffle.
La tourterelle gémit, roucoule.

Parmi les animaux de la ferme...

L'âne braît, renâcle.
Le bélier blatère, blatit.
Le bœuf beugle, meugle, mugit.
Le bouc béguète, chevrote.
La brebis bêle.
Le canard cancane, caquette, nasille.
Le cheval s'ébroue, hennit.
La chèvre beguète, bêle, chevrote.
Le coq chante, coqueline, coquerique.
Le dindon gloutegloute.
Le lapin clapit, couine, glapit.
Le mouton bêle.
L'oie cacarde, cagnarde, criaille, grattonne, siffle.
Le porc grogne, grognonne, grouine.
La poule caquette, crételle, glousse.
Le poulet piaule.
Le poussin piaille.
La vache beugle, meugle, mugit.

Parmi les animaux de nos campagnes, forêts et bords de mers...

L'abeille bourdonne.
L'aigle glapit, glatit, trompette.
La belette belote.
Le cerf brame, rait, ralle, rée, rote.
La chauve-souris grince.
La chouette chuinte, hue, hulule.
La cigale chante, craquette, criquette, crisse, frissonne, stridule.
Le coucou coucoue, coucoule.
Le crapaud coasse.
Le cygne drense, drensite, siffle.
Le faon râle.
La fauvette fredonne, zinzinule.
Le goéland pleure.
La grenouille coasse.
Le hibou bouboule, froue, hôle, hue, hulule, miaule.
La marmotte siffle.
Le merle appelle, babille, caquette, flûte, siffle.
La mésange zinzinule.
La mouette rit.
La pie jacasse, jase.
Le pigeon caracoule, roucoule.
Le pivert coraille.
Le rat chicote, couine.
Le renard glapit, jappe, trompette.
Le sanglier grommelle, grumelle, nasille, rauque.
La sauterelle stridule.
Le serpent siffle.
La souris chicote.

Parmi les animaux sauvages des contrées lointaines...

Le buffle beugle, mugit, souffle.
Le chacal aboie, jappe.
Le chameau blatère.
Le crocodile lamente, vagit.
L'éléphant barète, barrit.
L'hyène hurle, ricane.
Le lion grogne, rugit.
Le loup hurle.
L'ours grogne, grommelle, gronde, hurle.
La panthère feule, miaule, râle, rauque, rognonne, rugit.
Le phoque bêle, grogne, rugit.
Le pingouin jabote.
Le rhinocéros barète, barrit.
Le singe crie, hurle, piaille.
Le tigre feule, miaule, râle, rauque, rognonne.
Le zèbre hennit.

Quelle superbe cacophonie si tout le monde poussait la chansonnette en même temps ! Que chacun fasse silence, et écoutons plutôt cette mini-formation musicale créée au pied levé.

« Trois, quatre... c’est parti ! »

L'aigle trompette. Le merle flûte. Le cygne siffle. La fauvette fredonne. La cigale chante. Que c'est beau ! D’ailleurs charmée, la mouette rit. Et 1e goéland pleure. L’émotion ! ll n’y a que l'hyène qui ricane. Le buffle qui souffle. Et le faon qui râle. Quant au perroquet et à la pie, ils n’écoutent pas : il parle et elle jacasse. Ils participent à leur manière...

LES LANGAGES INSOLITES

Si les animaux crient, chantent, gesticulent, c'est le plus souvent pour communiquer entre eux. Et au rang des 'langages' les plus surprenants, il faut citer celui du chat qui utilise pas moins de 63 sons distincts émis par son larynx très développé. L'attitude aidant, les chats savent très bien s'exprimer et se faire comprendre de leurs maitres, par exemple en passant du miaulement aigu, signifiant « J’ai faim ! », au grognement sourd, traduisant « Tu m’agaces ! », sans oublier tous les autres sons, comme les sifflements, grondements, geignements qu’émettent les matous lors de leurs terrifiantes bagarres.

Pour communiquer avec ses congénères, et plus particulièrement pour signaler un danger, le lapin, qui est sans arrêt sur ses gardes, tape le sol de ses grandes pattes arrière.

Une fois arrivées à la ruche, les abeilles entament une danse étonnante pour indiquer aux autres on se rendre pour trouver les meilleures fleurs.

Les fourmis tropicales diffusent 10 odeurs qui leur permettent, en les mélangeant les unes aux autres, d’envoyer 50 messages tels que « Ici, il y a de la nourriture ! », ou « Attention danger ! »

LES ANIMAUX NOUS COMPRENNENT !

S'il est des animaux qui ont la langue bien pendue, nombre d’entre eux ont une intelligence suffisamment développée pour comprendre ce que l'homme leur dit. Parlons-en.

Bien entrainé, un éléphant de vingt ans peut obéir à 27 mots de commandement différents.

Dans la corporation des oiseaux, certains artistes imitent le chant des autres. La fauvette est la plus douée à ce jeu-là, puisqu’elle est capable de reproduire plus de 80 chants d'oiseaux. Alors, méfiance, lorsque vous vous promenez dans les bois et qu’on vous fait « coucou ! », ce n’est peut- être pas qui vous croyez !

Toujours chez les volatiles, on a observé un perroquet gris d'Afrique qui pouvait prononcer près de 800 mots. Les scientifiques pensent que ces oiseaux ne comprennent pas ce qu'ils disent. Toutefois, on connait le cas d’un perroquet qui sait dire 'non' lorsqu'il ne veut pas qu’on le prenne. Alors... oui ou non ?

S'il y a un animal qui singe l'homme, c’est bien... le singe. Ainsi, on connait un gorille femelle ayant appris le langage des hommes qui réagissait à environ 1 000 mots. Par ailleurs, l'intelligence des chimpanzés leur permet d'apprendre et d’utiliser des 'mots' transmis par des signes de la main, comme dans le langage des sourds-muets.

Toutefois, 1e prix de la langue 1a mieux pendue revient à 'Puck', une perruche appartenant à un Américain, et qui possédait, au début de l’année 1993, un vocabulaire de 1 728 mots.

Et maintenant, puisque ce chapitre nous en offre la rare possibilité, si nous profitions de notre supériorité sur l’animal pour pérorer sur les qualités du langage humain !

Difficile de dire combien notre langue compte de mots et combien nous pouvons en retenir. En revanche, ce que nous sommes en mesure d'avancer, c’est que le Petit Larousse définit 45 000 mots de langue française, et que le Grand Larousse en sept volumes en définit 75 600 (en laissant de côté certains domaines spécialisés). Nous savons aussi que pour les besoins courants de la conversation ou de l'écriture, l'homme se contente d'utiliser 3 000 mots (pour écrire leurs grandes pièces de théâtre, Corneille et Racine ne se sont servis que de 4 000 mots).

En ce qui concerne le débit de la parole, il est de 300 mots à la minute pour quelqu'un qui parle très vite. Mais, la aussi, il existe des adeptes du record de diction. Ainsi cet énervé qui a été chronométré à débiter 668 mots à la minute. Une vraie pi(e)pelette !

L' ALIMENTATION
1 000 tonnes par repas ; bon appétit !

« J’ai bien mangé, j’ai bien bu !... », dit la chanson. En tout cas, on ne pouvait trouver meilleure illustration pour évoquer certains animaux qui, vraiment, s'en mettent plein la panse. Il est vrai que quelques-uns d'entre eux ne mangent ni ne boivent tous les jours.

LA NOURRITURE

Premier au hit-parade du plus gros appétit : l'éléphant, avec une ration journalière de 200 kg d’herbe séchée. Ce qui, finalement, n'est pas si gargantuesque, car si l’homme mangeait autant que le pachyderme, relativement à sa taille il ingurgiterait 2,5 kg de nourriture par jour. Alors qu'il en consomme quotidiennement 1 kg, ce qui n’est jamais qu’un peu moins de la moitié.

Plus près de nous, la vache broute le tiers de la ration de l'éléphant avec un petit 60 kg d’herbe par jour. Ce qui est énorme quand on y 'panse' .

Parmi les animaux plus 'sanguinaires' que ces mangeurs d'herbe, deux spécimens ne font guère de restes quand ils passent à table. Il s'agit du vautour et du lion qui dévorent jusqu’à 40 kg de nourriture lors d’un même repas. Une équipe de vautours, par exemple, peut nettoyer une antilope jusqu'aux os, en vingt minutes. Quant aux lions, s'ils peuvent vivre sans se nourrir pendant une semaine, ils se rattrapent allégrement quand ils s'offrent un repas : une équipe de cinq lions laissent peu de restes sur un zèbre de 300 kg dévoré d’un coup, peau et viscères compris. Si nous, les humains, avions le même appétit, nous consommerions 15 kg au cours d’un même repas, soit 100 biftecks. Bobo au ventre !

Les serpents sont, quant a eux, encore plus économes de leurs repas. S'il est rare qu'ils mangent plus d'une fois par semaine, la plupart des serpents se contentent de 8 à 10 repas par an. Le grand python est même capable de jeûner douze mois d'affilée. Ce qui explique que les serpents aient les crocs quand sonne l'heure du repas. Et comme la souplesse de leur gueule leur permet d'avaler des proies plus grosses qu'eux, ils se payent régulièrement des festins grandioses. Ainsi est-il commun qu'en Amérique du Sud des boas longs de 3 m ingèrent des ocelots longs de 1 m. Encore plus fort : dans cette même région du Globe, des anacondas de 8 m digèrent des pécaris (cochons sauvages) de 50 kg ; de même, en Afrique, des pythons de 5 m avalent des impalas (antilopes) entiers de 60 kg.

Non content de manger ses proies toutes crues, le crocodile avale aussi des pierres pour les digérer. Pensez-y pour vous-même lors de vos prochains repas !

Et, tant que vous y êtes, inversez les rôles et imitez 1e chimpanzé : la performance de ce dernier est d'être capable d'avaler 50 bananes lors d’un seul repas, essayez d'en avaler ne serait-ce que 10...

Plus proche de nous, la taupe semble plus raisonnable avec sa ration quotidienne de 80 g de nourriture. Plus raisonnable ? Du moins en apparence, puisque si l'homme l'imitait, il ingérerait proportionnellement à son poids 70 kg d'aliments !

Au rang des gros mangeurs, le petit rouge-gorge avale quotidiennement 4,30 m de vers, soit la longueur d'une voiture de taille moyenne.

Mais la palme de la goinfrerie revient au papillon du chêne, l’antheræa, qui, sitôt éclos, dévore en feuilles 86 000 fois son poids, en quarante-huit heures. Vous imaginez-vous, vous, assis à votre table, avec une ration de 6 000 000 kg à avaler en deux jours, soit 1 000 tonnes par repas aux petits déjeuners, déjeuners et diners que comptent les deux jours !

LES PRÉDATEURS ATTAQUENT

Être un faible animal victime de prédateurs n'a rien de drôle, mais être prédateur n'est pas forcément marrant tous les jours non plus. En effet, le lion, 1e tigre ou le faucon pèlerin ne réussissent pas leur coup à chaque tentative. Et c'est tant mieux pour les animaux chassés ! Ainsi le lion et le tigre ne parviennent qu'une fois sur cinq à attraper leur proie, soit 20 % de réussite. Et le faucon pèlerin, malgré son adresse, ne réussit qu'une prise pour dix ou quinze attaques, soit un pourcentage moyen de succès de 8 %.


LA BOISSON

Si nous étions aussi secs que le scorpion, nous n'absorberions jamais une seule goutte d'eau ou toute autre boisson. Car le scorpion ne boit jamais. Nous, les humains, avons cette faiblesse d'avoir besoin de liquide pour vivre : 1,5 1 de boisson en moyenne par jour.

Ce dont se passent aisément le dromadaire et le chameau, capables tous les deux, lors de courses dans le désert, de rester durant trois semaines sans boire. Mais à l’arrivée, ils absorbent dans des puits plus de 100 1 d'eau, en dix minutes.

L'éléphant est aussi un soiffard. Il consomme, chaque jour, 200 1 d'eau, par 'petites' prises de 6 à 10 l à la fois, qu'il aspire dans sa trompe pour ensuite les laisser couler dans sa gorge. En définitive, si la quantité d'eau ingurgitée par l'éléphant peut paraitre énorme, elle ne l'est pas tant que cela, puisque, proportionnellement, elle correspond pour nous à une prise journalière de 2,5 1. En revanche, la consommation du chameau ou du dromadaire, appliquée l'homme proportionnellement à son gabarit donnerait 11 l d'un coup. Voilà un marché à prendre pour les marques d'eau minérale !

Pour terminer dans la layette, sachez que l'éléphanteau boit 14 1 de lait par jour. Et que pendant les huit mois que dure son allaitement, période pendant laquelle il croît de 4 cm et de 90 kg par jour, le baleineau absorbe quotidiennement 100 l de lait. Pour se donner une idée, il suffit d'appliquer sa bouche au conduit d'un robinet, d'ouvrir le robinet à fond, et de boire sans discontinuer en comptant mentalement jusqu’à 600. Ce qui fait dix minutes. C'est une éternité avec un tel débit.

LES TEMPÉRATURES CORPORELLES
De -1 °C à 60 °C...

Pour vivre, les animaux, comme les hommes, doivent maintenir leur corps à la température adéquate. Mais là encore, elle diffère beaucoup selon les individus.

Sous l'extrême chaleur des sunlights, nous décernons 1a palme du meilleur sang chaud au lézard. Il caracole en tête du classement ci-dessous :

Température corporelles d'animaux familiers ou sauvages.

Le lézard au soleil : de 50 à 60°C
La poule : 41,5°C
Les oiseaux : de 40 à 42°C
La chèvre : 39,9°C
Le lapin : 39,5°C
Le porc : 39,1°C
Le mouton : 39 °C
Le chien : 38,9°C
Le chat et le phoque : 38,6°C
La vache : 38,3°C
Le cachalot : 38,1°C
Le lièvre et le dauphin : 38°C
Le cheval : 37,6°C
L’homme : 37°C
L'éléphant et le morse : 36°C
L'éléphant de mer : 34°C

De leur côté, les animaux hibernants réussissent l'exploit de régler au plus bas leur 'thermostat corporel' pendant les phases de léthargie.

Si l'ours brun hiverne plus qu’il n'hiberne, étant donné que sa température reste à peu près constante entre 29 et 34°C, il en va autrement pour certains de ses camarades. Ainsi la température corporelle du hérisson se fixe 1°C au-dessus de la température ambiante du lieu où il se trouve, sans jamais descendre en dessous de 6°C. La température corporelle de la marmotte, elle, tombe à 8°C, voire 5°C, quelle que soit la froidure du terrier. La température du hamster doré se stabilise à 3,5°C. Enfin, et c'est un record en même temps qu'une curiosité de la nature, la température corporelle de la chauve-souris en hibernation descend sous la barre du zéro pour atteindre - 1,3°C.

Si l'homme est un 'animal' à température constante, il lui arrive cependant de jouer à l'élastique avec son chauffage corporel. Tout d'abord, précisons que 37°C est le chiffre moyen de ce que doit être la température de l'homme en bonne santé. En réalité, les températures humaines oscillent entre 36,5°C et 37,2°C. Au-delà ou en deçà, vous êtes en mauvaise santé. Si, un jour, votre température monte jusqu’à 43°C, c'est que vous êtes proche du paradis. Sauf cas exceptionnel, comme cette personne hospitalisée dont le corps surchauffait à 44,4°C. Dans le sens d'un refroidissement, avec une température de 27°C, c'est le coma, et avec 25°C, c'est la mort assurée. Sauf pour ce miraculé retrouvé enseveli sous 7 m de neige avec une température corporelle de 19°C, et qui a pu être réanimé. Il existe aussi des cas d’individus ayant survécu à des températures corporelles de 16°C.

Il n'empêche que jouer à l'élastique entre 43°C et 16°C, soit 27°C d’amplitude n'est pas bien formidable au regard des superbes parties de yoyo que se permettent certains animaux. Comme, par exemple, la marmotte qui baisse son chauffage corporel de 31°C d'un coup (de 36°C jusqu’à 5°C) quand elle se met au lit pour l’hiver.

L' ACCOUPLEMENT
Où l'on découvre que l'homme peut aller se rhabiller !

Ah, l'amour ! Dans la vie, qu'y a-t-il de plus important ? Rien. La preuve, c'est qu'il est au centre de toutes les cervelles et de tous les comportements, qu'ils soient animaux ou humains.

Commençons par le genre animal.

On s’aperçoit vite que ce ne sont pas les plus grosses bêtes qui sont les plus... (appelons cela comme ça) douées.

Alors que l'acte sexuel ne dure que vingt à trente secondes chez l'éléphant et seulement dix secondes chez la gazelle, l'accouplement chez 1a girafe se prolonge pendant trente minutes, et pendant deux heures chez le maki (sorte de singe de Madagascar).

Devant d'aussi piètres performances, la souris se tient les côtes à force de rire, elle qui a été observée en coït pendant douze heures d'affilée. Et le plus épatant, c’est que ses ébats peuvent se perpétuer jusqu'à treize nuits de suite.

La fréquence des rapports est extrêmement variée selon les animaux, d'intense à presque nulle. Si certains poissons des grandes profondeurs ne frayent qu’une seule fois dans leur vie, d’autres bêtes (de sexe) mériteraient d'être surnommées 1a 'mitraillette'. Le lion, par exemple, qui a été observé à copuler 86 fois en une journée. Record à battre !

La sexualité des animaux donne lieu aux comportements les plus originaux et les plus inattendus.

Ainsi, l'intense activité sexuelle de la souris mâle présente un sacré revers de médaille : celui de mourir cinq à dix jours après la période d'accouplement, les femelles restant seules et tranquilles pour élever leurs petits.

Dans la série 'thriller', on évoquera le cas de la mante religieuse qui mange le mâle qui l'a fécondée, ou du lion à qui il arrive de tuer ses petits pour pouvoir féconder à nouveau la femelle. Il n'y a que le c... qui l’intéresse, celui-là !

Chez l'araignée, les ébats peuvent également mal tourner pour le mâle, qui risque fort de finir en bouillie dans l'estomac de son obligée. Car à la moindre occasion, la femelle le dévore. Alors, pour éviter d'aller au suicide, le mâle utilise un stratagème qui consiste à présenter un insecte mort comme appât à la femelle. Le temps que la fille s'emploie à déguster l'insecte, le mâle la féconde par derrière. Certaines araignées ont une autre technique. Les mâles enveloppent leur insecte-cadeau dans une fine toile avant de l'offrir, ce qui leur permet de s'accoupler avec la demoiselle, tandis qu'elle s’occupe à défaire le paquet, puis à manger l'insecte. Autre tactique maligne : deux ou trois mâles fournissent de la nourriture à la femelle pendant qu'un ou deux autres la couvrent. Mais certaines espèces préfèrent la force à la ruse, notamment en neutralisant préalablement les femelles. Par exemple, les tarentules mâles s'aident d’un crochet qu'elles ont sur les pattes de devant pour maintenir hors d'état de nuire le dard venimeux de leur partenaire. Mieux encore, certaines araignées attachent la femelle afin de pouvoir copuler sans risque d’y passer.

Le requin, lui, ne connait pas d'instinct meurtrier en matière amoureuse, mais il s'adonne volontiers au sadomasochisme. Outre le fait qu'il soit sexuellement bien équipé pour le coït, avec son sexe durci par la calcification, il mord sa partenaire lors de la copulation. Aussi est-il fréquent de voir des femelles au corps couvert de cicatrices de morsures d'amour. Mais il parait qu'elles aiment ca, si l'on en croit les spécialistes qui affirment que c'est une façon pour le mâle d'encourager la femelle à l'acte sexuel. Précisons, toutefois, pour modérer l’ardeur de certains mâles humains qui voudraient jouer au requin avec madame, que les femelles requins ont une peau épaisse qui les protège des morsures. Alors, messieurs, du calme s'il vous plait !

Appel au calme, également, à l'attention des violeurs : chez les humains et dans la corporation des canards sauvages, ou le viol est très répandu.

La prostitution existe aussi chez les animaux, ou si ce n'est pas de la prostitution, c'est quelque chose de ressemblant. Notamment lorsque les mâles de certaines espèces de colibris sud-américains 'paient' les bonnes grâces des femelles par du nectar de plantes qu'ils sont les seuls à collecter.

Toujours au rang des amours marginales : l'homosexualité, qui est chose courante chez certains animaux, entre autres chez les mouettes, les oies et les vaches.

Également marginale, sinon interdite dans nos pays dits évolués : la polygamie. Ce qui n’est pas le cas dans le monde animal où la pratique du harem est monnaie courante, le mâle 'épousant' de nombreuses femelles – de 20 à 40 pour l’éléphant de mer, 50 pour le phoque – qu’il aime et qu’il défend contre l’approche des autres mâles.

À l'inverse, les couples de loups sont fidèles, de même que les chinchillas, qui restent unis de quinze à dix-huit ans, autant de temps passé à se regarder les yeux dans les yeux.

À propos, il existe des petites bêtes qui se font de l'œil. Il s'agit des lucioles, qui ont cette particularité de pouvoir communiquer entre elles, la nuit, en produisant leur propre lumière. Les mâles papillonnent de-ci de-là en émettant des éclats lumineux caractéristiques de l'espèce dont ils sont issus, et les femelles répondent par des signaux lumineux différents. Ce qui permet aux mâles de les repérer et de les rejoindre pour s'accoupler. Ainsi, chez une espèce particulière de luciole, le mâle émet deux éclats de lumière espacés d’environ deux secondes et la femelle, si elle les détecte, répond par un seul éclat, une seconde plus tard. Toutefois, et c’est bien normal, la femelle ne dit oui que si le signal émis par le mâle lui plait. D'accord pour le feu d'artifice, mais pas avec n'importe qui, tout de même !

Dans la série 'les amours acrobatiques' voici quelques exemples de galipettes de cirque.

Premier numéro avec l'escargot, animal hermaphrodite, c'est-à-dire qui a l'insigne privilège de posséder à la fois un sexe masculin et un sexe féminin. Si d'ordinaire, certaines variétés d'escargot prennent appui sur l'arrière de leur coquille, de façon à se dresser, se faire face, et unir leurs organes génitaux, ils apprécient aussi de se laisser pendre à une branche, le long d’un filet de bave, et de s'accoupler ainsi dans cette périlleuse position.

Deuxième numéro avec les libellules, qui aiment faire l’amour en plein vol. Le mâle devance la femelle et lui coince la tête avec la pince dont est doté le bout de sa queue, la contraignant ainsi à tordre son corps comme une virgule, et à l'amener à mettre son organe génital en contact avec le sien qui est situé sous le thorax. C'est compliqué, mais cela fonctionne. Tout ça dans les airs et sans filet. Chapeau !

Approchons-nous de nos amis les chiens, et flairons-les de plus près pour mieux connaître leurs rites amoureux. En amour, les chiens mâles savent qu'une chienne est en chaleur grâce à l'odeur particulière de son urine à cette période, odeur qu'ils détectent jusqu'à 3 km à la ronde. Quand la femelle est prête pour la saillie, elle s'immobilise debout et ramène sa queue sur le côté. Le mâle la monte par-derrière en la tenant de ses pattes avant. Les deux partenaires restent ainsi unis de dix à trente minutes avant de se séparer... dans l'indifférence.

Si l'ensemble des animaux copule dans un souci de reproduction, il a aussi été remarqué que certains d'entre eux le font pour d'autres raisons. Ainsi, le chimpanzé nain d'Afrique est de ceux qui utilisent la copulation pour se rassurer, notamment quand il a peur. De plus, bien des relations sociales se règlent par le biais des amours dans les groupes d'animaux. Certaines femelles y obtiennent même une place importante, en se liant avec des mâles dominants. Euh... comme chez les humains, non ?

Un mot enfin sur l'orgasme qui, malheureusement, dure peu de temps chez l'humain, en moyenne huit secondes. Beaucoup d'agitation pour pas grand-chose ! Le sperme éjaculé par le mâle humain est de 3 ml, volume qui parait ridicule compare aux scores d'animaux qui ne sont guère plus gros que nous, sinon plus petits.

Par exemple, le chien éjacule 6 ml (le double) ; le cheval, 70 ml (10 fois plus) ; le cochon, 250 ml (80 fois plus), soit le contenu d'une petite bouteille de bière !

Allez, tchin-tchin ! À la santé des animaux ! Car force est de reconnaitre que les bêtes nous mettent la pâtée.

LE JEU DE LA SÉDUCTION FÉMININE

Figurez-vous qu'aux États-Unis la très sérieuse psychologue Monica Moore, de la Webster University, mène depuis plus de quinze ans des études approfondies sur la séduction féminine, et en particulier sur le flirt. Ses observations ont lieu dans les bars, cafétérias des universités, soirées et tous les lieux fréquentés par des célibataires en quête d'une âme sœur. Notre professeur a ainsi étudié le comportement de plus de 2 000 femmes de dix-huit à trente-cinq ans, non accompagnées par un homme et se trouvant dans le voisinage d'au moins 25 personnes. Les deux enquêteurs choisissent un sujet femelle au hasard et, tandis que l’un consigne tous ses mouvements au magnétophone, l’autre observe les réactions des hommes. La découverte de cette étude inédite et insolite est que ce sont les femmes et non les hommes qui initient les relations, tout comme dans la plupart des autres espèces animales. En effet, dans 70 % des cas, ce sont elles qui grattent l'allumette, par les signaux qu’elles lancent. Ensuite le mâle réagit et prend l’initiative de la deuxième étape de la cour, c’est-à-dire l'approche. Les conclusions du professeur sur le comportement féminin sont cliniques : la femme incline la tête à angle droit avec pour effet que son oreille touche presque son épaule, exposant ainsi l'autre côté du cou, elle donne à son visage des expressions particulières et fait des mouvements de la tête, elle prend des positions, elle effectue des gestes, elle sourit, elle joue avec ses cheveux, elle a des touchers subtils d’objets... Bref, notre psychologue a dressé une liste exhaustive de 52 gestes et attitudes que la femme utilise pour lancer le signal de sa disponibilité et de son intérêt. Le plus ennuyeux dans l’histoire, c'est qu’il ressort de cette enquête que 70 % des hommes – contrairement aux animaux qui, eux, ne se trompent jamais sur le sujet – sont peu doués pour déchiffrer les signaux que leur lancent les femmes.


LES ANIMAUX FONT L'AMOUR

L'expression 'faire 1a bête a deux dos' collerait bien pour désigner l'acte sexuel des animaux. Mais il existe des termes bien plus appropriés :

Parmi les animaux de compagnie...

Le chat s'accouple ou saillit.
Le chien se lie.
La chienne jumelle.

Parmi les animaux de la ferme...

L'âne monte ou saillit.
L'ânesse baudouine.
Le bélier lutte.
La brebis béline ou hurtebille.
Le coq côche.
L'étalon monte ou saillit.
La jument assortit.
L'oie jargaude.
Le taureau monte ou saillit.
Le verrat monte ou saillit.

De façon générale...

Les animaux s’accouplent, s’appareillent...
Les oiseaux s’apparient.
Les poissons frayent.

Quant aux lièvres et aux lapins, leur réputation va prendre du plomb dans l’aile quand vous saurez que le terme exact qualifiant leurs amours est de dire qu’ils 'bouquinent' !

LA GESTATION
De douze jours à trois ans...

Il y a des jours et des lunes entre la gestation rapide de l'opossum, petit mammifère d'Amérique (55 cm de long), recherché pour sa fourrure beige à jarres argentés, et celle de cette très perfectionniste salamandre noire des Alpes qui n'en finit pas de peaufiner ses petits.

Et parmi les compétitrices de ce classement croissant, qui retrouvons-nous avec un honorable temps de deux cent soixante-dix jours pour fabriquer bébé ? Madame maman : votre mère, votre épouse, votre fille, votre sœur... Cela étant, dans la catégorie des 'hommes', la femme est capable de bien des tours pour perturber les chiffres. Ainsi dénombre-t-on des cas fréquents de grossesses qui durent jusqu'à quatorze mois. Encore plus fort, aux États-Unis un magazine publiait en 1884 l'histoire sensationnelle d'une grossesse de quinze mois et vingt jours. Alors qu'un autre magazine évoquait, lui, en 1751, une grossesse de trente-six mois. Hip ! Hip ! Hip ! Voyez-vous, nous, ce qui nous réjouit, c'est que, grâce à ce dernier cas, la femme termine sur les talons de la salamandre noire des Alpes, la recordwoman du monde de la gestation !

Durée de la gestation parmi les animaux familiers ou sauvages...

L'opossum : douze jours.
La souris : vingt et un jours.
Le lapin : un mois.
L'écureuil : un mois et huit jours.
Le renard : un mois et vingt-quatre jours.
Le hérisson : un mois et vingt-huit jours.
Le chat : deux mois.
Le chien : deux mois et trois jours.
Le loup : deux mois et huit jours.
Le lion : trois mois et seize jours.
Le porc : trois mois et vingt-cinq jours.
Le castor : quatre mois et huit jours.
Le mouton : cinq mois.
La gazelle : cinq mois et dix jours.
La vache : six mois.
L'hippopotame : six mois et vingt jours.
L'ours : huit mois.
Le chevreuil : neuf mois.
La femme : neuf mois.
Le phoque : neuf mois et six jours.
Le chameau : neuf mois et vingt jours.
Le dauphin : onze mois.
Le cheval : onze mois et cinq jours.
La baleine : un an.
L'âne : un an et quinze jours.
Le zèbre : un an et quinze jours.
La girafe : un an deux mois et vingt jours.
Le rhinocéros : un an six mois et vingt jours.
L'éléphant d'Asie : de un an huit mois et neuf jours à deux ans un mois et dix jours.
La salamandre noire des Alpes : trois ans deux mois et vingt jours.

LA MISE BAS
Des mots pour des maux...

Alors que la femme accouche, met au monde ou enfante, les animaux mettent bas. Et, plus particulièrement...

Parmi les animaux de compagnie...

La chatte chatonne.
La chienne chienne.

Parmi les animaux de la ferme...

La brebis agnelle.
La chèvre chevrote ou chevrette.
La jument pouline.
La lapine lapine.
La truie cochonne.
La vache vêle.

Parmi les animaux de nos campagnes et de nos forêts...

La biche faonne.
La daine faonne.
La hase levrette.
La louve louvette.

LES NOMS DES ANIMAUX

En ce qui concerne les humains, ils se nomment l’homme, la femme et l’enfant. Pour nos amis les bêtes, les appellations diffèrent.

Parmi les animaux de compagnie...

Chat, chatte, chaton.
Chien, chienne, chiot.

Parmi les animaux de la ferme...

Âne, ânesse, ânon.
Bélier, brebis, agnelet, agnelle, agneau.
Bouc, chèvre, chevreau, chevrette.
Canard, cane, caneton, canette, canardeau.
Coq, poule, poussin.
Étalon, jument, poulain, pouliche, poulichon.
Jars, oie, oison.
Lapin, lapine, lapereau.
Taureau, vache, veau, torillon, vachette.
Verrat, truie, pourceau, porcelet.

Parmi les animaux de nos campagnes et de nos forêts...

Cerf, biche, faon.
Chevreuil, chevrette, faon, chevrotin, chevrillard
Cigogne, cigogne, cigogneau, cigognat.
Couleuvre, couleuvre, couleuvreau.
Crapaud, crapaude, têtard, crapelet.
Daim, daine, faon.
Grenouille, grenouille, têtard, grenouillette.
Hérisson, hérissonne, hérissonneau.
Lièvre, hase, levrault.
Loutre, loutre, loutron.
Merle, merlesse, merleau, merlot.
Moineau, moinelle, moinet.
Perdrix, chanterelle, perdreau.
Pigeon, pigeonne, pigeonneau.
Rat, rate, raton.
Renard, renarde, renardeau.
Sanglier, laie, marcassin.
Vipère, vipère, vipereau.

Parmi les animaux sauvages des contrées lointaines...

Autruche, autruche, autruchon
Bison, bisonne, veau.
Buffle, bufflonne, bufflon, bufflette, buffletin.
Chameau, charnelle, chamelon.
Éléphant, éléphante, éléphanteau.
Girafe, girafe, girafeau.
Gorille, gorille, gorillon.
Lion, lionne, lionceau.
Loup, louve, louveteau.
Manchot, manchote, –
Ouistiti, ouistitite, –
Ours, ourse, ourson.
Serpent, serpent, serpenteau.
Singe, guenon, genuche (petite guenon).
Tigre, tigresse, tigreau.

LE NOMBRE DE NAISSANCES
De 1 à 15 petits par portée...

Le tableau ci-dessous indique le nombre de bébés qui naissent simultanément, lors de chaque mise bas ou accouchement. À l'image de certains animaux femelles, la femme fait sobre : la qualité ne prévaut-elle pas sur la quantité ? Il faut bien trouver des arguments, n'est-il pas ?

Parmi les animaux familiers ou sauvages, nombre de petits par portée...

Le bison : 1
Le bouquetin : 1
Le dauphin : 1
La baleine : l (voire 2)
Le cerf : 1 (voire 2)
Le phoque : l (voire 2)


La femme : 1 (voire 2, 3, 4, …)

La chauve-souris : 1 ou 2
Le chevreuil : 2 (voire 1 ou 3)
L'ours : 2 (voire 3)
Le lièvre : de 2 à 5
Le chien : de 2 à 10
L'écureuil : de 3 à 5
La taupe : de 3 à 7
Le renard : de 3 à 12
Le chat : de 4 à 6
Le hérisson : de 4 à 6
Le loup : de 4 à 9
Le hamster : de 4 à 12
Le sanglier : de 4 à 12
La souris : de 5 à 12
Le lapin : de 5 à 12
Le rat : de 8 à 14
Le tanrec : de 2 à 15

Ces chiffres représentent des moyennes. Ce qui sous-entend qu'il existe de plus ou moins nombreuses portées. Mais nous, ce qui nous fait craquer, ce sont les cas de naissances multiples et prolifiques.

Ainsi, dans la catégorie homme, nos petites madames sont capables de bien des exploits. Les plus impressionnants remontent en 1924 en Espagne, en 1936 en Chine, et en 1946 au Brésil où des recordwomen mirent au monde 10 enfants en un seul accouchement. On appelle cela des décaplés. Il existe bien le cas, en Italie, d’une femme qui avait en elle 15 fœtus (des quindécaplés), mais ceux-ci lui furent retirés par hystérectomie au quatrième mois. De plus cette grossesse multiple faisant suite à un traitement hormonal contre la stérilité, nous décidons de disqualifier la dame pour... dopage !

Dans le prolongement de ces cas de naissances multiples simultanées, il existe aussi des femmes qui, sur la durée, atteignent des scores records. Ainsi cette valeureuse soviétique qui, en 27 accouchements, intervenus entre 1725 et 1765, près de Moscou, mit au monde 16 paires de jumeaux, 7 fois des triplés et 14 fois des quadruplés, soit en tout 69 enfants. Compliments posthumes à la maman! Et bien du courage au papa, pour les bouches à nourrir !

Dans le monde animal, les parents rats, eux, n’ont pas ce genre de préoccupation. Ils copulent, la rate met bas et allaite pendant trois semaines. Et puis, basta, les enfants font leur vie. Comme le rat peut se reproduire jusqu'à 7 fois dans l'année, avec des portées pouvant aller jusqu'à 14 ratons, on obtient, pour un couple, une descendance de 100 petits par an, et de 20 millions sur trois ans !

Pour vous faire quelque peu oublier ce chiffre inquiétant, posons une question qui n'a rien à voir. Avez-vous déjà entendu parler du tanrec ? Il s'agit d'un petit mammifère insectivore de Madagascar (35 cm de longueur), au corps couvert de piquants, dont les portées moyennes sont de 12 à 15 petits, mais qui peuvent aussi atteindre 30 petits. Or, comme les femelles sont capables de se reproduire un mois après leur naissance, nous vous laissons deviner la suite...

Parmi nos proches compagnons, le record de naissances du chat est de 420 chatons nés d’une chatte américaine qui mit bas jusqu'à l'âge de dix-sept ans. Quant au record de naissances simultanées, il appartient à une chatte anglaise qui donna le jour à une portée de 19 chatons.

Pour ce qui est du chien, c'est à 4 chiennes (2 américaines, l anglaise, 1 française), que revient le record reconnu de naissances simultanées avec, pour chacune, une portée de 23 chiots.

LES GROSSES PONTES

Chez les insectes, les mites femelles peuvent pondre jusqu'à 200 œufs, entre 22 heures et 2 heures du matin pendant que vous dormez tranquillement dans votre lit. Les mouches pondent annuellement de 200 à 400 œufs. La mouche tsé-tsé pond de 8 à 10 œufs pendant sa courte vie qui ne dure que trois mois. En revanche, la reine des termites pond à la cadence d'un œuf par seconde pour un score record annuel de 30 millions d'œufs !

Chez les oiseaux, les grands rapaces pondent 1 œuf à la fois. Le pigeon en pond 2. Le canard sauvage de 8 à 12. L'autruche de 10 à 15. Le poulet d'élevage pond jusqu'à 370 œufs par an. Par parenthèse, les plus gros œufs pondus sont ceux de l'autruche : ils mesurent 20 cm de haut, 15 cm de diamètre, et pèsent environ 1,7 kg, soit le volume d'une tête d'homme, et 1e poids de deux douzaines d'œufs de poule.

Chez les poissons, la carpe pond 20 œufs par an, alors que le poisson-lune, gros poisson de 2 m de long pour un poids de 1 000 kg, vivant dans les mers d'Europe occidentale, pond 300 millions d'œufs dans le même temps. À cet effet, il détient le record de la ponte la plus prolifique avec 30 millions d'œufs à chaque fois.

COMBIEN D'INSECTES SUR TERRE ? On dénombre 3 millions d’espèces différentes. Ce qui laisse su poser qu'il y a probablement 1 000 000 000 000 000 000 d'insectes vivant sur notre planète. Allez, on vous aide à déchiffrer ce nombre : cela fait 1 trillion d’insectes !


LES POID ET TAILLE DES BÉBÉS
Pour une fois, l'homme a du poids !

Ami lecteur, quand vous êtes né vous pesiez dans les 3 kg, soit environ 6 % du poids de votre môman, et vous mesuriez dans les 50 cm, soit environ 30 % de sa taille. Ce qui constitue une belle performance, certes ! Mais est-ce bien suffisant pour prendre le leadership dans le monde des êtres vivants ?

Oui, d'extrême justesse, mais ex æquo avec la girafe qui donne naissance à un girafon mesurant déjà 2 m de haut, ce qui représente également 30 % de la taille de la mère.

Oui, et cette fois indiscutablement, comparé à la baleine bleue dont le rejeton, chétif baleineau de 7 t, pour 7 m de longueur seulement, a des mensurations ne représentant que 4 % du poids de sa mère et 20 % de sa propre taille.

Et ne parlons même pas de la femelle éléphant qui accouche d'un éléphanteau d'un poids de souris de 120 kg, soit 2 % du poids de la mère... qui doit en être rouge de confusion !

Quant au panda, dont le poids adulte est similaire à celui de l'homme, la femelle donne naissance à des petits de 120 g à peine, soit 0,20 % de son propre poids ! Une contre-performance, sans aucun doute !

Remarquez, l'homme n‘est pas à l'abri non plus des contre-performances, puisque son plus petit bébé né viable pesait 280 g. ll s’agissait d'une petite fille prématurée, née aux États-Unis dans les années 1990. En revanche, l'homme est aussi capable de superbes exploits, avec ce magnifique '10,2 kg' réussi par une maman italienne dans les années 1950. Faut le faire !

LES MÈRES PORTEUSES ET NOURRICIÈRES
Êtes-vous prêt à faire à faire les courses à 150 km de chez vous ?

Si l'on établit un comparatif entre l’animal et l'homme dans le domaine de l'attention portée au bébé, et si l'on observe les méthodes utilisées par chacune des deux parties pour nourrir les petiots et les déplacer, on remarque bien des similitudes.

En ce qui concerne le transport des mômes, on donnera, toutefois, l'avantage aux animaux pour leur sens particulièrement maternel.

Chez les êtres humains, peu de femmes se promènent avec leurs enfants dans les bras. Elles utilisent des couffins, des landaus ou des poussettes. Ce qui est bien pour les enfants, certes, mais qui les tient un peu éloignés des mamans.

En revanche, il est fréquent chez les animaux que parents et enfants aient des contacts physiques lors de leurs allées et venues. Ainsi, le kangourou transporte son petit dans la poche ventrale de sa fourrure. La lionne déplace ses lionceaux en les tenant délicatement dans sa gueule. Le tadorne, canard à bec rouge et à plumage multicolore, emmène ses petits en les tenant par le bec. La bécasse les transporte un par un, entre ses pattes ou sur le dos. Et la femelle scorpion véhicule sur son dos sa nombreuse famille : 24 petits pour le scorpion noir, et de 30 à 60 pour le scorpion jaune. On les applaudit bien fort !

Même appréciation favorable en direction des animaux, en ce qui concerne les repas que les parents apportent à leurs petits. Car, là encore, l'animal fait mieux que l'homme. Ainsi, le loup parcourt plus de 60 km sur son territoire pour nourrir sa femelle et ses louveteaux. La mésange vole 100 km par jour pour approvisionner ses petits, leur apportant à chacun de 30 à 70 becquées quotidiennes. Les vautours effectuent souvent des déplacements de plus d'une journée pour trouver à manger à leur progéniture : on les a signalés à 150 km de leur colonie. Le calao, petit oiseau d'Asie, avale jusqu'à 69 petits fruits qu'il rapporte au nid pour les réingurgiter aux oisillons : il a été estimé qu'un mâle de calao à joues argentées, rapportait ainsi au nid 24 000 fruits lors de l 600 vols effectués durant les cent vingt jours du cycle de la reproduction. On ne peut qu’être admiratif !

Et pendant ce temps là, que fait l’homme ? Une fois par semaine, le vendredi soir après le travail, l'homme prend sa petite auto pour se rendre au supermarché distant de 200 m de sa maison, puis il prend un chariot et il se traîne pendant une demi-heure dans les rayons. Voilà, c'est tout ! Et c'est suffisant jusqu'à la semaine d'après. ll y a comme un malaise, n'est-ce pas ?

LE SOMMEIL
Dix-neuf heures de sommeil par jour, ça vous plairait ?>/i>

Voilà un domaine où l'homme nous fait honte. Car s'il dort si peu, en comparaison de bien des animaux, c'est bien qu'il le veut. L'homme préfère aller travailler, plutôt que de se reposer, somnoler ou dormir... C’est lamentable ! Rendez-vous compte ! Nous ne dormons en moyenne que huit heures par jour, ce qui représente cent vingt jours par an, et vingt-cinq ans sur une vie. Traduit en pourcentage, il apparaît que le temps de sommeil de l'homme équivaut à 33 % du total de sa vie. En la matière, les animaux sont nettement plus forts que nous.

Ne parlons pas de cet animal insomniaque qu'est le chevreuil. Car le pauvre, ce n'est pas de sa faute – il doit en souffrir – ne connaît que de très courtes durées de sommeil (quatre heures au maximum par jour, et une heure et demie au minimum, voire moins, pour la femelle en lactation). De plus, s'il lui arrive de céder au sommeil, c'est rarement pour plus de dix minutes, et pour tomber dans un état de torpeur si peu profond qu'il réagit aux bruits et aux odeurs avoisinants. Plaignons aussi de tout cœur cet autre animal névrosé qu'est le marsouin de Dall, qui, parait-il, ne dort jamais.

En revanche, il convient de chanter les louanges de tous ces animaux qui savent vivre et prendre le temps de vivre.

Dans nos maisons, sous nos yeux, le chat dort quatorze heures par jour, donnant ainsi le bon exemple.

Dans sa caverne, l'ours brun des Pyrénées somnole tout l'hiver, sortant parfois pour de courtes promenades et pour croquer quelques glands. Comme le blaireau, on dit de lui qu'il hiveme.

La marmotte, elle, hiberne quand vient l'hiver. La brave bête s'installe dans un terrier, sa température baisse, son cœur se ralentit, passant de 220 pulsations par minute à seulement 30 tic-tac (de 500 à 4 battements/min. pour le hamster). Elle ne respire plus que de 2 à 3 fois par minute et maigrit de plus de 3 kg, soit près de la moitié de son poids. Elle se lève bien de temps en temps pour uriner dans un coin de son terrier mais, globalement, elle dort près de six mois avant de s'éveiller. vers avril, pour profiter du printemps et de la nature. L'écureuil, lui aussi, hibeme pendant six mois de l'année. Même les poissons s'y mettent et pioncent bien comme il faut, en hiver. Par exemple, la tanche, locataire des rivières et des lacs, hiberne en s'enfonçant dans la vase.

Savez-vous combien de temps dorment le paresseux (l'animal) et l'opossum (petit mammifère d'Afrique) ? 80 % de leur existence, soit dix-neuf heures de sommeil par jour !

Que voulez-vous qu'on vous dise de plus, après ça ?

LE LOGIS DES ANIMAUX
Les mots pour le dire...

Livrons-nous à un petit jeu : l'homme habite dans une... ? Maison! Bravo, tous nos compliments ! Maintenant, pour poursuivre, connaissez-vous le nom des logis animaliers ?

Parmi les animaux de la ferme...

Le bouc loge dans une étable.
Le cheval loge dans une écurie.
Le chien loge dans une niche.
Le cochon loge dans une soue.
Le lapin loge dans un clapier.
Le taureau loge dans une bouverie.

Parmi les animaux de nos campagnes et de nos forêts...

Le lapin loge dans un terrier.
Le lièvre loge dans un gîte.
L'oiseau loge dans un nid.
Le renard loge dans une renardière.
Le sanglier loge dans une bauge.
La souris loge dans un trou.

Parmi les animaux sauvages...

Le loup loge dans un liteau.
L'ours loge dans une tanière.
Le serpent loge dans un repaire.
Le tigre loge dans un repaire.

Force est de constater qu'en la matière l'homme domine l'animal, dans la mesure où il a plusieurs cordes à son arc. Si, le plus communément, il habite dans une maison, il peut aussi loger : dans un appartement, dans une caravane, dans un camping-car, dans un mobile-home, dans une cabane, sous une tente, sous les ponts ou à la belle étoile...

LA LONGÉVITÉ
De un jour à cent cinquante ans...


Il y a ceux qui vivent vieux et ceux qui meurent jeunes. Et pour une fois, dans ce genre de classement comparatif avec les animaux, l'homme n'est pas trop mal placé. Sans doute, pour une part, à cause de la technique : les progrès médicaux y étant pour quelque chose. Mais, bref, savourons notre honorable et non moins très moyenne place dans le classement.

CEUX QUI VlVENT VIEUX

Oui, vous allez bien lire, ce n’est pas une coquille : l'huître perlière vit longtemps puisqu'elle rend l'âme à soixante ans. Sauf, quand l'homme la pêche, naturellement.

Le crocodile, lui, verse sa larme d'adieu à la vie a soixante-dix ans. Même punition pour l'éléphant indien.

Nettement plus petit, mais tout aussi résistant, cet oiseau d'Australie qu'est le cacatoès, tire sa révérence à l'âge moyen de soixante-treize ans.

Et, un bravo timide du bout des doigts, car c'est ici que l'homme (français) se positionne avec une durée de vie moyenne de quatre-vingts ans. Pas mal, mais peut mieux faire ! Ça viendra. D'autant que, dans le classement, nous nous faisons talonner et battre par des grosses bêtes, mais aussi par des petites.

Par exemple, nous égalent et nous devancent : l'albatros, avec un dernier battement d'ailes à quatre-vingts ans, et l'esturgeon, avec un dernier frétillement de la queue à quatre-vingt-deux ans.

La baleine arrive en troisième position pour l'espérance de vie, avec un dernier cri poussé à quatre-vingt-dix ans, précédée par la palourde, qui pousse son ultime souffle à l'âge canonique de cent ans.

Mais la palme revient malgré tout à la très résistante tortue qui nous enterre tous en vivant tranquillement jusqu'à cent cinquante ans. Ce qui lui permet d’être plus au fait des choses historiques que nous les hommes. Pour preuve, une tortue dont l'existence se terminerait en 2017, serait née en 1867 et aurait vécu successivement sous la présidence des hommes d'État suivants :

Emmanuel Macron (2017), François Hollande (2012), Nicolas Sarkozy (2007), Jacques Chirac (1995), François Mitterrand (1981), Valéry Giscard d'Estaing (1974), Georges Pompidou (1969), Charles de Gaulle (1958), René Coty (1953), Vincent Auriol (1947), Albert Lebrun (1932), Paul Doumer (1931), Gaston Doumergue (1924), Alexandre Millerand (1920), Paul Deschanel (1920), Raymond Poincaré (1913), Armand Fallières (1906), Émile Loubet (1899), Félix Faure (1895), Jean Casimir-Perier (1894), Sadi Carnot (1887), Jules Grévy (1879), Patrice de Mac-Mahon (1873), Adolphe Thiers (1871), Louis Napoléon Bonaparte (1848).

Soit 25 hommes d'État usés par la tortue, contre 11, seulement, (naissance sous Albert Lebrun) pour un humain qui terminerait aussi sa vie en 2017.

CEUX QUI MEURENT JEUNES
À l'inverse de la tortue, certains animaux ont de courtes vies...

Par exemple, le rat ne vit que trois ans, sans que l'on sache qui du rat des villes ou du rat des champs a la plus grande longévité... Le rat des champs, certainement.

Le hamster, lui, court sur sa roue pendant deux ans avant d'en avoir plein les pattes et de se coucher définitivement sur le flanc.

Paradoxalement l'escargot ne prend pas le temps de vivre, puisqu'au bout d'un an, la bave au bec, il rend l'âme.

Quant à la mouche, quelques milliers de coups d'ailes pour l'héliporter sur le visage des humains, sur leurs bras, leurs jambes, histoire de sacrement les agacer, et c'est déjà fini. Le numéro dure deux mois au terme desquels la mouche se crashe.

Mais c’est à cet insecte répondant au juste nom d'éphémère que revient la palme de la malchance. Car le pauvre ne vit qu'un jour. Une toute petite journée lors de laquelle il passe successivement, et au grand galop, du stade de nourrisson à celui d'enfant, d'adolescent, d’adulte, d'adulte d'âge mûr, de retraité, de vieillard, et enfin de mourant. Le soir, c'est déjà le sommeil éternel.

Mais revenons à cette chieuse de mouche, et épions-là de plus près en dressant un parallèle entre elle et nous. On l'a dit, la mouche agace son monde pendant deux mois. Ce qui fait que si l'on ramène sa durée de vie à la nôtre, une mouche vieille d'une journée est âgée en fait d’un an et demi. Une mouche de sept jours a réellement neuf ans. Une mouche de quatorze jours fête ses dix-huit ans, ce qui la fait majeure. Une mouche d'un mois n'est plus une jeunette avec ses trente-huit ans. Une mouche âgée d'un mois et demi accuse en réalité cinquante-sept années. Une mouche de deux mois arrive au terme de sa vie, usée par ses soixante-seize ans. Alors, s'il vous plaît, mesdames et messieurs, un peu de cœur pour les vieilles mouches, mettez moins de vivacité à manier vos tapettes.

QUAND LES ANIMAUX NOUS SINGENT

LES ANIMAUX QUI CHANGENT DE VESTE ET QUI SIMULENT

Très coquets, les animaux !>/i>

Pour mieux se fondre avec les couleurs de la nature, pour se cacher et aussi pour chasser, certains animaux changent de fourrure comme de chemise, suivant les saisons. D'autres gardent leur peau, mais en changent la couleur.

Chatoyante en été, vêtue d'un beau brun rougeâtre, le ventre blanc, la belette fait dans le sobre l'hiver, quand le ciel déverse sa neige, avec une robe jaunâtre presque blanche. De la même manière, avec un poil de coquetterie en plus, l'écureuil d'Europe joue avec quatre couleurs, alternant suivant les circonstances le gris sombre, le brun, le roux et le fauve. Très seyant !

Chez nos amis des Pôles, la mode est systématiquement au brun et au blanc. Brun pour l’été, qui dure deux mois, et un blanc très fonctionnel pour l'hiver, qui s'éternise. Cette mode est très prisée du renard polaire et du lièvre variable.

Il existe aussi de grands spécialistes de la tenue de camouflage dans les pays chauds. Et c'est à Madagascar que l'on trouve le champion du monde toutes catégories du mimétisme, en la personne du caméléon, capable d'adapter sa couleur selon les milieux qu'il fréquente. Bravo, mon vieux ! Nos compliments aussi à la vice-championne du monde, une bête nettement moins connue, la raie à aiguillon, véritable serpent à sonnettes des mers, qui exerce son talent, elle aussi, en prenant la couleur du milieu où elle évolue.

Dans notre lancée, on attribuerait volontiers une petite médaille au didelphis, un marsupial d'Amérique du Sud, tant il est astucieux pour échapper à ses ennemis. Lui ne change pas de couleurs, il a un autre truc. Et quel truc ? Quand on l'attaque, soit il se rebiffe s'il se sent le plus fort, soit il s'enfuit s'il se juge inférieur. Mais quand l’une et l'autre technique s'avèrent vaines, alors le didelphis joue la comédie. Il simule la mort. Son imitation est parfaite. Immobile, la bouche ouverte, les yeux fermés, il reste couché sur le côté le temps qu'il faut pour décourager son assaillant. Puis, quand le danger est écarté, il se relève, il rigole un bon coup (ça, c’est nous qui l'affirmons) et il continue son chemin.

D'ailleurs, il n’est pas le seul à simuler la mort pour échapper au danger. Le serpent de la prairie, qui vit dans les prairies d'Amérique, joue la même pièce de théâtre.

OH ! LES BELLES COCHONNE !
Des scientifiques américains ont conclu, après de longues études, que les seuls mammifères capables de bronzer, hormis les êtres humains, étaient les cochons.


LES ANIMAUX QUI CRACHENT
Touché à 11 m...

Comme chez les humains, il est des animaux peu soucieux des convenances et qui crachent, le plus souvent pour se défendre ou pour chasser, mais n'empêche qu'ils crachent et qu'à nos yeux d'hommes bien élevés c'est vilain !

Commençons par le poisson cracheur, un cousin éloigné de la perche, qui vit aussi bien en eau douce qu’en pleine mer, de l'Inde et la Malaisie à l'Australie. Eh bien, figurez-vous que ce malpoli est doté d'une technique sophistiquée pour capturer sa proie. Il nage au ras de la surface de l'eau, repère des insectes accrochés à des roseaux ou à des branchages tombants, et leur crache dessus pour les faire tomber et ainsi les gober. Et le poisson a une sacrée force de frappe, puisqu'il peut atteindre un insecte à 2 m de distance. Si nous, pauvres humains, avions la même 'force de crache' que ce petit poisson long de 30 cm, relativement à notre taille, nous pourrions atteindre notre cible à l l m de distance !

Cracher peut également traduire une saute d'humeur. C'est le cas chez le lama qui peut vous tapisser la figure, à plus de l m de distance, d'un superbe jet d'aliments prédigérés.

Sympa... Mais, au moins n'est-ce pas dangereux ! Ce qui n'est pas le cas des projections de venin des mambas, ces serpents cracheurs d'Afrique, qui peuvent porter jusqu'à 3 m, et qui visent les yeux des ennemis. D'ailleurs, il faut signaler qu'en Afrique les jets venimeux des mambas sont un important facteur de mortalité.

Mais il y a encore pire que cela (!). Va-t-on oser en parler ? Oui, parce qu'il le faut bien, mais ce, au risque de sacrément vous faire tordre le nez de dégoût. Écoutez bien : pendant qu'il est encore temps, nous vous donnons le conseil de ne jamais menacer la huppe fasciée. Il s'agit d'un bel oiseau aux ailes bariolées de noir et de blanc dont le vol ressemble à celui d'un papillon. La huppe vit en Afrique, mais arrive en France au mois de mars pour s'installer dans les régions méditerranéennes. Et non contente de se défendre à coups de sifflements prolongés, à coups d'ailes et à coups de bec, cette grande dégueulasse de huppe fasciée se retourne vers son agresseur, lève le croupion et lui projette dessus ses excréments bruns et nauséabonds. On vous avait prévenu, c'est insoutenable !

LES ANIMAUX DANGEREUX ET GUERRIERS
Les moustiques, ces tueurs impitoyables !

Si l'homme est sans aucune doute l'animal le plus dangereux de la planète, dans certaines circonstances, l'animal ne se défend pas mal, lui non plus...

Mais, avant de rentrer dans le vif du sujet, commençons par exorciser cette peur endémique que nous avons de certains animaux réputés sanguinaires.

Ainsi, dans la catégorie 'les animaux emblématiques qui nous tétanisent', les tigres, les lions, les crocodiles, les requins ou les loups ont une bien mauvaise réputation de mangeurs d'hommes. Mais, s'il leur arrive de croquer des humains, cela demeure somme toute assez marginal.

ll est rare que les tigres deviennent des mangeurs d'hommes, parce qu'ils évitent le contact avec les humains.

Les lions, en revanche, ne dédaignent pas la chair humaine. Les attaques de lions sont généralement perpétrées par des animaux blessés ou âgés, et donc incapables de chasser normalement. L'homme devient alors pour eux une cible facile, car il est faible et plutôt lent à la course. Toutefois, dans de nombreux cas, ces mangeurs d'hommes ne sont apparus que lorsqu'il y avait pénurie de gibier.

Concernant les crocodiles, il faut savoir qu'ils s’en prennent rarement à l'homme. Une étude menée pendant dix ans sur les crocodiles d'estuaire de la région naturelle de Bhitarkanika, dans l'est de l'Inde, a permis de dénombrer seulement 4 attaques par des grands mâles et ce, bien qu'une importante population humaine vive sur le territoire de cette réserve hébergeant de très grands crocodiles.

Quant aux requins, la plupart d’entre eux ne sont pas cannibales. On recense malgré tout 50 à 75 attaques, chaque année, dont seulement de 5 à 10 sont mortelles. Elles interviennent quand le requin se sent en danger ou se méprend sur sa proie et confond un nageur ou une partie de son anatomie, un pied par exemple, avec un poisson. Dans les zones où croisent les requins, la règle d'or est d'éviter de rester dans l'eau si elle est trouble, car les risques de méprise sont multipliés, surtout si l'on est blessé ou si l'on a posé des appâts pour pêcher.

Les loups, contrairement aux légendes malsaines qu'on leur a collées sur le dos, n'attaquent pas les hommes, excepté lorsqu'ils sont poussés par la faim durant les hivers excessivement froids. Certes, il a bien été répertorié, par le passé, quelques cas de loups s'en prenant à des humains. Par exemple, dans l'ancien comté du Gévaudan, aujourd’hui département de la Lozère, un loup de grande taille, surnommé la 'bête du Gévaudan', attaqua le 6 septembre 1764 une femme du village dans son jardin, juste devant chez elle. Puis il dévora, le 11 mars 1765, une fillette, Marie Pounhet, devant la maison de ses parents. Enfin, la bête emporta dans les bois, le 29 mars de la même année, un garçonnet de neuf ans, François Fontugue. Mais, on n’est pas sûr qu‘il s'agissait réellement d’un loup. Certains historiens estimant même que l'auteur de ces attaques pouvait être un homme ! À ces quelques cas malheureux, s'ajoutent certains autres, notamment à Paris en 1439, où 13 personnes furent agressées par des loups dans les vignes situées entre Montmartre et la porte Saint-Antoine, mais ce sont là des faits assez rares. Ce qui l'est moins, ce sont les fables qui entourent les instincts meurtriers des loups. Par exemple, des récits mentionnent que lors d'un hiver récent, en Laponie, un village fut assiégé par les loups et délivré par les mitrailleuses des avions. Cela fait plutôt sourire les naturalistes suédois, qui estiment à une dizaine le nombre de loups peuplant cette vaste région. De plus, le spécialiste qui dirigea les investigations sur ces prétendues attaques constata que sur 100 cas, 99 se révélaient faux... et que le centième concernait un homme ivre-mort.

LES POISSONS QUI COUPENT ET MORDENT


Ce charmant petit poisson d'Amérique du Sud, le piranha, aime particulièrement se faire les dents sur la moindre créature blessée qui fait trempette près de lui. Un seul triste exemple suffit à illustrer son extrême voracité : en 198l, au Brésil, consécutivement au naufrage d'un cargo qui accostait dans le port d'Obidos, plus de 300 personnes furent dévorées par des piranhas.

Complètement inoffensif pour l'homme, le poisson-chirurgien est un véritable voyou. Alors que pour se nourrir il est végétarien et ne consomme que des algues, pour se distraire il sème la panique à qui mieux mieux parmi les poissons qui l'entourent. Car si l'homme-chirurgien soigne les gens, le poisson-chirurgien, lui, blesse les poissons à l'aide de 'bistouris' tranchants comme des rasoirs placés de part et d'autre de sa queue.

LES ANIMAUX ÉLECTRIQUES


Dans ce domaine, seuls les poissons sont capables de vous mettre au courant. Avec leurs gros organes électriques, logés à la base de leurs nageoires pectorales, les raies et tous les membres de la famille des torpilles peuvent produire des décharges électriques de plus de 300 volts. À ce propos, il est intéressant de savoir que les médecins romains prescrivaient des applications de torpilles fraîchement pêchées à leurs malades, parce qu'ils avaient remarqué que les décharges de torpilles soulageaient les rhumatismes et les maux de tête. Oui, mais à quel prix ? Bonjour les secousses !

Le gymnote, poisson des eaux douces d'Amérique du Sud à aspect d'anguille, est encore plus puissant puisqu'il paralyse ses proies en leur administrant du 600 volts. Rien que cela !

De même qu'ils sont dangereux pour leurs congénères, ces genres de poissons le sont aussi pour l'homme, ce dernier l'a d'ailleurs bien compris. Aussi, pour éviter de se prendre des coups de jus, les pêcheurs sud-américains attrapent des anguilles électriques à main nue... mais seulement après avoir pris soin d'immerger une carcasse d'animal contre laquelle les demoiselles survoltées ont déchargé toute leur électricité.

LES ANIMAUX VENIMEUX
Plusieurs types d'animaux empoisonnent leur monde...

Et puisque nous étions dans l'eau, restons-y, avec le poisson-pierre des eaux tropicales de l'océan Pacifique et de l'océan Indien, qui possède les plus grosses glandes venimeuses de tous les poissons. ll peut être mortel par simple contact des épines de ses nageoires qui contiennent un neurotoxique puissant.

Chez les oiseaux la seule espèce venimeuse est le pitohui, de la Nouvelle-Guinée. La peau, les plumes et les organes internes de ce beau volatile orange vif et noir contiennent un venin si puissant que quelques milligrammes seulement suffiraient à tuer plusieurs personnes.

En ce qui concerne les insectes, on a le choix...

Impressionnantes parce que velues et très grosses (26 cm toutes pattes écartées : soit le diamètre intérieur d'une lunette de W.-C.), les mygales, que l'on appelle tarentules en Amérique du Nord, sont venimeuses mais sans grand danger pour l'homme, que d’ailleurs elles n'attaquent que s'il les provoque. En revanche, les plus dangereuses des araignées sont des spécimens du genre Phoneutria, et plus particulièrement Phoneutria-fera, qui vivent au Brésil. Elles possèdent un venin redoutable, se révèlent particulièrement agressives, et s'introduisent souvent dans les habitations pour se cacher dans les meubles et dans les chaussures. Elles sont à l’origine de centaines d'accidents chaque année. Mais il existe un antidote, et seuls les enfants sont vulnérables.

Chez les scorpions aussi, ça pique sec. Les plus venimeux d’entre eux sont les scorpions jaunes de Palestine, qui vivent dans les régions de l'est de l'Afrique du Nord jusqu'aux abords de la mer Rouge. Mais ils n'injectent qu'une faible quantité de venin, rarement suffisante pour tuer un homme. En revanche, des accidents mortels surviennent chez les enfants.

Les piqûres de guêpes sont redoutables, mais seules celles des guêpes marines australiennes sont mortelles : pour preuve, près de 100 personnes sont décédées sur les côtes du Queensland, en Australie, depuis 1880. Sans assistance médicale immédiate, un homme passe de vie à trépas en moins de trois minutes.

Mais les plus redoutables insectes sont encore... les moustiques. Notamment ceux qui transportent la malaria. Si l'on exclut les guerres et les accidents, ces seuls moustiques sont responsables de la moitié des morts humaines. D'après les estimations de l'Organisation mondiale pour la santé, ils tuent de 1,4 à 2,8 millions de personnes, soit plus que la population des 20 arrondissements de la ville de Paris. Et, ça, tous les ans !

Les serpents, enfin, sont bien sûr parmi les animaux les plus venimeux. Le venin d'un crotale diamantin peut ainsi causer la mort d'un homme de 100 kg en moins d'une heure. Il y a encore plus efficace avec le venin du serpent Parademansia microlepidotus, à écailles lisses, qui demeure autour du fleuve Diamantina, dans le Queensland, un État du nord-est de l'Australie. Ce serpent, qui mesure 2 m, crache un venin si puissant qu'un décilitre suffirait à foudroyer 125 000 souris. Mais le plus violent des poisons est sécrété par le kokoï, qui vit dans l'Ouest de la Colombie. Il faut se munir de gants très épais pour toucher cet amphibien, dont les deux ridicules milligrammes de sécrétions cutanées qu'il produit, soit une goutte, suffiraient pour tuer l 500 personnes.

Globalement, de nombreux décès surviennent à cause de quelques spécimens dangereux de serpents, parmi lesquels : le cobra royal et la vipère du Russel aux Indes ; le serpent-corail, le serpent à sonnettes et la vipère fer-de-lance en Amérique du Sud ; la vipère hurlante et le cobra d'Égypte en Afrique ; la vipère de la mort et le serpent noir en Australie ; le crotale des États-Unis. Ainsi dénombre-t-on, tous les ans dans le monde, l million de personnes victimes des serpents venimeux dont 3 % de cas mortels.

À la décharge de tous ces animaux, il faut dire qu’ils ne deviennent dangereux que parce qu'ils ont faim ou peur. Ce qui n'est pas toujours le cas des humains qui, eux, n'hésitent pas à tuer pour d'autres raisons. Pour le plaisir, par exemple... Et parfois même, lorsqu'ils guerroient, vont-ils jusqu'à utiliser des espèces animales...

LES ANIMAUX DE GUERRE

Pendant le premier millénaire en Orient, particulièrement en Inde, on utilisait des éléphants de guerre. Préalablement excités et drogués avec de l'alcool, on les faisait attaquer l'ennemi, qui, pour se défendre, leur faisait subir les pires sévices. Il leur coupait les jarrets avec des haches, leur sectionnait la trompe avec des faux, leur envoyait des rocs avec des catapultes, leur transperçait les flancs avec des lances, leur lançait des javelots en feu qui, en se fichant dans la peau, infligeaient des douleurs terribles.

Les Indiens utilisaient également des rhinocéros, avec une corne renforcée par un trident de fer, pour enfoncer les lignes adverses. Ils déguisaient aussi des singes en soldats et les envoyaient en éclaireurs. L'ennemi, en tirant sur les singes, dévoilait ses batteries.

Toujours en Asie, on utilisait des varans, reptiles de 2 m de long ressemblant à des salamandres, pour leur aptitude à se tenir solidement agrippés dans les trous et les excavations des murs verticaux. Ainsi en 1889, lorsque le peuple des Mahrattes, sis dans le Dekkan, la partie insulaire de l'Inde, s'apprêta à conquérir l'Inde, il attacha des cordes longues de 10 m à la taille de chacun des 124 varans, les fit grimper aux murs d'un fort, réputé imprenable, occupé par les mahométans, escalada les murs en s’aidant des cordes, et envahit la place. On imagine ce qu'ont dû endurer les pauvres bêtes, d'une part, en supportant le poids des dizaines d'hommes montant successivement aux cordes qui leur étranglaient le corps, d‘autre part, en subissant les attaques meurtrières des assiégés qui voulaient leur faire lâcher prise.

En Europe, au XVIe siècle, Henri Vlll d'Angleterre lança quelque 500 dogues contre l'armée de Charles Quint, roi d'Espagne, roi de Sicile et empereur germanique. Combien de morts... chez les chiens ?

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Belges attelèrent des chiens rapides et dressés pour déplacer les mitrailleuses ; les Russes de leur côté dressèrent des centaines de chiens à chercher leur pitance sous les chars allemands. Ensuite, ils les affamaient, les sanglaient de charges explosives, et... « boum ! »

Dans le même esprit, des moutons furent utilisés pour faire sauter les mines.

Aux États-Unis, il est de notoriété que les militaires ont dressé des dauphins aux fins de leur faire transporter des mines à l'abri des radars et des autres systèmes de protection. De même, les marines de guerre des grandes puissances ont entraîné des dauphins, des phoques et des baleines non seulement pour des tâches pacifiques, telles que retrouver une torpille égarée ou transporter un message, mais aussi pour accomplir des missions de reconnaissance, fixer des mines sur les navires ennemis ou pour attaquer et tuer des plongeurs.

Mais le plus surprenant est encore cette expérience menée par les Américains, juste après leur déroute de Pearl Harbor. Ils eurent l’idée d'équiper des chauves-souris de bombes incendiaires à retardement, et de les lancer depuis leurs avions sur des objectifs japonais. Pour cela, ils capturèrent 8 millions de chauves-souris et entreprirent des tests sur un village expérimental construit dans le désert, qui fut détruit à 80 %. Si le projet n'aboutit pas, les chauves-souris, elles, en ont bien été les victimes.

Beaucoup plus traditionnelle est l’utilisation de pigeons pour porter des messages. Cette pratique, connue depuis l'Antiquité, se poursuit encore de nos jours, d'ailleurs les militaires de la Seconde Guerre mondiale se servirent de 56 000 oiseaux, dont beaucoup périrent, victimes de ce jeu stupide et cruel qu’est le tir aux pigeons.

Pourquoi terminons-nous cette très incomplète liste par ce volatile ? Parce que, dans l'histoire, les animaux sont les pigeons de l'homme, qui, par ailleurs, est l'être le plus sanguinaire que la terre ait jamais porté...

LES SUICIDES D’ANIMAUX
Un triste score record pour l'homme !

Qu'est-ce qu'on apprend ? Les éléphants expédieraient leurs blessés dans l'autre monde à coups de défenses ? Lamentable ! Ce serait le seul cas d'euthanasie enregistré sur l'ensemble des espèces animales puisque, rappelons-le, chez l'homme, l'euthanasie n'existe pas... Du moins, en principe.

En ce ce qui concerne le suicide, tout porte à croire qu'il n’existe pas véritablement chez les animaux. Cependant, des comportements tragiques dans certaines circonstances laissent penser que les bêtes, elles aussi, peuvent volontairement mettre fin à leurs jours.

Par exemple, il a été remarqué que le scorpion, cerné par les flammes, se recroquevillait et se piquait dans le dos avec son aiguillon. Des scientifiques estiment que l'animal ne se tue pas volontairement, mais que la peur du feu le fait se tordre sur lui-même et se piquer par accident.

Plus spectaculaires sont ces bancs de cétacés qui s’échouent sur des plages. S'agit-il de suicide ? On parle d'impulsion migratoire, de folie du chef qui mène son troupeau à la mort, encore de variations du champ magnétique terrestre. Selon l'état des connaissances actuelles, la raison la plus crédible semble être le dérèglement du sonar des baleines, suite à l'accumulation de données géographiques (le rivage d'une côte découpée qui avance dans la mer, un fond vaseux) et météorologiques (pendant ou après une tempête). Leur orientation est alors perturbée, les baleines n'interprètent pas à temps l'information de la proximité de la plage et nagent à grande vitesse vers elle. S'apercevant trop tard du danger, elles lancent un signal de détresse, mais en vain.

On peut se demander également si une volonté de suicide pousse certains dauphins en captivité à se tuer en se frappant violemment la tête contre leur bassin.

Il existe aussi des exemples qui nous touchent de plus près. ll n'est pas rare d’entendre parler de chiens ou de chats, qui se laissent mourir après le décès de leur maître. À ce sujet, si les vétérinaires reconnaissent avoir été confrontés à des cas surprenants de suicides, comme par exemple ce chat qui se jette par la fenêtre d'un immeuble, ou cet autre chat qui se lance violemment la tête la première contre un mur, ils expliquent néanmoins que, dans la plupart des cas, la mort intervient consécutivement au fort état dépressif que connaît l'animal et à la détérioration de son état général qui entraîne le déclenchement de maladies aux conséquences mortelles.

En tout cas, une chose est sûre, c'est que chez l'homme la volonté de suicide est indubitable, et que dans ce domaine les chiffres sont tristement élevés. La preuve, en France, 12 000 personnes mettent fin à leurs jours chaque année.

LES ANIMAUX QUI SE RÉGÉNÈRENT
Se manger pour vivre...

Mesdames et messieurs les lecteurs, nous vous en avertissons solennellement, ce chapitre n'est pas à mettre entre les mains des bambins. En effet, nous ne voulons pas être à l'origine d'accidents aux conséquences irréversibles pour vos enfants. Cela étant dit, toutes les autres catégories d'âges peuvent se rassurer, ils ne couperont pas au chapitre.

Tout d'abord, qu'est-ce que la régénération ? Tout simplement, la faculté que possède un organe détruit de se reformer ou de repousser. Inexistante chez les oiseaux et les mammifères, cette faculté extraordinaire est fréquente chez certains vertébrés, comme les amphibiens et les reptiles, mais surtout chez un très grand nombre d'invertébrés, au rang desquels les annélides (lombrics, etc.) et les plathelminthes (vers à corps aplati, etc.), les cnidaires (anémones des mers, coraux, grandes méduses, etc.), les crustacés (crabes, crevettes, etc.) et les échinodennes (oursins, étoiles de mer, etc.).

Ainsi, les étoiles de mer sont capables de régénérer leurs bras lorsqu'ils ont été sectionnés par des prédateurs. Fort de cette faculté à tout casser, certains animaux vont jusqu'à s'amputer eux-mêmes pour se tirer d'un mauvais pas.

Par exemple, pour échapper à un ennemi, il arrive que le crabe se débarrasse de ses pattes et le lézard de sa queue. Ce processus de régénération est également pratique pour la reproduction, et certaines espèces l'utilisent pour accroître leurs effectifs sans sexualité. C'est le cas de l'étoile de mer méditerranéenne, Coscinasterias tenuispina, qui se coupe en deux pour se reproduire, chacune des moitiés recréant la partie manquante.

Parmi les grandes vedettes de la repousse, l'éponge est la plus incroyable de toutes, avec sa faculté de pouvoir reconstituer l’intégralité de son corps à partir d'un seul de ses minuscules fragments.

Le lombric, ou ver de terre, animal qui se casse facilement en morceaux, est aussi apte à régénérer ses parties manquantes, selon ce même processus de la reproduction asexuée.

Mais là où certains vers plats marins nous estomaquent carrément, c'est lorsqu’ils entreprennent de se dévorer eux-mêmes quand la nourriture vient à manquer. On a observé un de ces vers, placé en examen dans un laboratoire et mis volontairement à la diète : en quelques mois, il a mangé et digéré jusqu’à 95 % de son propre corps, et ce, sans danger pour sa vie, puisque des qu'on lui redonna de la nourriture, ses tissus se régénérèrent.

DES ANIMAUX QUI SE DROGUENT
L’opium des animaux...

ll n'y a pas que l'homme qui prenne des 'dopants'. Même les animaux s'y mettent de leur propre volonté. Parfois sans que leur santé n'en soit vraiment altérée, mais parfois aussi avec dommages.

Ainsi, nos agriculteurs évoquent volontiers le cas de grives et de merles qui se soûlent périodiquement en consommant des raisins fermentés, ainsi que celui de pigeons sauvages qui se grisent au chènevis, qui n'est ni plus ni moins que du chanvre en graines. De même, ils parlent de poules qui aiment à se cuiter avec des baies noires, picorées dans des arbustes de cassis et qui servent à faire de la liqueur.

Des 'anciens' se souviennent de chevaux utilisés lors des vendanges et qui, attachés au pied de vignes, se goinfraient de raisins fermentés, terminant ainsi la journée éméchés.

Les bourdons, eux, consomment du pavot, notamment lorsqu'ils butinent des parcelles de pavots rouges, autrement dit de coquelicots. Et d'après un apiculteur spécialiste des maladies des abeilles, ils aiment ça !

Si en Europe nos moutons sont à peu près sages en s’enivrant avec du genêt, fleur jaune aux graines toxiques, ils le sont nettement moins en Amérique du Nord, en consommant là-bas de l'astragale, une plante fournissant la gomme adragante qui fait office de colle dans la préparation des étoffes, des cuirs, des papiers : autant dire qu’ils se shootent à la colle.

Mais le plus grave se produit tout de même au pays du Soleil-Levant, dans les fumeries d'opium, où il a été observé que des insectes et des souris semblent attirés par la drogue. Ce qui est plus que probable, quand on sait combien les souris de laboratoire, droguées par des chercheurs à des fins expérimentales, sont dépendantes du stupéfiant, notamment au point de savoir s'orienter dans des labyrinthes pour rejoindre l'endroit habituel où leur est servie la dose ! Mais, nom d’un chien, qu'attendent la Ligue protectrice des animaux et Brigitte Bardot pour intervenir ?

LES INSECTES FONT DE LA RÉSISTANCE

Nos insectes s’accoutument tant et si bien aux insecticides déversés dans la nature qu'en vingt ans on a parfois multiplié par 1 000 la dose nécessaire pour les détruire.


LES GRANDES BANDES D'ANIMAUX
Plus on est de fous...

Il paraît que l’homme a l'instinct grégaire. C'est vrai dans une certaine mesure, mais ce n'est rien à côté de certaines catégories d'animaux qui adorent vivre en bandes.

Nous les connaissons bien, elles demeurent dans nos régions, il s'agit des abeilles. Hormis leurs balades dans la nature, en solitaire ou avec quelques copines, pour butiner les fleurs, une fois leur journée de travail terminée, elles rentrent 'dard-dard' à la ruche où elles vivent en compagnie de 40 000 à 70 000 camarades. De quoi avoir le bourdon... Imaginez un peu que cela représente le nombre de spectateurs que peut contenir le stade de football parisien le Parc des Princes !

Mais c’est peu de monde, à côté des bataillons de fourmis qui se déplacent, de temps à autre, d’un ancien campement vers une nouvelle résidence. Une deux, en avant marche ! Certaines variétés de fourmis forment alors des colonnes de 10 000 à 100 000 insectes, soit la population de villes comme Nancy (99 000 h), Avignon (87 000 h) ou Rouen (103 000 h). Durant ces marches, des fourmis ouvrières cherchent les aliments tandis que des fourmis soldats protègent les larves et la reine.

Toujours plus fort, avec les springboks ! ll ne s'agit pas des célèbres joueurs de rugby, mais d'une espèce d'antilope d'Afrique du Sud à laquelle les rugbymen ont emprunté leur nom. Il est arrivé, particulièrement au siècle dernier, que des troupeaux de 10 millions de têtes traversent les grandes plaines de l'ouest de l'Afrique du Sud, occupant un espace de 160 km de long sur 24 km de large. Pour visualiser, coupez la Corse en deux dans le sens de la hauteur, et vous avez, à quelque chose près, la taille du troupeau.

Mais il y a plus fort, avec des concentrations géantes de chauves-souris molosses du Mexique, qui se regroupent a plus de 20 millions d'individus. Cela se passe, périodiquement, après leur migration annuelle, dans des grottes du Texas, aux États-Unis.

Ce n'est pas tout. Car les chiens de prairie à queue droite, rongeurs de l'ouest des États-Unis et du nord du Mexique, forment eux aussi de très grandes hordes. Une unique colonie observée au début du siècle dernier se déployait sur une surface de 380 km de long sur 160 km de large (les surfaces cumulées de la Sicile, la Sardaigne et la Corse), et comptait 400 millions d'individus, soit la population de l'Europe.

Mieux. Au XIXe siècle une sacrée belle bande de criquets pèlerins occupa plus de 5 000 km2 au-dessus de la mer Rouge. Ils étaient 250 milliards, soit 50 fois la population mondiale.

Mais tout cela est une douce plaisanterie au regard de la plus grande concentration animale jamais observée : un incroyable essaim de sauterelles des montagnes Rocheuses qui traversa le Nebraska, aux États-Unis, au XIXe, dont on estima qu’il couvrait une surface de 500 000 km2, soit la superficie de l'Espagne. Il a été calculé qu'il comportait 12 500 milliards d’insectes, représentant une masse de 25 millions de tonnes, ce qui équivaut au poids total des habitants de l'Amérique du Nord (Canada, États-Unis, Mexique) !

LES ANIMAUX, GROS TRAVAILLEURS
6 tours du monde pour 1 kg de miel...

S'il est des animaux qui sont paresseux... à l'image des paresseux justement, mammifères arboricoles d'Amérique du Sud dont la vie est presque immobile, il en existe d'autres qui triment comme des fous, pour leur propre compte ou pour le compte d'un chef. De plus, certaines bêtes sont loin d'être... idiotes, et font même preuve d'une belle ingéniosité, lorsqu'il s’agit pour elles de travailler ou d'ériger des constructions leur servant à vivre ou à dormir.

Avant d’en arriver aux patrons ou aux travailleurs indépendants, commençons par les ouvriers, ou plutôt, les ouvrières. Pour les beaux yeux d'une reine, des milliers d'abeilles (60 000 sujets dans une ruche) volent tous les jours, et ce, à double titre. Une ouvrière vole le nectar des l 500 fleurs qu'elle visite quotidiennement. Et les ouvrières volent (bzzz-bzzz) à elles toutes un total cumulé de 240 000 km pour confectionner l kg de miel, soit l'équivalent de 6 tours du monde. Pensez-y, les enfants, quand vous plongerez votre petite cuillère dans le pot de miel !

L'aigle royal, autre grand travailleur, aime tellement ses aises qu'il construit des nids gigantesques. Par exemple, il a été découvert en Écosse un nid douillet de 4,50 m de profondeur, fabriqué à la force du bec et des ongles, il faut le souligner.

Des oiseaux de Nouvelle-Guinée, gros comme des poulets et répondant au joli nom de mégapode de Freycinet, construisent des nids mesurant jusqu'à 10 m de diamètre (soit en surface, l'équivalent de 4 chambres de votre domicile) pour 5 m de profondeur (2 fois la hauteur de plafond), pouvant contenir 300 m2 de matériaux, dont le poids peut atteindre 300 t, et qui leur servent de couveuses.

Plus près de nous, et non moins ardente au travail, vous pouvez voir la petite hirondelle virevolter joyeusement dans les airs, autour de votre maison. Sachez qu'elle fait l 000 voyages avec de la boue dans le bec, pour édifier son nid, formé de l 000 boulettes de terre.

Sur terre, s'activent également d'autres grands travailleurs : les castors. Des animaux très incisifs, puisqu'ils mettent moins d'une nuit pour abattre un saule possédant un tronc de 20 cm de diamètre. Mesdames et messieurs, vous qui avez les dents longues, essayez donc, pour voir ! Cette tâche accomplie, les castors construisent des huttes sur l'eau, entourées de barrages pouvant atteindre 12 m de haut et 550 m de large, qui servent à les protéger des inondations en maintenant un niveau d'eau leur permettant d'aller et venir sans être vus.

Mais sous terre, aussi, il se passe des choses... des choses difficilement imaginables...

Les taupes, par exemple, actives de jour comme de nuit, creusent de grandes galeries souterraines qui peuvent atteindre jusqu'à 150 m de long. Une petite taupette de seulement l5 cm est capable de creuser, à elle seule et en une nuit, un tunnel long de 90 m ! Pensez, grosso modo, à une ligne droite de 100 m en course à pied, et imaginez le labeur !

Travail de titan, également, pour le blaireau lorsqu'il construit son terrier. Un terrier de dimension moyenne comptant de 3 à 10 bouches de sortie et environ 300 m de galeries lui fait remuer 25 t de terre !

Dans la catégorie laboureur infatigable, il existe un hercule qui bat tous les records. Il s'agit du lombric, ou ver de terre, dont la principale occupation est de creuser inlassablement des galeries. Et si nos sous-sols sont poreux, c'est que les lombrics sont nombreux. On en compte pas moins d'une tonne, en moyenne, par hectare de sol, ce qui représente une population de 2 millions d'individus par hectare. Rien que cela ! Par ailleurs, il a été calculé qu'une population moyenne de vers absorbait 20 t de terreau par an et en rejetait la majeure partie. Un travail considérable qui aère le sol, mélange les débris végétaux et les couches de terre, et favorise la formation d’un sol fertile. Nous sommes cependant au regret de vous apprendre que nous sommes envahis par les lombrics, de façon beaucoup plus massive que vous ne le pensez, dans la mesure où ils représentent plus des trois quarts du poids total des animaux, y compris les humains. D'ailleurs, ils sont la première masse de protéines du monde. Rien qu‘en France, le poids total des lombrics est estimé à 150 millions de tonnes, ce qui dépasse d’extrêmement loin le poids global des Français qui, lui, est de l'ordre de 3 millions de tonnes. Pas étonnant qu'on se sente petit ! Et d'ailleurs, sans vouloir être macabre, à quoi bon se masquer la réalité : entre l'homme et les vers, ce sont toujours les vers qui ont le dernier mot !

Allez, ne terminons pas sur une telle perspective, changeons de sujet. On connaît un animal qui est tellement tapé qu'à force il devrait finir par s'assommer et tomber inanimé sur le sol. Il s’agit du marteau piqueur... pardon, du pivert. Pour attraper les insectes dans les trous d’arbres, avec sa grande langue, il se sert préalablement de son bec, conçu pour piquer, découper et hacher. Même sa queue joue un rôle, puisqu'elle lui permet d’amortir les chocs et de bénéficier d’une posture correcte pour picoter. Alors, le pivert tape comme un malade sur les troncs d'arbres avec des coups de tête : atteignant plus de 20 km/h. De quoi devenir vite marteau si ses organes internes, notamment son cerveau, ne bénéficiaient pas d'un aménagement spécial le protégeant contre : les dégâts dus aux chocs. Ce qui est vital, vu le nombre de coups de bec quotidiens que donne l'oiseau : de 8 000 à 10 000 coups pour le pic noir. Si vous voulez vous représenter l'exercice, approchez-vous d'un mur et amusez-vous à le frapper à répétition avec votre front, très rapidement et très sèchement... Voilà !Maintenant, allongez-vous et reposez-vous : bobo à la tête ! Oui, on sait, mais ça ira mieux demain ! Dans les bois, le pivert, lui, se fend la tronche et continue, aujourd’hui, demain et après-demain !

LES OUTILS DES ANIMAUX
C 'est l’homme qui a la main...


Si on en pince pour l'homme, le roi des bricoleurs, certains animaux nous scient par leur ingéniosité.

Ainsi, pour se procurer des larves d'insectes lorsque la faim le tenaille, le pinson des Galapagos creuse l'écorce des arbres avec son bec. Mais comme le bec est trop gros pour déloger la larve au fond du trou, l'oiseau se munit d'une brindille qu'il manie avec assurance et adresse pour attraper l'insecte. De façon presque identique, le corbeau néo-calédonien empale des insectes sur des brindilles. C’est sa manière de 'faire des brochettes' ! Le vautour percnoptère, quant à lui, prépare son omelette en brisant des œufs d’autruche avec des pierres.

Dans la même veine, la mangouste projette des œufs sur les rochers pour les casser. La loutre de mer broie des coquillages sur son ventre à l'aide d'une pierre, en faisant la planche, s’il vous plaît !

Le gros crabe des cocotiers se nourrit de noix de coco qu‘il frappe contre un rocher pour les ouvrir, ou qu‘il laisse tomber du sommet de l’arbre.

Mais il n'y a pas que la bouffe dans la vie : il faut aussi s'occuper des travaux ménagers. Ainsi le tisserin, passereau des régions chaudes, coud des feuilles pour construire son nid. Et, dans nos régions, en hiver, le merle déblaie la neige avec une brindille qu'il tient dans son bec pour pouvoir gratter le sol. Ficelles, les volatiles ! Pour leur confort quotidien, nos amies les bêtes ne manquent pas non plus de ressources. On a remarqué que l’éléphant se grattait le dos avec une branche tenue avec sa trompe, et que le chimpanzé se nettoyait les dents avec des cure-dents fabriqués avec des épines ou des feuilles pointues, après s'être empiffré de termites qu’il 'pêche' en enfilant une tige dans les termitières. Mais ce n'est pas tout puisqu'entre autres choses il sait aussi fracasser des noix avec des pierres et pomper de l'eau dans un point d'eau en y trempant une poignée de mousse, qu'il presse ensuite comme une éponge !

Par ses manières, il nous rappelle quelqu'un, ce singe ! Mais en plus limité, car il n'y a pas à dire, l'homme, en matière de maniement d'outils, c'est le meilleur. Tout ça grâce à deux choses : à notre intelligence et, aussi et surtout, à l'extrême dextérité de nos mains et de nos doigts, capables de réaliser 3 000 gestes différents. Soyons-en fiers, car cette main humaine si perfectionnée n'est comparable à aucune autre dans le genre animal ! Pour une fois, nous levons les bras !

LE GRAND CIRQUE DES ANIMAUX
90 coups d’ailes à la seconde...

Attention, mesdames et messieurs, le spectacle va commencer ! Approchez-vous, et entrez sous le grand chapiteau des animaux du monde. Ils vont vous faire leur numéro ! Extinction des lumières. Roulement de tambours. Chut, c'est parti !

Entrent en scène des champions de l'acrobatie et de la voltige. La troupe se compose d'orangs-outans, singes d'Asie perchés en permanence à 30 m du sol à la cime des arbres, et qui effectuent des sauts périlleux sans se soucier du vide. Dans le même temps des dendrolagues, kangourous arboricoles de la Nouvelle-Guinée et d'Australie, passent d'un arbre à un autre distant de 10 m, en s'élançant de cimes hautes de 20 m. Enfin, les applaudissements saluent aussi nos valeureux petits écureuils locaux qui effectuent, sans peur, des vols planés de plus de 300 m.

Dans le public les nerfs sont à vif. C'est alors qu’apparaît sur la piste un artiste d'un autre genre, le caméléon, qui, outre ses changements successifs de couleur de peau suivant le lieu où il se trouve, décontracte tout le monde, en même temps qu'il force l'admiration, avec son numéro de gymnastique oculaire. Quelle rigolade quand il fait tourner ses gros yeux saillants indépendamment l'un de l'autre et qu'il regarde simultanément dans plusieurs directions ! Essayez, pour... voir !

Dans la même optique suit une bande d'oiseaux, dont la vedette est une chouette Chevêche, originaire d'Europe, et qui, grâce à l'extrême souplesse de son cou, peut regarder aisément derrière son dos en faisant pivoter sa tête de 180°. M. Loyal explique au micro que les oiseaux corrigent de cette façon, avec plus ou moins de bonheur, le handicap d'avoir des yeux fixes dans leur orbite. Des gens dans la foule se tiennent le cou en grimaçant pour avoir voulu essayer d'en faire autant.

C'est le moment que choisit la girafe pour apparaître et se préparer à son numéro. En fait, c'est le girafon, sur le point de naître, qui va être sous les feux de la rampe. Car la mère est pleine et, en direct, elle va donner naissance à son petit. Chaque spectateur retient son souffle, chacun est ému. La mère reste debout. Qu'elle elle est grande du haut de ses 6 m ! Et la voilà qui pousse... qui pousse ! Le petit apparaît, sous les exclamations du public. Puis le girafon, qui est déjà grand avec sa taille de 2 m, chute lourdement de toute la hauteur de bassin de sa mère, c'est-à-dire de 2 m. Appréhension du public... le temps que le petit se redresse, indemne, mais pas encore assez vaillant pour se tenir parfaitement sur ses pattes. En tout cas, bravo pour ce numéro, il est vraiment géant !

Pour décontracter l'atmosphère, l’artiste suivant s'y entend plutôt bien. C’est un fantaisiste. Un lynx, dont la spécialité est d'uriner de l7 à 20 fois, sur l 500 m, en des points très définis pour marquer son territoire. Les gosses sont ravis, ils applaudissent à tout rompre !

Derrière cette exhibition, disons très terre à terre, ne pouvait suivre qu’un numéro très aérien. Et voilà qu'apparaît à mi-hauteur sur la piste, toute petite, toute menue et toute timide, une minuscule araignée qui tisse des toiles... des toiles... des toiles, beaucoup de toiles. À tel point qu'au cours de sa vie elle fabrique jusqu’à 200 km de fils à toile. Belle performance, qui en mouche plus d'un !

Mais le temps file à grande vitesse, et voilà qu'intervient déjà le dernier numéro, mettant en scène deux artistes...

D'abord la mouche, cette mouche si ordinaire, du moins le pensions-nous, que l'on côtoie tous les jours et dont la singularité est de s'envoler en sautant en arrière : il faut oser le faire ! Ça peut être dangereux ! Et, enfin, lui succède le colibri, petit oiseau d'Amérique, pas plus gros qu'un bourdon, appelé aussi oiseau-mouche, et qui fait un numéro extraordinaire. Figurez-vous que l'animal vole vers l’avant, vole vers l'arrière, vole sur les côtés, vole vers le haut, vole vers le bas, vole sur place, et même, même, vole la tête en bas. C’est le seul oiseau capable de réaliser un tel exploit. Et pour y parvenir, M. Loyal explique au micro que le champion doit donner 90 coups d’ailes à la seconde. On en est courbatu pour lui.

Sur ce, les lumières s'allument. les artistes saluent, nous applaudissons à nous en arracher les mains, puis nous rentrons chez nous, la tête scintillante d’étoiles. Ils sont formidables ces animaux !

DES ANIMAUX AVEC UN BEL INTÉRIEUR EN COULEURS !

Du lait rouge. Le flamant nourrit sa progéniture avec une substance riche en protides et lipides, produite par le jabot. Et comme le 'lait'  de flamant contient l % de globules rouges, il en prend la couleur.

Des arêtes vertes. Qui n’a pas été étonné en dégustant une orphie – poisson vert émeraude, à bec fin et pointu, aussi appelé aiguille ou bécassine de mer – de constater que ses arêtes étaient vertes ? Cela n’est dû ni à une maladie ni à un manque de fraîcheur, mais à un pigment qui colore ses os.

Des dents rouges. Il existe deux catégories de musaraignes : les crocidurinés, qui fréquentent les climats chauds et qui sont pourvus de dents blanches et peu nombreuses ; et les soricinés, qui vivent dans les climats frais et humides, et qui possèdent des dents rouges et nombreuses. En Europe, les deux familles coexistent : les musaraignes à dents blanches, venues du sud, et leurs cousines à dents rouges, venues de l'est.

DE NOMS RIGOLOS

Le dik-dick. Il s’agit d'une petite antilope, d‘une hauteur de 40 cm à l'épaule, qui consomme les feuilles basses des buissons, et qui est très souvent la proie des fauves. Elle vit dans les savanes africaines.

L'aye-aye. Grand comme un chat, et doté d’énormes oreilles semblables à celles de la chauve-souris. Ce lémurien vit dans l'île de Madagascar.

Le coucous. C‘est un petit kangourou arboricole des forêts de la Nouvelle-Guinée. Il fait des bonds fantastiques dans les arbres, et se nourrit de feuilles, sans négliger les petits mammifères et les oiseaux qu'il chasse exclusivement la nuit.


LES ANIMAUX VOYAGEURS
Un tour de planète par an...

Naturellement, depuis l'avènement de la voiture et des autres moyens de transport, l'homme se déplace nettement moins par ses propres moyens. Toutefois, nous ne sommes pas tout à fait des fainéants, étant donné que dans nos pays nous effectuons en moyenne l9 000 pas par jour, soit de 5 à 6 km, ce qui représente 2 000 km de marche par an et un total estimé de 150 000 km sur l'ensemble d‘une vie ; soit 3,5 fois le tour de la terre. Il faut le faire ! Cela étant, nous avons nos champions qui mettent à mal ces moyennes. Savez-vous, par exemple, que la course la plus longue jamais effectuée, sans arrêt, est de 568 km ? La distance a été couverte, en 1980, dans un temps de cent vingt et une heures et cinquante-quatre minutes, soit 5 fois vingt-quatre heures, par un Suédois qui a couru pendant 95 % du temps. Savez-vous que le plus grand périple pédestre réalisé, en une année de marche, est à porter au crédit d’une Italienne qui a couvert, en 1983, 24 890 km ? Enfin, savez-vous qu'entre I970 et 1974 un Américain a effectué un tour du monde à pied, en quatre ans et trois mois ? Ce ne sont pas les exploits qui manquent. Mais stoppons là, car il y a un tas d'animaux qui piaffent d’impatience et ricanent de nos performances...

Plongeons-nous dans l'eau et voyons ce dont les poissons sont capables...

Pour frayer en eau douce, les saumons remontent de la mer et parcourent 3 000 km, soit la distance Paris-Le Caire.

Les phoques couvrent les 4 500 km qui les séparent de leurs territoires de reproduction en deux mois et demi.

Grandes migratrices, les baleines parcourent 6 400 km tous les ans.

Les rorquals, cousins des baleines, passent l'été à se gaver dans la mer de Behring et dans l'océan Arctique (près de l’Alaska), puis, l'hiver venu. ils partent procréer dans le Sud. Pour cela, ils parcourent 8 000 km en un mois, soit la distance Paris-Vancouver (Canada).

Il y a aussi du kilomètre dans l’air pour les oiseaux : ils en ont des heures de vols. Et il y a tellement de grands voyageurs dans leur corporation que nous nous arrêterons seulement sur quelques spécimens...

Commençons par un exemple qui va vous rappeler vos vacances. Le petit oiseau passereau nommé traquet-motteux (15 cm de longueur) descend périodiquement du Groenland vers l'Espagne, réalisant 3 000 km sans escale, puis va hiverner au sud du Sahara.

Mais il y a plus fort. On a enregistré le vol d'un pigeon depuis Saigon, au Vietnam. jusqu'à Arras, en France, soit 11265 km.

Un albatros hurleur, contrôlé avec une balise Argos de 180 g fixée sur son dos, parti des îles Crozet, dans l’archipel français de l'océan indien méridional, au sud de Madagascar, a parcouru, en 1989, 15 200 km en trente-trois jours, soit une moyenne de 56 km/h, avec des pointes à plus de 80 km/h.

Nos amies les cigognes sont capables de voler jusqu’à 20 000 km d’affilée, avec de courtes escales, soit un demi tour du globe.

Mais le record des kilomètres parcourus est détenu par la sterne arctique, aussi appelée hirondelle de mer. En voilà une au moins qui n'est pas manchote et qui profite pleinement des paysages ! En automne, elle descend vers l'Antarctique, puis, quand vient le printemps, elle retourne vers l'Arctique de l'autre côté de la terre. Ce qui représente une promenade circulaire planétaire de 40 000 km, unique au monde. L'agrément pour elle, c'est que, compte tenu des saisons et des rotations de la terre, elle est l'animal qui voit le soleil le plus longtemps dans l'année, avec un total de huit mois sans que l'astre ne se couche.

Cela amène deux questions. Mais pourquoi font-ils cela ? Et comment se repèrent-ils ? Pour ce qui est de l'orientation, on sait que les oiseaux se repèrent grâce au soleil et aux étoiles. Le besoin de migrer, chez les oiseaux, est lié à la diminution du jour. Mais ils ne partent pas à l'aventure sans s'y être préparés. Pour cela, ils accumulent des réserves de graisse dans lesquelles ils puisent lors de la migration. Une fois partis, ils volent de six à huit heures par jour, à une vitesse variant entre 30 et 40 km/h pour les alouettes, et entre 100 et l 10 km/h pour les sarcelles. À l'automne et au printemps, quand les 400 à 600 millions d'oiseaux migrateurs qui survolent la France passeront au-dessus de vos têtes, faites-leur un petit coucou ! Ils le méritent bien !

BIBLIOGRAPHIE

À l'écoute des baleines, Rémy Parmentier et Georges Dewez, éditions Le Dernier Terrain vague.
Un animal qui se camoufle, éditions la Découverte-Gallimard.
Les animaux, éditions Gamma jeunesse.
Les animaux acrobates, Danièle Belloy, éditions Hachette.
Les animaux des champs, Émilie Beaumont. éditions Fleurus.
Animaux des rivières et des étangs, éditions Hachette.
Les animaux du Grand Nord, Bernard Stonehouse, éditions Nathan.
Les animaux et leurs records, Bobbie Craig. éditions L'Ours de poche.
Le animaux ont une histoire, Robert Delon, éditions du Seuil.
Les animaux et l'hiver, éditions Publications de l’École moderne française.
Les animaux pillards, Roben Henno et Jean-Marie Winants, éditions Casterman.
Les animaux qui parlent, éditions Gamma.
Les animaux qui se camouflent, Martine Duprez et Hélène Appel-Mertiny, éditions Casterman.
Animaux rares ou fantastiques, André Lefèvre, éditions Touret.
Les animaux se déplacent, éditions Gamma.
Les baleines, Michele Cotten, éditions Berger-Levrault.
Un bébé animal, éditions La Découverte-Gallimard.
Ça m'intéresse, magazine, numéro de mars I995, 'Les seins'.
  Les cétacés, Lionel Bender et Philippe Selke, éditions Gamma.
Le chat, éditions Publications de l'École moderne française.
Le cheval et l'homme, éditions Épigone.
Le Chien, Nathalie Tordjman, éditions Larousse.
Le chien et l'homme, éditions Épigone.
Les cinq sens, Annette Tison et Taylus Taylor, éditions Hachette.
Connaitre et reconnaître les petits animaux de maison, Georges Chauvin, éditions Ouest-France.
Un crocodile peut en cacher un autre, Puig Rosado, éditions Bayard.
Les défis de la vie, David Attenborough et Jean Dorst, éditions Delachaux et Niestlé.
Dictionnaire Petit Larousse illustré, éditions Larousse.
Docteur au zoo, B. Buchenholz, éditions Hachette.
Drôles de bêtes, éditions Milan.
Éléphant. Malcom Penny, éditions Mango.
Encyclopédie Cousteau, éditions Robert Laffont.
Encyclopédie de la nature, Jacques Brosse, éditions Robert Laffont.
Encyclopédie des animaux, éditions Solar.
Encyclopédie des records du monde animal, Gérard Walelet, éditions Pygmalion.
Encyclopédie du règne animal, Simon Tillier, éditions Bordas.
Encyclopédie universelle des animaux, Paul Schauerberg. éditions Édito-Service.
Enseigner la biologie et la géologie, Raymond Tavernier et Jeanne Lamarque. éditions Bordas.
Explorons les éléphants, éditions Rouge et or.
Un félin, Alexandra Parsons, éditions La Découverte-Gallimard.
Le grand catalogue des chats du monde, Stéphane Frattini, éditions Milan.
Le grand Quid illustré des animaux, éditions Robert Laffont.
L'homme et le loup, Daniel Bernard. éditions Berger-Levrault.
Insectes, éditions Althéa.
Le livre du cheval, Pierre-Charles Lemétayer et Robert Ladou. éditions Gallimard.
Le livre guiness des records, éditions TF1.
Un loup, un renard, un chien, éditions Gallimard.
Les loups, Jean-Jacques Brisebarre, éditions Berger-Levraull.
Les mammifères, Joseph Reichholf, éditions Solar.
Mammifères sauvages d'Europe, R. Hainard. éditions Delachaux et Niestlé.
Mon ami l'écureuil, éditions Flammarion.
Les mers de la migration, Dr Robin Baker. éditions du Fanal.
La nuit des baleines, Diane Ackerrnan, éditions Grasset.
L'ours, un géant pas si tranquille, éditions Découverte benjamin.
Les palmipèdes, Paul Geroudet, éditions Delachaux et Niestlé.
Les papas poules, Martine Duprez et Hélène Appel-Mertiny, éditions Casterman.
Nos petits cousins les grands singes, Puig Rosado. éditions Bayard.
La peur des requins, Miranda MacQuitty, éditions La Découverte-Gallimard.
Le Point, magazine numéro 1180 d'avril 1995, Le kama-sutra du flirt.
Pythons et boas, éditions Gamma.
Quid, Dominique et Michele Frémy, éditions Robert Laffont.
Un reptile, éditions La Découverte-Gallimard.
Les requins, John D. Stevens, éditions Bordas.
Les scores records du corps, Dominique Léonie et Dr Régis Bertet, éditions Hors Collection.
Un serpent. éditions La Découverte-Gallimard.
Les serpents, Lucy Baker, éditions Blas.
Sésame, magazine. numéro de juillet 1995, Les animaux font-ils l'amour par plaisir ?
Un singe, éditions Gallimard.
Les survivants de la préhistoire, Puig Rosado, éditions Bayard.
Le tigre, éditions Mango.
Veau, vache, taureau, zébu, éditions Découverte benjamin.
Vie et mort d'un géant, l'éléphant d'Afrique, Pierre Pfeffer, éditions Flammarion.
La vie secrète de la nature en France, éditions Atlas.
La vie secrète des bêtes dans le désert, Michel Cuisin, éditions Hachette.

Merci aux auteurs des ouvrages animaliers cités en bibliographie, sans ces connaissances desquels je n'aurais pas pu écrire ce livre.

Merci aux vétérinaires que j'ai interrogés et qui m'ont aimablement répondu.

Et merci, et mille pardons à mon chien dont j’ai épilé un centimètre carré de peau pour faire un calcul sur la fourrure des animaux !

Ce livre a été publié en version papier aux Éditions Hors Collection, en 1995, sous le titre 'Les scores records des animaux, comparés à l'homme'. Pour cette actuelle version numérique, je l'ai quelque peu retouché mais très peu. JeF Pissard

LE JOURNAL D'UN FOU

Nikolaï Gogol, Jef Pissard

couverture du livre LE JOURNAL D'UN FOU

LE JOURNAL D'UN FOU
Relooké JeF Pissard & version originale
En lecture libre | Texte intégral

Éditions Jerkbook, 2017
ISBN 979-10-94391-10-5

Voici LE JOURNAL D'UN FOU, de Nikolaï Gogol, retouché et mis au goût du jour par mes soins. Je suis resté attaché au texte, tout en m'en détachant, très peu, pour vous offrir une lecture fun et sexy, s'inscrivant dans notre pays et notre époque.
Ça devrait vous plaire et vous faire (re)découvrir Gogol !
Je n'en dis pas plus pour l'instant, je vous laisse en compagnie du grand Gogol relooké par...

0.01 €

+
d'infos

LE DEGRÉ DE C.

Jef Pissard, Geneviève Ballereau

couverture du livre LE DEGRÉ DE C.












LE DEGRÉ DE C.
JeF Pissard & Geneviève Ballereau
En lecture libre | TESTEZ-VOUS | Texte intégral

Éditions Jerkbook, 2016

– Au professeur Paul Houdebine qui m’a insufflé le goût de construire et d’écrire.
– Au docteur Jean-Jacques Bobin, psychanalyste psychiatre, qui a contribué à mieux me faire réfléchir.
– Mes remerciements. JeF Pissard


ÉVALUATION DE LA CONNERIE

Comment le savoir exactement ?

Voici la première méthode existante pour évaluer le degré de connerie. C’est un livre-méthode sérieux et argumenté. Il permet d’évaluer le degré de connerie de qui vous voulez. Ce livre-méthode est simple d’utilisation. Il suffit de répondre à 50 questionnements. Ces questionnements sont regroupées en fin d’ouvrage. À chacun des 50 questionnements, vous aurez à évaluer de 0 à 10. Vous obtiendrez un nombre de points total de 0 à 500. En divisant ce chiffre par 5, vous obtiendrez une note sur 100. Ce qui vous donnera le pourcentage de connerie. Pour aider à répondre à chaque questionnement, un texte de réflexion est présenté dans l’ouvrage.
Par qui a été élaborée cette méthode ?
Par l’auteur analysé Jean-François Pissard (plusieurs années de psychothérapie) et Geneviève Ballereau, professionnelle dans le milieu du handicap, rompue aux bilans d’analyses comportementales.
Ce livre peut s’appréhender de plusieurs manières.
Il peut être utilisé :
– Pour déterminer le degré de connerie par le biais rapide des questionnements.
– Pour déterminer le degré de connerie de façon plus réfléchie par le biais des questionnements et de la lecture des textes d’aide à la réflexion.
– Pour déterminer le degré de connerie, à divers âges de la vie : quand on avait tel ou tel âge, via un effort de mémoire.
Enfin, ce livre de bon sens peut être et doit être utilisé pour réfléchir. Mieux réfléchir…

INFOS SUR LES MÉTHODOLOGIES

MÉTHODOLOGIE POUR L’ÉVALUATION

Face à un patient qui se plaint de douleur, le praticien lui demande de chiffrer son degré de souffrance sur une échelle de 0 à 10.
De même, il vous faudra, en réponse à chacun des 50 questionnements posés ci-dessous, déterminer quelle est la note qui vous semble la plus appropriée sur une échelle de 0 (la meilleure) à 10 (la plus bête).
Reportez ces notes dans le tableau situé en fin d’ouvrage, puis calculez le degré de connerie selon la méthode de calcul indiquée.

MÉTHODOLOGIE POUR LES QUESTIONNEMENTS
Lors de la construction du livre, nous avons listé toutes les principales situations de vie ordinaire auxquelles, nous, Français moyens, sommes confrontés. Nous en avons répertorié des centaines. L’objectif étant de proposer un livre-méthode court et efficace, permettant de dégager nettement une tendance, nous avons trié et classé nos innombrables questionnements en principales catégories. Au final, 50 questionnements sont posés au lecteur candidat à la vérité et pas plus. En fait, l’ouvrage en contient plus que cela du fait qu’à certains moments certains questionnements s’adressent aux Hommes, aux Femmes, aux Très Jeune, aux Moyennement Jeune, etc. Ceci étant chaque lecteur, quel qu’il soit, n’aura qu’à s’interroger cinquante fois. Vous verrez cela dans le cours du livre, vous serez guidé/e. Autre précision aux lecteurs de cet ouvrage, soyez attentifs, des sujets peuvent paraitre similaires, alors qu’ils ne le sont pas exactement. Enfin, nous avons traité les écrits de ce livre avec le plus grand sérieux et dans l’exigence de laisser une certaine latitude aux lecteurs pour faire leurs évaluations. Bonne lecture, bonne réflexion, et n’ayez crainte, tout le monde en a un pourcentage, le tout étant d’y travailler régulièrement pour le contenir et le faire diminuer.

| QUESTIONNEMENTS ET TEXTES DE RÉFLEXION |

THÈME DIAGNOSTIC ①
CIBLAGE DE TRAITS PSYCHOLOGIQUES GÉNÉRIQUES


Quand le squelette n’est pas droit, la marche se fait avec difficulté. Voici les cinq premiers questionnements de positionnements psychologiques ouvrant sur un bon comportement de base en société, à de bons rapports avec autrui, à un bon rapport à soi-même. En la circonstance, il est inutile de se poser présentement d’autres questionnements ; ceux-ci, des plus simples, ont de quoi faire cogiter les esprits en attente de premières réponses.

Êtes-vous quelque peu ?
– 01 | PAS TRÈS OBJECTIF
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La capacité à être objectif
Qu’est-ce que l’objectivité ? Le dictionnaire dit : 'être objectif, c’est ne pas faire intervenir d’éléments affectifs, personnels dans ses jugements'. Le problème c’est que tout le monde fait intervenir des éléments affectifs et personnels dans ses jugements. Alors, l’objectivité existe-t-elle vraiment ? Trop vaste et profond questionnement pour s’aventurer à tenter d’y apporter une réponse pointue. D’aucuns disent que la capacité à la neutralité, autrement dit l’objectivité, n’existe pas, qu’elle n’est jamais totale, qu’on ne peut que tendre à l’objectivité et que seule l’honnêteté existe. Les questionnements à se poser seront alors celles-ci : dites-vous les choses sans parti pris ni déformation ? Racontez-vous les faits tels qu’ils sont ? Êtes-vous honnête avec ce que vous dites ? Êtes-vous plus subjectif que de raison ? Des réponses à ces questionnements découleront une appréciation globale, mais somme toute assez précise, qui vous permettra d’attribuer une note.

Êtes-vous un tant soit peu ?
– 02 | DE MAUVAISE FOI ET MANIPULATEUR
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La manipulation
Qui est manipulateur, qui ne l’est pas ? S’il nous arrive de manipuler parfois un membre de notre entourage, que nous parvenons à en prendre conscience, que nous soyons capables d’en éprouver du regret et à l’occasion de nous en excuser, cela ne fait pas pour autant de nous une personne manipulatrice. C’est occasionnel. Le qualificatif de manipulateur doit être attribué à la personne qui utilise ce processus de manipulation de façon systématique. Qu’est-ce qu’une personne manipulatrice ? C’est une personne qui, par sa capacité à influencer, parvient à obtenir des avantages qui ne servent que ses intérêts personnels. Lors de vos observations pour déterminer s’il y a manipulation, attention donc à bien repérer si le comportement relève de l’occasionnel ou du systématique. La personne manipulatrice ne peut fonctionner que dans des relations d’emprise. Elle a besoin de prendre le pouvoir sur l’autre. D’obtenir de lui qu’il pense ou qu’il fasse quelque chose dont il n’a pas forcément envie, sans qu’il s’aperçoive véritablement qu’il est sous influence. La personne manipulatrice fait en sorte que l’autre se comporte selon ses propres désirs, et qu’en plus il ait le sentiment d’agir de sa propre volonté. Pour cela, la personne manipulatrice use de stratagèmes, de comportements, pour parvenir à ses fins. À titre d’exemple : pleurer pour attendrir celui qui est en colère, se comporter comme une victime pour susciter la culpabilité, bouder pour obtenir des excuses, se laisser aller pour être pris en charge, séduire pour faire transformer l’humeur de l’autre, etc. Il va de soi que la manipulation peut-être conscience ou inconsciente. Dans un souci de simplification, et considérant qu’une manipulation exercée de façon complètement inconsciente relève de la pathologie, nous prendrons ici comme parti de considérer la manipulation dont nous parlons comme étant de la manipulation consciente voire semi-consciente. Une chose est sûre, c’est que selon les cas on peut être plus ou moins manipulateur. À vous de déterminer maintenant dans quelle proportion vous pensez pouvoir être une personne manipulatrice.

Êtes-vous enclin/e à ?
– 03 | NE PAS ÉCOUTER LES AUTRES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
L’écoute
Nous sommes chaque jour victimes et coupables de non-écoute. Être enclin parfois à une certaine non-écoute de l’autre peut être considéré comme normal du fait de notre construction psychologique. Hemingway l’exprimait bien en écrivant qu'« il faut trois ans à un être humain pour apprendre à parler et cinquante ans pour apprendre à se taire ». Cela traduit chez nous une tendance naturelle à être centré sur soi. Parlez-moi de moi, il n’y a que cela qui m’intéresse ! Soit, mais il y doit y avoir des limites à cela. « La parole est à moitié à celui qui écoute, et à moitié à celui qui parle » disait Montaigne. Ce concept est intéressant car il donne l’égalité à l’un et l’autre des membres d’une conversation. S’il n’y a pas égalité dans les échanges, ou tout du moins s’il y a un trop grand déséquilibre verbal, cela signifie qu’un des membres se place en position d’exagération et de non-respect de l’autre. Dans les faits, celui qui monopolise la parole, qui coupe la parole, qui pose des questions sans écouter les réponses ou qui les écoute partiellement, cette personne-là peut être qualifiée d’être une personne ayant une attitude sotte. Si elle n’en a pas vraiment conscience, il n’empêche qu’elle se conduit inintelligemment car « savoir écouter, c’est posséder, outre le sien, le cerveau des autres » (Léonard de Vinci) ; et « tâcher de mieux écouter permet une plus juste évaluation des autres et de soi-même, c’est le préalable à toute conduite raisonnable » (Albert Memmi). Si la personne en question prend conscience de sa propension à ne pas écouter, parce que par exemple on lui a fait remarquer, et qu’elle persiste dans son comportement, le cas n’en est que plus sérieux. C’est ce qu’il vous conviendra d’apprécier dans l’évaluation que vous ferez de vous pour l’attribution une note.

Vous prêtez-vous à ?
– 04 | DIFFUSER DES IDÉES APPROXIMATIVES OU FAUSSES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La diffusion d’idées fausses ou approximatives
Par besoin de discourir, de se faire remarquer, de donner l’impression de savoir tout sur tout, de vouloir avoir raison à tout prix…, des parleurs diffusent volontiers des informations ou des idées fausses ou approximatives. Idée fausse : contraire à la vérité. Approximative : où l’on se contente d’approcher de la vérité sans s’attacher à une exactitude rigoureuse. Il peut y avoir plusieurs causes à cela et, sur le sujet, qu’une seule conclusion à en tirer. Première cause : l’inattention. Vous ne vous êtes intéressé/e que de façon superficielle à l’information qu’on vous a donnée ou à l’idée que vous allez faire vôtre. Pas d’inintelligence à proprement dit à signaler ici, juste de l’inattention. Deuxième cause : l’ignorance. Vous vous êtes intéressé/e, avec vos 'connaissances du moment', à l’information qu’on vous a donnée ou à l’idée que vous allez faire vôtre. De l’inculture ici, certes, mais rien de ce qu’on peut définir comme étant à proprement parler de l’inintelligence. Troisième cause : l’erreur. Une erreur désigne une opinion, un jugement ou une parole non conforme à la réalité, à la vérité. Vous vous êtes intéressé/e à l’information qu’on vous a donnée ou à l’idée que vous allez faire vôtre, mais en commettant une erreur en la retransmettant. Si cette erreur est commise de bonne foi, si l’acte est inconscient, on ne peut pas vous taxer d’avoir un comportement imbécile. S’il s’agit d’une erreur de mauvaise foi, si l’acte est conscient, il ne s’agit alors plus d’une erreur mais d’un mensonge ; ce qui constitue un autre sujet de réflexion que nous ne traiterons pas ici. Mais revenons à nos deux premières causes évoquées plus haut : l’inattention et l’ignorance. Si vous constatez que vous transmettez des informations et des idées fausses et approximatives à autrui, et que vous le faites avec assurance et aplomb, alors que vous n’êtes pas si sûr de ce que vous avancez, cela constitue à nos yeux un premier stade de comportement imbécile. Le deuxième degré de l’imbécilité serait qu’alors qu’on vous aurait déjà fait remarquer votre tendance à rendre certains faits faux ou approximatifs, vous persistiez à vous comporter ainsi ; ou encore, alors qu’on vous aurait fait remarquer que ce que vous dites dit est faux ou approximatif, vous persistiez dans vos dires. Au final, si plusieurs causes peuvent être mises en avant, une seule conclusion est à en tirer. L’imbécilité réside ici principalement dans la persistance à diffuser des idées fausses ou approximatives. La persistance. Dans une certaine forme d’activisme en la matière.

Êtes-vous porté/e à ?
– 05 | IGNORER LES AVIS DES PERSONNES COMPÉTENTES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La capacité à tenir compte des avis éclairés

Tout le monde fait un certain nombre de mauvais choix au cours de sa vie. Par manque de réflexion, par erreur de jugement ou tout simplement par malchance. C’est ainsi. Il n’empêche qu’avoir, de façon générale, un positionnement buté par rapport à certaines décisions délicates à prendre, ou avoir une certaine incapacité à tenir compte des avis extérieurs, peut être la démonstration d’un comportement imbécile. Mais à propos qu’est-ce qu’un avis, exactement ? Si on veut en avoir une définition étymologique, c’est l’apposition de la préposition 'à' et du mot d’ancien français vis, issu du latin visum (ce qui est vu comme bon). Il y a plusieurs types d’avis. Ces avis banals que l’on demande souvent à son entourage dans la vie courante. Présentement nous les délaisserons. Et il y a ces avis plus indispensables qui doivent nous intéresser particulièrement, ces avis importants dont nous avons besoin dans des circonstances de la vie. Des avis éclairés. Des avis de personnes éclairées. De professionnels, de spécialistes, d’experts… Par exemple d’hommes de loi, de médecins, de comptables… Des personnes habilitées, par leur spécialisation, à émettre des avis pertinents et nécessaires. 'A vis', vous souvenez ? : 'ce qui est vu comme bon'… pour moi à titre d’opinion. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille s’en remettre les yeux fermés à un seul des avis des personnes consultées. Rien n’interdit de prendre plusieurs avis, c’est même conseillé. Il n’empêche qu’il est toujours des personnes qui mettront en avant de faux arguments pour ne pas s’en remettre à ces avis. Par exemple, parce que 'les hommes-de-loi-ceci', 'les médecins-cela', 'les comptables-ceci-cela », comme prétexte pour s’interdire, dans la durée, de recevoir ce qu’ils ont à dire et les conseils qu’ils peuvent prodiguer. Nous avons clairement affaire ici à des attitudes déraisonnables et donc imbéciles. De fait, pour ce qui vous concerne, qu’en est-il exactement de votre comportement ? Quelle note vous attribuez-vous ?

THÈME DIAGNOSTIC ②
ÉTUDE DE L’ÉVOLUTION COMPORTEMENTALE

Le progrès est comme un bateau qui avance inexorablement sur le fleuve du temps, de la vie. Pas assez vite !,  trop vite !, c’est histoire de goûts. Une chose est sûre, il avance ;… plus ou moins bien encadré, plutôt plus que moins, par nos instances dirigeantes humaines. Il est principalement question de cela dans cette série de questionnements. Il est question de savoir, si notre esprit et nos comportements progressent.

Êtes-vous d’inspiration à ?
– 06 | S’OPPOSER AUX PROGRÈS TECHNOLOGIQUES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La résistance excessive au progrès technologique
Beaucoup d’entre nous sont toujours en retard d’une mode parce que la technologie va bien plus vite que nos besoins, aussi suggérés soient-ils. Quelque part nous avons peur de la technologie et nous nous accrochons à nos vieux engins car nous les trouvons moins compliqués. De ce fait, notre peur nous fait penser de travers. Par exemple, le portable n’est pas si utile que cela, on s’en passait bien avant ! Internet est à combattre car il produit de graves dérives ! Retour sur le passé. De nos jours, les effets du progrès – les biens de consommation, la rapidité des déplacements et des communications – sont si influents sur notre confort de vie que nous supporterions mal de nous en voir privés pour revenir à une vie moins facile. Conclusions. Le progrès, en tant qu’amélioration n’est pas à craindre. Ce qui est à craindre c’est le comportement de l’Homme, celui qui le conduirait à inventer ou utiliser un matériel de progrès comme un moyen de puissance, de nuisance, au détriment des valeurs qui font son humanité. On est bien d’accord que le risque zéro n’existe pas et qu’il fait partie prenante des productions du progrès. Rien ne justifie pour autant qu’on craigne le progrès en lui-même, lorsque, encadré de garde-fous qui le prémunissent de toute dérive, il ne peut qu’apporter des bienfaits. Ensuite se pose le problème du positionnement de chacun d’entre nous au regard du progrès. Résister au progrès constitue-t-il un comportement imbécile ? Non, c’est certainement intelligent. De nos jours le progrès avance si vite que ce n’est pas pour autant qu’il faille lui coller au train. Il nous est toujours possible de garder ce qui nous semble bon à prendre et de délaisser ce qui ne nous semble pas utile, voire nocif. Dès lors nous ne rejetons pas le Progrès, au sens majuscule du mot, nous faisons avec lui ; mais pas pour tout, nous composons avec lui. Dans ce cas, résister ne signifie pas refuser… bêtement dirons-nous. Pour évaluer votre rapport au progrès, les symptômes identifiants sont : la diabolisation, le refus de tout changement. La notation est à faire dans ce cadre d’une résistance excessive au progrès technologique ; avec une touche d’indulgence pour les personnes du troisième âge.

Vous refusez-vous aux ?
– 07 | NOUVEAUX MODES DE MANAGEMENT ET DE TRAVAIL
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La résistance excessive aux nouvelles méthodes de travail et de management
Le changement c’est angoissant ! Par exemple quand nous devons modifier notre façon de travailler, lors d’une mutation, d’une promotion ou d’une réorganisation. Mentalement, c’est presque du même ordre qu’une situation de « deuil », une sensation douloureuse de perte sans savoir ce qui va se passer. Le changement c’est menaçant ! Nous sommes tellement habitués à nos pratiques quotidiennes que la seule idée de changement nous provoque une réaction de rejet. Qu’on se rassure, tout cela est normal, c’est humain. Et pourquoi changer si tout nous semble bien fonctionner ? Parce que le changement nous est souvent imposé. Modifications des conditions de travail, évolution de la concurrence, de l’environnement. On observe même que le changement devient régulier, de plus en plus rapide et permanent. Le changement c’est du boulot. Le mettre en œuvre, pour soi comme pour les autres, est un vrai travail. Se préparer, surmonter les phases de remise en question, et de plus accompagner une équipe si l’on a des responsabilités hiérarchiques, demande du temps et des efforts. On distingue deux grandes phases dans le processus du changement : une phase descendante qui s’accompagne d’une attitude négative et contre-productive, tournée vers le passé et le refus. Et une phase ascendante où l’attitude devient productive et tournée vers le futur et le positif. En marge de cela, qu’est-ce au juste que la résistance ? Une psycho-définition dit que c’est l’acte de s’opposer à quelque chose, à une situation, à une personne. Dans le cadre du monde du travail, on qualifiera de résistance l’attitude d’une personne qui refuse d’envisager tout changement, qui refuse par principe, en étant sourd aux arguments de ceux qui prônent l’évolution, et aveugles au monde qui change. Quitte à se mettre en danger. Ceci se résume dans une citation extraite du 'Manifeste des Évidences', de Rick Levine et Christopher Locke, publié en 1999 aux États-Unis : « Cela nous ferait plaisir que vous compreniez ce qui se passe ici. Ce serait vraiment bien. Mais ce serait une grave erreur que de croire, que nous allons vous attendre ». Alors, en fin de compte, vivre ou mourir ? telle est en économie comme en matière d’espèce humaine, l’incontournable loi de l’évolution. En conséquence, notez maintenant votre capacité à vous adapter aux nouvelles méthodes de travail et de management.

Êtes-vous sujet/e à un ?
– 08 | MANQUE D’OUVERTURE AUX NOUVEAUX MODES DE VIE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La résistance excessive aux nouveaux modes de vie familiaux
On le sait, la société est en mouvance et le visage de la famille s’est transformé ces dernières décennies. Avant, la famille était la cellule de base de la société. Le père, la mère, et les enfants – biologiques bien sûr. La famille normale donc. La bonne famille. Depuis sont apparues de nouvelles formes de familles : la famille monoparentale, la famille recomposée, la famille homoparentale… Et la pluralité des formes familiales ébranle la famille classique, hétérosexuelle et fondée sur le mariage. Est-on pour ou contre ? À chacun son avis. En tout cas, force est de constater que c’est devenu courant dans notre société moderne et que la société continue de muter encore. Il semble intéressant de citer ici une anecdote, qui au fond est d’une grande portée. Il s’agit d’une prise de position d’une autorité morale sur un jeu de société très connu. Cette autorité morale est la HALDE : La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité. Celle-ci sanctionne le jeu des sept familles, tout du moins sous sa forme initiale, qui ces temps passés a amusé tant d’enfants et de familles. Voici ce qu’écrit le président de la HALDE : « Les familles d’aujourd’hui ne ressemblent plus à cet antique modèle ; si ce jeu devait continuer d’exister, alors il devrait prendre en compte la multimodalité de la famille moderne : couples homosexuels, concubins, familles multiculturelles, configurations polygames, etc., mais aussi couples sans descendance, adoptions, familles recomposées, et mères porteuses sont désormais la marque de notre identité sociétale, ce que nos enfants doivent intégrer dès la plus petite enfance, y compris par le biais du jeu ». Voilà la chose est dite, et difficile de contester que le constat fait dans cette citation est un fait avéré. Libre à chacun de se prononcer ensuite selon les cas : 'pour', 'contre', 'j’hésite', 'je ne sais pas', 'pourquoi pas'… ces nouvelles façons de vivre en famille. Cela dit, à vous de vous noter maintenant sur votre approche. Si vous manifestez une opposition farouche, irréfléchie, à reconnaitre que ces nouveaux modes de vie peuvent exister, voire à accepter qu’ils puissent être adoptés par d’autres personnes qu’elle, éclairées et consentantes…, alors la note devrait se fixer dans les maximales. S’il y a doute de votre part sur la façon dont vous devez appréhender le problème, s’il y a amorce de réflexion, réflexion, évaluation du pour et du contre, désaccord mais compréhension, etc., la note cette fois devrait tendre vers l’intermédiaire ou les minimales.

Résistez-vous à ?
– 09 | CONSIDÉRER LE PHÉNOMÈNE DE LIBÉRATION DES MŒURS Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La résistance à l’idée de la libéralisation des comportements
'Avant', il fallait être vierge pour se marier (surtout les femmes !). Si on voulait convoler en 'justes noces' et qu’on ne l’était plus, on s’efforçait de le cacher. 'Avant', il fallait avoir des enfants après le mariage, dans un délai minimum exigé de neuf mois. Combien de mômes sont-ils nés avant terme, soi-disant à sept mois, par exemple ? 'Avant', il était compliqué à une fille-mère de trouver un mari. Comme déjà dit, il fallait avoir ses enfants dans le cadre d’un mariage « jusqu’à ce que la mort de l’un ou l’autre des époux les sépare ! » comme l’énonce la formule chrétienne consacrée. Dans un autre registre, 'avant' il fallait être 'normal' : autrement dit hétérosexuel. Sinon il était préférable de le cacher. Par ailleurs, 'avant' il ne fallait pas être dépravé, c’est-à-dire « coucher ». Ou il valait mieux le faire discrètement ; surtout les femmes. Pire, 'avant', il fallait encore moins être libertin, qui plus est libertine, vous savez, selon la définition « celui ou celle qui s’adonne aux plaisirs charnels, voire à la sexualité de groupe, avec une liberté qui dépasse les limites de la morale conventionnelle et de la sensualité normale ». Aujourd’hui, il existe des établissements patentés pour s’adonner à l’exercice de ce choix de vie. Liberté à chacun de penser ce qu’il veut de l’un ou l’autre des comportements de vie cités jusqu’ici. Mais qu’en conclure dans le cadre de notre ouvrage ? Voici une proposition de questionnements à vous poser pour vous évaluer. Comment vous positionnez-vous d’un point de vue général pour ce qui est de relations sexuelles hors d’une relation durable, dirons-nous ? Quel est votre avis sur le sujet d’une homosexualité libre pour qui le désire ? Comment vous situez-vous vis-à-vis d’un choix de vie libertin pour qui suit cette voie ? Et plus globalement, comment vous positionnez-vous face à tout ce qui est des comportements sexuels non répréhensibles par la loi ? À la réflexion, qu’en déduire ? De nos jours, celui qui fait dans la pratique de vie comme 'avant' est en décalage avec les effets de la libéralisation des mœurs amorcée depuis l’époque Mai 68. Si vous faites ce choix de vouloir rester dans les préceptes d’'avant', sans contraindre quiconque à penser ou à faire comme vous, rien à redire. Si en revanche vous n’octroyez pas à autrui le droit de comprendre ou d’appliquer certains de ces nouveaux préceptes de vie, si bon lui chante, il y a défaut de pensée, d’analyse, il y a intolérance et donc sottise. Note en fonction.

Repoussez-vous un peu, beaucoup ?
– 10 | LES PERSONNES ÉTRANGÈRES ET LEURS CULTURES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
L’attitude plus ou moins hostile, voire défiante, envers les étrangers
Racisme. À force d’employer inconsidérément ce mot, nous finissons par en oublier le sens. Dans le cadre de notre livre, préférerons-lui les expressions : 'notre rapport aux personnes étrangères', 'notre rapport aux personnes d’origines étrangères' et aussi 'notre rapport aux personnes paraissant étrangères'. Tout est histoire de traits physiques et de culture. Vivent en France des personnes à la couleur de peau : blanche, jaune, marron, mate. Or, voici ce qui se passe dans l’esprit collectif des Français de peau blanche, issues d’ancêtres blancs. L’étranger à la peau blanche qui vient en France est étranger, mais pas tant que cela à cause de la similitude de ses traits et de sa culture. L’étranger à la peau jaune est un peu plus étranger, ses traits sont différents et sa culture sensiblement différente. L’étranger à la peau marron est assez étranger, ses traits et sa culture sont différents. L’étranger à la peau mate est assez étranger, ses traits ne sont pas très différents mais sa culture l’est. Ce n’est pas tout. Dans l’esprit collectif, l’étranger naturalisé français demeure étranger ('de quelle origine est-il ?'). Il en va de même, avec une atténuation progressive dans le temps, pour ses enfants. Il reste encore à dire. Dans l’esprit collectif, le Français de couleur marron qui vient des DOM-TOM est étranger. Parce qu’au fond du fond, malgré tous les discours, il n’a pas Vercingétorix comme ancêtre. Oui, il y a ce qu’il faut penser… et il y a ce qui est. L’étranger est et demeure la personne qui ne nous ressemble pas, qui parait étrange. Cela vaut sur notre continent comme sur les autres continents. Pour procéder à une évaluation sur le rapport à l’étranger, identifions trois catégories de comportements, via cette métaphore de la pyramide. Au sommet de l’édifice, dans la pointe, se trouvent des comportements intégristes de personnes rejetant totalement l’étranger – en général les types d’étrangers qu’ils jugent inférieurs. Facilement identifiables, leurs discours et leurs actes sont radicaux. En partie centrale de la pyramide, se retrouvent les comportements de ceux manifestant de l’hostilité, de façon globalement modérée, envers les étrangers. Les paroles et les comportements peuvent être plus ou moins agressifs, systématiques, presque systématiques, voire circonstanciels. Enfin la base de la pyramide se constitue de personnes pas forcément franchement hostiles mais plutôt défiantes. Elles restent à distance de qui parle une autre langue aux sonorités bizarres, de qui s’habille autrement, de qui a des habitudes ou une religion différentes… de qui peut inspirer de la crainte. Il s’agit d’une peur de l’inconnu ; avec un i minuscule et majuscule. Ce comportement est ancien, universel, et humain. Selon les cas, cette attitude est identifiée et revendiquée plus ou moins confusément, identifiée et combattue, ou encore déniée. Parmi cette frange de personnes, on en retrouvera certaines qui pourraient dire ou penser ces paroles que Pierre Perret met dans la bouche des futurs beaux-parents blancs de cette jeune fille noire prénommée Lily, dans sa chanson du même nom : « Nous ne sommes pas racistes pour deux sous, mais on ne veut pas de ça chez nous ! ». Au fond ces gens-là peuvent ne pas se sentir racistes, et sans doute ne le sont-ils pas vraiment. Par l’esprit et de façon raisonnée, en tout cas. Mais par les actes, ils ne sont pas encore prêts à… ! S’ils se posent la question, ils sont en voie. Et puis pour être complet, il y a aussi dans la base de la pyramide, ceux qui sont en harmonie avec eux-mêmes et avec les personnes étrangères et d’origine étrangère qu’ils côtoient, et avec les personnes étrangères de façon générale. À partir de là, l’identification des comportements présentés dans cette métaphore de la pyramide doit aider à avoir une première approche de l’attitude de la personne que vous êtes. Pour références, il faut aussi donner des définitions. L’encyclopédie Vulgaris-Médical écrit : « Médicalement et scientifiquement la notion de race n’existe pas. Il semble préférable de parler d’ethnie, terme servant à définir des populations dont les critères culturels ou sociaux sont dominants. Il n’existe en fait qu’une seule race humaine ou espèce humaine ». Un dictionnaire définit ainsi le racisme et ce qu’il en advient : « Idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les 'races' ; comportement inspiré par cette idéologie ». À retenir donc : que les hommes sont égaux et différents ; que penser différemment et se comporter envers autrui comme si ce n’était pas le cas, relève d’une attitude indigente, et donc un peu-beaucoup-grandement sotte, puisqu’en position d’être améliorée. En fonction des éléments évoqués dans ce paragraphe, avec tous les bémols que nous y avons intégrés, à vous maintenant de vous évaluer.

Vous adonnez-vous facilement à ?
– 11 | FAIRE DES ACTES D’INCIVISME
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La désinvolture à se laisser aller à des actes d’incivisme ordinaires
Des actes d’incivisme ordinaires, pas très graves donc, mais à montrer du doigt pour ce qu’ils sont, et pour pointer la paresse d’esprit de qui les pratique. Voici une liste non exhaustive de comportements observés dans le tumulte de la France quotidienne. Il y a celle ou celui qui balance ses mégots depuis son balcon, depuis sa voiture, en ville, dans la nature, dans l’eau (vu ce panneau en Suisse, sur le lac Léman : 'Un mégot pollue à lui seul 500 litres d’eau'). Il y a celle ou celui qui ne respecte pas les matériels collectifs : toilettes publiques, vélos Vélib’, les charriots de courses de magasins. Il y a celle ou celui qui n’a que faire des lieux collectifs : jetage, délestage de papiers, tickets, paquets de cigarettes, emballages de burgers, canettes, bouteilles, le tout jeté n’importe où, parfois au pied des poubelles. Il y a celle ou celui qui sort son chien sans se préoccuper de ses déjections. Il y a celle et celui qui salit les toilettes communes au travail ; et qui généralement file en douce. Il y a là, comme précédemment, une petite notion de lâcheté, de refus de prendre ses responsabilités : « Ils ne sauront pas que c’est moi ! ». Au travail, toujours, il y a aussi celle ou celui qui malmène la voiture de service, parce que ce n’est pas la sienne. Toujours au rang des voitures, et ceux qui les conduisent, il y a celle ou celui qui stationne sur les passages piétons. Il y a celle ou celui qui occupe indument les places pour personnes handicapées… On arrête là la liste. Sur le fond, cela révèle d’une strate de 'j’menfoutisme', irrespectueux envers les biens et les personnes. Pas de projection en avant. « Je fais comme ci comme ça, parce que c’est facile et que ça m’arrange, qu’importe le reste ! ». Le défaut de réflexion est bien présent. Mais c’est à réfléchir plus loin. Dans les exemples cités, pour les premiers, les nuisances relèvent du domaine matériel, avec des répercussions humaines cependant : désagréments pour les autres, obligation de prise en charge des nuisances par des services et leurs personnels ; les seconds touchent 100 % à l’humain. Stationner sur des passages piétons, c’est créer de l’insécurité pour qui veut traverser. Et quant au stationnement sur les places pour personnes handicapées, ayons à l’esprit une définition : 'Le terme handicap désigne la limitation des possibilités d’interaction d’un individu avec son environnement, causée par une déficience provoquant une incapacité, permanente ou non, menant à un stress et à des difficultés morales, intellectuelles, sociales et-ou physiques'. Le déplacement en fauteuil, en béquilles, ou même sans, dans un environnement perçu comme insécurisant, s’avère difficile, voire très. Ici, comme sur les passages piétons, d’aucuns pourront y aller d’un : « Je me gare pas longtemps… ». Certes, cependant c’est interdit par la loi. Bref, pour nous résumer sur ce thème des actes d’incivilité ordinaires, la question sera de savoir si vous faites incivique : parfois ?, souvent ?, chroniquement ? Si vous le faites dans des situations d’interaction avec des biens ou des personnes ?, et à quel degré d’irréflexion ? Note en fonction.

Tendez-vous à ?
– 12 | FAIRE DANS L’EXCÈS POUR LA CROYANCE OU L’INCROYANCE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La religion : les comportements excessifs liés à la croyance, et à l’irrespect de la croyance
Il y a trois positionnements possibles vis-à-vis de Dieu et des religions. On peut être croyant, athée ou agnostique (sans opinion). Pour mémoire et pour approfondir, le philosophe Albert Jacquard donne cette forme de définition : « Je suis agnostique, c’est-à-dire conscient de mon incapacité à dire quoi que ce soit à propos de ce qu’il est convenu de désigner par le mot Dieu ». Il y aurait à dire sur chacun de ces positionnements. Nous ne tenterons rien ici, c’est un puits sans fond. Juste une réflexion ; la Science met en avant la théorie de l’évolution (le big-bang et l’émergence de notre planète et de ses occupants au fil de milliards et de millions d’années). L’Église catholique par exemple, après avoir combattu Darwin, père de la théorie de l’évolution, considère aujourd’hui, avec des réserves, qu’elle n’est pas incompatible avec son enseignement. Il parait donc possible de laisser sa place à la religion aux côtés de la raison. Libre à chacun de croire ce qu’il veut. D’autant que raison et croyance s’affrontent souvent dans bien des esprits. Cette phrase remarquée sur un forum Internet : « On est jamais athée à 100 % » fait réfléchir. Si l’on ajoute à cela le propos de l’historien sociologue Jean Bruhat : « Il faut reconnaitre que la croyance en Dieu a été jusqu’à aujourd’hui une donnée permanente de l’histoire des hommes », on peut bien dire que Dieu habite toujours, tout ou partie de l’esprit humain. Pour votre évaluation, nous en retiendrons qu’il n’y a pas de conclusions à tirer en matière de sottise sur le fait que vous croyez, ne croyez pas ou ne savez pas. Posons le problème différemment. Le fruit des croyances et des incroyances est de produire des comportements. Tout dépend des comportements. Tenons-nous en à nos sociétés occidentales pour les étudier. Avant cela, abandonnons le cas de l’intégrisme extrémiste – les agressions, les bombes –, car hors du cadre des religions à proprement parler, et à classer dans celui du rapport de force, de la violence, du meurtre, du terrorisme. Pour votre notation d’évaluation, considérons quatre types de comportements. Primo : faites-vous preuve d’une forme d’intégrisme conservateur ? En voici des exemples : opposition au port du préservatif, à l’avortement, etc. Avant toute chose, il serait intéressant de savoir si ces comportements sont fondés au regard des divers préceptes religieux. 'Fondés' ? Certainement, si l’on se réfère à l’étymologie du mot qui le définit ainsi : 'établis sur des fondations'. De nos jours, ces genres de comportements ne doivent-ils pas pour autant muter, se transformer, et mieux coller à nos lignes de vie moderne occidentale ? La réponse semble découler. Secundo : faites-vous preuve d’une forme de conservatisme forcené ? Toujours estimer que le suaire de Turin est le linceul du Christ alors que sa datation scientifique le dément. Tertio : faites-vous preuve d’une forme d’intégrisme laïque ? Le rejet immodéré et par principe de tout ce que produit le religieux dans notre société laïque. Quarto : faites-vous preuve d’une forme de comportement primaire, qu’elle soit croyante ou non ? Par exemple en ne voulant pas entrer, par principe, dans un lieu de culte du Dieu qui n’est pas le sien ou qu’elle n’a pas ; sachant qu’y entrer (pour la beauté de l’endroit) et même assister à un office n’implique pas son adhésion à la religion en question. Pour nous résumer : la religion semble bien avoir sa place aux côtés de la raison. En conclusion, il y aura de l’intelligence si les comportements produits par la croyance, l’athéisme, l’agnosticisme s’avèrent sensés, raisonnables, respectueux, civiques. À défaut, ce sera à remarquer et à noter en conséquence.
Note : 'Les attitudes marquantes et excessives des croyants' sont traitées plus loin, au chapitre 6.

THÈME DIAGNOSTIC ③
DES COMPORTEMENTS SYMPTOMATOLOGIQUES

Voici des TOC, des 'troubles obscurs du comportement', plantés profond ou à fleur de peau dans bien des humains. Ils ressortent parfois ou régulièrement. Il est utile de les identifier, de s’interroger et d’en comprendre les mécanismes. Dès lors, il ressortira de l’analyse en cette série de questionnements, comment et à quel degré il y va d’un certain déficit de l’esprit.

Avez-vous quelque peu le penchant de ?
– 13 | FAIRE LA TÊTE ET BOUDER
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à bouder
La bouderie c’est le mutisme. Au lieu de montrer sa colère, qu’il ne peut assumer, qui pourrait être source de rejet, le boudeur la rentre et fait la tête. Sa bouderie lui sert à manipuler l’autre, à lui faire payer le fait de l’avoir contrarié. Le boudeur est un mécontent léger. Généralement, il sait ce qu’il fait, il en a la perception. Il fait montre d’une attitude sotte : se taire, les bras croisés et selon l’image caricaturale que nous en avons : bouder. L’alternative, une fois le moment de contrariété passé – rien d’anormal, cela arrive à tous – serait d’avoir recours à ce dont chaque être humain dispose : la parole. Voltaire illustre très bien notre propos dans cette réflexion exprimée en une circonstance : « J’ai eu un petit moment de bouderie [avec le roi de Prusse] ; mais l’explication a bientôt tout raccommodé ». Pour votre évaluation, l’observation portera sur votre tendance à bouder, sur vos durées plus ou moins longues et butées de bouderie, et donc sur vos facultés intelligentes à revenir à des rapports humains plus appropriés.

Avez-vous tendance à ?
– 14 | MONOPOLISER LA PAROLE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à monopoliser la parole
« Je parle donc je suis ». Ce qui n’est pas tout à fait pareil que le « Je pense donc je suis » de Descartes, on en conviendra. Je parle parle donc je suis, mais ce que je dis n’est pas forcément très pensé, sensé, intelligent, et je le sais ou je le pressens. Dans le même registre de la parole suspecte, je parle fort, je parle haut, je parle de façon insistante. Vaincre pour convaincre. En forçant la voix, je veux 'vaincre' préalablement mon interlocuteur pour que mes mots lui entrent plus facilement dans la tête et qu’il ne me résiste pas. Que déduire de ce comportement ? La réponse semble donnée par le président américain Barack Obama dans cette réflexion faite un jour de campagne électorale : « Parler fort ne remplace pas une bonne capacité de jugement ». Est-il utile de développer ? À suivre, voici une autre manifestation d’expression verbale suspecte souvent utilisée pour emporter l’adhésion à tout prix. « J’insiste j’insiste ». Insister dans les limites du raisonnable n’a rien d’anormal. C’est au-delà du raisonnable, que cette expression d’Albert Camus trouve tout son sens : « La bêtise insiste toujours ». Toujours en matière d’expression verbale suspecte, il y a aussi : je coupe la parole. Pas qu’un peu, juste tout le temps. Or, ne pas couper la parole à son interlocuteur c’est s’ouvrir à un dialogue. C’est recevoir des informations, du savoir, de la culture. Toujours en matière d’expression verbale suspecte, soyons attentifs aux attitudes relevant du « Moi Moi Moi » et les expressions qui vont avec. Finalement, tout cela participe d’un même principe de fonctionnement, « l’attitude d’une personne dont les actions ou les idées sont uniquement orientées par ses propres intérêts, sans prendre en compte les nécessités d’autrui ». L’écrivain Romain Coolus, lui, choisit de définir le phénomène d’une formule plus courte et percutante : « égoïsme = Moi de 365 jours ». Quand on sait tous les profits et les bienfaits qu’on a à retirer des autres, c’est se mettre un frein déraisonnable. Notation en conséquence.

Coupez-vous court parfois avec ?
– 15 | DES MOTS PÉREMPTOIRES ET INSATISFAISANTS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à user de phrases et d’expressions pour couper court
Parce que la personne qu’on sollicite n’a rien de précis à répondre à la question qu’on lui pose, à l’affirmation légitime qu’on lui fait ; ou parce qu’elle ne veut pas prendre la peine de réfléchir et d’argumenter en conséquence, elle détourne la situation à son avantage en lançant des phrases d’objection ou des expressions toutes faites, imprécises, voire d’une vérité douteuse, à son interlocuteur, pour mettre un terme à la conversation et en sortir « vainqueur ». Cette attitude, au fond, est une preuve de faiblesse et d’une certaine forme d’inintelligence. Premier type d’expression à identifier pour s’évaluer. Émettez-vous fréquemment des objections ? Des objections pures et simples. Des phrases sèches… qui présentent cependant le mérite d’être claires et cohérentes. Des expressions qui coupent court et se veulent faites pour n’autoriser aucune suite de conversation. Par exemple : « Tu n’avais pas à faire cela ! », avec aucune justification derrière. Ou encore, de façon générale afin de bien illustrer notre propos, une phrase du style de celle que les auteurs des Guignols de Canal + ont mis dans la bouche de la marionnette de Philipe Lucas, l’ex-entraineur de la nageuse Laure Manaudou : « C’est comme ça et pis c’est tout ! ». Second type d’expression à identifier pour s’évaluer. Employez-vous des phrases toutes faites… le plus souvent imprécises, à côté du sujet, et qui elles aussi ont pour vocation de tuer une possibilité de dialogue ? « Une idée imprécise a toujours de l’avenir » dit le journaliste italien Léo Langanesi. Et c’est bien le cas avec ce genre de phrases bateau faisant forte impression dont usent certaines personnes. En voici des exemples. Au travail, le chef dit : « Vous n’allez pas m’apprendre mon métier ». Or, si vous l’interpelez sur un point, est-ce pour évoquer avec lui ses compétences ? Dans les métiers d’autorité et les bureaucraties très réglementés, le fonctionnaire dit : « Nul n’est censé ignorer la loi ! ». Or, quand on sait la longueur des études des professionnels faisant usage du droit, et l’épaisseur des livres de codes de droit, dire l’inverse serait plus indiqué pour la majorité d’entre nous : « Nul n’est censé bien connaître la loi ! ». Dans la vie quotidienne, une personne se déclare hostile sur ce motif : « Les ennemis de mes amis sont mes ennemis ! ». Or, cela relève-t-il d’un bon intellect et ne vaut-il pas la peine d’être réfléchi ? Pour nous résumer, vouloir se débarrasser d’un problème par ces artifices implique une notation appropriée.

Êtes-vous porté/e à ?
– 16 | FRIMER
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La façon d’être et de paraitre : la gestuelle
Le comportement physique. Se comporter normalement ou en faire trop ? La frime, pourrait-on aller jusqu’à dire. Qu’est-ce que se comporter normalement ? Difficile à définir comme cela, de prime abord. Alors commençons par le faire en disant que c’est l’inverse de cette approche du terme 'rouler des mécaniques' que donne un dictionnaire : « prendre de la place, faire l’intéressant, se faire valoir ; faire le beau ; se pavaner, faire le fier, rouler des épaules (pour les hommes) ou des hanches (pour les femmes) ; faire le fort ; marcher d’une démarche chaloupée, avec une virilité affectée… ». Pour nous résumer, c’est avoir un comportement visant à tromper son monde pour en imposer ; en faisant semblant, en usant de feintes, d’attitudes destinées à impressionner favorablement autrui. Le paraitre au détriment de l’être. Précision toutefois, l’être, être vrai, c’est à la fois être très fort et très fragile. Ce qui induit que chacun d’entre nous possède en lui, cette 'faiblesse' qui fait qu’il aime à se mettre en avant d’une façon ou d’une autre, à un moment ou un autre. C’est normal, c’est bestial, ou humain si vous préférez. Cela nous vient de nos gènes des anciens animaux que nous sommes. L’animal fait cela en certaines circonstances : le gorille bombe le torse pour impressionner et le paon fait la roue pour séduire. Des comportements analogues chez l’être humain s’avèrent somme toute normaux, s’ils demeurent occasionnels et circonstanciels. En revanche si vous vous complaisez dans une attitude permanente de gestuelle surjouée, c’est en fait que vous vous dissimulez derrière votre paraitre par manque de confiance en vous, pour plaire ou pour d’autres raisons. Il y a donc tromperie de vous-même vis-à-vis de vous-même et vis-à-vis des autres. Vous le savez, vous le sentez ou le pressentez. Vous ne faites rien ou pas assez pour y remédier. Il y a mensonge. Irréflexion. Refus de considérer la question. C’est sot. À vous de juger de votre degré d’attitude prétentieuse pour la notation.

Vous adonnez-vous à des ?
– 17 | MANIFESTATIONS CORPORELLES GROSSIÈRES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Les bruits provocants du corps, les signes intempestifs
L’Homme a le privilège de l’utilisation de la parole. Pour cela, il dispose de mots, de phrases, produits par la pensée. Nous en utilisons quotidiennement et notre langue est suffisamment riche pour nous permettre de bien communiquer. Or quand la pensée ne trouve pas ou ne trouve plus les mots pour exprimer ce que la personne a à dire, pour 'avoir le dernier mot' si l’on ose dire, elle commandite des actes, dans une solution de facilité imbécile et d’autodéfense : un geste intempestif, un bruit du corps… Parmi ces gestes, le bras d’honneur. Chacun le connait, il consiste à se taper d’une main le creux du coude de l’autre bras que l’on plie alors en dressant verticalement l’avant-bras. Pour information, pour qui voudrait des précisions, un geste similaire existe au Yémen, la différence étant que le bras reste tendu au lieu d’être plié, et il représente un phallus hypertrophié. Avec ce que doit comprendre celui à qui il est destiné ! Autre geste significatif, le doigt d’honneur. Le majeur tendu est une évocation visuelle d’une pénétration sexuelle. Avec ce que doit également comprendre celui à qui est destiné l’index ! On fait le geste à autrui pour telle ou telle raison : humour ; bête et méchant ; violent même… avec ce qu’évoque la première syllabe de 'violent' ! Rappelons que les mots et les gestes ont un sens. En l’occurrence ici, on ne réfléchit plus, on ne parle plus (même pour dire des grossièretés), on agresse ! Venons-en aux bruits du corps. Avoir des éructations et des flatulences sont des fonctions naturelles. Se laisser surprendre, à son corps défendant, c’est excusable. S’amuser entre personnes consentantes, pourquoi pas ?, au pire c’est de la grivoiserie. Là où l’inintelligence entre en action, c’est quand l’auteur de ces expressions corporelles les commet par bravade. S’ensuivent dans l’entourage : des silences, des regards réprobateurs, des observations, des rires… de gêne. On a ainsi affaire soit à des rustres, soit à des provocateurs qui ont l’inintelligence de ne pas savoir traduire en mots ce qu’ils émettent avec des sons, et qui signifie, au fond à peu près ceci, si nous le traduisions avec des mots qui pourraient être les leurs : « Je me fous des convenances et de la société… », réflexion extensible à : «… et de vous aussi, tous autant que vous êtes ici, si vous me jugez négativement ». Pour conclure, selon les cas, que les gestes intempestifs et les bruits du corps soient pour vous-même, occasionnels ou persistants, il ne vous reste plus qu’à les apprécier justement pour votre notation de personne à évaluer.

Recourez-vous à ?
– 18 | DES ÉNONCÉS ET DES MOTS MASQUANTS OU INSINUANTS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le vocabulaire suspect : les expressions et les mots masquants… ou insinuants
Il y a des phrases prononcées, des expressions et des mots qu’il faut surveiller. Car ils cachent quelque chose qui peut relever de la paresse d’esprit, voire pire. Commençons par les expressions, les mots masquants, et par ce genre de réflexions d’une personne contrariée qui va dire, avec le ton de circonstance : « J’en ai rien à foutre ». Cette affirmation est suspecte. La vérité est autre. Le chanteur Grand-Corps-Malade traduit très bien le phénomène avec ce vers de l’un ses textes : « J’ai pas les mots pour exprimer la puissance de la douleur ». Alors, on dit l’inverse de ce qu’on pense pour ne pas montrer qu’on est touché, blessé, qu’on a mal… Réaction épidermique souvent, une sorte de « Aïe » qu’on émet sur le coup, et qui peut être bien compréhensible. Mais cela le deviendra moins, si cela s’inscrit dans la durée et si ce genre de réactions s’avère chronique. Il faut réfléchir un minimum. Autre genre de réflexions à guetter : les interjections émettant des jugements péremptoires et un peu courts. Très courts même. Du style « C’est un salaud » ou bien « C’est une conne », etc. On le voit ici avec le thème de ce livre, il est indiqué de s’attarder sur les choses pour les étudier, les comprendre, et voir dans l’exemple cité ici, dans quelle mesure cette personne-là a ou a eu un comportement 'salaud ou con', et dans quelle proportion. Ici encore, l’affect prend souvent vite le dessus sur la raison, et provoque ce genre d’attitude hâtive, brutale, sans nuance. Irréfléchie, certes. Mais si derrière, la réflexion arrive rapidement, il y a moindre mal ; si elle tarde à venir ou qu’elle ne vient pas… le cas n’en devient que plus sérieux. Posture de jugement imbécile. Comme disaient les Anciens « Il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler ». Et nous, d’écrire cette variante des temps modernes pour coller à l’esprit de ce livre : «… tourner sept fois l’idée dans sa tête ». Autre attitude à surveiller chez la personne à évaluer, celle consistant lors de conversations d’ordre général, à employer des mots suspects, insinuants…, humour en marge…, qui finalement traduisent beaucoup. Comme par exemple, pour des hommes, à un certain échelon : 'Parigots', 'bouseux' ; à une barre supérieure : 'bougnoules', 'nègres', alors qu’il existe un vocabulaire adéquat pour qualifier ces messieurs dames qui sont en fait parisiens, provinciaux, paysans…, Arabes, Maghrébins, Africains, Noirs, etc. Erreur de langage ? Certainement non. Cela fait sentir ou pressentir chez qui utilise ce vocabulaire, des positions 'hors limites', et le désir de les afficher absolument. Et comme les autres attitudes, d’ordre différent, évoquées plus haut, c’est à noter en rapport.

Êtes-vous empreint/e d’une inclination à ?
– 19 | S’EMPORTER
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à l’énervement et à la colère
Chacun a de multiples occasions de s’énerver et de se mettre en colère. Ça peut faire du bien. Soulager. Ça fait aussi du mal, au sens où cela fait gaspiller bêtement de l’énergie. Rien d’anormal cependant à ces actes courants d’énervement et de colère, même si selon Horace « La colère est une courte folie », et que la folie n’est pas la raison, mais il n’y a pas de conclusions hâtives à en tirer si ces comportements demeurent courts et rares. Dans le cas contraire, quand ils perdurent, qu’ils se réitèrent, que ça devient chronique, cela traduit une certaine forme de carence de l’intelligence, à pointer du doigt. Explication. Jusqu’alors, en évoquant l’intelligence d’une personne, on parlait de Q.I. Il faut y adjoindre maintenant le Q.E. La personne que vous voulez évaluer peut avoir un bon Quotient Intellectuel et un faible… Quotient Émotionnel. Car aujourd’hui, des psychologues modernes parlent d’'intelligence émotionnelle', en affirmant qu’avoir une bonne connaissance de son propre état émotionnel, est une condition pour bien vivre en société, sans ressentir outre mesure les effets des nuisances des autres à son encontre, et sans nuire soi-même aux autres. Cela ne se faisant pas sans un certain travail personnel, il est donc intellectuellement intelligent de s’instruire à devenir émotionnellement intelligent. En la matière, deux principes de base sont à retenir. Premièrement, il faut se dire que la colère n’est pas nécessairement mauvaise ; et qu’elle le devient seulement lorsqu’elle s’exprime d’une manière inappropriée ou destructrice. Remarquons qu’une grande majorité d’hommes et de femmes continuent d’extérioriser leur colère comme ils le faisaient quand ils étaient enfants. Et pourtant ils ont grandi, mûri, et sont devenus adultes ! Alors à quoi sert, par exemple, de klaxonner comme un malade dans un embouteillage de la circulation, ou à piaffer et râler dans une file d’attente de caisse de supermarché ? Deuxième principe : il faut cesser de se mentir. Arriver à comprendre que bien souvent l’énervement et la colère ne nous sont pas tant procurés par les autres, que par nous-même et notre façon de réagir. Ils ne sont que des symptômes de ce que nous ressentons comme : une blessure, une peur, une frustration. C’est pourquoi, lorsqu’ils se manifestent, il convient de s’arrêter un temps pour se poser ces questions : « Ai-je été blessé ? Ai-je peur ? Ai-je le sentiment d’être menacé ou l’impression que je vais perdre une chose à laquelle je tiens ? Suis-je frustré ? ». Ainsi, réfléchir à la source de son énervement et de sa colère, la comprendre, contribue à se faire une conduite et une réaction appropriée à la situation, et à se décharger d’une partie de sa tension émotionnelle. En conclusion, pour ce qui est de votre évaluation, l’objectif sera de déterminer si votre Quotient Émotionnel vous semble équilibré ou si sa faiblesse parasite les portées positives de votre Quotient Intellectuel. Autrement dit, si les émotions l’emportent sur la raison et contribuent à vous faire avoir des comportements épidermiques irréfléchis.

Êtes-vous plus ou moins coutumier/e de ?
– 20 | LANCER DES INSULTES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
L’emploi d’une certaine violence verbale « tolérable » : les insultes, les injures
Nous ne traiterons pas ici de ces mots extrêmes qui relèvent de la sanction pénale. Nous resterons dans cette profusion de mots d’oiseau que bien du monde balance à la figure d’autrui à des fins précises. « Pourquoi les insultes touchent-elles ? », questionne un plaisantin sur un forum Internet, avant d’apporter cette raison maligne : « Parce que c’est leur boulot ! ». C’est effectivement leur boulot, un travail plus physique qu’intellectuel si l’on considère qu’'insulter' signifie 'faire assaut, sauter sur' ; 'affronter' veut dire 'frapper au front', et que l’expression 'petites phrases assassines', indique le caractère quasi mortel de certains propos. Parce qu’en s’y arrêtant un peu, si la forme des insultes est souvent violente, leur fond est, lui, souvent stupide, vulgaire et vide de sens. Au final, le mariage des deux est vaurien. Pourquoi insulter ? Parce que c’est l’argument final de celui qui ne trouve plus rien à dire. C’est un acte de force, c’est un coup de poing. L’insulte la plus populaire : connard ! Sinon, ce qui est frappant, c’est que les femmes sont insultées pour leur prétendue frénésie sexuelle et les hommes pour leurs manquements. Une femme sera traitée de « salope », là où un homme sera traité de « couille molle », « d’enculé » ou de « pédé » ce qui pour ces deux derniers mots est du même ressort. 'Enculé' : du latin 'culus' qui signifie le cul, l’enculé étant initialement selon l’auteur Marc Lemonier, un « sodomite passif, ce qui est dans les milieux machistes de notre société une insulte de première grandeur ». Décodage de ce genre d’insulte proférée par certains à d’autres (des hommes envers des hommes, surtout. Et parfois des femmes envers des hommes) : « Tu m’as fait ou dit quelque chose qui me déplait, alors faute de mots censés à te dire ou à te répondre, je te mets en position, je te déculotte et je te fais l’acte ; je te fais cet acte considéré comme normal d’une certaine manière d’un homme envers une femme, mais 'dégradant' pour un homme qui subit cet acte ; et en plus je te soumets…, Enculé ! ». L’injure « Fils de pute », elle, n’est pas de première jeunesse, puisqu’on le repérait déjà au Moyen-Âge : « Fils de putain » et elle est de même sens aujourd’hui. C’est-à-dire, au fond, une affirmation sans aucune justification réelle et avérée. Comme quoi, nous les modernes et les évolués, nous ne sommes pas moins sots que nos rustres grands anciens. Sots, assurément ! Et aussi faibles, au demeurant ! Parce qu’en fin de compte, on peut soupçonner ceux qui profèrent ces insultes de ne pas être trop fiers d’eux. Le chanteur Gérard Blanchard, le traduit bien, en bonne honnêteté dans sa chanson 'Des mots grossiers, des mots vulgaires', dont voici des vers : « Les pensées qui tournent au vinaigre / […] L’imagination finit au coin dans la marge / […] Des mots grossiers, des mots vulgaires / Mais comment faire pour les faire taire ? ». Comme beaucoup, il ne le sait pas, il n’y a pas réfléchi, il n’y a pas réfléchi vraiment, il n’a pas entrepris de travail pour faire plus intelligent, alors il les dit. Il dit des insultes et des injures. Nuance entre les deux : l’insulte correspond plus à une attaque verbale de circonstance, une sorte de réponse de l’attaqué à l’attaquant : « Tu n’es qu’un con ! », alors que l’injure cherche à provoquer, à déstabiliser pour blesser de manière injuste, « Je nique ta mère ! ». En conclusion, pour votre évaluation, il vous sera facile de déterminer si vous faites dans le registre de balancer des insultes, injures, et de considérer dans quelle proportion vous le faites.

THÈME DIAGNOSTIC ④
LES PHÉNOMÈNES FÉMININS ET MASCULINS

L’époque a changé. Des temps où l’homme se voulait supérieur, on entendait facilement des critiques sexistes, en société, en public, dans le sens unique hommes femmes. Ce n’est plus vrai de nos jours. Égalité de traitements ; de mauvais traitements, pourrions-nous dire. Cette série de questionnements à suivre passe en revue les genres de dénigrements masculins féminins. Et réciproquement.

ATTENTION !
Si vous êtes HOMME, lisez de 21/MR à 26/MR
Si vous êtes FEMME, zappez ci-dessous, et allez lire DIRECT de 21/MME à 26/MME

□ L’HOMME, SON RAPPORT À LUI-MÊME ET AUX FEMMES

Inclinez-vous à vous faire ?
– 21/MR | EXCESSIVEMENT MACHO
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
L’homme au comportement machiste immodéré
Qu’est-ce qu’un macho ? Le dictionnaire le définit ainsi : « Se dit d’un homme qui se pense supérieur aux femmes et qui le fait ressentir dans son comportement ». Donc, un homme : qui en impose aux femmes et qui impose ; qui empiète sur leur liberté d’être et de faire ; qui ne leur laisse pas la place qui leur revient ; qui ne reconnait pas l’égalité entre homme et femme, puisqu’il se sent supérieur. En réalité, il y a une différence entre ce que cet homme pense être, ce qu’il prétend être, et ce qu’il est vraiment. Il n’est ni plus ni moins que… l’égal de la femme ; dans la différence bien sûr. Personne ne peut nier ce théorème, et le faire de nos jours, par des paroles ou des comportements, traduit une faiblesse de jugement, et même plus si l’on se réfère à cet éclairage psy qu’un autre dictionnaire met sur le machisme : « mot de provenance espagnole signifiant : 'mâle, homme viril'. Le machisme désigne une attitude sexiste qui consiste à considérer la femme comme un moyen de se faire valoir. L’homme présentant ce trait de caractère est appelé 'macho' et utilise parfois cette technique pour se rassurer sur sa virilité en faisant étalage de sa force, mettant ainsi en avant une faiblesse psychologique parfois reliée à son éducation ». De nos jours, le mot 'macho' a vite fait de jaillir des bouches pour qualifier ou plutôt disqualifier des hommes. Jugement hâtif. Les sens du terme mériteraient d’être étudiés. Il conviendrait de savoir s’il n’y aurait pas plusieurs machismes : un machisme naturel et aimable, et un autre qui serait hypertrophié et mal aimable ; un machisme que des femmes pourraient ressentir comme leur étant profitable, et un autre comme leur étant préjudiciable. Dans un premier temps, prenons conscience que dans notre société l’absence de machisme n’existe pas. Si l’on considère l’homme et la femme comme étant égaux, ni l’un ni l’autre ne doit avoir de privilèges. Or en relations humaines, les femmes apprécient la galanterie. Des hommes en font preuve. C’est un trait de l’esprit macho. À l’origine, être galant c’est protéger la femme et l’assister dans certaines circonstances. L’homme passe derrière elle en montant l’escalier et devant elle en le descendant pour la rattraper si elle trébuche. Il utilise sa force pour lui ouvrir et lui tenir la porte, pour lui tirer sa chaise afin qu’elle s’installe (jadis, l’une et l’autre étaient lourdes), pour porter ses sacs de courses… Même si tout cela relève du domaine du machisme, c’est entré dans les mœurs et contente autant les hommes que les femmes. Dans un deuxième temps, il apparait qu’un homme à la forte personnalité associée à un tempérament de meneur est perçu par des femmes comme étant attirant. Nous pouvons parler alors de machisme modéré, le macho modéré étant quelqu’un qui a l’art d’imposer sa masculinité auprès des femmes tout en restant attentif à ce qu’elles veulent. Enfin dans un dernier temps, il y a ces hommes machos avérés qui mettent en avant leur virilité, avec la pensée qu’ils sont supérieurs aux femmes dans ces domaines d’excellence que sont la force, l’esprit de conquête, la prise de décision…, ce qui renvoie la femme à des tâches secondaires. Ce macho-là a le désir de soumettre la femme à sa réalité d’homme, et c’est évidemment préjudiciable à la femme. Nous sommes en plein dans ce comportement machiste immodéré qu’il vous restera à apprécier pour vous-même.

Tendez-vous parfois à ?
– 22/MR | DÉNIGRER SYSTÉMATIQUEMENT LES FEMMES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le dénigrement systématique de la femme
Pour faire concis et dans l’évidence : l’homme et la femme sont égaux ; dans la différence. Des hommes se refusent à cette évidence, ou pour le moins se refusent de réfléchir sur le sujet. Ce n’est pas faire preuve d’intelligence. Dénigrer, cela peut arriver. Dénigrer systématiquement, cela devient symptomatique. Certaines personnes usent du dénigrement comme d’un moyen pour ne pas entrer en relation avec une autre personne. Dès qu’il y a un danger de rapprochement, d’être trop impliqué, la personne peut dénigrer pour mettre une certaine distance. Taquinerie mise à part, des hommes qui dénigrent méchamment les femmes le font parce qu’ils en ont peur. On peut dire d’eux qu’ils sont misogynes. Dans son dictionnaire de philosophie, Christian Godin donne deux sens au mot misogynie : « Détestation des femmes qui va de l’aversion pour leur corps au mépris pour leur comportement et leur personnalité. Point de vue de celui qui se refuse à admettre l’égalité entre les hommes et les femmes ». Pour compléter et faire dans la précision, un autre dictionnaire donne cette approche psychologique : « La misogynie pourrait être le résultat de la peur de la femme. En effet, un mécanisme pour lutter contre la peur de quelque chose est d’ignorer ou de minimiser l’objet de notre peur, et en tout cas, de mettre à l’écart cet objet, d’être méfiant à son égard ou de le contrôler ». L’homme se sent fort, plus fort que la femme. Cela lui vient de loin : « L’homme… chef de la femme » est-il écrit dans le « Nouveau Testament ». S’il est le plus fort, qu’a donc à craindre le représentant du 'sexe fort' face à la représentante du 'sexe faible' ? Le psychanalyste indien Sudhir Kakar évoque le sujet, dans un ouvrage, par le biais du fonctionnement du désir masculin. En se promenant dans la rue, le jeune homme qui est narrateur, croise des femmes qui lui provoquent des érections ; et il déteste le désir que lui inspirent ces femmes : « Je hais cette façon qu’ont les femmes de m’envahir. Je hais ce qu’elles infligent à mon corps sans mon consentement. Je suis irrité par les érections importunes qu’elles suscitent. Cette partie de mon corps, source de sensations ô combien exquises, leur appartient, semble-t-il, plus qu’elle n’est mienne ». Le jeune homme vit cela comme si les femmes décidaient à sa place, comme si elles avaient une télécommande en main reliée à son sexe. Le voilà, le fameux pouvoir occulte de la Femme ! « Couvrez ce sein que je voudrais voir… et que j’ai peur de désirer », dirait un Tartuffe honnête et intelligent. Dès lors, on comprendra que le misogyne est celui qui se refuse à réfléchir plus loin et qui emploie des stratagèmes forts et désobligeants, tout autant que fort désobligeants pour la femme. Beaucoup d’hommes se défendent d’être misogynes, mais certains de leur propos et de leurs actes sont significatifs. Pour votre évaluation, à vous de repérer les manifestations empreintes d’irrespect et de dédain envers les femmes, à différents degrés. À travers les deux déclarations suivantes, en voici deux variantes extrêmes. Misogynie latente : « Je n’aime pas beaucoup les femmes car elles sont un peu l’ennemi. Je ne suis pas misogyne mais je me méfie d’elles, profondément. Je me méfie d’elles parce que j’ai horreur de souffrir, d’avoir mal aux dents, et puis ça ne sert à rien… », interview de Jacques Brel. Misogynie affirmée : « Je crois que la misogynie violente verbalement est la seule manière de tenir les bonnes femmes en respect. Sinon, elles s’octroient tous les droits et s’attachent à assoir leur répugnante domination. Les relations hommes-femmes sont un conflit permanent, et il s’agit d’être inflexible à l’endroit des greluches ». Un internaute sur un forum.

Vous arrive-t-il de ?
– 23/MR | DÉNIGRER LES FEMMES EN DES TERMES INFONDÉS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le dénigrement de la femme sans qu’il y ait de relation de cause à effet avérée.
Le dictionnaire 'Les Nuances de Littré' différencie la moquerie et la plaisanterie. « Par la moquerie, on tourne en ridicule ; elle est toujours plus ou moins offensante. La plaisanterie n’a pas nécessairement ce caractère ; sans doute elle peut être outrageante, mais elle peut aussi être innocente, obligeante, piquante ». « Tourner en ridicule, en dérision » est de la « moquerie méprisante » précise un autre dictionnaire. Pour illustrer ces définitions, voici ce qu’on entend volontiers dans la bouche de certains hommes : « C’est une mal baisée ! ». « C’est une blonde ! », « C’est une mannequin ! », sous-entendu « une idiote ». « Elle a ses règles ! » (du fait de sa mauvaise humeur). « Ce sont des lesbiennes ! » (entre autres pour caractériser deux femmes qui dinent seules au restaurant), etc. En fin de compte, le problème est le suivant. Si vous lancez parfois ce genre de phrases, en laissant à penser que vous n’en croyez pas un mot, que c’est de l’humour bienveillant envers la femme plaisantée, cela peut relever de la plaisanterie, plus ou moins rigolote. « Cela peut relever… » préciserons-nous, car pas sûr que la femme visée apprécie vraiment cette plaisanterie si on la fait devant elle, ou l’apprécierait si on la fait à son insu et qu’elle lui revenait aux oreilles. En revanche, si vous lancez souvent ce genre de phrases de façon lourde, tout en laissant à penser que vous croyez ou que vous n’êtes pas loin de croire ce que vous dites, ça relève d’un comportement irréfléchi, méchant, et imbécile. Doublement imbécile, car à moins de posséder des informations précises sur la femme que vous dénigrez, sur quoi vous fondez-vous pour lancer de telles affirmations ? Sur rien. Vous prêchez du faux ou au mieux de l’incertain. Vous supputez et faites passer des choses ignorées pour des affirmations avérées. Donc sottise bête et méchante de votre part pourra-t-on en conclure. « La moquerie est souvent indigence d’esprit » a dit Jean de La Bruyère. Là, c’est le cas. Maintenant pour votre note d’évaluation, à vous de placer le curseur sur le niveau 'd’indigence' constaté.

Vous vient-il de ?
– 24/MR | CRITIQUER LES FEMMES SELON DES IDÉES REÇUES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le dénigrement de la femme sous forme d’idées reçues
« C’est une femme, elle ne sait pas conduire ! », «… elle est dépensière ! », «… elle ne sait pas ce qu’elle veut ! »… Si vous lancez ce genre de phrases plus souvent que de raison, non pour plaisanter mais avec sérieux, c’est qu’il y a en vous un certain degré d’irréflexion. Vous tenez pour vrai, énoncez, transmettez et confortez un préjugé, une idée reçue. Mélange de cliché et de lieu commun, une idée reçue est une vérité douteuse ou menteuse qui est en mesure d’être admise facilement. Non sans raison. Elle est très répandue. Celui qui l’exprime la tient comme démontrée. Elle se présente vite à l’esprit comme une formule de pub réactivée qu’on vous a précédemment plantée dans la tête, vous dispensant de réfléchir pour faire réponse à une question ou une situation complexe ou gênante. Le hic est que l’idée reçue est souvent à la limite de la vérité, voire fausse. Même s’il apparait malgré tout qu’elles sont illogiques, il est vrai qu’il y a de la difficulté à se défaire de bien des idées reçues, tant elles sont ancrées dans notre culture. Cela étant, il y a les idées reçues faisant illusion, difficiles à identifier et à démanteler, comme « Il est dangereux de réveiller un somnambule » ; et pour se recentrer sur notre sujet 'le dénigrement de la femme sous forme d’idées reçues', il y a des idées reçues grossières faciles à repérer, du style de celles écrites en début de texte. Si vous remarquez que vous usez et abusez de ce type d’idées reçues chargées d’un certain pouvoir de nuisance, alors la note sera en conséquence.

Contestez-vous ?
– 25/MR | L’ACCÈS DES FEMMES À DES MÉTIERS DITS MASCULINS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Contre l’idée que la femme exerce un métier jusque-là masculin
En matière de métiers, on peut dire que l’homme et la femme ont des aspirations différentes. Alors que l’homme préfère l’action et les travaux techniques compliqués, la femme privilégie les situations de communication, a le souci de l’autre, le sens du concret. Naturellement, ces tendances générales s’expriment variablement selon le tempérament des personnes. Il va de soi que l’homme a de plus grandes capacités physiques ; ce qui n’empêche pas des femmes de travailler dans l’agriculture ou le bâtiment. Elles peuvent donc exercer tous les métiers. Dans les esprits et dans les faits, les métiers ont cependant encore des genres. 'La théorie de l’apprentissage social', des sociologues et psychologue Dollard et Miller, peut expliquer ce phénomène selon lequel on apprend à se comporter 'comme une femme' ou 'comme un homme', à travers l’observation de ceux qui nous entourent. De fait, l’éducation et la pression sociale font qu’il y a des préjugés sur certains métiers. « Pré-jugé » c’est-à-dire « jugé avant », sans qu’il y ait eu de réflexion. Cela étant souligné, si vous vous refusez à l’idée de voir des femmes exercer des métiers jusque-là exercés par des hommes, tels que : policiers, routiers, cadres, chefs d’entreprise, ministres…, il y aura matière à se poser cette question : « Et pourquoi donc ? », et à noter votre comportement comme étant irréfléchi ; ou alors très bien réfléchi, trop bien réfléchi… et donc très mal réfléchi au regard de ce qui doit être. « Aujourd’hui, il y a plus d’hommes dans les métiers techniques et scientifiques car les hommes recrutent plus les hommes. Certains ont 'peur' de perdre leur place », remarque Marie-Sophie Pawlak, fondatrice de l’association 'Elles Bougent'. De perdre leur place… et leur statut, ajouterons-nous. Dans des secteurs professionnels comme ceux du travail manuel, l’armée et autres, des métiers qui doivent une partie sinon la totalité de leur valeur, à la virilité qui s’en dégage, des hommes ont peur de s’en trouver diminués du fait que des femmes soient recrutées et leur soient associées. Tout ceci doit être dépassé, doit être en voie de dépassement, si ce n’est pas le cas dans votre attitude ou vos propos, l’intelligence n’est pas là ou tout du moins n’est pas en marche.

Vous advient-il de ?
– 26/MR | QUALIFIER LES FEMMES DE FAÇON HUMILIANTE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le dénigrement humiliant du physique des femmes
« C’est un boudin », « Elle a des heures de vol », « Elle s’habille stricte, c’est une mal baisée », « Elle s’habille court, c’en est une ! » voilà le genre de compliments que font des hommes à l’adresse de certaines femmes. Comment l’analyser ? Soit ces hommes sont troublés plus que de raison par des caractéristiques physiques particulières de certaines femmes et ils en parlent ainsi. Soit ils ne font pas plus cas que cela de ces aspects et ils s’en moquent malgré tout de cette manière. Dans le premier cas, il apparait que l’homme sérieusement interpelé et qui le manifeste en ces termes 'disqualifiants', se positionne dans l’excès ; la méchanceté, le désir de blesser ; il n’utilise pas les justes mots qualifiants, et même il en invente, confère « C’en est une ! » etc. De plus, celui qui fait ces réflexions devrait ajouter en fins de phrases : « selon moi », « selon mes critères » ; ce serait intelligent d’y penser et de le dire. Rien de cela, et dans les réflexions humiliantes incriminées il y a de la tension. La cause en est la peur. La peur du hors norme en négatif. C’est une image menaçante que lui renvoient ces femmes notées en dessous de ces attentes dans cet exercice de société qui consiste à être et à rester jeune, beau, admirable. Ce négatif-là lui apparait comme indésirable et moche à vivre pour lui s’il l’approchait de trop près, ou s’il s’en trouvait 'atteint'. Au tréfonds, avoir peur du 'laid', c’est avoir peur de sa propre transformation, de sa propre déchéance. Oui c’est humain, mais c’est une bien mauvaise manière de le traduire. Dans le deuxième cas des hommes n’étant pas spécialement interpelés par ces caractéristiques, et qui s’en moquent ainsi malgré tout, il y va d’un autre ressort psychologique principal, celui de la moquerie, de la plaisanterie, de la blague. C’est si drôle de se moquer des autres. Des rigolos sont prêts à tout pour faire rire. Et si ces esprits moqueurs sont blessants, ils ne s’y arrêtent pas pour autant, ils ne font pas d’excuses. Là où il y a un côté positif aux choses, il y a un côté négatif en revers. Cela vaut pour l’humour. Le côté négatif de l’humour peut être laid. L’humour moqueur peut être bête et méchant. L’ennuyeux c’est que nous pouvons tous y avoir recours à un moment ou un autre. Nous avons besoin de rire ; quitte à ce qu’il soit parfois provoqué par des trucs tordus. « Le rire : le plus grand antidépresseur » diagnostique l’écrivaine Irène Frain. Puisque notre nature nous y contraint, accordons-nous une zone de tolérance psychologique où nous pourrions parfois nous lâcher sans nous trouver sous la menace du jugement. Et en conséquence, accordons-la à ces hommes qui moquent les femmes à leur façon. Hors la zone, il faudra rendre des comptes, et ces hommes prompts à traiter des femmes de « boudin » et autres termes seront à juger. Pour recommandation et pour nous résumer, attention dans vos appréciations à bien distinguer ces deux spécimens : l’homme désobligeant et humiliant qui croit en ce qu’il dit : facile à noter ; et l’homme moqueur qui ne croit pas forcément en ce qu’il dit mais qui le dit quand même, ce qui en devient désobligeant : plus difficile à noter.

□ LA FEMME, SON RAPPORT À ELLE-MÊME ET AUX HOMMES

Tendez-vous à être ?
– 21/MME | FEMME SEXE FORT
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La femme qui en impose et impose son sexe
Au masculin, il y a le mot 'macho' (de l’espagnol 'mâle, homme viril') pour caractériser l’état d’esprit et le comportement de certains hommes. Au féminin, il n’y a pas de mot approprié pour caractériser cette femme 'femelle et femme d’aplomb'. Évacuons le mot 'féminisme', dont ce dictionnaire précise qu’il s’agit d’une « doctrine qui prône une revalorisation du rôle des femmes dans la société ». Il y a certes des femmes féministes 'moins-moins', 'moins', 'moyen', 'plus', 'plus-plus', et il y a aussi des femmes qui se positionnent au-delà. Des femmes qui en imposent et imposent leur sexe ; genre 'macho woman' comme on la nomme parfois aux USA à des fins de parodie. Vous la reconnaitrez quand il s’agira de l’évaluer et vous la noterez en conséquence. Pour vous aider à réfléchir, outre ce rappel du théorème que la femme et l’homme sont égaux, dans la différence bien sûr, voici l’extrait d’un article que publie dans son média la journaliste Béatrice Toulon. Cet article concerne la femme politique américaine Sarah Palin, candidate à l’élection présidentielle dont Barack Obama est sorti vainqueur. La journaliste écrit ceci sur elle et sur ses soutiens féminins : « Elles vomissent les hommes efféminés, elles crachent sur le Big Government qui dépense leur argent… elles s’appellent elles-mêmes les 'éléphants roses', les 'mamans grizzli', les 'femmes musclées' et revendiquent le pouvoir. Ces ultra-conservatrices en cuissardes sont-elles le nouveau visage de l’Amérique ? ». Sortons ces propos du cadre de la politique pour les inscrire dans un plus large cadre social. Alors certes, nous ne sommes pas en Amérique mais en France, les mentalités sont différentes. Il n’empêche que si vous vous retrouvez dans certains de ces traits évoqués dans l’article et d’autres de la même trempe, c’est que dans votre genre [féminin], vous êtes une femme : d’excès, d’intolérance…, avec ce que cela implique d’insuffisance de jugement.

Vous arrive-t-il parfois de ?
– 22/MME | DÉNIGRER SYSTÉMATIQUEMENT LES HOMMES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le dénigrement systématique de l’homme
Il existe des femmes qui haïssent les hommes. De la même manière que des hommes font preuve de misogynie, ces femmes font preuve de misandrie. La misandrie est un sentiment d’aversion pour les hommes. Sentiment pouvant être doublé d’une théorie, celle de l’infériorité des hommes par rapport aux femmes. Tout cela pour en arriver à ces femmes qui dénigrent les hommes. Si elles le font de façon occasionnelle et précise, comme cela arrive bien souvent, pas de conclusions particulières à en tirer. Si elles le font de façon systématique, il peut y avoir misandrie et refus de considérer l’homme et la femme comme égaux. Ce n’est pas faire preuve d’intelligence. Pour vous évaluez en la matière, quelle méthode utiliser ? ; étant entendu que dans notre société il est bien plus difficile de repérer des femmes misandres que des hommes misogynes. Pour vous aider, nous vous proposons de procéder par étapes successives de réflexion. En premier lieu, voyez si vous tenez des propos d’ordre féministe : si c’est le cas, rien à redire. En second lieu, voyez si vous le faites de façon agressive, voire très agressive : il y aurait à redire, mais ce n’est pas le sujet. En tout cas, nous arrivons là aux confins – assez mal délimités – de l’esprit féministe. En dernier lieu, voyez si vous vous exprimez dans le registre de 'la haine'. Ici, commence la misandrie : « du grec misandros », « Personne qui professe des idées ou adopte une attitude relevant de la misandrie, de la haine du genre masculin ». En conclusion, à vous de décerner la note appropriée selon le degré des propos et des comportements déraisonnables.

Vous vient-il de ?
– 23/MME | DÉNIGRER LES HOMMES EN DES TERMES INFONDÉS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le dénigrement de l’homme sans qu’il y ait de relation de cause à effet avérée
Il y a une nuance entre les plaisanteries et les moqueries. Si les plaisanteries sont plutôt des blagues faites pour s’amuser, amuser la galerie, sans mauvaises intentions, les moqueries elles sont à connotation négative et tendent à porter atteinte à la personne dont on se moque, « à la descendre ». En matière de dénigrements spécifiques envers les hommes, certaines femmes y vont facilement de ce genre de phrases chargées de sens… ou plutôt de non-sens : « C’est un mec tout en muscle ! », « C’est un sportif ! », « Ah il est beau ! »… et donc… inintelligent ; comme si les deux devaient être forcément liés. Ou encore : « Il a une petite bite ! » ou « Il bande mou ! ». S’il vous arrive de lancer ces formules, dans la bonne humeur, dans un esprit de 'chambrage amical', cela peut être marrant ; 'cela peut être', insisterons-nous sur ces mots de prudence, car pas sûr que l’homme visé apprécie s’il vient à l’entendre ou que cela lui est répété. Au-delà de ça, si vous balancez souvent ce genre de phrases, de façon musclée, et que vous pensez ce que vous affirmez ou que vous n’êtes pas loin de le penser, nous tombons là dans un comportement irréfléchi, méchant et imbécile. Ceci à double titre, car à moins d’être en possession d’informations précises sur l’homme que vous débinez, sur quoi vous fondez-vous pour lancer de telles affirmations ? Sur rien. Il n’y a pas de relation de cause à effet avérée, ce qui fait que le comportement relève de la bêtise bête et méchante. Trois citations pour finir de nous éclairer en formules imagées : « Esprit moqueur, petit esprit » dit le poète Pierre Reverdy (synthétique mais évocateur) ; « Il faut se moquer de tout autant que faire se peut » écrit l’auteur Gilles Achambault (il est intéressant de retenir le «… autant que faire se peut » ; et « Rien ne révèle la débilité et ne l’entretient comme la moquerie » dit l’écrivain Émile Faguet (propos excessifs mais empreints de sens). En conclusion, les signes cliniques à repérer doivent être : la méchanceté gratuite et le désir de nuire. À vous de les identifier chez vous et de déterminer votre notation en la matière.

Vous advient-il de ?
– 24/MME | CRITIQUER LES HOMMES SELON DES IDÉES REÇUES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le dénigrement de l’homme sous forme d’idées reçues
« Les hommes sont de petites natures ! », « Ils sont lâches ! », « Ils ne pensent qu’avec leur sexe ! »,… Voici des exemples de phrases qui seront à repérer dans votre bouche. À la base, ce ne sont ni plus ni moins que des idées reçues qui sont proférées sous forme de phrases ayant valeur de vérités. S’il y a de la malice dans votre esprit de femme lançant parfois ces phrases, on en retiendra qu’il n’y a pas d’inintelligente et que vous vous amusez. S’il y a de la récurrence et de l’insistance, le diagnostic sera différent. On pourra en déduire que vous tenez pour vrai, énoncez, et transmettez sans discernement un préjugé, une idée reçue. Mixe de cliché et de lieu commun, une idée reçue est une pseudo-vérité ou une fausse vérité qui s’admet facilement. Elle est prédisposée à cela. Elle est répandue. Celui qui l’exprime la tient comme établie. Elle vient vite à l’esprit comme une formule publicitaire réactivée qu’on vous a mis en tête, vous exonérant d’un acte de réflexion afin de se prononcer sur un sujet complexe ou gênant. Sauf que l’idée reçue est souvent à la limite de la vérité, voire fausse. Même si l’on ressent de l’illogisme dans certaines idées reçues, il est souvent difficile de s’en affranchir tant elles se sont inscrites dans notre culture. Néanmoins, il y a des différences entre des idées reçues crédibles qui peuvent faire illusion, du style : « Avoir froid donne le rhume » ; et pour recoller à notre sujet sur 'le dénigrement de l’homme sous forme d’idées reçues', il y a des idées reçues pas très plausibles, comme celles citées en début de texte. À vous d’identifier si vous avez recours à ce genre d’expressions empreintes d’un pouvoir de nuisance et de vous noter en fonction de la fréquence et de la puissance de vos dires.

Contestez-vous ?
– 25/MME | L’ACCÈS DES HOMMES À DES MÉTIERS DITS FÉMININS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Contre l’idée que l’homme exerce un métier jusque-là féminin
Si de plus en plus de femmes exercent des métiers d’hommes, le contraire est moins fréquent. Il résulte de nos recherches que les métiers dits féminins exercés par les hommes appartiennent surtout au secteur médical : sage-femme, infirmière, aide-soignante. Également au secteur social : assistante maternelle, assistante sociale… De la même manière qu’une étude menée dans le cadre du Programme national de recherche 'Intégration et exclusion' souligne qu’il règne une ambiance de type patriarcal dans les cabinets médicaux où les rôles sont définis par genres : le médecin est un homme (de plus en plus de femmes cependant) et la secrétaire est une femme, on observe qu’il règne une ambiance matriarcale dans les métiers dits féminins évoqués plus haut. Une fois n’est pas coutume, les femmes y ont ici une certaine légitimité, une souveraineté et c’est la perdre un peu si des hommes, forts d’une approche qui leur est personnelle, entrent dans le jeu. Certaines femmes usent alors de mauvais arguments pour les discréditer, du style : « Ces métiers ne sont pas faits pour des hommes ». Il est vrai que pour les professions, l’homme et la femme ont des aspirations différentes. Alors que l’homme préfère l’action et les travaux techniques, la femme privilégie les situations de communication, a le souci de l’autre, le sens du concret. Bien sûr, ces tendances s’expriment variablement selon le tempérament des personnes. Il n’empêche qu’en théorie et en pratique l’homme est apte à exercer tous les métiers. Pour votre évaluation, tenir des propos trop insistants contre le fait que des hommes exercent des professions réputées féminines devra vous inciter à vous poser des questions et sera à noter en fonction. Autre chose maintenant. À fouiller les forums Internet, il apparait que des femmes disent ne pas vouloir avoir affaire à des hommes exerçant certains métiers : infirmiers, aides-soignants, gynécologues. En rapport avec le corps donc. La raison en est la pudeur. À titre personnel, si elles en ont le choix, elles préfèrent être suivies par des femmes ; sans pour autant, d’un point de vue général, dénigrer le fait que des hommes puissent exercer ces professions. Ceci nous semble entendable, respectable, et bon à préciser : en conséquence, pas de conclusion à en tirer dans le cadre de notre livre. Il en va autrement quand on lit les trois textes féminins suivants postés sur des forums. Post 1 : « Les hommes gynécologues sont des hommes avant d’être des médecins. De ce fait, je me suis toujours interrogée sur les réelles motivations d’un homme à exercer cette profession et j’ai toujours pensé qu’il y avait de la perversité ». Post 2 : « Les résultats du concours tombent et je suis effarée de voir autant d’hommes qui veulent devenir infirmiers. Je trouve ça malsain et en plus je ne vois pas ce qu’ils viennent faire là, il y a plein de métiers plus pour eux dans le paramédical, on devrait leur interdire ce métier. D’ailleurs il suffit de les entendre, ils ne sont là que pour en profiter et voir des femmes nues. En plus, il y a déjà suffisamment de candidates pour qu’en plus on doive être concurrencée par des hommes ». Post 3 : « Tous les métiers ne sont pas faits pour les hommes, il faudrait qu’ils comprennent ça. J’ai vu qu’il existe même des sages-femmes hommes. C’est d’un ridicule. Ils n’ont rien à faire dans ce métier, je suis désolée ». Notre conclusion : s’il y a assurément de l’embarras corporel compréhensible en assise de ces propos, il y a en plus de la fermeture d’esprit et de l’ignorance quant aux motivations et aux ressentis de ces hommes qui veulent exercer ces métiers ; et cela porte un nom qui entre dans le cadre de notre ouvrage. À vous de le noter en conséquence chez vous-même si vous tenez ce genre de propos.

Vous prend-il de ?
– 26/MME | QUALIFIER LES HOMMES DE FAÇON HUMILIANTE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le dénigrement humiliant de l’aspect des hommes
Quand des femmes y vont de coups d’œil de dénigrement pour les hommes ne portant pas le polo floqué du petit 'crocodile' ; quand elles y vont de marques de dédain pour des hommes de style 'Columbo, en 403' ; quand elles y vont de commentaires désobligeants sur le physique des hommes, il faut chercher à comprendre à quels genres de femmes nous avons à faire, et ce qui motive leurs commentaires sur le fond et dans la forme. Quand une femme dit d’un homme : « il est moche comme un cul », « il est gras du bide », « c’est un vioc », il va de soi qu’un état de malaise les pousse à faire ces commentaires excessifs et insignifiants, au sens de qui ne signifient rien… ; rien de rationnel. Et pour être intelligentes, elles pourraient ajouter : « à mon goût », « selon mes attirances ». Or, ce n’est pas le cas. Et si elles se comportent ainsi face à des hommes qui ne s’inscrivent pas dans ces critères de beauté et d’élégance exigeants de la société, c’est qu’ils leur renvoient une image d’elles qui leur fait peur. L’idée qu’elles puissent être elles-mêmes en prise avec la disgrâce, l’inélégance, si ce n’est déjà un peu le cas, leur est difficile à vivre. La peur du 'laid' traduit subconsciemment la peur de sa propre transfiguration négative. Une réaction de fond bien humaine, mais traduite en surface de façon discutable. Par ailleurs, chez ces femmes y allant de la sorte en traits de dénigrement des hommes, il y va d’un ressort psychologique principal autre, qui est celui de la moquerie. C’est si drôle… oui mais, sans s’arrêter sur le fait qu’elles pourraient être blessantes, qu’elles pourraient s’excuser, et qu’elles pourraient faire attention. Là où il y a un côté positif aux choses, il y a aussi un côté négatif. Cela vaut pour l’humour. Et son côté négatif peut être bête et méchant, à l’image de ce que nous pouvons être, finalement, quand nous nous adonnons à de l’humour vache lors de parties de rigolade. Ce n’est pas rédhibitoire. Nous avons besoin de rire ; quitte à ce que notre rire découle parfois de trucs tordus. « L’homme souffre si profondément qu’il a dû inventer le rire » a écrit Nietzsche. Notre nature humaine étant ce qu’elle est, accordons-nous une zone de tolérance psychologique, thérapeutique, où l’on pourrait parfois se lâcher à l’abri de tout jugement critique ; et accordons-la à ces femmes qui dénigrent et moquent ainsi les hommes. Au-delà, pour vous-même si c’est le cas, il faudra apprécier si vous êtes enclines au dénigrement moqueur. Et apprécier si vous êtes cassante et déterminée : notation facile. Ou si vous vous complaisez à la moquerie et au dénigrement moqueur, sans y mettre trop de fond ; mais ce qui devient désobligeant si vous insistez : notation plus délicate.

THÈME DIAGNOSTIC ⑤
LES TRAVERS DE L’ÂGE


La question de l’âge est abordée ici. Nous traitons : le pseudo-adulte (18-25 ans) ; le jeune adulte ; l’adulte d’âge moyen ; l’adulte du troisième âge. Nous avons choisi d’écarter l’enfance et l’adolescence, ainsi que le quatrième âge. Nous ciblons les tranches d’âges entre 18 et 80 ans ; parce qu’avant, l’esprit humain n’est pas abouti ou en passe de le devenir rapidement Et parce qu’en fin, nos grands Anciens, devenus fragiles, se retrouvent souvent en situation de prise en charge physique et parfois psychologique. Sinon, dans le cadre de notre étude, on pourrait croire que plus on vieillit plus on se bonifie. Ce n’est pas forcément vrai. Les questionnements posés, au fil des âges, le montrent.

ATTENTION !
Les 18/30 ans, NE LIRE QUE de 27/AGE/18/30 à 32/AGE/18/30
Les 30tenaires, NE LIRE QUE de 27/AGE/30/TAINE à 32/AGE/30/TAINE
Les 40/60 ans, NE LIRE QUE de 27/AGE/40/60 à 32/AGE/40/60
Les 60tenaires, NE LIRE QUE de 27/AGE/60/TAINE à 32/AGE/60/TAINE

□ LE PSEUDO ADULTE (DE 18 À 30 ANS)

En serait-il ainsi de vous ?
– 27/AGE/18/30 | SE REVENDIQUER DÉRAISONNABLEMENT INDÉPENDANT
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La revendication déraisonnable de son indépendance
L’âge de la majorité franchie, des jeunes adultes se revendiquent majeurs et libres, pensant que désormais, en vertu de cette 'grande liberté' qu’ils attendaient tant, tout leur est désormais permis, tout leur est autorisé. Cette perception des choses est mauvaise. Deux cas de figure se présentent. Premier cas. Si par exemple le jeune adulte fait des études ou qu’il ne travaille pas, et qu’il subvient à ses besoins par le biais de ses parents, autrement dit que ses parents subviennent à ses besoins, il se trouve majeur et indépendant juridiquement, mais majeur et dépendant dans sa vie pratique. Dépendant de ses parents. Ce qui pose un 'cadre' sur cette image de 'grande liberté' qu’il avait en tête. S’il ne veut pas comprendre cela, qu’il ne veut pas tendre vers cela, il y a alors un défaut de réflexion qui se pose. Deuxième cas de figure. Si le jeune adulte est autonome financièrement, il est juridiquement majeur et indépendant, et dans la vie pratique il est majeur et indépendant – mais mais mais… dépendant des règles que la société lui impose, règles sociales, règles de travail, règles diverses. Si le jeune adulte ne veut pas intégrer ceci, qu’il lutte contre, qu’il tempête fortement et qu’il agit inconsidérément, du style : « J’emmerde le chef, si j’arrive en retard, j’arrive en retard ! », il se pose également un problème de réflexion. D’un point de vue général, dans le cadre de notre ouvrage d’évaluation et de notation, il y a bien sûr de l’indulgence à avoir sur des comportements de jeunes adultes qui sont encore 'victimes' des velléités de leur âge. Aussi pour votre notation personnelle de jeune adulte, soyez attentif à repérer si vous êtes encore sous cette emprise, ou si vous êtes au-delà et que vous parlez et vous comportez avec excès.

En passez-vous par ces élans ?
– 28/AGE/18/30 | INVINCIBILITÉ ET AGISSEMENTS IRRÉFLÉCHIS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le sentiment d’invincibilité
Retour vers l’adolescence. Ce sentiment d’invincibilité est propre à l’adolescent qui est porté à agir dangereusement. Pensant ou voulant bien croire qu’il ne peut rien lui arriver, il dénie volontiers le risque qu’il prend alors qu’indéniablement il se met en danger. Voici des risques fréquemment pris par des jeunes. Risques sociaux : au travail, risque de se faire mettre à la porte ; dans la vie, risque de s’attirer des ennuis. Risques physiques : la pratique de sports et de loisirs extrêmes, la conduite dangereuse sur la route, la sur-consommation d’alcool, la consommation de drogues, les rapports sexuels non protégés… Ce sentiment d’invincibilité propre à l’adolescence doit prendre fin avec elle. L’ennui est que si l’on sait quand commence l’adolescence (à la puberté), on ne sait pas toujours quand elle finit. Convenant que la fin de l’adolescence est difficile à préciser et varie beaucoup d’un adolescent à l’autre, des spécialistes s’accordent sur ce point : « On peut estimer que l’adolescence se termine en moyenne vers 21 ans ». Très bien ; il faut en tenir compte. Néanmoins si le législateur a fixé l’âge de la majorité à 18 ans, c’est qu’il a jugé qu’à cet âge on était doté d’un certain degré de maturité. Pour en revenir à notre sujet du jeune adulte de 18 à 30 ans, la question à se poser sur vous-même, est de savoir si vous êtes resté/e à un degré de réflexion d’adolescent, ou si vous en êtes arrivé/e au degré de réflexion du jeune adulte ? En tant que jeune adulte plus âgé, plus près des 30 ans que des 18, vous pourrez vous demander si vous avez un degré de réflexion en rapport avec votre âge, ou si vous êtes demeuré/e un ado attardé ? Le journal canadien 'Le Devoir' titre sur cette série télé 'Les Invincibles', mettant en scène quatre jeunes adultes, amis de toujours, qui veulent assouvir leur soif de liberté : « Les Invincibles, des ados attardés ! ». La formule semble bonne. Ces personnes ne mesurent pas complètement les conséquences de leurs actes, n’en ont pas une conscience très développée. « La conscience ; avoir la conscience ! », voilà donc la formule clé. Un dictionnaire philosophique en dit : « La conscience est la capacité de se percevoir, s’identifier, de penser et de se comporter de manière adaptée. Elle est ce que l’on sent et ce que l’on sait de soi, d’autrui et du monde. En ce sens, elle englobe l’appréhension subjective de nos expériences et la perception objective de la réalité. Par elle, enfin, nous est donnée la capacité d’agir sur nous-même pour nous transformer ». Tout est dit. En conclusion, si en tant que pseudo-adulte, vous pensez, vous vous déclarez, vous vous comportez comme un invincible à qui il ne peut rien arriver, aussi bien socialement que physiquement, si vous insistez dans vos déclarations et vos comportements en dépit des mises en garde qu’on a pu vous faire, c’est à noter en conséquence.

Vous estimez-vous quelque peu en ?
– 29/AGE/18/30 | INCAPACITÉ DE DÉPASSER LA FRUSTATION
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
L’incapacité à dépasser sa frustration
Sortant de l’adolescence où l’on est idéaliste par nature, le pseudo-adulte perd peu à peu son idéal de vie pour s’inscrire dans les réalités de l’existence. Cela ne se fait généralement pas d’un coup mais progressivement. Ce qui fait que bien des personnes commencent à vivre leur jeune vie d’adulte avec, en tête, une approche idéalisée du fonctionnement de la société. Or comme la société s’administre à sa manière, avec ses règles et ses contraintes, et que ce n’est pas elle qui va plier, le jeune adulte en éprouve de la déconvenue. Celui-ci est frustré et le manifeste… ou ne le manifeste pas vraiment. S’il ne le manifeste pas vraiment, on peut penser qu’il s’en tient à cette attitude parce qu’il fait preuve de compréhension et qu’il 's’adapte' sans heurts, ce qui ne veut pas dire qu’il est en accord avec les règles ou qu’il ne conserve pas son esprit critique. Attitude raisonnable dirons-nous ; au sens où elle fait appel à la raison. S’il manifeste et qu’il rugit, qu’il agit inconsidérément, cela traduit qu’il se trouve dans l’incapacité de dépasser son stade de la frustration. Pour employer une expression qui parlera à tous, on pourra dire qu’il est 'buté'. S’il le reste quoi qu’on lui dise, la conclusion qui vient à l’esprit est : irréflexion. S’il prend un peu de temps pour dépasser ce stade, la conclusion sera : irréflexion puis réflexion. S’il prend énormément de temps pour dépasser ce stade, on en traduira : irréflexion, irréflexion, encore irréflexion, etc., puis réflexion. Vous voici donc en possession du cheminement intellectuel pour vous aider à vous noter sur ce point de l’entêtement. Naturellement, votre jugement est à pondérer par le fait qu’il est structurellement normal que le jeune adulte que vous êtes soit quelque peu dans la résistance au regard de l’âge… étant entendu qu’il devient intelligent de lâcher prise à un moment.

Vous jugeriez-vous parfois ?
– 30/AGE/18/30 | SANS NUANCE ET DANS LE REFUS DES COMPROMIS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
L’hypertendance aux réactions rigides et cassantes
Le 'jeune' tient cette tendance à avoir des réactions rigides et cassantes de sa période d’adolescence. À cette époque de sa vie, il n’est guère capable de négocier et il n’est jamais d’accord avec toute personne (parents, professeurs, supérieurs) qu’il ressent – à tort – comme étant de tout-puissants persécuteurs. En fait, comme le souligne le psychiatre Jean-Yves Hayez : « celui-ci ne reconnait pas ce supplément de Pouvoir des adultes ; il est leur égal ». Dans la période de mutation de l’état de vieil adolescent à celui de jeune adulte, le 'jeune' ne se trouve pas encore départi de ces structurels modes de fonctionnement. De plus, la vie ne lui a pas encore laissé le temps et ne lui a pas encore donné suffisamment d’occasions pour qu’il se polisse. Il est encore fait de comportements et de dires tranchants. Ainsi, il mène des attaques de front ou répond de la même façon à des réflexions qui lui sont faites, il ne fait ni dans le compromis, ni dans la négociation, il éprouve de la difficulté à se remettre en question. Tout cela est donc normal pour un adolescent ; à peu près normal pour un très jeune adulte ; un peu moins normal pour un moins jeune jeune-adulte. Ceci pour vous tracer un cadre qui vous permettra de procéder à votre évaluation de jeune adulte. En résumé : « des attaques ou des réponses frontales, pas de compromis, ni de négociation, pas de remise en question quoi qu’on dise » pour le tout jeune adulte de 18 ans que vous êtes, vous conduiront à vous accorder des circonstances atténuantes et à vous attribuer une note faible. Les mêmes comportements chez le moins jeune adulte, de 20-21 ans et plus que vous êtes, vous conduiront à vous accorder moins de circonstances atténuantes et à vous attribuer une note moyenne. Les mêmes comportements chez le jeune adulte plus mature, de 25 ans et plus que vous êtes, vous conduiront à ne pas vous accorder de circonstances atténuantes et à vous attribuer une note affirmée.

Poussez-vous un peu trop à ?
– 31/AGE/18/30 | DÉFIER L’AUTORITÉ ET LES CONVENANCES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à transgresser les règles et faire fi des conséquences inhérentes
Transgresser les règles, c’est enfreindre la loi ; républicaine, sociale. Délaissons les manifestations délinquantes etc., pour ne nous intéresser qu’à ces transgressions communes du quotidien. En voici des exemples. Partir d’un bar avec un verre ; faire l’amour en voiture ou en extérieur (avec le risque d’être vu) ; tricher aux allocations sociales en faisant des déclarations arrangées ; pointer pour un autre à l’usine ; utiliser pour soi des timbres ou des fournitures du bureau ; téléphoner au volant, avoir trop bu, avoir 'fumé', rouler trop vite, etc. Certains de ces actes se classent au rang du faible danger et de la sanction administrative (amendes, petits jugements), d’autres au rang supérieur du risque physique (blessure, décès). Pour les actes sans danger relevant de la sanction administrative, si le risque est pris pour soi, en connaissance de cause, parce qu’on y trouve un intérêt, et en assumant par avance les possibles conséquences négatives (« Je sais que c’est interdit mais je choisis de le faire quand même »), c’est un acte réfléchi et nous n’y voyons rien de foncièrement imbécile. Si le risque est pris en entrainant autrui, sans demander son avis (« Je sais que c’est interdit mais je m’engage quand même dans cette voie au nom de nous tous »), si c’est réfléchi c’est du domaine de la manipulation ; si c’est irréfléchi cela relève de l’inconscience ; dans les deux cas c’est à noter en conséquence. Pour les actes relevant du domaine du danger et des conséquences physiques (le jeune conduit vite par exemple), s’il se met en danger 'raisonnablement', en étant seul et sans risque potentiel pour autrui, c’est son choix assumé… mais dans la mesure où des blessures, blessures invalidantes, décès, peuvent survenir pour une raison imprévue, c’est tout de même imbécile. S’il se met en danger 'déraisonnablement' avec des risques pour autrui, des accompagnants ou des personnes extérieures qui peuvent subir les dommages d’un accident, par exemple, nous nous trouvons face à une personne à évaluer d’une grande immaturité, grande inconscience. Dans tous les cas, c’est imbécile à des degrés divers. En résumé, pour bien noter le sujet, le mot arbitre peut être le mot 'maitrise'. Est-ce que la jeune personne que vous êtes possède une certaine maitrise dans l’exercice de ses actes et, donc en amont, une certaine maitrise de l’esprit ? Trois paliers de lecture. « Je mesure toutes les conséquences, et je le fais » : si c’est le cas, il y a du discernement, mais malgré tout une (faible) note de degré de déraison à décerner. « J’appréhende à peu près le risque, le danger, les conséquences, à peu près seulement, et je le fais quand même » : là, une note moyenne à attribuer. « Je ne réfléchis pas ou peu et je le fais » : une note forte à décerner. La note sera à pondérer pour les très jeunes adultes plus près de 18 ans que des 30, eux qui sortent d’une période où l’on transgresse allègrement pour tester les règles et pour se construire.

Faites-vous souvent dans le ?
– 32/AGE/18/30 | REJET DES RÈGLES MORALES DES PLUS ANCIENS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à décrier les règles et les 'Vieux'
Du point de vue moral, plus que de celui du pouvoir qui s’exprime plus tard quand il est en situation d’accéder à des responsabilités et qu’il est en concurrence, le jeune adulte a tendance à dénigrer les règles et les 'Vieux', comme il dit. « Les règles et règlements sont c... Les Vieux le sont aussi, eux qui nous les rappellent », pourrait-on résumer en cette phrase le système de pensée de bien des jeunes gens. Les règles contraignent, et les jeunes adultes au sortir de l’adolescence, encore idéalistes et encore peu habitués aux règles de vie adultes, n’aiment guère cela. Ils sont de jeunes cailloux friables aux arêtes tranchantes. Les Anciens, eux, sont maintenant de solides cailloux polis et ils représentent aux yeux des jeunes, ceux qui font les règles et/ou qui y tiennent. C’est une erreur de jugement du jeune adulte, car ce ne sont pas uniquement les Anciens qui tiennent à cela, c’est la société dans son ensemble, cette société démocratique dans laquelle nous vivons. Par ailleurs, le jeune homme, la jeune femme, doit s’intégrer dans cette société aux règles d’adultes nouvelles pour eux, et pour cela il lui est nécessaire de faire un effort d’adaptation pour y parvenir. Quand on doit intégrer un nouveau milieu, il convient de se mettre en mode écoute avec ceux qui le composent, y compris les 'Anciens'. Ce qui signifie : être réceptif aux conseils et recommandations, mais aussi s’informer, poser des questions et permettre à l’autre de livrer son expérience. Il va de soi que les Anciens se doivent d’avoir, en retour, un comportement adapté envers la jeunesse. Il faut du lien et de la communication. Les psychologues Marie Bérubé et Marc Vachon soulignent : « Toute communication nécessite la création d’un pont entre les individus. Entrer en relation part d’une volonté de créer ce pont et passe par une flexibilité de part et d’autre, afin de rejoindre l’interlocuteur sur son terrain. Communiquer suppose donc un effort commun, et la croyance malgré les différences entre les individus dans les bonnes intentions de chacun ». Tout d’abord, notons que ce principe de 'différences entre les individus' est à retenir absolument. À ce propos, est-ce qu’en tant que Jeune vous faîtes dans le : « J’identifie cette personne comme étant un Vieux, et tout ce qui s’ensuit en lieux communs négatifs », ou dans le : « J’identifie cette personne comme quelqu’un différent de moi, à commencer par l’âge, et pas pour autant comme étant : dépassé, has-been, c... ? ». Ensuite, et plus globalement, le maitre mot de la citation des psychologues est certainement : 'Flexibilité'. À ce propos, vous montrez-vous intelligemment flexible (pour votre âge) ou plutôt sottement inflexible ? Note en fonction.

□ LE JEUNE ADULTE (ENVIRON 30 ANS)

Vous arrive-t-il malgré tout à ?
– 27/AGE/30TAINE | VOULOIR EN METTRE PLEIN LA VUE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à vouloir en mettre plein la vue
« 30 ans et plus ! Bienvenue dans le monde des adultes en âge d’être reconnus comme tels et en âge d’accéder aux responsabilités ! », pourrait-on dire pour synthétiser. Mais à trente ans, même si on a de la maturité, on n’a pas encore la maturité que confère l’âge, les maturités successives que confèrent les âges de la vie. Si le trentenaire le pressent au fond de lui, pas sûr que cette préconscience remonte très bien jusqu’à son esprit. Ce qui fait qu’il développe des comportements que l’on pourrait qualifier d’inappropriés. Dans la vie quotidienne et dans le travail, bien des trentenaires sont dans le besoin 'd’en mettre plein la vue'. S’ils le font, c’est pour se donner de l’importance. L’expression parle d’elle-même. Et s’ils veulent 'se donner' de l’importance, c’est qu’au fond ils ne sentent pas très sûrs d’eux et qu’ils éprouvent des peurs qu’ils veulent masquer : la peur de ne pas être pris au sérieux, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur d’être mal jugés, la peur d’être exclus…, la peur de ne pas être aimés. Plutôt que de 'truquer', ils pourraient en arriver à développer un comportement normal en appliquant des règles simples. En acceptant d’être eux-mêmes, à l’âge qui est le leur. En acceptant de ne pas être reconnus comme exceptionnels. En renonçant présentement à certaines ambitions de grandeur et de pouvoir. En ne recherchant pas l’attention ou une admiration constante. En arrêtant de se comparer aux autres. En considérant que la propre opinion d’eux-mêmes est plus importante que celles des autres à leur sujet… Et en se disant, qu’en définitive ils n’ont pas besoin d’en mettre plein la vue pour être aimés, pour être 'importants' aux yeux d’autrui. Mais peut-être est-ce trop demander à des trentenaires que de s’imprégner immédiatement de tout cela, et de le mettre en pratique. Cela devrait venir avec l’âge, avec les âges de la vie. Néanmoins, on est droit d’attendre d’eux qu’ils en comprennent et qu’ils en appliquent une partie. Ainsi, pour ce qu’il est de vous-même, il conviendra de noter si vous avez une tendance marquée à vous donner de l’importance, au point d’en agacer les autres. Car si vous n’avez pas conscience que vous jouez un rôle et qu’en plus vous agacez, il y aura matière à vous noter sur votre inaptitude à la réflexion sur le sujet. Avec les degrés de notes qui s’imposent.

Identifiez-vous chez vous une certaine ?
– 28/AGE/30TAINE | TENDANCE À SE SURESTIMER
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La surestimation de ses capacités, de ses responsabilités, de sa personnalité
Bien des trentenaires ont tendance à se voir et à se vivre plus 'grands' qu’ils ne le sont réellement, et ce, aussi bien au niveau social, intellectuel, physique ou amoureux. Ils sont pressés, veulent se réaliser, réussir, prendre le pouvoir. Sauf que pour cela, il faut les moyens de ses ambitions et qu’il est encore souvent trop tôt pour cela, sans parler de la résistance des Anciens qui ne veulent rien céder. Ces jeunes gens souvent ont tendance à se surestimer. Les psychanalystes disent de ce trait de caractère qu’il « peut conduire le sujet au délire, avec des comportements incohérents, et se traduire par des ambitions vouées à l’échec en raison des capacités réelles insuffisantes de la personne en question ». Si la surestimation de soi et de ses capacités est assez répandue dans l’ensemble de la population, et peut être considérée comme acceptable au regard de nos petits travers ordinaires, elle devra vous interpeler quand vous vous comporterez au-delà de ce degré raisonnable de surestimation propre aux gens de votre âge ; que carrément 'vous vous y croirez', 'vous vous la pèterez', vous jouerez à 'La grenouille qui veut se faire aussi grosse que bœuf' (La Fontaine, fable). « Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un œuf / Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille / La chétive pécore / S’enfla si bien qu’elle creva / Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages »… Et de bien des jeunes gens qui veulent devenir importants avant l’âge ! L’intelligence veut que l’on sache distinguer une grenouille d’un bœuf. Elle veut que l’on sache à peu près où se situer en matière de personnalité et de responsabilités. Si ce n’est pas votre cas ou pas exactement votre cas, erreur de jugement, égale défaut de jugement, égale bêtise. C’est à noter.

Cultivez-vous une ?
– 29/AGE/30TAINE | AMBITION AVEUGLE ET IRRESPECTUEUSE DES AUTRES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à l’ambition aveugle et irrespectueuse des autres
« J’ai trente ans, ça y est, l’âge de l’attente est fini, celui de la réalisation commence, je suis au pied du mur, j’ai tout à attendre » dit le personnage Andrée dans Les Jeunes filles, de Henry de Montherlant. « J’ai tout à attendre » et à… Atteindre. Comme l’adjudant pressant pousse le bidasse à franchir dare-dare le grand mur dans le parcours du combattant, une voix intérieure pousse aux fesses le trentenaire pour qu’il concrétise rapidement 'des choses'. La trentaine, c’est l’âge où l’on pense qu’il faut accéder à quelque chose ; et cela crée des travers. La trentaine a des ambitions. Ce qui est plutôt bien, si elles sont réfléchies et réalisables : ce qui implique que la personne a bien la conscience d’avoir les moyens de ses ambitions. Et si ces ambitions sont applicables dans le domaine de l’acceptable ; pas à n’importe quel prix, notamment celui-ci : « Pour être ambitieux, il faut haïr ceux qui se mettent en travers de notre chemin ! ». Citation évocatrice de l’écrivain Gil Bluteau montrant la dérive vers laquelle peut glisser un trait de caractère quand il échappe à la conduite de l’esprit. En résumé, pour ce qui est de vous, sachez distinguer la bonne et saine ambition de celle qui ne l’est pas, et notez à la hauteur du degré de malfaçon ; de votre malfaçon d’être et de faire.

Seriez-vous enclin/e parfois à ?
– 30/AGE/30TAINE | ÊTRE DONNEUR DE LEÇONS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à avoir des certitudes et à donner des leçons
Qui donne des leçons ? Les maitres. Qui sont les maitres ? Généralement des personnes de suffisamment de savoir et d’expérience. Par comparaison, des jeunes gens, la trentaine, qui démarrent dans le travail et dans la vie, peuvent-ils être des maitres ? Pas encore. Plus tard. Pourtant, bien des trentenaires se montrent pétris de certitudes et donneurs de leçons. Sans doute en ont-ils tant reçu dans leur jeune vie : à l’école, collège, lycée, fac et autres lieux de formation, qu’ils en ont assez des leçons, qu’ils pensent en savoir assez, et qu’ils veulent maintenant en donner. Empressément. Tout en zappant sur un point essentiel qui ne s’acquiert pas par l’enseignement : l’expérience. Jean-Luc Gilles, spécialiste des sciences de l’éducation, explique : « Il n’y a pas, à notre connaissance, de règles et principes d’auto-estimation de ses compétences qu’on ne puisse enseigner. En revanche, l’apprentissage de cette habileté métacognitive (traduction : celle de pouvoir penser sur soi-même) se fait par l’ajustement de nos comportements d’auto-estimation après avoir été confronté aux conséquences de nos jugements ». Le jeune homme, la jeune femme n’a pas encore assez de recul pour cela. « L’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit », dixit Aristote. D’une certaine manière, au regard de l’expérience, le jeune est encore ignorant. Et pourtant, il affirme. Quel en serait le fondement ? Le journaliste-animateur Philippe Bouvard le pointe quand il écrit : « Je n’admire pas la jeunesse pour la brutalité de ses certitudes, mais pour la sincérité de ses angoisses ». La jeunesse masque ses angoisses par des certitudes. D’accord, c’est ainsi, tenons-en compte. Seulement, pour votre évaluation, voyez tout de même si la personne que vous êtes « n’est pas trop sûre de ses certitudes ! », auquel cas vous seriez bel et bien comme le dit Aristote : un « ignorant » qui « affirme », ce qui mérite une note à hauteur du degré de sottise.

Seriez-vous un peu du genre à ?
– 31/AGE/30TAINE | NE PAS VOULOIR TENIR COMPTE DES CONSEILS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à ne pas tenir compte des conseils des Anciens
Le tout-jeune voit les adultes « comme des vieux et qui sont là en plus pour les empêcher de faire ce qu’on veut ! C’est des c. » Dès lors, tout ce que ces personnes peuvent dire ou faire n’a plus aucune valeur. Plus tard, et particulièrement à la trentaine où le jeune homme, la jeune femme est en passe d’accéder à un certain pouvoir, d’une certaine façon c’est pareil. L’âge de la réflexion venu, l’ex tout/e-jeune pourra faire un retour en arrière et se dire que les parents donnaient des conseils et interdictions au nom de l’affection. Que les enseignants ne le faisaient que parce que c’était leur métier et qu’ils voulaient bien le faire. Que tous ces conseils et interdictions d’adultes n’étaient pas donnés pour brimer mais pour permettre de se construire, 'de grandir', sans manques, sans travers et autres carences handicapantes pour le présent et pour l’avenir. Pour ce qui est de la personne trentenaire, dans ses rapports sociaux et de travail avec les plus anciens, à l’âge où son esprit en est arrivé, elle devrait être à même de se dire immédiatement la même chose, en toutes circonstances : « Je ne vois pas d’intentions de brimer mais des occasions qui me sont données de continuer de grandir ». Évidemment, dans le flot des gens côtoyés, il y a forcément des personnes névrosées qui éprouvent le besoin d’emmerder autrui, surtout s’il est jeune ! Ce trait défaillant de caractère n’a rien à voir avec une catégorie d’âge. Il se retrouve partout ; y compris donc chez les plus anciens. Cela étant posé, le trentenaire équilibré et réfléchi est à même d’écouter intelligemment les conseils que d’autres veulent bien lui donner. Rien ne l’oblige à les suivre. Il les écoute sans se sentir agressé. Cela peut lui permettre de faire le point, de se remettre en question, de continuer le chemin en poursuivant sur une voie de progression. Pour votre évaluation sur votre prise en compte des conseils des plus anciens, le critère révélateur à retenir est l’'ouverture d’esprit'. Qui en a, permet à son esprit de fonctionner largement. À l’inverse il y aura du défaut de jugement, à identifier et à noter selon le degré, chez qui aura tendance à fonctionner en situation de 'mental block' comme disent les Anglais.

Avez-vous des ?
– 32/AGE/30TAINE | DES IDÉES ARRÊTÉES ET NON PARTAGÉES SUR LE COUPLE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à vouloir imposer au nom de l’amour
Si l’on ne sait pas suffisamment s’en détacher, le mythe de la princesse et du prince charmants, dont on a été bercé pendant sa jeunesse, fait des ravages quand on se met en couple, et particulièrement lors des premières années. La princesse et le prince charmants, après s’être cherchés, se trouvent et s’aiment d’un amour fusionnel. Encore de nos jours, le couple fusionnel représente le modèle de la perfection amoureuse, la rencontre de deux âmes sœurs qui font tout ensemble. Il y a un temps pour croire à cela sur la durée, et il y a un temps pour se réveiller. À trente ans, on a la maturité pour commencer à se réveiller. Ce sujet mérite explication. Quand les partenaires trouvent leur compte dans cette relation 1+1 = 1, le couple fonctionne. « Les problèmes surgissent quand la réalité montre que cette unité fondamentale n’est d’une part qu’un mirage, et que d’autre part elle entrave le développement personnel des partenaires », dit le psychiatre John Lippens. Il identifie deux mécanismes principaux expliquant les unions fusionnelles. Un : « Le mouvement peut être partagé. Chacun des partenaires éprouve des difficultés à assurer son autonomie et préfère se noyer dans une nouvelle identité protectrice et anonyme, le 'on' au lieu de 'je'. Dans le cadre de notre ouvrage pour votre évaluation, pas de conclusion spéciale à en tirer si vous vous trouvez dans ce cas, puisque chacun des partenaires y trouve son compte. Deux : « L’un des conjoints entraine l’autre dans l’illusion d’une fusion à laquelle il le contraint. Le conjoint soumis devra se mettre au service des desseins du premier, pour faire croire qu’ils partagent les mêmes idéaux, et qu’au fond, ils sont les mêmes. Exit donc le douloureux sentiment d’altérité » (traduction : la reconnaissance de l’autre dans sa différence). Comme énoncé, il y a bien sûr de la souffrance, ou plutôt du désir de ne pas souffrir derrière cela. N’empêche qu’il peut y avoir une volonté, dans les cas marqués, de vouloir imposer une pratique stéréotypée, pas plus réfléchie que cela, pas réfléchie du tout, imbécile, qui s’appuierait sur le théorème suivant : « je t’aime, tu m’aimes, et au nom de ce 1+1 = 1, on fait toujours tout ensemble, tu aimes ce que j’aime ! ». Ceci identifié chez vous-même sera à noter en conséquence.
En PS et en bonus pour aider à réfléchir, notons que des spécialistes présentent l’union amoureuse idéale sous la formule 1+1 = 3 (toi + moi + nous). Une formule commentée ainsi par une Internaute sur un forum : « J’aime bien l’idée que le couple sera plus que la somme de deux êtres. Il aura sa vie propre, ses coutumes propres, son histoire propre. Les deux '1' doivent nourrir à parts égales le couple : le '3' ».

□ L’ADULTE D’ÂGE MOYEN 40 À 60 ANS

Faites-vous dans ?
– 27/AGE/40/60 | L’OUBLI D’AVOIR ÉTÉ JEUNE ET SE FAIRE MORALISATEUR
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : _
_ La tendance à oublier qu’on a été jeune
Avoir oublié qu’on a été jeune lorsqu’on en arrive à un âge avancé, cela peut se comprendre. Mais à quarante ans, plus difficilement. À cet âge, les années de sa propre jeunesse ne sont pas si lointaines. Le fait d’avoir des enfants adolescents fait en plus que l’on est encore en prise. Alors admettons que « l’homme arrive novice à chaque âge de la vie » dixit l’homme de lettres Nicolas de Chamfort. Cela étant il y aura suspicion d’irréflexion chez tout quadra qui 'oublie' celui ou celle qu’il a été ; et par voie de conséquence qui critique les jeunes gens en général. À y réfléchir, s’il veut bien y consentir, le quadra pourrait se dire qu’Untel ou Unetelle a ni plus ni moins un système de pensée et un comportement en rapport avec son âge, sa jeune expérience, le milieu dans lequel il ou elle évolue. Chacun est à même de tenir ce court raisonnement, puisque chacun en est passé par l’enfance et l’adolescence. Alors pourquoi certains quadras oublient-ils qu’ils ont été jeunes ? Première explication. Car il pourrait être déstabilisant de se laisser aller à percevoir en soi des traces de l’enfant et de l’adolescent qu’on a été, alors que la société requiert qu’on soit adulte et guerrier pour bien vivre, vivre, survivre. Ainsi l’oubli, le : « c’est terminé tout ça ! » est une solution. Sauf que « le passé ne demande pas à être oublié, mais compris » comme le souligne le philosophe Marc Crépon ; compris, intégré, le mieux calé possible dans la vie de chacun afin de servir de socle le plus stable possible pour la suite du déroulement de la vie. Nous parlons ici d’un passé sans problème particulier. Seconde explication. La personne a une façon biscornue d’appréhender les choses. D’abord elle pense : « Ils sont jeunes, j’ai été jeune », et cela crée un phénomène d’identification et de compréhension. Ensuite ça tourne court quand, par faible réflexion, elle se prend à regretter que ces jeunes actuels ne se comportent pas comme elle-même au même âge. Elle ne se reconnait pas en eux. « Ce n’est pas pareil ! ». Effectivement ce n’est pas pareil : les époques ne produisent pas les mêmes jeunes. Dans le sujet qui nous intéresse, ce n’est pas les jeunes gens que nous avons à juger (rien de nouveau sous le soleil, dans toutes les époques le jeune est un trublion) mais ceux de ses pairs, vous-même peut-être, qui vous adonnez plus ou moins consciemment à ce genre de raisonnement inabouti.

La jouez-vous ?
– 28/AGE/40/60 | INDISPENSABLE, L’ABUS DE POUVOIR ET D’EXPÉRIENCE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à utiliser des méthodes discutables dans la pratique du pouvoir
« Elle avait vingt-neuf ans et souhaitait en posséder quarante, pour jouir d’une autorité conforme à son ambition » écrit Cécil Saint-Laurent dans l’un de ses livres. Il s’agit bien de cela. Quarante ans, l’âge où l’on accède enfin à du vrai pouvoir ; en autonomie. De même qu’on est crispé sur son volant de voiture lorsqu’on se retrouve lâché seul dans le flux de la circulation, le permis de conduire en poche, c’est souvent pareil dans la vie lorsqu’on se retrouve à exercer une responsabilité en solo. L’expérience et la réflexion aidant, certains parviendront à la maitrise et au bon exercice de la responsabilité. En attendant l’expérience, le jeune quadra que vous êtes est-il doté d’un bon degré de réflexion ? On pourra se poser la question si dans le grand collectif de la vie, vos comportements méritent des coups de sifflet pour fautes et des cartons jaunes. Par exemple, si vous êtes enclin à imposer votre point de vue (la force l’emporte sur l’esprit) ; à utiliser votre ascendant psychologique à mauvais escient en recourant à la mauvaise foi, à des pressions et chantages ; si vous êtes porté/e à abuser de votre pouvoir psychologique et physique en surjouant une image autoritaire ; ou encore à faire dans l’impolitesse et l’incorrection au prétexte que votre position vous donne tous les droits. « Ces formes d’autorité abusive sont l’expression d’un état émotionnel face à ce qui est ressenti comme une menace pour soi. Certains choisissent la fuite. D’autres écrasent leurs interlocuteurs par peur d’être dépassés ou de ne pas être reconnus et considérés. L’agressivité semble alors la seule arme pour exister. Dans les deux cas, cette attitude provient d’une image de soi défaillante », constate le docteur psychothérapeute Catherine Aimelet-Périssol. Des psychologues se font plus précis, évoquant : « la peur de l’incompétence, du rejet et de l’abandon, l’insécurité, le complexe d’infériorité, le besoin de tout contrôler, l’hyper-perfectionnisme, l’inconnaissance, la logique binaire (tout ou rien, bien ou pas bien), l’absence d’empathie, le manque d’éducation ». Donc tout le contraire de ce que ces personnes veulent montrer. L’analyse de ces causes de comportement est une affaire complexe que nous n’aborderons pas ici. Pour ce qui est de votre évaluation, faites en sorte d’appréhender si vous vous pliez ou non aux règles courantes et acceptables de l’exercice de l’autorité et du pouvoir. Si ce n’est pas le cas, vous serez à même de ressentir ou de pressentir que vous procédez ainsi pour de mauvaises raisons.

Êtes-vous de genre à ?
– 29/AGE/40/60 | REFUSER SON ÂGE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
L’obstination de vouloir faire jeune jusqu’au mensonge
Faire mystère de son âge, par coquetterie, désir de plaire, c’est mignon, on reste dans le jeu de la séduction. Cheminons. Quand une personne d’âge fait la fête avec des 'd’jeuns', se comporte à l’identique, on remarque un décalage, qui peut amener à se demander s’il y a là de la bêtise ? À y réfléchir, non. Cela relève du choix personnel, et si nul n’est lésé et que l’intéressé/e est en joie, c’est tant mieux. On peut néanmoins être amené à penser qu’il est bête pour la personne qu’elle ne se rende peut-être pas compte qu’en 'se vivant ainsi', elle se glisse dans la peau d’un personnage en décalage avec qui elle est vraiment : une personne d’âge, requérant plus de sérénité. Cet inconscient investissement permanent dans le jeu d’un rôle est épuisant, comme l’exprime la psychanalyste Chantal Calatayud : « Si rester jeune est un projet intéressant, il doit rester facile à respecter. Regardons les nouveau-nés : n’avons-nous pas entendu dire qu’ils ont l’air de petits vieux […], l’épreuve de la naissance les a épuisés. Le 'remue-méninges' doit être tenu à distance ». Pas simple de se poser, cependant, car l’agitation, aussi épuisante soit-elle, peut être finalement plus facile à vivre que l’inaction et l’émergence de la conscience de son vieillissement ! Autre sujet connexe qui agite et fait parler. L’habillement. Des personnes d’âge qui s’habillent comme des 'd’jeuns', pour paraitre et se sentir jeunes, est-ce imbécile ? Pas sûr. On s’habille selon des codes, le code des âges est connu, et chacun porte les habits de sa classe d’âge. Dès lors, on s’habille tous avec le souci de faire 'genre', le genre de personne de l’âge que l’on a. S’il y a transgression, on est assuré de s’attirer des critiques. Mais ce n’est jamais qu’une affaire de codes, de vêtements, de choix, et il n’y a rien de fondamentalement imbécile, chacun fait comme il lui plait. On peut néanmoins se demander si la personne aimant s’habiller ainsi a une juste appréhension des choses lui permettant d’en jouir sereinement et de s’en accommoder, ou si elle vit dans l’illusion. Poursuivons par le rapport au corps. La chirurgie esthétique. La pratiquer ou pas est affaire personnelle. On entend dire que cela produit des traits figés, des visages en plastique. Si la personne 'esthéticisée' y trouve son compte : rien à redire. Néanmoins, une autre donnée entre en ligne : celle du rapport aux autres et du discours tenu. Quand des opérés prétendent qu’ils n’ont pas subi de chirurgie esthétique, alors que leur visage le dément, on se sent floué. L’humoriste Muriel Robin le traduit ainsi : « Je dirais aux femmes qui y songent : pourquoi pas ? Mais pensez à nous, spectateurs de votre changement ; n’essayez pas de nous faire croire qu’il ne s’est rien passé et que cela ne se voit pas. Mentir ne mènera à rien d’intéressant ». Au final, derrière ces situations évoquées depuis le début, transpire 'le mensonge'. Le collectif de mots révélateurs pour votre évaluation pourra être : 'physique, âge, mensonge' ; avec ce questionnement : cette personne fait-elle dans le mensonge au sujet de son âge et de son physique ? Une précision toutefois : il existe deux sortes de mensonge. Il y a le mensonge à soi-même : « Se mentir à soi-même, le meilleur moyen de ne jamais se trouver », dixit l’écrivaine Michelle Guérin ; c’est vrai, et nous délaisserons ici cet aspect des choses ; encore que se mentir à soi-même peut provoquer des comportements irrationnels préjudiciables aux bons rapports avec autrui. Et il y a le mensonge envers les autres. Voilà à quoi s’en tenir.

Tendez-vous à ?
– 30/AGE/40/60 | REFUSER DE VIEILLIR ET MOQUER L’ÂGE CHEZ LES AUTRES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à se moquer du vieillissement des autres et le manque de retour sur soi-même.
« Je sais qu’à partir de maintenant ça va commencer à se voir », lâche cette actrice quadragénaire dans une interview. Le mot n’est pas dit, il est évoqué via le pronom démonstratif (qui se veut le moins démonstratif possible d’ailleurs) : « ça ». Le vieillissement chemine dans tous les corps et les esprits, ce qui est plus ou moins bien vécu par chacun. On peut s’en accommoder. Et même en rire ; de dépit. On peut rire à la blague lancée par l’interlocuteur ou rire de la blague qu’on lance soi-même ; « Conversation entre deux vieilles femmes assises sur un banc : Tu te souviens qu’on voulait ressembler à cette fameuse actrice quand on était jeunes ! Oui je m’en souviens ! Eh bien maintenant ça y est !!! ». Voyons comment est interprétée cette blague par nombre d’entre nous : « C’est rigolo ; B.B. se trouve prise dans cette blague ; elle est dite ou reçue sans arrière-pensée ; l’actrice vieillissante est comme elle est ; avec le parcours et le physique qui sont les siens ; je ne la prends pas spécialement comme cible de moquerie ; fin de la tranche de rire ». Autre cas de figure qui, lui, traduit un certain degré d’irréflexion : celui où l’on se moque et on prend plaisir à le faire de façon récurrente. Un commentaire psy sur la question explique qu’« en se moquant, le moqueur se moque de ce qu’il ne veut pas être, de ce qu’il ne veut pas devenir, et se conforte dans l’idée qu’il est lui-même un exemple de ce qu’il faut être ». Sauf que souvent le moqueur s’oublie dans cette histoire. A-t-il un esprit éclairé quand, dans sa période quadra-quinqua, il entre dans un tel processus de moquerie vis-à-vis d’autrui, qui est son ainé/e ? En lien avec cela, au sujet de notre vieillissement personnel, la question est de savoir si nous sommes objectifs et si nous avons suffisamment de capacité d’analyse. Il n’est pas rare de rencontrer une ancienne connaissance qui nous dise : « Tu n’as pas changé ! ». Il nous arrive aussi de dire cette phrase. Comment la comprendre ? Comme « Je n’ai pas changé, je n’ai pas vieilli ! » ou comme « Je n’ai pas changé, le vieillissement harmonieux de mes traits s’est fait sans déstructurer mon visage ». La seconde interprétation est la bonne, et qui s’accroche à la première est en mode d’aveuglement et de faible réflexion. Remarquons que c’est difficile car on n’aime pas se sentir vieillir (d’où un phénomène de déni) et on ne se voit pas vieillir. D’une part ce phénomène de vieillissement s’exerce si lentement qu’il est invisible au quotidien. D’autre part il y a cette explication. Elle a pour nom la « distorsion psychique », dixit la psychologue clinicienne Sylviane Liberge. « Même devant un miroir, on ne se voit pas forcément changer car on se voit à travers le filtre de son psychisme, et pour lui, rien ne change » ; la psyché est « l’ensemble des manifestations conscientes et inconscientes de la personnalité d’un individu ». Vous voici maintenant éclairé de tout ce qu’il est utile de considérer pour votre évaluation. On retiendra, en dominante, que 'moquerie insistante' et 'manque de retour sur soi' vont de pair, le second influant grandement sur le premier. Le manque est là : dans le retour sur soi et dans le rapport aux autres. Ne pas comprendre que le vieillissement du corps est un phénomène inéluctable, qui se produira sur nous-même de la même façon qu’il se produit sur nos ainés, est un signe de bêtise et doit être noté conséquemment.

Vous risquez-vous à ?
– 31/AGE/40/60 | DÉFIER L’EFFET DE L’ÂGE JUSQU’À SE METTRE EN DIFFICULTÉ
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La résistance à se reconnaitre en situation de vieillissement et à se projeter dans la vieillesse.
L’âge de vie moyen en France étant de quatre-vingts ans, l’entendement doit pouvoir juger qu’arrivé à quarante-cinquante ans, on bascule sur l’autre versant de la pyramide de son âge et que le reste va se faire en descente. Dès lors, tout esprit éclairé voit vers là où il va et, à l’observation des personnes vieillissantes, comment il y va. Toutefois la prise de conscience n’est pas affaire si facile. Témoin ce texte condensé d’un écrit philosophique remarqué sur le Net : « Vieillir, c’est le corps qui se bagarre. La vieillesse refuse de vieillir. Le corps est comme une menace que le sujet regarde se désintégrer progressivement. Il est comme un contenant où les 'organes' sont à observer, à contrôler. La dégénérescence progressive est un fait biologique : le corps s’autodigère, s’autodévore. Il se prépare à son propre suicide. Accepter de vieillir, assumer la vieillesse, la préparer : c’est être un assassin et une victime assassin. Bien vieillir, se préparer à mourir, c’est être contre la chair ». La conscientisation n’est donc effectivement pas affaire si facile ; mais elle est à faire ; un minimum vital. Ainsi, pour votre évaluation, vous serez attentif à remarquer si vous faites dans la réflexion et l’adaptation, ou si vous ne voulez pas tenir compte de votre avancée en âge et que vous exigez de votre corps les mêmes performances qu’avant. En substance, vous chercherez à voir si « vous voulez maintenir le rythme ! ». Entre autres… En ayant recours à une médication sauvage pouvant présenter des dangers (pilules achetées sur Internet), à une médication non agréée en France (DHEA), à la prise excessive de compléments alimentaires (à titre d’exemple, « La prise de zinc aurait une action préventive contre des cancers : œsophage, bronches, prostate. À l’inverse, son absorption excessive semble augmenter la fréquence des cancers du sein et du côlon »). En faisant des efforts physiques et en pratiquant des sports éprouvants, comme avant… « histoire de maintenir le rythme ! ». En négligeant les temps de repos dont on ne peut désormais faire l’économie, pour illustration à l’occasion de sorties nocturnes qu’on aime à pousser jusqu’au petit jour, comme avant… « histoire de maintenir le rythme ! ». En travaillant trop et trop longtemps, sans assez de temps de récupération, comme avant, « histoire de maintenir le rythme ! ». Ce n’est pas par hasard si le milieu sportif fait concourir ses athlètes dans des catégories :… cadet, junior, espoir, sénior… Les juniors sont plus performants que les cadets, les espoirs font mieux que les juniors et les séniors sont au top des performances. À quarante ans, les athlètes séniors passent en catégorie vétéran, sous-divisée en vétéran 1, 2, etc. ; et les vétérans ont de moins grandes performances. Or, pour le parcours de vie de tout un chacun, c’est pareil. C’est logique, c’est la logique de l’existence, et c’est intelligent d’en avoir une bonne conscience. Si vous vous entêtez et agissez en contradiction affirmée avec cette loi de la nature, c’est que vous ne réfléchissez pas jusqu’au bout de votre esprit.

Seriez-vous porté/e à faire dans ?
– 32/AGE/40/60 | LE JUSQU’AU-BOUTISME CHRONIQUE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Les comportements déraisonnables en connaissance des risques et en voulant les ignorer
Pour reconnaitre les personnes concernées et les différencier des autres, celles qui agissent parfois dans l’excès, l’impulsion et donc la déraison, qualifions ces personnes de 'jusqu’au boutistes'. Le jusqu’au-boutisme c’est « la propension à faire les choses jusqu’au bout, selon ses convictions, sans tenir compte ni de la réalité ni des conséquences ». Voici des exemples de comportements liés au corps et à la santé, lesquels à quarante-cinquante ans méritent qu’on les préserve : la détermination à pratiquer ou à continuer de pratiquer des sports des plus intenses et à risques, des sports extrêmes… ; également dans l’extrême et le risque, dans un autre domaine : la surconsommation de Viagra, de Poppers (un euphorisant dangereux), de produits, pour doper la performance (doper égal dopage) ; au féminin principalement : les recours aux coups de bistouri aventureux, pour des interventions du style de celle évoquée dans ce titre d’article de presse : « Les femmes qui se mettent en danger pour avoir des fesses charnues » ; dans une sphère d’une autre dimension : la détermination à s’engager dans une grossesse des plus tardives. Le même ressort psychologique sous-tend toutes ces conduites : le jusqu’au-boutisme, comme il le sous-tend dans ces autres exemples où l’on a affaire à des personnes portées à risquer-gros, à risquer-tout. Considérant qu’à quarante-cinquante ans on a des acquis, les risquer (au sens propre) prend une autre dimension que de le faire quand on est plus jeune et qu’on n’a rien à perdre en risquant gros, en risquant tout (au sens figuré). Ainsi en relation avec l’argent : l’inclination à se risquer à des dépenses et investissements hasardeux : en affaires, en achats privés, aux jeux… En relation avec le travail : le tempérament à risquer sa place ou sa crédibilité, pour maintes raisons, sur un coup de dé, du style « ça passe ou ça casse ! ». En relation avec la vie en général : en n’ayant que peu de prise ou pas du tout, malgré l’âge, sur l’inclination à avoir des comportements d’autodestruction altérant ou coupant des liens et des relations qu’on a précédemment construits : avec l’entourage, les amis, la famille, les enfants. Pour nous résumer et conclure, nous citerons Albert Camus : « Aller jusqu’au bout, ce n’est pas seulement résister, mais aussi se laisser aller ». Tout est là, dans la lecture que nous en faisons en rapport avec notre sujet. Aller jusqu’au bout, c’est résister (à tout ce qui pourrait effectivement empêcher qu’on aille plus loin), mais aussi se laisser aller (à faire tout ; et n’importe quoi ; ce n’importe quoi ayant valeur d’excès et de déraison). Pour votre évaluation, il sera opportun de vous noter sur votre tendance à faire dans le 'jusqu’au-boutisme'.

□ LE TROISIÈME ÂGE

Seriez-vous peu ou prou dans ?
– 27/AGE/60TAINE | L’ABUS DU DROIT AU RESPECT LIÉ À L’ÂGE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le respect à tout prix et surévalué auquel estiment avoir droit des personnes d’âge
Il y a les gens que leurs passages dans les différents âges de la vie ont rendus ouverts d’esprit, et il y a ceux qui ne cogitent toujours pas plus qu’il faudrait et qui se fixent sur cet adage établi, selon lequel on doit le (total) respect aux Anciens. Et comme ils le sont devenus à présent, ils entendent à ce que ce soit appliqué pour eux, à leur tour, un point c’est tout ! Sur le sujet, il est intéressant de lire cette réflexion : « Le respect se doit aux Anciens. Fondé sur l’idée qu’ils sont parvenus à surmonter les difficultés du passé et à élever les générations suivantes, ce respect est un lien essentiel à l’entraide entre générations et à la transmission des savoirs. Ce type de respect est de grande importance dans les sociétés à forte structure familiale et hiérarchique, dans des pays d’Asie par exemple, comme le Japon ». En Europe et en France, il y a aussi de cela, mais l’approche est quelque peu différente. Sur un forum Internet, un contributeur écrit : « Le respect est ou devrait être une valeur, mais elle est souvent oubliée. Certaines personnes s’en réclament à tort et à travers, mais ne l’appliquent pas pour elles-mêmes ». Force est de constater que certains Anciens, au nom d’une idéologie discutable, ont ce penchant. Il faut percevoir que « la demande de respect masque parfois de la demande de soumission ». Au nom de l’âge et du déclin, certains Anciens sont en exigence de cela ; pour se rassurer en montrant qu’ils sont toujours les femmes et les hommes 'd’importance' (socialement impliqués) qu’ils ont été ; ce qui est un leurre. Quand c’est le cas flagrant, cela s’accompagne d’un manque de respect flagrant de leur part vis-à-vis d’autrui (qui est plus jeune). Quand c’est le cas moins flagrant, cela s’accompagne d’un manque de respect sous-jacent et bien existant. Laissons la conclusion à cette petite phrase, d’allure enfantine, postée par une Internaute sur un forum, qu’il n’est pas inutile d’exhumer de nos années d’éducation à l’attention des vieux esprits oublieux : « C’est vrai, il faut respecter les autres si on veut être respecté ! ». En conséquence, l’exercice vous sera simple à effectuer pour vous-même. Il consistera à déterminer si vous êtes en attente et en demande de Respect, et, si oui, si vous n’en exigez pas trop : au regard de la norme et au regard de votre propre comportement vis-à-vis des autres !?

Pensez-vous un peu, beaucoup que ?
– 28/AGE/60TAINE | TOUT EST DÛ À L’ANCIEN
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Les personnes d’âge ayant le sentiment que tout leur est dû
La personne dont nous parlons est présentée ainsi par la psychanalyste Michèle Desoinai : « Elle se caractérise par un sentiment d’omnipotence, de 'tout m’est permis'… Elle croit que les autres sont comme elle et font comme elle. Alors si vous vous opposez, elle ressent un grand sentiment d’infériorité, d’impuissance. Beaucoup d’entre nous veulent, sans le savoir toujours, lui éviter d’éprouver ce sentiment… La différence essentielle entre elle et nous est une différence de génération, de palier. Vous n’habitez pas le même étage de la vie ». En résumé : la personne se croit plus forte qu’elle ne l’est vraiment ; et nous, nous voulons la préserver (mais l’objet de l’article est la personne et pas nous). En fait, il faut qu’on vous dise, dans ces commentaires la psychanalyste n’évoque pas une personne âgée. Mais un enfant. Et plus précisément 'un enfant roi'. De notre point de vue, nous pensons qu’il y a une grande similitude entre les deux, dans la psychologie et dans le comportement. D’ailleurs n’est-il pas démontré qu’en vieillissant on redevient un enfant : ne serait-ce que parce qu’on redevient dépendant des autres ! De là, à se sentir « en perte de moyens » et compenser ce désagréable sentiment par de l’exigence est humain. Mais il y a des limites que l’esprit est généralement à même de poser. Pour ce qui est de votre évaluation sur le sujet, nous vous proposons de voir si, à l’image de l’enfant roi, vous pas vous-même ce qu’on pourrait appeler : 'une mamie ou un papy roi'.

Inclinez-vous à croire que ?
– 29/AGE/60TAINE | L’ANCIEN A TOUJOURS RAISON
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Les personnes d’âge qui veulent toujours avoir raison
« Pensez-vous que les gens plus âgés ont souvent raison ? ». En réponse à ce questionnement posé sur un forum Internet, l’internaute Layla Benjida trouve les mots. Elle écrit : « Les gens plus âgés ne sont pas censés avoir toujours raison, ils peuvent commettre des erreurs ou tout simplement perdre le contrôle des choses un jour. Je ne nie pas qu’ils ont probablement les meilleures idées sur la vie, parce qu’ils en sont passés par différentes expériences, et qu’ils ont la capacité à voir plus clairement et à faire la différence entre ce qui est bien et moins bien. Mais parfois, leur indifférence, leur égoïsme, leur inattention les aveuglent. Ils oublient aussi parfois que beaucoup de choses ont changé, qu’ils vivent dans un nouveau monde, avec de nouvelles générations, qui n’ont aucune relation avec les leurs, et ils se noient dans des comparaisons infinies qui n’ont souvent aucun sens ». Le verbe « aveugler » employé dans ce texte, («… les aveuglent »), traduit bien l’état de l’esprit des personnes d’âge qui se comportent ainsi face à la réalité de la situation et des évènements. « Aveuglement : Manque de discernement » dit le dictionnaire. La peur est toujours derrière cela. Imposer ses opinions, sa vérité, c’est vouloir se positionner et être quelqu’un dans cette relation d’échange avec autrui. Pour prouver qu’on existe. Toujours ; malgré le temps qui pousse ! Insister pour imposer son point de vue révèle un manque de maitrise de soi. Si ce point de vue n’est pas retenu, la personne se sent incomprise, rejetée, inutile, nulle… Pour s’éviter cela, elle se laisse mener par cet instinct de survie qui pousse à vouloir vaincre à tout prix et qui peut parfois entrainer jusqu’à la colère, voire des réactions agressives. Lorsqu’on en arrive à cela, et si vous remarquez cela chez vous, il en ressort que sur ce point que vous avez une faible capacité de raisonnement, et la note sera en rapport. Sans les excès de la colère, le penchant affirmé à insister pour avoir raison est à noter comme il lui revient de l’être. Enfin, sont à noter avec indulgence, avec des circonstances atténuantes, les personnes d’âge qui ont tendance à se laisser aller à…, qui ont la faiblesse de se laisser à…

Tendez-vous quelque peu à ?
– 30/AGE/60TAINE | IGNORER ET NIER LES AUTRES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à ne pas prêter attention aux autres
Quand on devient vieux, on a mal à son âge. Douleurs physiques mais aussi psychologiques. Elles se traduisent quelquefois par des sentiments de solitude, d’inutilité, de rétrécissement, de désespoir. Soit, quand on est plus jeune on peut dire pareillement : « Moi aussi je peux mourir demain ! ». Mais on peut aussi vivre plusieurs décennies et on y compte bien. La personne d’âge, elle, pas question. Cela peut conduire naturellement les personnes âgées à être égoïstes, comme le fait remarquer le docteur en philosophie et théologie Maurice Bellet. Cela étant, qu’on leur pardonne d’être égoïstes jusqu’à un certain point, d’être « soucieuses d’elles-mêmes, attachées à leur vie, voulant leur propre bonheur. Le premier service qu’on peut rendre aux autres c’est d’être heureux, sinon notre malheur leur pèse, les encombre, et faire qu’ils se sentent coupables de leur propre bonheur ». Qu’on tolère et qu’on comprenne donc une forme d’égoïsme des vieilles personnes, mais selon Maurice Bellet, elles font aussi parfois preuve d’un autre travers moins tolérable : l’égocentrisme. « Leur égocentrisme est accablant. Quand elles ne parlent que d’elles et le plus souvent que de leurs maladies. Quand elles n’entendent plus rien de ce qui concerne d’autres qu’elles-mêmes. Quand elles s’enferment dans leur impuissance, leur gémissement – et semblent obscurément désirer que tout disparaisse avec elles ». Pour votre évaluation, nous allons poursuivre avec notre philosophe-théologien qui dit « Quand on est vieux… », il est lui-même sénior au moment de ces écrits précise-t-il, «…, il faut tenir compte de son âge dans les relations qu’on a avec les autres ». D’où la règle des trois minutes. « Quand on rencontre un ami, une connaissance, la question vient : comment vas-tu, comment allez-vous ? Il peut être tentant de répondre : mal – pour avoir droit à quelques secondes d’attention. Il est de même raisonnable de se plaindre un peu ; en y trouvant des motifs. Mais, hors cas graves évidemment, pas plus de trois minutes ; au-delà, on fatigue les gens et on ne se rend pas service à soi-même. Petit exemple de ce que doit être la bonne conduite des vieux dans leur rapport à autrui ». Rien à rajouter. Pour ce qui vous concerne : à vos observations et la juste notation de votre propre personne !

Vous plaisez-vous à ?
– 31/AGE/60TAINE | METTRE DU VÉCU SUR UN PIÉDESTAL ET LE MODÉLISER
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à mettre ses expériences de vie sur un piédestal et à les garder en modèle
« Moi de mon temps ! », voilà une expression générique que l’on entend dans la bouche de personnes d’âge. D’abord, remarquons qu’insister sur sa séniorité, et cette expression y participe, c’est déjà s’enfermer dans une approche qui la renforce. Ensuite, il est intéressant de s’attarder sur cette analyse faite par un conférencier intervenant sur les comportements des séniors, que nous avons synthétisée. « Se sentant à l’écart, la personne âgée s’évertue à démontrer que son passé parle pour elle. Erreur ! Au lieu de se servir de ses expériences comme d’un socle solide à des savoirs actualisés, elle s’en sert comme d’un rétroviseur où elle se regarde. Très vite, l’œil rivé sur elle-même, aveuglée par son image au loin qui gesticule, elle ne perçoit plus combien elle se positionne comme une personne du passé. Elle a toutes les raisons d’être fière du parcours accompli, seulement le passé est le passé, c’était sa vie, une vie que nul n’a envie de revivre pour lui-même à l’identique aujourd’hui, d’autant moins avec devant les yeux l’image d’une personne âgée ». Envie d’aller plus loin et envie d’aller plus avant, donc ! Normal. La personne d’âge qui a tendance à mettre ainsi ses expériences de vie sur un piédestal et à les garder en modèle, se doit de réfléchir. Par exemple, à ce qu’écrit cette internaute sur la toile : « Combien de fois ai-je entendu mon père dire : Moi dans mon temps, on n’avait pas de télé, on jouait dehors… Eh bien, vous savez quoi ? C’est moi qui la répète maintenant ! Eh oui, les temps ont changé. Pour du mieux, disons-le ! Moi dans mon temps… je rêvais de voir l’autre au bout du fil quand je lui parlais au téléphone. Maintenant, j’utilise Skype !… L’autre jour, au travail, j’ai participé à une conférence à trois, dont l’un était dans le train Ottawa-Montréal, l’autre dans sa chambre d’hôtel en Abitibi et moi, à mon bureau de Montréal. C’est pas beau ça ? ! ». Il y aurait d’autres exemples plus essentiels à prendre. Cela dit, toutes réserves légitimes mises à part, il y a quand même de quoi être satisfait des avancées en général. Laissons néanmoins une latitude – raisonnable – aux personnes d’âge pour des regrets, de la critique, du dénigrement…, car il est vrai que « Le progrès a encore des progrès à faire », dixit Philippe Meyer, mais pas trop tout de même, car cela deviendrait du parti pris, de la partialité (« favoritisme, abus, injustice, aveuglement, manque d’objectivité » dit le dico) ; donc de l’irréflexion. Pour votre évaluation : oui à des « Moi de mon temps ! », mais avec modération et en light (éclairés).

Faites-vous parfois dans ?
– 32/AGE/60TAINE | L’INTOLÉRANCE, LE SANS-GÊNE, LA MALPOLITESSE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le laisser-aller de personnes d’âge à l’intolérance, au sans-gêne, à la malpolitesse
On pourra citer de nombreux d’exemples de comportements typés de personnes d’âge. Voici quelques témoignages glanés de-ci de-là. « Je fais la queue à la caisse de supermarché. Arrivée à mon tour, un couple de vieux arrive et sans aucune gêne pousse mon charriot et se colle devant moi avec leur charriot plein. Je dis : 'Faut pas vous gêner'. La femme répond : 'Ben quoi, je vais quand même pas faire la queue à mon âge' (elle devait avoir 70 ans) ». Autre exemple caractéristique : « À la pharmacie, un monde pas possible, je me mets à la queue, un vieux arrive, passe devant tout le monde, sans s’excuser comme si c’était normal. C’est la pharmacienne qui lui a gentiment fait remarquer que la queue commençait derrière moi. Eh bien il s’est mis dans la queue, tout réussissant à griller trois places… et en râlant en plus ! » Enfin voici des extraits mis bout à bout du poème intitulé « les Vieux, ça… », écrit par Lauragael : « Les vieux, ça vous fait suer / Ça traine trop dans les supermarchés / Ça perd sa carte bleue / Ça s’embrouille à la caisse / Ça pique vos places / Ça crie haut et fort / Les vieux, ça conduit mal / Ça tient bon et, pire, ça résiste / Ça retrouve pour un temps une seconde vie / Ça s’accroche aux bouées / Ça agrippe les mains… ». Oui, certainement parce qu’elles savent vers où les mène la fin du chemin, les personnes d’âge « tiennent bon, résistent, retrouvent un temps une seconde vie, s’accrochent aux bouées, agrippent les mains… », et cela semble normal et humain. Ce qui n’implique pas que toutes les personnes âgées ont ce genre de mauvaises conduites décrites ci-dessus, loin de là. Il y en a cependant ! Pour ce qui est de votre évaluation, nous vous proposons de vous observer avec un système de radar dans la tête, et de vous flasher dès que vous vous laisserez aller à des écarts de conduite. Et ôtez-vous des points.

THÈME DIAGNOSTIC ⑥
LES PHÉNOMÈNES DE GROUPES ET DE BANDES

Au Canada, en sport (hockey), les autorités ont dénommé ceux qui sèment le trouble 'anti-supporters', 'anti-sportifs'. En France, il n’y a que le seul mot 'supporter' pour désigner tout le monde, et cela ça sème la confusion. Pour le traitement de notre sujet, nous nous en tenons qu’aux 'supporters', de calmes à énervés, et excluons les 'anti-supporters'. Même approche pour les fans d’artistes qui, à nos yeux, au-delà d’une limite, perdent le statut de 'fan' et endossent celui de 'fanatiques' ; exit donc, hors sujet. Pour les militants politiques, les comportements extrêmes sont de même écartés. Idem en matière de religion. Par ailleurs, nous ne traitons ici que du catholicisme, parce qu’il est notre culture profonde, que nous connaissons bien, dans laquelle nous baignons depuis la naissance. Pour les autres religions, même si elles sont présentes dans notre société, elles restent émergentes en France, au regard des deux millénaires du catholicisme. Pour certaines, elles ne dissocient pas, ou encore mal, loi et religion, et même si c’est d’actualité, avons-nous le savoir et le recul pour bien appréhender ?…

□ LES ATTITUDES MARQUANTES ET EXCESSIVES DES SUPPORTERS
Vous arrive-t-il de faire dans ?
– 33 | L’APPRÉCIATION PARTIALE D’UNE PRESTATION
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance aux jugements à l’emporte-pièce sur la valeur du sportif ou de l’équipe
« Ils sont magiques ! Ils sont nuls ! », ceci exprimé avec le ton passionné qui va avec, chacun d’entre nous aura entendu ces réflexions. Pour info, nous citons ces paroles de chant de supporters de foot : « Paris est magique : Allez Paris, Paris est magique, Allez Paris, Allez PSG ») ; et pour rappel, il est bon de souligner que nul = 0. Nous sommes ici dans le jugement proféré à l’emporte-pièce : « Hâtif, global, sans nuance. Il a fait un jugement à l’emporte-pièce, sans prendre le temps de réfléchir » dit le dico. En vérité, tel sportif ou telle équipe a toujours forcément un parcours non linéaire dans la durée : avec des périodes de forme, de méforme, un début de carrière ascensionnel, une fin de carrière déclinante, et se trouve toujours sous l’influence d’autres facteurs qui jouent sur sa condition de forme et de réussite. Par ailleurs, on entendra par exemple en célébration individuelle, dans leurs disciplines respectives, football, boxe, formule 1, cyclisme : « Cantonna, Tyson, Senna, Schumacher, Virenque, sont super ! ». Oui mais, néanmoins : l’un se jette dans la foule crampons en avant, l’autre arrache un bout d’oreille à son adversaire d’un coup de dent, les suivants balancent leurs adversaires dans les glissières à pleine allure, le dernier jure ses grands dieux sur la durée qu’il n’a jamais eu recours à des produits dopants, etc. Quand il y a des jugements à l’emporte-pièce formulés par des supporters, ils sont commandés par l’émotion. Laissons le loisir à l’émotion de s’exprimer, c’est souhaitable, cela fait du bien. Laissons-la s’exprimer, mais en toute raison. Quand l’émotion prend le dessus sur la raison, Monsieur de La Palice l’aurait fait remarquer : la raison est en dessous ; (de ce qu’elle devrait être, au final). Oui à l’émotion, oui à l’impulsion supportrice ; mais un temps ; le temps que la raison revienne dans la compétition et qu’elle pondère tout cela. Si ce n’est pas le cas pour vous, si vous maintenez votre jugement à l’emporte-pièce dans la durée, c’est que vous voudriez que le sportif ou l’équipe que vous louez ou que vous dénigrez, soit tel (le) que vous le dites, et non tel (le) qu’il ou elle est en réalité. D’où le défaut de jugement.

Vous faites-vous parfois ?
– 34 | SUPPORTER EXCESSIF DE BANDES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La détermination ou le laisser-aller à se comporter en supporter de bande pur et dur
Un joueur mal-aimé de l’équipe supportée qui se loupe, un joueur de l’équipe adverse qui transgresse, une décision fumeuse de l’arbitre en défaveur de l’équipe soutenue… et ça bout, c’est le laid qui monte et qui déborde : sifflets, noms d’oiseaux, insultes ! Raisonnablement et le plus souvent dans les faits, l’élan des supporters est louable et sain. Il s’agit d’encourager l’équipe. Or il se trouve qu’à trop fréquenter les stades (physiquement ou devant la télé), certains supporters se voient atteints d’un grand manque de recul sur les choses et finissent par se comporter à la marge et jusqu’à l’extrême. Que remarque-t-on dans les stades ? Dans son « Psychologie des foules » Gustave Le Bon observe qu’y prédominent : « l’impulsivité, l’irritabilité, l’incapacité de raisonner, l’absence de jugement et d’esprit critique, l’exagération des sentiments ». Au stade (comme devant la télé dans une moindre mesure), il y a les supporters normaux et il y a les excités. Comme tout le monde ou comme beaucoup en la circonstance, les supporters normaux se laissent porter par leurs émotions et les gèrent. Les excités se laissent emporter par leurs émotions et leur raison est aux abonnés absents ; sur l’instant tout du moins et parfois dans la durée. Pour évaluation, laissons-vous un espace d’exaltation où vous pourrez laisser libre cours à votre exaltation de supporter. Fixons une ligne blanche qui pourrait englober : des manifestations d’humeur, des sifflets, des « Aux chiottes l’arbitre ! » pourquoi pas, si l’arbitre fait mal, et si ces « Aux chiottes ! » sont l’expression d’une rigolade, d’une moquerie, d’un chambrage. Au demeurant, rejetons derrière la ligne blanche : les mauvais sifflets, les injures, les menaces, les gestes… ; tout ce qui s’inscrit en faux avec l’intelligence et qui n’a plus à rien à voir avec la sportive action de supporter.

□ LES ATTITUDES MARQUANTES ET EXCESSIVES DES FANS

Êtes-vous du genre à ?
– 35 | SUBLIMER OU DÉCRIER, SANS NUANCES NI OBJECTIVITÉ
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La propension à sublimer ou décrier l’œuvre : au manque de nuances et d’objectivité
Fan de, ou anti-fan de…, c’est la même chose finalement, au sens où cela relève du même ressort, celui de la passion ('aimante' ou 'détestante') qui peut conduire au manque d’objectivité sur l’œuvre de tel ou telle artiste ou auteur/e en matière de musique, de livres, d’objets d’art, etc. Questionnement, tombez-vous facilement dans ce travers, qu’illustre ce genre de réflexions propres à la passion 'aimante' : « Madonna, comme chanteuse et comme femme, y’a pas mieux ! » (entendu de la bouche d’un fan) ; « J’ai lu le dernier livre de X, il est aussi génial que les autres ! » (et cependant de l’avis de beaucoup il est moins réussi) ; « Ah Luchini, il est toujours intelligemment drôle, je ne m’en lasse pas ! » ('Finalement c’est vrai, Fabrice Luchini peut être aussi distrayant, qu’à la fin il en devient agaçant', finit par concéder cette dame très fan à qui on a suggéré cette remarque). Également dans le cadre de la passion 'détestante', celle-là : « Je n’aime pas du tout ce que ce que fait Y », (en réalité, ce n’est pas ce qu’il fait que je n’aime pas, c’est lui que je ne peux pas voir [reste à déterminer pourquoi, mais c’est un autre sujet]). En résumé, on peut bien aimer quelqu’un, l’aimer beaucoup, énormément, et avoir ou s’efforcer d’avoir un jugement libre et dépassionné sur son œuvre. Cet extrait d’interview donnée par l’acteur Johnny Depp, sur ce que les membres de sa famille pensent de ses films, en fait illustration. Il dit : « Je crois que Vanessa manque un peu d’objectivité à mon égard » (Vanessa Paradis, son ex-femme). Il dit également : « Parfois mes enfants regardent mes films en DVD. La plupart du temps, ils le font quand je ne suis pas là. S’il m’arrive de passer dans les parages, je prends immédiatement la fuite car Lily-Rose et Jack ne se gênent pas pour me critiquer ou faire des commentaires ». En quelques mots simples, tout est dit. Pour votre évaluation, l’idée est d’apprécier si vous êtes porté/e à coller à votre 'idole' : si vous avez une fan attitude ; ou si vous savez prendre de la distance, de la hauteur : si vous avez plutôt une certaine fan altitude…

Inclinez-vous à ?
– 36 | NE PAS DISTINGUER L’ARTISTE DE L’HOMME DISCUTABLE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à vénérer indivisiblement l’œuvre et l’artiste : à ne pas savoir les dissocier
Quand on aime une 'œuvre', il est normal que dans le prolongement on aime l’artiste du cerveau duquel elle est sortie. Un bel artiste ! ? : assurément. Une belle personne ! ? : c’est à voir. Penser de la sorte témoigne d’un travail de réflexion. Toutes les fans d’artistes ne font pas cet effort de réflexion, jugeant par exemple : qu’à œuvre géniale, artiste-et-homme génial. En imbrication dans leur esprit, l’œuvre-et-l’artiste-l’homme ne font qu’un, et 'il' est génial. Trois en un. La belle embrouille. Nécessaire de démêler pour y voir clair. Voici des exemples de beaux artistes avec les hommes qui sont derrière. Insupportables mais pas méchants : Jacques Brel (un brin misogyne), Claude François (grand caractériel). Louis-Ferdinand Céline (écrivain antisémite). Samy Naceri (acteur de cinéma violent). Béatrice Dalle (actrice condamnée pour vol de bijoux). Arthur Rimbaud (poète trafiquant d’armes). Paul Verlaine (qui tire une balle de révolver sur son amant Arthur Rimbaud). Bertrand Cantat (rockeur violent et homicide de sa compagne l’actrice Marie Trintignant), etc. Pour prendre de la distance avec l’extrême et rester sur ce que tous les humains ont en commun, leurs travers ordinaires, ce n’est pas parce que l’œuvre est géniale, que l’artiste-homme l’est. Sous le costume d’artiste, il y a un homme tout nu fonctionnant comme les autres. « Je ne suis pas un héros / Mes faux-pas me collent à la peau / Faut pas croire ce que disent les journaux » clame Daniel Balavoine dans l’une de ses chansons. Très bonne analyse de Balavoine… et des fans qui l’aiment s’ils adhèrent au sens de ces paroles dans le rapport qu’ils ont au chanteur. « Je l’aime en tant qu’artiste » devrait-on dire en résumé. Dans cette phrase l’emploi du terme « en tant que » est important. Il serait d’ailleurs opportun de l’utiliser pour appréhender la façon dont vous êtes d’Untel ou d’Unetelle. Êtes-vous fan d’un bloc et « point barre » ? Ou êtes-vous fan de X ou Y en tant que chanteur, poète, écrivain ?, en laissant de côté l’homme qu’en fin de compte vous ne connaissez pas ou peu. Ou alors que vous connaissez. Pour illustrer, citons cette remarque du chroniqueur-psychanalyste Gérard Miller faite à un chanteur de reggae jamaïcain homophobe. Il lui dit en face : « J’aime votre musique, mais vous je ne vous aime pas ! ». À l’inverse, revenons à Daniel Balavoine duquel un admirateur averti pourra dire : « Je l’aime en tant qu’artiste »… « et aussi en tant qu’homme, au regard de ce que je connais de lui » à savoir ses engagements humanitaires. La locution « en tant que » semble dénouer les fils et conférer une bonne réflexion pour apprécier et noter.

□ LES ATTITUDES MARQUANTES ET EXCESSIVES DES MILITANTS
Êtes-vous de genre à ?
– 37 | SE CONFORMER AUX DIRECTIVES, SANS RÉSERVE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
L’inclination à se conformer aux idées et directives d’un parti, un syndicat, sans réserve
Cette inclination se remarque chez les personnes militantes ; au sens large du terme : militants encartés, partisans, sympathisants, votants assidus… Être en accord avec tout, tout le temps et dans le temps, c’est intelligemment impossible. Si on colle à tout, on défend tout, on ne nuance rien, on ne se détache de rien, sans pour autant bien sûr remettre en question son accord avec l’essentiel, avec la ligne : c’est qu’on s’interdit de réfléchir, de se dire, et de dire. On s’abêtit. Suivre la ligne du syndicat ou du parti. L’expression vient d’outre-Manche. Elle fait référence à la discipline dont doivent faire preuve les membres d’un parti quand il faut procéder au vote sur une motion présentée au Parlement. À la Chambre des communes, les deux premières rangées de bancs sont séparées par des lignes dont l’espacement est de la longueur d’une épée. Lors des débats enflammés de jadis, les membres survoltés des partis devaient se maintenir dans leurs lignes pour prévenir les affrontements. Pour ramener l’ordre quand cela se produisait, le président de la Chambre criait « Toe the line ! ». La traduction du verbe toe (orteil en premier sens) est : se tenir debout, marcher, se déplacer, ou avoir les orteils pointés dans une direction spécifique. « Toe the line : Suivez la ligne ! » Pour se référer à une autre expression chargée de sens, suivre la ligne du parti : oui, certainement, assurément, mais pas obligatoirement, avec des godillots. Le mot godillot (d’Alexis Godillot, fabricant de brodequins militaires au XIXe siècle) s’est invité dans une formule politique employée pour désigner péjorativement ceux qui exécutent les ordres ou suivent les consignes sans discuter. En 2009, l’homme politique Jean-François Copé a qualifié le Parlement de : « Parlement Godillot » après le rejet d’une loi, pour réfuter le manque de liberté de débat et d’expression pour les députés. Pour votre évaluation 'militante au sens large', la question sera d’apprécier si vous ne vous écartez jamais de la ligne, ou si vous savez prendre de la distance, quand vous le jugez fondé.

Penchez-vous à ?
– 38 | JUGER SANS OBJECTIVITÉ LE LEADER, LE PARTI SOUTENU
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à ne pas tirer de bilan objectif du leader, du parti soutenu, à revendiquer leur excellence
Pourquoi nombre de gens se fixent-ils la barre si haut dans leurs attentes des hommes politiques, qu’elle est inatteignable ? Et pourquoi font-ils comme si… quand ils argumentent ou qu’ils démolissent le leader opposant pour faire diversion et pour montrer que tout compte fait ils sont toujours du camp du meilleur ? On lance une explication et on nomme cette pratique. C’est le syndrome du 'C’est mon papa le plus fort !'. Tout comme, enfant, on voit son propre père : grand, fort, protecteur, le meilleur…, il semble que ce phénomène d’idéalisation persiste quand on vieillit et qu’on choisit nos pairs. Récemment, Charles de Gaulle et François Mitterrand ont eu cette image de père, de pair de la nation. L’un, surnommé Mongénéral (en un seul mot), époux de… Tante Yvonne. L’autre, Tonton ou Dieu, époux de… Tatie Danielle. C’est certainement bien et rassurant de percevoir ainsi ses chefs d’État, mais ne s’en tenir qu’à cette image est masquant, réducteur et ne correspond pas à la réalité. Si ces deux Présidents sont emblématiques, ils peuvent néanmoins être sujets à analyse : De Gaulle avec en fin les évènements de 1968 ; Mitterrand avec ses zones d’ombre. Mais évoquons plus largement les hommes politiques en posant cette question : qu’est-ce qu’un homme politique ? La réponse est dans le mot : c’est un homme (et pas plus) qui fait de la politique. C’est aussi quelqu’un qui, pour séduire le plus grand nombre, en vient à être manipulateur ; à faire des arrangements avec lui-même, avec les autres, avec la vérité. Il parait que des hommes politiques mentent sans vraiment en avoir conscience. En inconscience donc. C’est ce qu’écrit le professeur des Universités Hervé Guineret : « Un député part plein d’idées à l’Assemblée et sur place il s’aperçoit que tout n’est pas possible. Notre système fonctionne avec une part de désillusion ; je ne pense pas que la plupart des hommes politiques mentent ; ils sont rattrapés par le pragmatisme inhérent à la politique, façonné en démocratie par le compromis ». Admettons qu’ils ne mentent pas tout le temps ; mais ils bonimentent et mentent plus que d’ordinaire. Ils mentent en idées : pour certains en faisant des promesses intenables. Et ils mentent avec des mots 'menteurs' ; les mots du discours politique étant manipulés en sortes de mensonges. Pour exemples : utilisation de termes juxtaposés de sens contraires : 'croissance négative' ; emploi de l’hyperbole, une tournure exagérant la réalité pour la magnifier ou la fustiger : parler de 'privilèges acquis' et non de 'droits acquis' est une contre-vérité et un moyen de revenir sur des droits qu’on veut supprimer, etc. Un système de langage, donc, où la réalité est atténuée, ce qui n’empêche qu’elle est encore là. En définitive, on peut tout de même dire en conscience que les hommes politiques : font de leur mieux dans le système de pensée qui est le leur ; qu’ils ne parviendront jamais à atteindre l’excellence ; qu’il leur incombe de tendre vers l’excellence ; et que s’ils sont dans cette dynamique, ce ne sera déjà pas si mal. À la lecture de ces lignes, on aura compris que considérer que tel ou tel politique est parfait ou idéal : c’est ne pas avoir levé le verrou d’un certain engagement militant et/ou ne pas avoir poussé la réflexion assez loin. Cela dit, votre dessein pour ce qui est de votre évaluation quant à votre approche du leader et du parti politique que vous soutenez, sera d’apprécier si vous êtes plutôt ouvert/e d’esprit et critique, plutôt fermé/e, et à l’extrême entêté/e. Votre note sera fonction.

Inclinez-vous à ?
– 39 | AVOIR DE FERMES OPINIONS ET LES EXPRIMER À TOUT VA
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à avoir des opinions politiques sur tout et à les exprimer à tout va
La politique est un sujet qui se prête bien à la discussion. Tout le monde en parle. Chacun a ses opinions, ses avis, les exprime, chacun a ses raisonnements plus ou moins échafaudés. Il faut dire que la politique est tellement complexe et mouvante que l’on ne peut tout savoir sur les innombrables éléments qui la façonnent. Même nos gouvernants et postulants gouvernants n’appréhendent pas tout ou ont des approches différentes. « La politique n’est pas une science exacte » constatait le politicien Otto von Bismarck. Alors comment avoir des raisonnements exacts sur une science inexacte ! ? Malgré tout, en marge des personnes très avisées en politique, il en est dans le public qui ont des opinions sur tout et qui les expriment à tout va. La question à se poser à leur sujet, comme remarqué sur un forum d’Internet, est la suivante : « lorsqu’on exprime un avis sur tout, a-t-on vraiment un avis ou le génère-t-on à la volée, sans souci de raisonnement approfondi, et seulement dans l’urgence de démontrer qu’on a un avis ? Finalement, qu’est-ce qui importe le plus à leurs yeux : exprimer un savoir de qualité ou prétendre savoir ? ». La réponse est dans la question. « La culture c’est comme la confiture, moins on en a et plus on l’étale », ironisait l’écrivaine Françoise Sagan. On peut en conclure qu’il y a de l’imbécilité. Pour faire complet, remarquons que ce phénomène touche surtout des personnes aimant parler. Pour masquer un vide. « Être bavard au point d’accaparer l’attention révèle une peur des silences et un manque de confiance en soi qui se manifeste par une loquacité à toute épreuve, une envie d’accaparer l’autre et recueillir son estime en essayant de le convaincre avec ce flot de paroles » a écrit le magazine Psycho. Pour revenir à notre sujet, on sait bien qu’en politique il est impossible de connaitre tout sur tout. Certains aimeraient, alors pour en donner l’illusion, pour s’en donner l’illusion, ils font leur sauce ; une sauce dont bien des ingrédients ont valeur d’à-peu-près. En exemples, ils produisent des arguments accolés à de pseudo-arguments, noyés dans du verbiage ; ils débitent des idées émises de façon tronquée parce qu’ils les ont mal comprises ; ils formulent des solutions au sens vague : « La croissance reviendra en remettant tout le monde au travail », (analyse : « à supposer qu’on puisse, cela créerait une croissance instantanée en portant la production à un niveau supérieur, mais sans créer les conditions d’une croissance permanente ») ; ils ont réponse à tout avec leurs mots et des bons mots fabriqués ayant valeur de réponse à objection : « Untel que vous décriez, il a le défaut de ses qualités ! ». Si vous faites dans ce registre, il conviendra de voir dans quelle mesure vous vous y adonnez et de vous attribuer une note appropriée.

Tendez-vous à ?
– 40 | DÉCRIER L’ADVERSAIRE AUX APPARITIONS PUBLIQUE ET TÉLÉ
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Siffler et décrier l’adversaire à son apparition télé ou physique dans les rassemblements
La télévision aidant, nous avons tous en tête ces sifflets des militants à l’apparition sur des écrans géants, des adversaires des chefs politiques qu’ils soutiennent. On peut dire que ces siffleurs agissent avec un système de pensée qu’on peut caractériser de système de pensée borgne. Il n’y a qu’un hémisphère du cerveau qui contribue à voir ce qu’il a envie de voir, et à réfléchir sur le même mode. Il y a forcément de la bêtise. Une forme de bêtise. Il y aura toutefois un bémol à y mettre car on peut penser que nombre de ces siffleurs, au fond ne sont pas de purs imbéciles. Leur cerveau obéit à des règles de comportements ancestraux. Ils ont un comportement guerrier. Ils s’inscrivent dans une logique de guerre psychologique. « La guerre psychologique est l’utilisation de techniques psychologiques pour amener l’adversaire à penser qu’il est en position de faiblesse ou qu’il a intérêt à se rendre. C’est la guerre par les idées plutôt que par les armes matérielles ». À côté de cela, pendant ces manifestations bruyantes, il est à noter qu’il y a comme des relents de cours de récré. Bon enfant pourrions-nous dire ; à moins que le juste terme soit : de sales gosses. « Il y a forcément une dimension récréative, de sociabilité festive. Je suis convaincu que certaines gens sifflent parce que c’est l’occasion de s’amuser, qu’il y a un jeu » note le sociologue Williams Nuytens. Voilà donc ce que l’on pouvait mettre en avant du côté des militants et supporters. Du côté des supportés, des hommes politiques, on ne peut pas dire pour beaucoup qu’ils cherchent à minimiser ces phénomènes, voire à les stopper. Au congrès 2015 des Républicains, Alain Juppé essuie les huées des militants dès son apparition à la tribune. Des « Nicolas ! Nicolas ! » fusent dans la salle, avant même que son discours ne soit terminé. « Il arrive, laissez-moi finir ! » dit l’ancien Premier ministre. Quand Nicolas Sarkozy gagne la tribune, il donne du « Cher Alain » et le présente comme « une richesse », « une chance » pour sa famille politique. Au diner du congrès d’été 2015 des socialistes, des militants du Mouvement des Jeunes Socialistes mènent le chahut contre le ministre des Finances (absent) et Manuel Valls. À tel point que le service d’ordre doit intervenir. « On applaudit ou on n’applaudit pas, mais on ne siffle jamais » insiste le Premier ministre. « Il faut se respecter. Débattre, mais se respecter », conclut-il fermement. Mais le trop rare et grand champion de la gestion de ce dysfonctionnement est Édouard Balladur. Fin 1994, les sondages le donnent gagnant de la présidentielle du printemps. Ce qui décide le Premier ministre à se présenter, quitte à affronter Jacques Chirac, au plus bas ; le chef du RPR déplore alors la trahison de son 'ami de trente ans'. Mais au soir du premier tour, en 1995, c’est un Premier ministre remonté qui se présente devant les caméras. 'Ça suffit ! Taisez-vous, s’il vous plait', ordonne-t-il aux militants qui scandent son nom. C’est Jacques Chirac et Lionel Jospin qui seront présents au second tour. Les militants les huent. Mais Édouard Balladur intervient sèchement, en lançant deux fois d’un ton impératif, la posture allant avec : 'Je vous demande de vous arrêter !'. Et il appelle à voter pour Jacques Chirac ». Pour en revenir aux sources comportementales des militants siffleurs décrieurs, il conviendra de vous noter avec indulgence si vous êtes siffleur 'à la pensée borgne' et agissant somme toute 'par jeu', et de vous noter plus sévèrement si vous y mettez la méchanceté de celui qui raille (qui déraille), qui invective, qui veut en découdre ; qui fait de la sale politique, en somme.

□ LES ATTITUDES MARQUANTES ET EXCESSIVES DES CROYANTS OU NON CROYANTS

Faites-vous dans la ?
– 41 | VOLONTÉ DE PERSUASION DE DÉTENIR LA VÉRITÉ
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à vouloir persuader autrui qu’on détient la vérité sur l’existence ou la non-existence de Dieu
Le manque d’ouverture à l’autre et à ses idées (des idées entendables), c’est un peu contraire à ce que prônait le fils de Dieu, à ce qu’il est communément admis. Si votre personne à évaluer est dans cet état d’esprit : « Tu es dans l’erreur, Dieu existe, je le soutiens mordicus, et je te donne des preuves », en y réfléchissant ne serait-ce qu’un peu, il est des évidences qui s’imposent à l’esprit. La première d’entre elles : il n’y a pas de preuve. Le philosophe Marcel Conche le formule ainsi : « On entend les théistes donner plusieurs 'preuves' de l’existence de Dieu, qui ne sont en réalité que des arguments, car si 'preuve' il y avait, une seule suffirait ». L’absence de preuve suggère-t-elle alors l’inexistence ? Des penseurs avisés tiennent ce raisonnement. « Pour l’athée, l’absence de preuves de l’existence de Dieu justifie de croire qu’Il n’existe pas. Or l’absence de preuves n’est pas forcément une preuve de l’absence. Prenons le procès d’un meurtrier. L’absence de ses empreintes sur l’arme du crime ne suffira pas à l’innocenter. Il lui faudra fournir un alibi et prouver qu’il ne peut être le coupable. Par ailleurs, dans certaines situations, on peut se demander si l’absence de preuves constitue une preuve de l’absence. Imaginez-vous dans une salle de classe et que quelqu’un s’écrie : 'Il y a un éléphant dans la salle !'. Si vous ne voyez pas d’éléphant dans la classe, vous en conclurez sans doute possible qu’il n’y en a pas. Et imaginez que quelqu’un s’écrie ensuite : 'Il y a une puce dans la salle !'. Le fait de ne pas voir de puce dans la classe ne sera pas suffisant pour affirmer qu’il n’y en a pas. Ainsi, l’absence de preuves ne prouve l’absence que dans le cas où, si l’être ou la chose existait, vous vous attendriez à en avoir des preuves ». Tortueux mais finalement simple et nécessaire. L’éléphant dans la classe : guère possible ! La puce dans la classe : bien possible ! Pour nous résumer sur le sujet : rien ne prouve que Dieu existe et rien ne prouve que Dieu n’existe pas. Pour nous renforcer dans l’idée que la question est insoluble, il est intéressant de se référer au physicien et philosophe Étienne Klein qui dit que pour démontrer l’existence ou l’inexistence de Dieu, « il faudrait savoir très précisément qui Il est, dire quels sont les attributs de cet être dont on dit qu’il n’a pas de réalité ». Un être supérieur ! ? Une force supérieure ! ? Après cela, libre à chacun d’avoir ses avis, ses convictions, de les dire, de les argumenter… sans aller toutefois jusqu’à se muer en croisé des temps modernes qui cherche absolument à évangéliser ou à athéiser les autres. Si tel semble être votre cas, vous vous attribuerez une note en adéquation.

Tendez-vous à ?
– 42 | SNOBER LES INFOS DU PROGRÈS ET S’EN TENIR À DES FABLES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La résistance ou le refus de croire aux conclusions formulées par l’Histoire, la Science, L’Église
Avec le temps, les hommes deviennent plus réfléchis et avertis ; et parfois non. Êtes-vous du genre à résister ou à vous refuser à croire aux éclairages que vous apportent les avancées ? Premier exemple, lié aux avancées de l’Histoire. Il peut être soutenu que le Christ est né le 25 décembre de l’an 0, et que ceux qui contestent ont tort ! Alors, la naissance du Christ ? Jacques Duquesne, écrivain historien chrétien, énonce… « Seule certitude, Jésus est né sous le règne d’Hérode, roi de Judée, qui meurt en l’an 4 avant notre ère. On en déduit que le Christ est né entre 6 et 4 avant… Jésus-Christ. Il y a une chance sur 365 que la date du 25 décembre soit la bonne. D’autant que les récits de la Nativité évoquent les bergers qui dorment dans les champs et qu’il fait froid en Judée en décembre. Au début du christianisme, on célébrait la naissance de Jésus début janvier avant que la tradition du 25 décembre ne s’imposât au cours des premiers siècles. Sans doute parce que dans l’Antiquité déjà, le 25 décembre, date à laquelle la durée du jour recommence à augmenter, était consacré à la fête du Soleil. En ce sens, Jésus est le soleil nouveau qui se lève sur l’humanité ». Deuxième exemple, lié aux avancées de la Science. Le suaire de Turin est un drap imprégné de l’image d’un homme crucifié. Il est considéré comme le linge ayant enveloppé le corps du Christ à sa descente de la croix, et à ce titre est vénéré. Or, une étude au carbone 14 révèle que ce linge date du Moyen-Âge. On entend alors que l’échantillon étudié n’est pas représentatif du linge entier, et aussi que le procédé de datation au carbone 14 n’est pas fiable. L’esprit résiste. Troisième exemple, lié aux avancées de la pensée catholique. Évoquons Adam et Ève, comme enseigné au catéchisme. Peut-on avoir une lecture plus réfléchie de l’apparition de l’homme, ou vous en tenez-vous à cela ? La rédaction de 'Réponses catholiques' livre un commentaire… surprenant. Elle argue qu’« on peut à la fois croire, dans la foi, que Dieu a créé Adam et Ève, un premier couple d’hommes d’où sont issus tous les hommes (doués d’une âme, d’une intelligence, d’une liberté, spécifiques à l’humanité), tout en pensant aussi dans le registre scientifique (où l’on fonctionne par hypothèse, validation, puis éventuellement, remise en cause et nouvelle hypothèse plus englobante que la première), qu’Adam et Ève ont eu des ancêtres génétiques, plus ou moins primates, plus ou moins hominidés, mais non hommes ». Dernier exemple, lié aux avancées de l’Église. Dieu créateur. Jusqu’après 1950, l’Église enseignait que les écritures racontaient la création de l’univers en six jours, Adam et Ève… Cela s’opposait à la théorie de l’évolution de Charles Darwin, qui décrit le processus par lequel les espèces se modifient et donnent naissance à de nouvelles espèces. Dans un discours à l’Académie des sciences au Vatican, Jean-Paul II a rappelé que Pie XII, pape de 1939 à 1958, « considérait l’évolutionnisme comme une hypothèse sérieuse, digne d’une investigation et d’une réflexion approfondie ». Jean-Paul II progressa en déclarant : « Aujourd’hui, un demi-siècle après la parution de l’encyclique, de nouvelles connaissances conduisent à reconnaitre dans la théorie de l’évolution plus qu’une hypothèse » ; il ajoute que la théorie de l’évolution ne propose pas de solution pour expliquer l’âme humaine, que le moment du passage au spirituel n’est pas l’objet d’une explication scientifique, qu’il fait appel à l’intervention divine. Au final, pour en revenir à notre sujet, même ce que dit l’Église, certains croyants ne veulent pas le considérer ; et encore moins si c’est la science seule qui l’affirme. Pour ce qui est de vous, en est-il généralement de même ? Avez-vous cette tendance à vouloir continuer de croire ce que vous voulez bien croire, alors que vous savez très bien ou ne voulait pas savoir que ce n’est pas exactement la vérité ? À noter.

Portez-vous à ?
– 43 | TENDRE AU CLÉRICALISME, OU À L’ANTICLÉRICALISME
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La résolution de s’en tenir sans réserve aux préceptes de l’Église ; la résolution de vouloir manger du curé
Sur le sujet 'Curés Anti-curés, les excès', voyons ceux de l’anticléricalisme… Dans un discours en Espagne, en 2010, le pape Benoît XVI a mis en garde contre un retour à l’anticléricalisme 'agressif' tel que celui des années 1930 dans ce pays. Pour votre évaluation, il sera intéressant de savoir si vous êtes quelqu’un d’anticlérical agressif, anticlérical, laïque, laïque intégrant, c’est-à-dire sachant reconnaitre des qualités à l’Église et à ses serviteurs. Exemples de comportements agressifs : se refuser à tout contact avec les représentants de l’Église (ils sont pourtant des humains et souvent intelligents, intéressants à parler) ; les agresser, les fustiger ; se refuser à entrer dans des églises (c’est beau les églises, et ce sont des lieux d’histoire) ; ne voir l’Église que par le prisme de ses travers (des 'travers', par définition, ce n’est pas ce qui est au 'centre' et qui compose l’essentiel)… À l’inverse être en situation laïque intégrante, c’est entendre le discours humaniste de l’Église, reconnaitre à leur juste valeur le parcours de vie empreint d’humilité de la très grande majorité de ses serviteurs ; plus généralement c’est voir de façon objective que la notion d’entraide est bien là qui sous-tend la pensée et les actions… Sur ces sujets, où vous situez-vous ? Maintenant, cela étant, à l’autre bout du sujet 'Curés Anti-curés, les excès', voyons les excès du cléricalisme… Ce n’est pas parce qu’on est en désaccord ou en interrogation sur des points de la doctrine qu’on la rejette entièrement. On peut être en accord sur l’essentiel, aimer la doctrine, excepté ceci ou cela. C’est faire preuve d’esprit actif. Pour illustrer, chacun connait les points sensibles entre les réalités de la vie et les positions de l’Église. Voici, résumés, les propos d’un homme critique averti. Sur les divorcés, il dit : « L’Église soutient l’indissolubilité du mariage. C’est une grâce quand un mariage et une famille y parviennent […] Une femme abandonnée par son mari trouve un nouveau compagnon qui s’occupe d’elle et de ses enfants. Ce second amour réussit. Si cette famille est discriminée, la mère et ses enfants s’éloigneront […] La demande d’accès des divorcés à la communion doit être prise en compte ». Sur l’avortement : « Il est positif que sa légalisation ait contribué à réduire les avortements clandestins […] Il est difficile qu’un état moderne n’intervienne pas au moins pour empêcher une situation sauvage et arbitraire […] ce qui ne veut pas dire 'licence de tuer', il faut que l’État s’efforce de diminuer les avortements par tous les moyens ». Sur la procréation, il ne se déclare pas opposé à la fécondation assistée et à l’adoption d’embryons congelés par des femmes seules. Pour le préservatif, il considère qu’il est un « moindre mal » dans certains cas. Sur l’euthanasie, il regrette que l’Église italienne se soit prononcée contre l’euthanasie et ait refusé des obsèques religieuses à un homme qui avait demandé à son médecin d’accélérer sa mort, en 2007. Il appelle l’Église à « plus d’attention pastorale ». En conclusion, il lance : « L’Église a 200 ans de retard. Pourquoi ne se réveille-t-elle pas ? Avons-nous peur ? ». Cet homme critique est l’italien Carlo Maria Martini, cardinal archevêque de Milan de 1980 à 2002, homme d’Église jusqu’au bout, décédé à 85 ans en 2012. Il fut cité parmi les successeurs possibles de Jean-Paul II jusqu’à ce qu’il se dise atteint de la maladie de Parkinson en 2002. Notre propos n’est pas de mettre en avant ses thèses, mais de montrer qu’on peut être adhérent à l’Église, Dieu, la religion, tout en conservant un degré de réflexion personnel. Si pour ce qui est de votre personne, vous ne pouvez pas ou avez du mal à penser par vous-même, il y aura un manque. Mais mais in fine : excès clérical, excès anticlérical ! ?, là est la réflexion à mener pour attribuer la note.

□ AU RANG DES RITUELS

Poursuivrez-vous malgré tout de ?
– 44 | CHANTER LES PAROLES DE LA MARSEILLAISE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Chanter sans réserve ou sans questionnement les paroles de la Marseillaise
Partant du principe établi que la langue française est intelligible et que les mots ont un sens, c’est aller contre le bon sens et l’intelligence que de se complaire à en énoncer certains, très discutables. « Aux armes citoyens ! » : c’est l’exhortation à la guerre. « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! » : c’est l’exhortation au racisme et au bain de sang. Des mots clamés parfois en conscience, ou le plus souvent sans conscience. Quand on dit en conscience, c’est dans celle exprimée par cet homme politique, Philippe Seguin, quand il déclare : « Mon souci d’authenticité l’emporte sur toute autre conviction. C’est sur ces paroles que nos ancêtres ont exalté et défendu la liberté. Elles gardent donc à mes oreilles une signification qui vaut par le rappel implicite de leur contexte. En chantant et en disant : 'Aux armes, citoyens', je n’appelle évidemment personne à prendre les armes. Je célèbre plutôt un culte à des principes et à leurs défenseurs en prononçant des paroles qui ont une valeur quasi sacramentelle. Le prêtre n’est-il pas dans une situation analogue lorsqu’il prononce certaines formules transmises de siècle en siècle ? ». Effectivement, c’est un mode de pensée intellectuellement recevable. À côté de cela, il est un grand nombre de personnes qui n’ont pas la conscience de la teneur des paroles qu’elles chantent. Elles les chantent. L’académicien Théodore Monod livrait cette réflexion : « La France n’a pas de chant plus officiel et plus sacré qu’un appel aux armes, aggravé d’un refrain sanguinaire et raciste. Personne ne s’en émeut, personne même (circonstance atténuante ?) ne s’en aperçoit. Et pourtant, l’évidence crèverait les yeux d’un enfant, car accepter qu’il existe des sangs 'impurs', et qu’il importe d’en 'abreuver' la terre, c’est tout de même un peu gros pour ne pas être remarqué, non ? Je sais bien – et c’est la réponse habituelle à notre émotion – qu’on chante sans comprendre et en tous les cas sans réfléchir : belle excuse, en vérité… En fait, le cas serait alors plus grave encore ». Et puis, il est des personnes qui chantent l’hymne, tout en étant gênées : « En fait, je connais mal les paroles (comme beaucoup !). Elles me semblent toutefois trop violentes et guerrières. Je souhaiterais qu’elles reflètent davantage le sens de l’honneur, la fierté dans la grandeur de l’action pour la patrie. C’est ce que je ressens sur le podium » (la cycliste Jeannie Longo). Et il est des personnes qui ne chantent pas : « « Même si je trouvais que c’était le plus bel hymne du monde, et que je le fredonnais de temps en temps, je n’ai jamais pu me résoudre à le chanter avant un match car c’est un chant guerrier et que pour moi, un match de foot, c’est un jeu et pas la guerre. Mais ça ne veut pas dire pour autant que je n’étais pas fier d’entendre La Marseillaise. Ce n’est pas parce qu’un joueur ne chante pas l’hymne national qu’il n’aime pas son pays », (l’ex-footballeur et ex-président de l’UEFA Michel Platini). À la réflexion, pour votre évaluation, le problème n’est pas tant la Marseillaise en elle-même. Faut-il oui ou non en changer les paroles ? C’est une question épineuse sur laquelle chacun aura son opinion. Le problème est de considérer la façon dont vous vous positionnez par rapport à cet hymne qui pour l’heure existe bel et bien dans cette forme. Si vous le chantez dans la conscience que ses paroles sont l’expression des évènements d’une époque et qu’elles doivent rester immuables : il y a de la réflexion et l’idée est recevable. Si elle ne la chante pas, du fait qu’aujourd’hui plus qu’hier ses paroles sont guerrières et racistes : il y a de la réflexion. Si vous la chantez, en inconscience de la teneur des paroles, par habitude, coutume, etc., il y a une forme d’irréflexion et la note sera en fonction. De l’indulgence toutefois, car pour beaucoup « ces mots ne sont que des sons » qu’on leur a plantés dans la tête. « Certes ; mais est-il de bonne pédagogie de faire comprendre à des jeunes que les mots ne sont que des sons, que des phrases entières peuvent être dites sans que l’intelligence y prenne la moindre part ? » (Albert Jacquard, généticien et essayiste).

THÈME DIAGNOSTIC ⑦

LES SUPERSTITIONS

Inclinez-vous à ?
– 45 | LA DÉRAISON EN MATIÈRE DE SUPERSTITION ?
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La croyance en des superstitions
Toutes ces superstitions que nous avons en tête et que nous subissons parfois sont culturelles. On nous les a transmises comme on nous a transmis la parole, l’écriture, le savoir… Ce sont bien souvent des superstitions ordinaires que notre intelligence et notre réflexion sont à même de nous défaire. Ainsi, s’attirer le malheur en passant sous une échelle provient du fait qu’une échelle posée contre un mur forme un triangle, symbole de la Sainte Trinité, et que le traverser serait profaner un espace sacré. Toucher du bois pour conjurer le mauvais sort renvoie à toucher le bois de la croix du Christ. Vendredi 13 jour de malheur, trouve ses origines dans le fait que la crucifixion du Christ a eu lieu le vendredi 13 Nissan (nom de mois hébreu) ; que lors du dernier repas de Jésus, il y avait treize personnes à table, dont le traitre Judas, la treizième personne. Le nombre 13 est chiffre de malheur, celui qui mène le Christ en croix et pousse Judas au suicide. Pour d’autres, le vendredi 13 est censé porter chance. La Française des jeux exploite cette superstition en proposant des cagnottes plus élevées. À l’évidence, il apparait que la connaissance permet de désamorcer ces allégations superstitieuses qui accompagnent certains actes de notre vie. Mais il n’est pas forcément besoin de connaissances pour trouver de l’illogisme là où il y en a parfois. Pas facile néanmoins de faire toujours dans la raison quand il y a de l’irrationnel sur le gril. Concédons que des personnes mal à l’aise, puissent s’adonner à des gestes ou actes de superstition, sans être dupes, ou un peu dupes quand même… 'pour le cas où ça pourrait le faire !'. Le professeur de sociologie Gérald Bronner dit que « les croyances saugrenues ne reculent pas malgré le développement de la connaissance, sans doute parce qu’elles rendent des services à notre esprit, des services anxiolytiques que la science ne peut pas rendre ». Il est des rites qui sautent aux yeux, quand on les voit pratiqués à la télévision. Ceux des sportifs. Signe de croix, embrassade de médaille, toucher du sol… Le facteur psychologique joue un rôle dans la performance, et les rituels aident à renforcer la conviction qu’on peut être bon et gagner. Certes, les superstitions sont contraires à l’entendement, et il y a matière à taxer d’irréflexion toutes personnes se laissant aller à cette faiblesse (d’esprit) ; mais a contrario, la personne qui maitrise et qui ne veut pas comprendre que d’autres puissent se laisser aller à de petites superstitions, par souci de confort, cette personne toute forte et réfléchie qu’elle prétend être, ne le serait pas tant que cela. Pour en venir à vous et à votre notation, plusieurs options de comportements sont possibles. Si vous prenez de la distance avec les superstitions : c’est réfléchi. Si vous persistez à croire en des superstitions bien que sachant qu’il n’y a pas lieu d’y croire : c’est court d’esprit. Si vous êtes crédule et victime de votre crainte : l’esprit est écrasé, et la note à délivrer en rapport peut être pondérée au titre d’une certaine indulgence.

THÈME DIAGNOSTIC ⑧

LES VOIES DE L’INTELLIGENCE ET LA CULTURE

Les questionnements de ce chapitre permettent, sur le fond, de différencier ce que sont : l’intelligence et la connaissance. En deux mots : l’intelligence, c’est la capacité à produire des connexions ; la connaissance, c’est ce qui est appris. Ce qui fait que si on a une bonne mémoire, on peut se retrouver instruit sans être très intelligent. À remarquer aussi, qu’il y a pléthore de connaissances dans l’existence : générales, littéraires, techniques, et. Il en ressort que c’est difficile de s’y retrouver en matière d’appréhension d’humains : plus ou moins aptes à 'produire des connexions', ayant plus ou moins de connaissance(s) ! ? Et ça le devient encore plus, quand on y introduit les travers et dysfonctionnements des uns et des autres, intelligents ou pas, ayant de la connaissance ou pas, tout le monde étant loti. Les questionnements de ce dernier chapitre contribueront donc à y voir plus clair.

ATTENTION ! Vous exercez une…
Profession dite intellectuelle, NE LIRE QUE de 46/JOB/INTEL à 50/JOB/INTEL
[ Métier faisant profession de son intellect : enseignement, professions libérales, médias, magistrature…]
Profession de bureau, NE LIRE QUE de 46/JOB/BURO à 50/JOB/BURO
Profession manuelle, NE LIRE QUE de 46/JOB/MANUEL à 50/JOB/MANUEL

□ LES MÉTIERS INTELLECTUELS
Les métiers faisant profession de leur intellect : enseignement, professions libérales, médias, magistrature…

Tendez-vous à ?
– 46/JOB/INTEL | L’ABUS DE STATUT POUR DOMINER, S’ESTIMER
SUPÉRIEUR Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à utiliser son statut pour assoir son pouvoir, à se sentir et à se faire supérieur
Il est des professions qui ont plus d’impact social que d’autres. Petites explications avec ce résumé de l’article d’Hervé Jamet, 'La Vie en Société, Bases du comportement humain' : « La société humaine est structurée en groupes. Les premières sociétés étaient organisées en tribus, formées d’hommes, de femmes et enfants, chacun ayant des activités définies, la chasse pour les hommes par exemple. La tribu avait un chef (pouvoir temporel) et un sorcier (pouvoir spirituel). La société se complexifiant, les groupes se sont diversifiés, les uns se spécialisant dans le combat, d’autres dans l’agriculture, la religion, le commerce… S’en est établie une certaine hiérarchie. Par leur domination physique et spirituelle, militaires et prêtres se sont affirmés, les premiers devenant aristocrates gouvernant le pays, les provinces, les seconds formant un autre ordre privilégié, cohabitant avec le premier. Restaient les autres, principalement des paysans, qui avec la fin de la féodalité devinrent aussi des bourgeois. Aujourd’hui, notre société est plus complexe et les groupes innombrables. Certains sont structurants, d’autres n’ont qu’une influence annexe. Sans être structurants, des groupes n’en demeurent pas moins importants parce qu’ils modèlent la société. Tout individu ressent le besoin de se situer. À quel groupe appartient-on, quelle position occupe-t-on ? Entre individus, les relations peuvent avoir lieu en lien d’égal à égal ou de domination-subordination. Le besoin de dominer l’autre, ou du moins d’établir une hiérarchie, est présent chez l’homme, même s’il n’est pas perçu. Cette domination peut prendre plusieurs formes, de la compétition amicale à la hiérarchie stricte chef-subordonné. Ainsi une stratégie efficace de domination sera d’adhérer à des groupes considérés comme dominants. Parfois ces groupes sont relativement fermés, mais d’autres peuvent être plus accessibles ». Pour en venir à vous qui exercez un métier dit intellectuel, un métier faisant appel à l’intellect : enseignement, professions libérales, médias, magistrature, etc., qu’en est-il de votre comportement ? Si vous êtes personne de valeur, en toute humilité : fort bien. Personne fière de vous, de votre métier, consciente de votre valeur et de la valeur de votre statut, en bonne conscience, sans que cela vous vampirise l’esprit et n’influe sur la bonne humanité des relations avec les 'personnes' côtoyées, la fierté (bien placée) n’étant pas synonyme de bêtise, il n’y aura rien à redire. Enfin ce ne sera pas signe d’intelligence – retour sur soi et rapport aux autres – si vous êtes de ces 'Personnes' dont on pourrait dire qu’elles sont 'imbues de leur statut social', et bien sûr d’elles-mêmes ; ce qui les porte à traiter les autres non comme des personnes mais comme des choses, au mieux comme des 'gens'.

Inclinez-vous à ?
– 47/JOB/INTEL | IGNORER LA COMPÉTENCE D’AUTRUI DANS SON DOMAINE
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La faiblesse de ne pas savoir identifier chez l’autre qu’il a un aussi grand savoir que soi, ou d’un autre ordre, dans un autre domaine
À parler avec quelqu’un, on perçoit vite par la structure de la discussion (emploi des mots, construction des phrases) si culturellement on se situe sur un plan 'd’égalité, d’infériorité ou de supériorité'. En concomitance, on en arrive à s’interroger consciemment ou plus ou moins inconsciemment sur le niveau d’études de la personne. Quand il se révèle, on s’en trouve conforté ou déçu, selon que soi-même on a fait ou non des études. Cela permet de se positionner : de façon plus ou moins positive ou négative, selon les cas. Le facteur moteur de cela est l’école, qui fait qu’on est conduit à se définir soi-même et à définir autrui comme étant un être plutôt 'primaire-professionnel' ou plutôt 'secondaire-supérieur'. C’est ce qu’on peut déduire des propos du professeur Philippe Perrenoud, de la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation à l’université de Genève quand il déclare : « Jusqu’à la fin du XIXe voire au début du XXe siècle, il existait dans la plupart des pays industrialisés deux cursus scolaires fortement cloisonnés. L’un, appelé le réseau Primaire-Professionnel préparait à l’entrée dans la vie active, vers douze ou quatorze ans. Le second, dit Secondaire-Supérieur, conduisait aux études longues. Ces deux réseaux n’ont pas disparu, même si de nombreuses voies intermédiaires sont venues complexifier le tableau ». L’enjeu est la culture générale. Les 'Secondaires-Supérieurs' disposent d’une culture générale plus étendue que les 'Primaires-Professionnels'. Mais qu’est-ce au juste que la culture générale ? C’est le produit de ce que le système éducatif nous a enseigné. En France, nous avons une conception plutôt élitiste et traditionnelle de la culture générale. La littérature, la philosophie, l’histoire et les arts sont fortement privilégiés, la culture scientifique fait bande à part, et les savoirs techniques, les savoirs de la vie sont regardés avec une certaine condescendance. Au vrai, cette culture dite générale qui dépend de ceux qui en définissent les contours, 'l’Institution et ses clercs', méconnait des pans entiers de l’univers du savoir. Pour ce qui est de votre évaluation, vous qui faites profession de votre intellect, restez-vous enfermée dans le système de pensée de votre univers social particulier, le savoir pour vous n’étant qu’intellectuel, ou avez-vous la capacité de pouvoir reconnaitre d’autres formes de culture et de savoirs (pour exemples : le bon sens paysan, les arts de la main : manger, bâtir…, l’art de la guerre : se protéger,…) qui sont tout aussi importants, à côté du vôtre. En d’autres termes, êtes-vous une intégriste du savoir, de votre savoir classique ou une personne ouverte sur les autres savoirs ? Note en conséquence.

Seriez-vous à être ?
– 48/JOB/INTEL | DONNEUR DE LEÇON ET IGNORER SES PROPRES LACUNES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La propension à se faire omniscient, sans avoir la conscience de ses méconnaissances
Qu’est-ce au juste un homme qui est ou se dit cultivé, qui a du savoir, et qui s’en enorgueillit ? C’est un homme orgueilleux. Le savoir, oui d’accord mais quel savoir ? Il y en a de multiples : littérature, maths, technique, divers. Cela étant, pour se faire une idée de l’étendue du savoir de ceux qui disent ou font montre d’avoir de la culture, il n’est sans doute de meilleure illustration que ce qu’évoque ce titre d’ouvrage de l’académicien Jean d’Ormesson : « Presque rien sur presque tout ». Pour les plus cultivés : ils ne savent que presque rien sur presque tout. Pour les un peu moins cultivés : presque rien sur une partie de presque tout. Pour se dégager de la philosophie et faire dans le pragmatisme : en fait, c’est très commun, les gens dits cultivés qui n’y connaissent rien par exemple en technique ou en autres disciplines. Le professeur de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Genève, Philippe Perrenoud, le souligne quand il formule cette interrogation : « On peut se demander si un étudiant en lettres en sait plus sur l’effet de serre ou l’ingénierie génétique qu’un jeune travailleur ayant suivi une formation professionnelle courte. Ou si un étudiant en chimie ou en médecine a des connaissances supérieures à la moyenne en histoire contemporaine ou en musique ». Il en ressort que les connaissances générales de chacun ne restent que de petites connaissances, des portions de savoir, au regard des pléthores d’informations que le monde a produites depuis qu’il est monde et qu’il tient disponible à notre connaissance. Quand on a assurément des connaissances et du savoir, prendre la posture de quelqu’un d’intelligent et de cultivé est en soi une forme d’inintelligence. Quand on est de niveau moyen et qu’on dispense des discours à tort et à travers, 'à tort et de travers', sans se rendre compte de son niveau de méconnaissance, la prétention et l’intelligence transpirent.

En êtes-vous à ?
– 49/JOB/INTEL | AGIR INVARIABLEMENT VIA LES RÈGLES DE SA PROFESSION
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La faiblesse d’en arriver à ne plus penser et n’appliquer dans la vie que ce qui émane du système de formation et du courant de pensée de sa profession
Dans ces métiers faisant profession de leur intellect, particulièrement dans ce genre de métiers où 'l’esprit fixe la ligne', on observe des traits psychologiques dominants et influents chez qui les exercent. L’enseignant dispense le savoir. La personne libérale travaille en indépendance. L’homme de loi fait appliquer le droit. Pour exercer ces métiers, les personnes se sont formées aux règles de la profession, elles les appliquent continument, et cela façonne ce qu’on peut appeler leur 'personnalité professionnelle'. Si elles sont équilibrées et réfléchies, elles laisseront leur 'personnalité professionnelle' au vestiaire une fois sorties du travail. Sauf que bien souvent chez certaines personnes, cette partie de leur personnalité globale présentée comme étant 'leur personnalité professionnelle' déteint sur leur personnalité globale et fausse leurs rapports aux autres dans leur vie quotidienne. C’est ainsi que par certains côtés de leur caractère, elles s’en trouvent 'déformées' (au sens de névrosées). Pour vous aider à réfléchir en la matière sur vous-même, voici une clé permettant d’apprécier si vous êtes est sujet/te au quotidien d’une 'déformation' (professionnelle). Elle consiste en la recherche du trait psychologique dominant façonné par l’usage du métier chez qui l’exerce et de voir s’il déteint sur le caractère usuel. Par exemple, en salle de classe l’enseignant dispense le savoir, et en dehors a tendance parfois à ne pas savoir s’en dispenser ; trait psycho dominant des gens du métier : 'Je sais' ! La personne exerçant en libéral a tendance à vouloir jouer en solitaire ; trait psycho dominant : 'Moi' ! L’homme de loi a tendance à vouloir faire suivre les règles ; trait psycho dominant : 'Rigide' ! Maintenant, à partir du moment où l’esprit humain est capable de comprendre et d’identifier ce processus, il est à même de faire en sorte d’agir et de remettre droit ou de s’essayer à remettre droit ces travers. Pas toujours facile si la déformation en est arrivée à devenir pathologique, mais au pire, si c’est le cas, l’esprit en réflexion sait être agissant et se faire curatif.

Validez-vous quelque peu l’idée de ?
– 50/JOB/INTEL | L’INFÉRIORISATION DES MÉTIERS MANUELS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à une forme de mépris envers les personnes exerçant des métiers manuels
Cette forme de mépris, de condescendance, de ceux qui en sont ou pensent en être : de la « caste » des intellectuels ou pseudo-intellectuels, en opposition à ceux qui ne sont que de la « caste » des manuels, peut être clairement affichée, plus ou moins affichée, ou niée bien que bel et bien présente au fond d’eux ; et dans ce dernier cas, ça se sent. Vu sur un forum, cette réflexion (de souffrance) d’une internaute en recherche de solution : « Qu’est-ce que vous leur dites, vous, quand vous sentez ce mépris qui n’est pas forcément dit, mais qui flotte dans l’atmosphère ? ». Tout d’abord, comme le souligne Matthew B. Crawford, docteur en philosophie et exploitant d’un magasin de motos (auteur de 'Éloge du carburateur') : « Cette distinction manuel-intellectuel mériterait d’être cassée car à l’évidence nombre de métiers dits intellectuels sont aussi manuels (les dentistes) et il n’est pas de métiers manuels qui ne mobilisent l’intellect ». De fait, l’intelligence (cette capacité à synthétiser et à faire des associations d’idées) peut être partout. Et la stupidité aussi. On peut être instruit et stupide, et on peut être intelligent et n’avoir qu’un petit bagage culturel. Revenons à la première phrase de ce texte, où il est fait référence au « mépris, à la condescendance, qui en sont ou pensent en être : de la caste des intellectuels ou pseudo-intellectuels, en opposition à ceux qui ne sont que : de la caste des manuels ». Il y a quelque chose qui cloche dans cette phrase, et qui cloche chez ceux qui se reconnaitraient en elle. Il s’agit de l’emploi de l’expression : 'en opposition'. Ces intellectuels ou pseudo-intellectuels qui s’opposent aux manuels ; et vice-versa bien sûr. Pour faire intelligent, se faire intelligent, il serait mieux de se situer les uns 'à côté' des autres et non 'en opposé'. 'À côté' et parfois même : 'en assemblement', témoin ce mécanicien-philosophe évoqué plus haut ; et témoins toutes ces personnes (c’est d’actualité) que vous pourriez connaitre ou dont vous auriez entendu parler, qui ont fait des études et qui en viennent à exercer des métiers dits manuels par goût ou par nécessité. Pour conclure, sous son allure simple et ingénue, la teneur de cet extrait de l’article : 'Manuel ou intellectuel' publié sur le blog 'Un monde merveilleux, Notre monde est ce que nous en faisons', se révèle être au fond d’une belle intelligence. Il y est écrit : « Laissons ceux qui aiment créer des discriminations et se prennent pour des gens intelligents et importants, avec leur l’illusion de ce qu’ils pensent être, laissons-les à leur arrogance et à leur étroitesse d’esprit et tournons-nous plutôt vers ceux qui ont de vraies qualités d’intelligence, c’est-à-dire des qualités de cœur, d’ouverture, de fraternité, et de chaleur humaine ». À la lumière de tout ce qui vient d’être écrit, comment vous évaluez-vous ?

□ LES MÉTIERS DU TERTIAIRE

Les métiers de bureau
Inclinez-vous à ?
– 46/JOB/BURO | APPLIQUER LES RÈGLES SANS JAMAIS Y RÉFLÉCHIR
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance à se bêtifier sous la pression des consignes de travail, des habitudes, et de l’appréhension de la hiérarchie
Sous la force continue des pressions professionnelles, il est des employés qui finissent par se laisser dépersonnaliser. Ce qui les conduit à exercer leur travail mécaniquement et sans réflexion. Cela contribue à influer sur leur comportement de tous les jours. Corsetés dans des règles qu’ils appliquent à la lettre, de peur de faire mal (à leurs propres yeux, ce qu’ils ne supporteraient pas, et pire : au regard des autres, les collègues, la hiérarchie), ils ne savent pas prendre de la hauteur, de la distance… tout en restant près du sujet. Autrement dit : suivre parfois les règles plus dans l’esprit qu’à la lettre et sans en rajouter comme il arrive souvent. À titre d’exemple, dans une banque, l’employé s’entend dire d’un client : « Ces frais qui me sont comptés sont chers et calculés sur des critères uniquement destinés à faire de l’argent » (en référence aux commissions d’intervention). L’employé 'bêtifié' pourra opposer une réponse du style : « Pas du tout… » ou « Oui mais… » et développer derrière une argumentation pro-banque… à laquelle il croit, auquel cas pourquoi pas !, ou à laquelle il ne croit pas : et là il y aura bêtise. L’employé réfléchi, lui, pourra faire dans ce genre de réponse : « La Direction Générale a fixé ces frais, j’entends bien ce que vous me dites (ou : 'Je suis d’accord avec vous'), mais le règlement m’oblige à vous les facturer » ; suivi d’un éventuel : « Vous pouvez écrire à la Direction Générale, etc. ». Pour ce qui est de vous-même, avez-vous tendance à suivre les règles et les principes de façon stricte, rigide, parce que 'c’est comme ça et pas autrement', selon ce qu’on vous a inculqué, ou savez-vous vous faire réfléchie et souple ? Circonstance atténuante toutefois pour qui souffrirait d’une certaine peur pathologique qui freinerait le bon fonctionnement de la pensée.

Vous advient-il de ?
– 47/JOB/BURO | S’IDENTIFIER À L’EMPLOYEUR, PRENDRE LA CRITIQUE POUR SOI
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le travers de faire siennes les règles de son entreprise et de recevoir les critiques pour soi
Effectivement, il n’est jamais facile à quiconque de recevoir des critiques. C’est inhérent à la condition d’être humain. Nous sommes très disposés à recevoir des compliments et indisposés de recevoir des critiques. Critique : mot évocateur en lui-même puisque composé des syllabes : cri et tique ; quand on les reçoit rien d’étonnant à ce que notre égo 'crie' et 'tique' ! La critique touche notre égo dans ce qu’il peut avoir de présomptueux. Comme le fait remarquer un internaute sur la toile : « S’il est difficile d’accepter la critique c’est parce que nous manquons souvent de lucidité face à notre aperception (perception qu’on a de soi-même et qu’on valorise volontiers). Nous nous croyons être des êtres d’exception et toute critique négative nous renvoie dans nos cordes, péteux, foireux, limités, imparfaits ». Intempérance caricaturale mise de côté et sans faire dans la dévalorisation, l’esprit dont nous sommes dotés est à même d’en arriver pour chacun de nous à d’honnêtes conclusions. « Nous ne sommes que ce que nous sommes, sachons nous situer, rester à notre place, épicétou » comme le dit cet internaute, qui ajoute : « Il fut une époque, je l’avoue, où je me prenais pour 'un philosophe' (lol) ». Recevoir une critique départit du fait d’avoir raison et fait perdre son rang de dominant, chers à l’égo. En réactivant des sentiments de peur et de culpabilité, elle génère sur le moment : déstabilisation et inconfort. C’est le schéma qui s’impose en priorité. Pour atténuer jusqu’à faire quasi-disparaître, pourquoi pas, ces maux que procurent les mots, il faut d’abord être lucide sur soi-même, cet être fort-fragile que l’on est, et ensuite faire preuve d’écoute, d’ouverture, et d’intelligence. L’esprit le permet. À présent, quand dans le cadre du travail on est amené à appliquer les idées et règles d’un autre, d’un patron, et qu’on a tendance à recevoir pour soi les critiques faites à ces dites règles, c’est un travers. Cela arrive plus que d’ordinaire : une critique d’ordre professionnelle est lancée et on se la prend pour soi, on le prend mal ! Ce qui sème la zizanie dans l’histoire et dans la compréhension du phénomène, c’est que notre côté humain vient interférer avec le côté professionnel ; sous la réactivité de l’égo qui part au quart de tour sans discernement. Ce n’est pas tant la critique de la règle de travail qu’on prend mal, mais le fait que soit émise une critique dont on se trouve être dépositaire. L’égo fait un amalgame, ne cherche pas à comprendre : c’est nous qui recevons la critique, c’est donc nous que ça concerne. C’est bien un travers de l’esprit. Compliqué que tout cela. Malgré tout, un esprit en éveil doit en venir à bout. Pour demeurer plus en surface et contribuer à vous apprécier sur le sujet, on pourra retenir que même si à force de 'vivre' avec son employeur il peut se créer une proximité, vous n’êtes pas pour autant l’employeur ou le substitut de l’employeur et que vous n’avez pas de raison objective de prendre pour vous des critiques adressées à quelqu’un d’autre.

Tendez-vous à ?
– 48/JOB/BURO | NE CONSIDÉRER LA CLIENTÈLE QUE COMME DES NUMÉROS
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La difficulté à considérer les clients et usagers, autrement que comme des numéros…
… ou des appellations techniques. Un professeur d’hôpital fait la tournée de ses malades avec ses internes. Il salue un patient dans un lit et demande son diagnostic à l’un des internes. Celui-ci dit qu’il s’agit d’une PFLA. Le professeur le contre et lui demande de diagnostiquer. L’interne dit qu’il s’agit d’une pneumonie franche lobaire aigüe. Le professeur le contre à nouveau et lui demande de diagnostiquer ; l’interne perd pied. Le professeur diagnostique alors lui-même en ces mots : « Nous sommes en présence de Monsieur Dupont qui souffre d’une pneumonie franche lobaire aigüe » (extrait d’un reportage télé). Dans le même esprit, l’Institut national du cancer a lancé une campagne pour faire changer les regards, avec ce slogan : « Je suis une personne, pas un cancer ». On peut le décliner à l’infini : « Je suis une personne, pas un sans emploi ; pas un 'dépassement de vitesse' ; pas un numéro… ». Puisqu’il en est question, dès la naissance, on se retrouve transcrit en numéros. Le plus important et emblématique d’entre eux, est celui de Sécurité sociale. Mon numéro personnel est le 1 54 08 etc. etc. Pour commencer, je réfute le 1 : au nom de l’égalité des sexes. Ensuite, les 54 et 08, année et mois de ma naissance, se révèlent faux : si l’on considère que notre calendrier a été créé à l’arrivée du Christ et qu’il est admis maintenant (même par le pape) que les rédacteurs des évangiles se sont trompés sur ses mois et année de naissance. Les chiffres qui suivent (non publiés) sont justes, ils sont les numéros de mon département de naissance, du registre et de la page du registre où j’ai été enregistré. Fort bien, mais en fin de compte qu’est-ce que l’être humain que je suis a à voir avec cet accolement de chiffres : arbitraire, sexiste, faux et administratifs ! ? Qui suis-je aux yeux des personnes administratives et autres, conduites parfois à s’occuper de mon cas ! ? En s’inspirant de l’idée maitresse et des mots de la blogueuse Daria Marx sur Internet, j’en viens à écrire qu’à leurs yeux nous sommes de cette catégorie : « Les gens qui n’existent pas » : « Ils ne t’ont jamais vu rire aux éclats et avaler du coca par le nez. Ils ne t’ont jamais ramassé en pleurs après le dernier SMS de ton ex. Ils ne t’ont jamais vu monter de tente, bourrée dans un camping plein de Hollandais […] Les gens qui n’existent pas, vivent, travaillent, s’amusent, aiment, se marient, font des enfants, et meurent parfois ». Alors, quand dans des administrations ou ailleurs on a tendance qu’à ne se pencher sur des cas, ne travailler que sur des numéros (certes fonctionnels dans les classeurs) et à développer les comportements qui vont avec, on est bien bête ! Qu’on le fasse : par indifférence, j’menfoutisme, inconsidération, habitude professionnelle, pour aller vite ou d’autres raisons, on est bien bête. Est-ce votre cas et dans quelles proportions ?

Pencheriez-vous à ?
– 49/JOB/BURO | USER DU POUVOIR DE LA PROFESSION POUR DOMINER
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La propension à utiliser sa profession pour assouvir un besoin de pouvoir personnel
Premièrement, « Il est un fait observé, c’est que tout être détenteur d’une autorité, partielle ou non, se trouve entraîné vers l’abus. En général, l’homme investi d’un pouvoir sur les autres, méconnait la limite qui sépare l’abus de l’usage […] Toute idée d’autorité est accompagnée de l’idée de possession. Ainsi le père dit : 'mes enfants' ; le patron : 'mes ouvriers' » ; le fonctionnaire : 'mes administrés'. La possession des choses implique l’usage sans limite ; le possesseur peut les briser, les détruire, cela lui appartient, il en est le maitre. Telle est la conception actuelle, tel est le droit contemporain, à peine modifié du droit quiritaire romain ». Ces lignes ont été écrites par l’écrivain philosophe Augustin Hamon en 1894. Secondement, il est des gens qui ont des manques à combler, des revanches à prendre, et qui le font à mauvais escient et pour de mauvaises raisons, en l’occurrence dans le cadre des pouvoirs qui leur sont conférés. Illustration en exemples significatifs. L’employé/e du rectorat, qui aurait préféré être prof, avec l’aura et les avantages attenants, qui a la mainmise administrative sur le corps professoral, et qui use et abuse de son autorité-pouvoir en mode petites vengeances ! L’employé/e de la Poste, des Allocations Familiales, de la Sécurité sociale, qui n’aime pas les étrangers et qui fait le maximum pour compliquer les choses ! Le gendarme ou le policier, pas si affirmé que cela en tant que civil, qui monte en puissance revêtu de sa tenue (il n’est plus lui-même, ni tout seul, son uniforme l’intègre et l’élève, ce n’est pas un vêtement, c’est une étiquette qui le fait membre des viriles et courageuses forces de l’ordre), au point de l’amener à faire du zèle ! Au-delà d’un certain degré conduisant à franchir la ligne jaune, nous entrons dans l’abus de pouvoir, répréhensible par la loi, que nous laisserons donc de côté. En deçà, jusqu’au flirt avec la ligne jaune, cela peut être identifié comme de l’excès d’autorité. Pour ce qui est de votre évaluation, accordez-vous une circonstance atténuante du fait de la propension de l’être humain à se comporter ainsi, et notez-vous en fonction. Si vous prenez conscience de votre comportement déviant et que vous persistez, c’est imbécile. Si vous avez un comportement déviant sans grande conscience, c’est tout aussi imbécile car, cela vous le savez, il est interdit d’enfreindre les règles (souvent respectueuses envers les usagers) que fixent les administrations et les entreprises.

Êtes-vous de tendance à ?
– 50/JOB/BURO | S’HYPERFONCTIONNARISER
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le défaut de se (sur) fonctionnariser dans ces métiers fonctionnaires et de services…
… des métiers où l’on est censé être au service des personnes, d’une façon ou d’une autre. On dit que les fonctionnaires sont des paresseux, qui se plaignent, bien payés pour ce qu’ils font, et ainsi de suite : laissons de côté ces lieux communs. Ces métiers de services, du tertiaire, ont des habitudes de fonctionnement comme les autres métiers. Consentons à reconnaitre qu’en France les méthodes ont souvent de la pesanteur, mais c’est ainsi. Les personnes qui travaillent dans ces métiers le font selon les règles, et dans le cadre de notre ouvrage nous ne voyons rien à redire de spécial pour ce qui est des employés. Cependant, on aura à redire quand la personne en exercice en arrivera, par pure volonté ou à force de glissement, à devenir une caricature de l’employé sans conscience professionnelle. C’est ainsi qu’on peut considérer que dans les métiers de service et la fonction publique, il y a des bosseurs, des employés fonctionnaires et d’autres. Pour ce qui est des fonctionnaires, ils fonctionnent, ils font, ils exercent leur fonction… selon les us et coutumes de leur profession. Il y a aussi des 'fonctionneguères'. Eux exercent mal ou n’exercent plus leur fonction… au regard des us et coutumes administratifs de leur profession. Là où il peut être admis que le premier puisse ne pas être débordant d’amabilité, le second, lui, ne l’est franchement pas. Là où il peut être admis que le premier puisse être indisponible pour autrui, un certain temps le matin après l’heure d’embauche et un certain temps l’après-midi avant l’heure de débauche, le second, lui, ne manque pas de se faire plus largement indisponible en journée. Là où il peut être admis que le premier puisse tarder à répondre à vos demandes, le second lui laisse le problème de côté sans intention de le régler, se sentant au pire : indifférent à la demande, ou se disant au mieux : que le problème à terme finira par échoir à d’autres. Etc. L’appréciation de votre propre personne se fera en conséquence sur votre degré de (sur) fonctionnarisation…

□ LES MÉTIERS MANUELS

Inclinez-vous à ?
– 46/JOB/MANUEL | CRITIQUER LES MÉTIERS PROTÉGÉS, SANS S’INTERROGER
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La propension à critiquer abusivement les ouvriers et employés de la fonction publique
La fonction publique, cible des critiques de toutes les autres catégories socio-professionnelles, on est bien d’accord ! Mais ici, c’est du rapport de la catégorie la moins favorisée, celle des ouvriers, à celle qui passe pour être la plus favorisée, protégée de l’État, dont on parle. Alors développons ! Quelle différence dans l’exercice du métier entre un ouvrier du privé et un agent des impôts. L’un et l’autre font leurs heures de travail et sont fatigués en fin de journée. Fatigue physique pour le premier et nerveuse pour le second. Fatigue générale pour tout le monde, en résumé. La différence ne se fait pas là. Elle se fait sur le statut dont l’un et l’autre disposent. Le premier est dans un statut privé 'trimant' et insécurisant, le second dans un statut public très rassurant. Le second est content. Et le premier l’est d’autant moins qu’il reluque sur le voisin et qu’il éprouve de la jalousie (souvent inavouée), laquelle s’exprime en flots de critiques sur ledit voisin, et les siens [globalisation] : les fonctionnaires ! En fait, les métiers de la fonction publique sont multiples et il n’y a pas grand-chose à voir dans l’exercice des fonctions entre un employé administratif, un enseignant, un policier, un cheminot, un infirmier… Alors quand on allègue par exemple que le fonctionnaire est feignant, sur quels critères s’appuie-t-on ? De laquelle de ces personnes exerçantes lequel de ces métiers, parle-t-on ? De personne, en fait ! Et pourtant on se représente quelqu’un. L’inconscient collectif, ou plutôt le conscient collectif, sur les bases des allégations faites par les uns et les autres, a créé un portrait-robot, un avatar, qu’on aime voir attribué au détestable chouchou de la République ; que soi-même on n’est pas. Que peut-on dire d’un tel comportement lorsqu’il s’affirme à nous ? Qu’il est irréfléchi. Que la personne, peut-être plus que d’autres, dans d’autres catégories de métiers, éprouve un certain sentiment de jalousie de ne pas avoir de meilleur statut, on peut la comprendre et lui accorder des circonstances atténuantes quand elle peste. Mais de là à ce qu’elle tempête et qu’elle se complaise à penser de travers et à l’exprimer avec force, véhémence, désir d’en découdre, il lui serait plus profitable de réfléchir. C’est ce qu’il faut avoir à l’esprit pour juger de votre propre attitude.

Tendez-vous à ?
– 47/JOB/MANUEL | REFUSER TOUTE RÉFLEXION SOUS DE MAUVAIS PRÉTEXTES
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
La tendance au refus d’exploiter ses capacités intellectuelles latentes, sous prétexte que 'ça ne sert à rien' ou que 'c’est trop fatiguant'.
Est-ce bien réfléchi et raisonné de dire que ça ne sert à rien et que c’est trop fatigant d’exploiter ses capacités intellectuelles ? Oui et non. C’est fatigant : oui il faut de l’effort. Ça ne sert à rien : primo le dire c’est reconnaitre implicitement qu’on a bel et bien des capacités intellectuelles, et ensuite c’est mentir, se mentir, c’est mal réfléchir que de dire que « ça ne sert à rien ». Ça sert à s’élever et mieux vivre. Ça sert aussi à vivre mieux en ayant un meilleur métier que celui qu’on va se choisir ou qu’on s’est choisi par défaut, par exemple. Pour ce qui est de l’école qui détermine le métier que l’on va exercer ensuite, le conseiller d’orientation Mario Charrette fait remarquer qu’on a trop tendance à fonctionner selon 'la théorie du déterminisme de l’intelligence'. Celle-ci classe irréductiblement les jeunes gens en âge d’étudier en trois catégories. Au sommet, une minorité à l’intelligence supérieure qui va bien réussir. Dessous, la majorité, à l’intelligence moyenne qui va réussir une scolarité honorable avec au final les métiers qui en résultent. À la base, une minorité à l’intelligence sous la moyenne, qui connaitra des difficultés, abrègera ses études et qui se retrouva dans des emplois requérant peu d’intellect. En résumé, cette théorie qui fait autorité part du principe que plus on est intelligent mieux on réussit à l’école, et mieux on réussit à l’école et meilleures sont les chances d’accéder ensuite à une carrière rémunératrice et prestigieuse. Or Mario Charrette pointe ce déterminisme au motif qu’il s’avère simpliste voire menteur. Il fait remarquer qu’il rencontre des jeunes gens fonctionnant sous leur potentiel et qui sont plus intelligents que ce qu’affichent leurs notes. Ils pourraient faire mieux mais ne le font pas. Il en conclut que l’intelligence à elle seule ne peut expliquer la performance, et qu’il y a autre chose. Dans son livre référent : 'How children succeed : Grit, curiosity, and the hidden power of character' ('Réussite de l’enfant : Grit, curiosité et la force cachée du caractère'), Paul Tough démontre que certaines qualités sont tout aussi importantes que l’intelligence, sinon plus dans certains cas, pour réussir. Une de ces qualités est l’endurance, ce que les Anglais appellent le 'grit' : cette capacité qu’ont certains de ne pas lâcher prise malgré les difficultés. Or cette qualité d’endurance, qui n’est pas privilégiée en France, est une faculté qu’on peut faire émerger et qui peut être travaillée. Même si un jeune est un peu moins 'rapide' qu’un autre, s’il a appris à persévérer et à ne pas lâcher prise, il pourra réussir aussi bien. Mieux, cette qualité d’endurance sera un avantage pour lui plus tard, sur le marché du travail. Pour vous même qui buteriez sur l’idée de vous améliorer parce que : 'ça ne sert à rien', vu ce que renvoie l’exigence de notre système éducatif, pas étonnant que l’idée vous traine en tête. Cela dit, supposé/e ne pas être bête pour autant, vous le deviendriez sur ce point à vous obstiner à penser ceci alors qu’il y a des solutions.

Penchez-vous à ?
– 48/JOB/MANUEL | ENVIER CRITIQUER SANS CHERCHER À S’AMÉLIORER
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le travers de critiquer par jalousie les personnes au meilleur statut que le sien, sans penser à faire mieux pour soi-même
De la jalousie liée au statut professionnel, en somme ! Dans un de ses articles, la journaliste Chafika Kahlal explique : « Selon Freud, il serait anormal de ne pas éprouver de jalousie. C’est un sentiment sain et naturel, mais seulement à des doses modérées. Il est positif pour l’équilibre psychologique et intellectuel, notamment dans le milieu professionnel où, sous son aspect compétitif, il aide à s’améliorer pour gravir les marches de l’échelon social. Il représente un fort stimulant. Mais il ne faut pas que surveiller les autres, que leurs parcours et leurs acquis deviennent une obsession, parce que le temps passé à observer leurs exploits serait plus profitable à être exploité pour améliorer sa propre situation ». Ainsi tout est dit. Pour illustrer ces propos, on retiendra cette phrase permissive et autorisante de la sagesse populaire : « Critiquer c’est le ventilateur du cœur ». On pourra aussi retenir ce commentaire qui pointe du doigt, extrait d’un forum Internet : « Je suis une envieuse née, c’est mon moteur. Quand je me mets à désirer quelque chose que quelqu’un possède, ça me rend dingue, et du coup je deviens bête et méchante ». Enfin, on goutera cette dernière phrase judicieuse : « Je n’envie pas. Je m’inspire et je prends modèle » ; non dit mais allant de soi : '… et ensuite, je m’y mets'. Sur ce, pour ce qui est de propre personne, faites-vous dans l’excès en matière de jalousie sociale et dans l’inaction en matière d’esprit et d’action ? Si oui, il y a de l’irréflexion à relever.

Êtes-vous de genre à ?
– 49/JOB/MANUEL | ENJOLIVER SA FONCTION ET SE FAIRE VALOIR
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le travers d’enjoliver sa fonction, de se faire valoir
Il y a se faire valoir et se faire valoir. Se faire valoir en mettant en avant ses qualités et ses compétences existantes ; cela peut relever de la prétention et de la frime si c’est fait de façon exagérée mais on reste dans la vérité. Et se faire valoir en arrangeant la réalité, en la travestissant, en mentant, du style : « Je suis coiffeuse », au réel : shampouineuse / « Je suis cuisinier », au réel : à la plonge / « Je suis paysagiste », au réel : à la tonte des pelouses… Une nuance est toutefois à prendre en compte dans ce mensonge. Soit il est commis du bout des lèvres pour masquer un mal-être, un statut professionnel dans lequel, pour de multiples raisons, on a du mal à se retrouver. Soit il est commis de plein aplomb, pour 'se faire passer du vent sous la queue', comme l’exprime l’expression populaire : pour se la péter. Problème d’égo propre aux hommes. À ce sujet, les hommes sont tous égo et bien disposés à…, comme en témoigne le succès des récompenses, des décorations, des Césars… L’égo qui lorsqu’il trouve une marche où monter, le fait sans se faire prier, sans réfléchir, sans scrupule. Dans le monde du travail manuel comme ailleurs, tous n’ont cependant pas le même rapport à l’égo. Il y a ceux qui font preuve de réflexion et qui le canalisent. Ceux qui se disent : « Moi, travailleur manuel, dans le métier que j’exerce, par choix ou par défaut, c’est bien ! ou je n’ai pas à en rougir ! ; l’intelligence de la main passe par l’intelligence de l’esprit ; et à y réfléchir, je décerne un bonnet d’âne aux idiots imbus d’en face qui n’auraient pas l’intelligence d’en avoir conscience ! ». Et il y a ceux qui se laissent entrainer dans les canalisations troubles du tout à l’égo, quitte à se perdre dans la tromperie et l’imposture. Ceux qui veulent briller absolument et artificiellement. Qu’en est-il de vous, et à quel degré d’inintelligence ?

Inclineriez-vous à un ?
– 50/JOB/MANUEL | CHANGEMENT DE COMPORTEMENT D’AVOIR RÉUSSI
Votre note de 0 à 10 (0 la meilleure, 10 la moins bonne) : __
Le travers de s’abêtir du fait de sa réussite professionnelle et financière
À force d’efforts dans l’exercice de leurs métiers, de leur côté entreprenant, d’à-propos dans la gestion économique, des personnes exerçant des métiers manuels connaissent des réussites professionnelles et financières. Pour caractériser leur conduite, on dira qu’elles se sont efforcées d’avoir un… développement professionnel. Or il arrive que le… développement personnel, qui devrait l’accompagner en parallèle, ne suive pas dans la même mesure. Il apparait que la personne qui se fait seule, y parvient fréquemment parce qu’elle a du caractère. Mais qu’est-ce au juste qu’avoir du caractère ? Sur un forum Internet, un contributeur écrit : « J’ai souvent entendu cette expression : 'j’ai / on a du caractère / un fort caractère'. Or cette expression en général me semble utilisée pour traduire, en l’excusant, un comportement autoritaire, abusif et capricieux ». Effectivement. Cela se passe de la sorte : on travaille seul dans son coin, avec son efficacité et sa tête de cochon, personne n’en pâtit vraiment, hormis les proches et c’est déjà trop. Puis on grandit professionnellement, on agrandit ses réseaux, on est amené à diriger des gens, à fréquenter du monde, et on se comporte humainement mal avec beaucoup ; tout du moins avec ceux qui ne servent pas directement ses intérêts et/ou 'qui ne sont plus comme vous' ! Venant d’en bas et ayant monté haut, de fait on est devenu quelqu’un d’en haut, qui prend les autres de la hauteur où l’on pense être, oubliant pour l’avoir appris à l’école ou reçu de la sagesse populaire que « si haut que l’on soit placé, on n’est jamais assis que sur son cul ! » (Montaigne). Le processus de développement personnel : réflexion sur soi, rapport au monde et aux autres dans la brève vie qu’est la nôtre, ne s’est pas ou s’est insuffisamment mis en action. Où vous situez-vous à ce propos ? Si haut vous soyez parvenu/e ou que vouliez parvenir, savez-vous demeurer dans le respect de l’autre, de son statut, de sa façon et de son désir d’être ? Ou plus ou moins ? Ou peu ? Ou pas ? Dit autrement : faites-vous dans le registre : « Les autres et moi » (ce qui est bien) ? « Moi et les autres » (ce qui n’est pas si mal) ? Ou « Moi moi moi » et 'fier comme un bar tabac', selon l’expression édifiante de Coluche ! ?

TABLEAU DE RÉPONSES

1] CARACTÉRISTIQUES PSYCHOLOGIQUES
1. Tendance à ne pas être objectif ? • Note sur 10 = __
2. Tendance à être de mauvaise foi et manipulateur ? • Note sur 10 = __
3. Tendance à ne pas être à l’écoute des autres ? • Note sur 10 = __
4. Tendance à diffuser des idées fausses ou approximatives ? • Note sur 10 = __
5. Tendance à ignorer l’avis des personnes compétentes ? • Note sur 10 = __

2] ÉVOLUTION COMPORTEMENTALE
6. Tendance à se refuser aux progrès technologiques ? • Note sur 10 = __
7. Celle à résister aux nouvelles méthodes de travail et de management ? • Note sur 10 = __
8. Tendance au manque d’ouverture aux nouveaux modes de vie ? • Note sur 10 = __
9. Tendance au refus de considérer le phénomène de la libération des mœurs ? • Note sur 10 = __
10. À repousser à l’excès les personnes étrangères et leurs cultures ? • Note sur 10 = __
11. Tendance à faire des actes d’incivisme ? • Note sur 10 = __
12. À faire dans l’excès en matière de croyance ou d’incroyance ? • Note sur /10 = __

3] COMPORTEMENTS SYMPTOMATOLOGIQUES
13. Tendance à faire la tête et à bouder ? • Note sur 10 = __
14. Tendance à monopoliser la parole ? • Note sur 10 = __
15. À l’emploi de phrases péremptoires et insatisfaisantes pour couper court ? • Note sur 10 = __
16. Tendance à frimer ? • Note sur 10 = __
17. Tendance aux manifestations corporelles grossières ? • Note sur 10 = __
18. Tendance aux expressions et mots masquants ou insinuants ? • Note sur 10 = __
19. Tendance à s’emporter ? • Note sur 10 = __
20. Tendance à lancer des insultes ? • Note sur 10 = __

4] LES PHÉNOMÈNES FÉMININS ET MASCULINS
Si vous êtes un homme, répondre aux questionnements 21/MR à 26/MR
Si vous êtes une femme, répondre aux questionnements 21/MME à 26/MME

Pour l’évaluation d’un homme uniquement :
21/MR. Tendance à être excessivement macho ? • Note sur 10 = __
22/MR. Tendance à dénigrer systématiquement les femmes ? • Note/10 = __
23/MR. À dénigrer les femmes en utilisant des expressions non fondées ? •Note sur 10 = __
24/MR. À critiquer les femmes selon des idées reçues ? • Note sur 10 = __
25/MR. À contester l’accès des femmes à des métiers anciennement masculins ? • Note sur 10 __
26/MR. Tendance à qualifier les femmes de façon humiliante • Note sur 10 = __

Pour l’évaluation d’une femme uniquement :
21/MME. Tendance à être femme sexe fort ? • Note sur 10 = __
22/MME. Tendance à dénigrer systématiquement les hommes ? • Note sur 10 = __
23/MME. À dénigrer les hommes en utilisant des expressions non fondées ? • Note sur 10 = __
24/MME. À critiquer les hommes selon des idées reçues ? • Note sur 10 = __
25/MME. À contester l’accès des hommes à des métiers anciennement féminins ? • Note sur 10 = __
26/MME. À qualifier les hommes de façon humiliante ? • Note sur 10 = __


5] LES COMPORTEMENTS LIÉS À L’ÂGE
Si vous êtes un très jeune adulte, répondre aux questionnements 27/AGE18/30 à 32/AGE/18/30
Si vous êtes un jeune adulte, répondre aux questionnements 27/AGE/30/TAINE à 32/AGE/30/TAINE
Si vous êtes un adulte d’âge moyen, répondre aux questions 27/AGE/40/60 à 32/AGE/40/60
Si vous êtes un adulte du troisième âge, répondre aux questions 27/AGE/60/TAINE à 32/AGE/60/TAINE

Pour l’évaluation d’un/e pseudo-adulte (de 18 à 30 ans) :
27/AGE18/30. Tendance à se revendiquer déraisonnablement indépendant ? • Note sur 10 = __
28/AGE18/30. Tendance à se croire invincible et à être dans l’action irréfléchie ? • Note/10 =
29/AGE18/30. Incapacité à dépasser sa frustration ? • Note sur 10 = __
30/AGE18/30. Tendance à être sans nuances et à refuser les compromis ? • Note sur 10 = __
31/AGE18/30. Tendance à défier l’autorité et les convenances ? • Note sur 10 = __
32/AGE18/30. Tendance à rejeter les règles morales de la génération précédente ? • Note sur 10 = __


Pour l’évaluation d’un/e jeune adulte (environ 30 ans) :
27AGE/30/TAINE. Tendance à vouloir en mettre plein la vue ? • Note sur 10 = __
28AGE/30/TAINE. Tendance à se surestimer ? • Note sur 10 = __
29AGE/30/TAINE. À cultiver une ambition aveugle, irrespectueuse d’autrui ? • Note sur 10 = __
30AGE/30/TAINE. Tendance à être donneur de leçons ? • Note sur 10 = __
31AGE/30/TAINE. Tendance à ne pas vouloir tenir compte des conseils ? • Note sur 10 = __
32AGE/30/TAINE. Tendance à avoir des idées arrêtées et non partagées sur le couple ? • Note/10 = __

Pour l’évaluation d’un/e adulte d’âge moyen (40 à 60 ans) :
27/AGE/40/60. Tendance à oublier qu’il a été jeune et à être moralisateur ? • Note sur 10 = __
28/AGE/40/60. Abuser de ses pouvoirs, son expérience d’âge, se croire indispensable ? • Note/10 = __
29/AGE/40/60. Tendance à refuser son âge ? • Note sur 10 = __
30/AGE/40/60. Tendance à refuser de vieillir et à moquer le vieillissement d’autrui ? • Note/10 = __
31/AGE/40/60. Tendance à ignorer volontairement les effets physiques du vieillissement jusqu’à se mettre en difficulté ? • Note sur 10 = __
32/AGE/40/60. Tendance à faire dans le jusqu’au-boutisme chronique ? • Note sur 10 = __

Pour l’évaluation d’un adulte du troisième âge :
27/60/TAINE. Tendance à abuser de la notion du respect auquel il pense avoir droit du fait de son âge ? • Note sur 10 = __
28/60/TAINE. Tendance à penser que tout lui est dû ? • Note sur 10 = __
29/60/TAINE. Tendance à croire qu’il a toujours raison ? • Note/10 = __
30/60/TAINE. Tendance à ignorer et nier les autres ? • Note sur 10 = __
31/60/TAINE. Tendance à surévaluer et mal utiliser ses expériences de vie ? • Note sur 10 = __
32/60/TAINE. Tendance à l’intolérance, au sans-gêne et à la malpolitesse ? • Note sur 10 = __

6] LES PHÉNOMÈNES DE GROUPES ET DE BANDES
En tant que supporter:
33. Tendance à ne pas pouvoir juger objectivement la prestation réelle d’une équipe, la valeur d’un homme ? • Note sur 10 = __
34. Tendance à se faire supporter excessif de bandes ? • Note sur 10 = __

En tant que fan :
35. Tendance à sublimer ou décrier l’œuvre, sans nuances ni objectivité ? • Note sur 10 = __
36. Tendance à ne pas savoir faire de distinction entre l’artiste de valeur et l’homme discutable qu’il peut être ? • Note sur 10 = __

En tant que militant ou partisan :
37. Tendance à se conformer aux directives, sans réserve ? • Note sur 10 = __
38. Tendance à ne pas juger objectivement le leader, le parti soutenu ? • Note sur 10 = __
39. Tendance à avoir des opinions politiques et à les exprimer à tout va ? • Note sur 10 = __
40. Tendance à siffler ou décrier l’adversaire à toute apparition publique, physique ou télévisuelle ? • Note sur 10 = __

En tant que croyant, non croyant :
41. Tendance à vouloir persuader les autres qu’il détient la vérité ? • Note sur 10 = __
42. Tendance à ne pas tenir compte des découvertes historiques, scientifiques, expliquant des faits jusque-là inexplicables, à s’en tenir à des fables ? • Note sur 10 = __
43. Tendance au cléricalisme, ou à l’anticléricalisme ? • Note sur 10 = __

Au rang des rituels :
44. Tendance à continuer de chanter les paroles de la Marseillaise, après avoir pris conscience du message sanglant qu’elle véhicule à notre époque ? • Note sur 10 = __

7] LES SUPERSTITIONS
45. Tendance à faire dans la déraison en matière de superstition ? • Note sur 10 = __

8] L’INTELLIGENCE ET LA CULTURE
Pour votre profession dite intellectuelle, répondre aux questions 46/JOB/INTEL à 50/JOB/INTEL
Pour votre profession de bureau, répondre aux questions 46/JOB/BURO à 50/JOB/BURO
Pour votre profession manuelle, répondre aux questions 46/JOB/MANUEL à 50/JOB/MANUEL
Pour votre évaluation de personne exerçant un métier intellectuel :
Les métiers faisant profession de leur intellect : enseignement, professions libérales, médias, magistrature…
46/JOB/INTEL. Tendance à profiter de son statut pour exercer son pouvoir, et à se sentir supérieur • Note sur 10 = __
47/JOB/INTEL. Tendance à ne pas reconnaitre les compétences de l’autre dans un domaine différent du sien ? • Note sur 10 = __
48/JOB/INTEL. À être donneur de leçon, et à ignorer ses propres lacunes ? • Note sur 10 = __
49/JOB/INTEL. Tendance à se comporter au quotidien uniquement selon les règles de formation et de fonctionnement de sa profession ? • Note sur 10 = __
50/JOB/INTEL. Tendance à l’infériorisation des métiers manuels • Note/10 = __

Pour votre évaluation de personne exerçant un métier du tertiaire :
Les métiers de bureau
46/JOB/BURO. Tendance à mettre en pratique mécaniquement les règles de sa profession sans jamais y réfléchir ? • Note sur 10 = __
47/JOB/BURO. À se substituer à son employeur et à prendre le critique pour soi ? • Note sur 10 = __
48/JOB/BURO. Tendance à ne considérer la clientèle que comme des numéros ? • Note sur 10 = __
49/JOB/BURO. Tendance à utiliser sa profession et le pouvoir qui s’y rattache pour assouvir son besoin de pouvoir personnel ? • Note sur 10 = __
50/JOB/BURO. Tendance à s’hyperfonctionnariser ? • Note sur 10 = __

Pour votre évaluation de personne exerçant un métier manuel :
46/JOB/MANUEL. Tendance à critiquer gratuitement les autres métiers, en se refusant à toute réflexion ? • Note sur 10 = __
47/JOB/MANUEl. À refuser tout effort de réflexion sous de mauvais prétextes ? • Note sur 10 = __
48/JOB/MANUEL Tendance à envier et critiquer les personnes ayant un meilleur métier, sans jamais chercher à s’améliorer ? • Note sur 10 = __
49/JOB/MANUELTendance à enjoliver sa fonction et à se faire valoir ? • Note sur 10 = __
50/JOB/MANUEL À changer de comportement suite à sa réussite professionnelle ? • Note sur 10 = __

LE CALCUL
Nous voici arrivés au calcul d’évaluation du degré de bêtise ou de connerie de la personne à évaluer.
En fin, l’addition des notes octroyées aux 50 questions posées ci-dessous, produira une note N sur un total de 500, que vous diviserez par 5 pour obtenir une note sur 100.
Cette note représente le pourcentage de bêtise ou de connerie attribué, à ce moment donné, à la personne notée. CQFD !

Exemple :
Somme des points attribués = 210
210 points divisés par 5 = 42
La personne notée a donc un pourcentage de bêtise ou de connerie de 42/100, soit 42 %

RÉSULTAT DU TEST POUR LA PERSONNE CONCERNÉE :
NOMBRE DE POINTS TOTAL = ______
LE PRÉCÉDENT CHIFFRE DIVISÉ PAR 5 = ______
POURCENTAGE DE BÊTISE OU DE CONNERIE
DE (prénom)……………………. (nom)……………… : ____ %
  à la date du _ _ / _ _ / 20_ _

ÉPILOGUE
, pensé et écrit d’un ton léger

Alors qui l’est vraiment ?

On se laisse à dire parfois de son prochain que c’en est un ! Ça n’est certes pas charitable, mais souvent ça défoule, et puis ça fait du bien parce que ça implique qu’il l’est plus que vous. L’adjectif con est global et définitif : Untel est estampillé 'con'. Dans la réalité, ce livre le montre, la connerie peut se mesurer avec une échelle précisément graduée.
Une fois le test effectué, via notre livre-méthode qui détermine le score et le pourcentage, que faire de ces chiffres ?
À partir de quel score l’est-on vraiment !?
Difficile de déterminer des tendances significatives s’appuyant sur des statistiques larges, car ce livre étant une première, de tels calculs n’ont jamais été faits.
Cela dit, nous les auteurs, accompagnés des personnes ayant gravité autour de la réalisation du livre, avons commis un sondage.
Il en ressort l’établissement de ces seuils de graduation : Inférieur à 25. De 25 à 50. Supérieur à 50.
Ce qui détermine trois catégories avec leurs labels : con léger, con épais, con profond.

Pour qui veut affiner, l’analyse ne s’arrêtera pas là.
On le voit dans ce livre, il y a de nombreuses façons d’obtenir un pourcentage donné. Ainsi, un individu ayant 45 % de connerie, obtient un score de 225 sur 500. Il y a de multiples façons d’obtenir 225 avec 50 notes de 1 à 10. C’est autant de profils différents ayant un même pourcentage. Concomitamment, le taux de connerie, comme le profil, évoluent dans le temps, et pas forcément positivement. Ainsi, un individu ayant un faible taux de connerie est mieux armé cérébralement pour s’améliorer au fil du temps, et il est logique que ce taux descende encore avec l’âge et l’expérience. Là où la connerie est cruelle, c’est qu’un con épais a nettement moins de capacité d’émerger de sa connerie, et risque bien de s’y envaser salement au fil des ans. Cette conclusion était déjà pressentie par le regretté Jean Gabin dans un de ses films : « Quand on est con, c’est pas pour un jour ! ». □

RECORDS DU CORPS

Jef Pissard, Dr Régis Bertet

couverture du livre RECORDS DU CORPS


Ce sujet est paru aux Éditions Hors Collection / Presses de la Cité en 1994, sous le titre 'Les scores records du corps'. Ses auteurs sont Dominique Léonie (alias JF Pissard) et le docteur Régis Bertet.

En lecture libre | texte intégral

Voici ce qu'il était écrit en dernière de couverture :

« Combien de temps passez-vous à dormir, tout au long de votre vie ? »
  « Combien de tonnes de nourriture ingurgitez-vous ? »
« Quelle est la durée cumulée de l'ensemble de vos rapports sexuels ? »
« Avez-vous une idée du nombre de vos battements de cœur journaliers ? »
« Connaissez-vous le volume de sang que filtrent quotidiennement vos reins ? »
« Délirants, surprenants, incroyables, hilarants et pourtant bien réels, les mille et un chiffres du corps humain et de son fonctionnement, répertoriés par un duo d'auteurs, journaliste et médecin. » 

J'ai repris les écrits de ce livre et les ai publiés sur ce site à consulter librement. Cliquez sur l'onglet 'Human Body Corps Humain'.

SOUVENIRS, DE 1950 À 2000

Jef Pissard

couverture du livre SOUVENIRS, DE 1950 À 2000


À compter du 1er juin 2019, je jette ici des séquences souvenirs de ma vie, dans l'intention d'en faire un livre quand les pages seront remplies. Ces souvenirs vont courir sur la seconde moitié du XXe siècle.

Séquence 6
LE MARTINET

Ah purée, ce que j'ai pu souffrir quand j'étais petit ; mais qu'est-ce ça mettait de l'ambiance ! LES PUNITIONS. À la maison quand on faisait le zouave, y'avait l'arme de dissuasion nucléaire. Le martinet. L'instrument en bois et cuir, de 10 à 12 lanières, je le sais : je les ai coupées une à une aux ciseaux. C'était dur à faire. Et dur de se prendre le retour de bâton ! Et ç'a servi à rien, car ma mère en a acheté un autre. J'ai dû m'en prendre quelques coups sur les cuisses, mais assez peu finalement. Car la force de cet engin était d'être brandi, avec cette phrase claquante : « Si t'arrêtes pas tout de suite, t'en prends un coup ! » Comme j'étais pour la paix, j'arrêtais (et je m'en allais me faire plus discret ailleurs). L'emmerdement, c'est que les bêtises finissent toujours par se remarquer. Pas de violence à la maison. Mon père, qui le tenait certainement de mon grand-père, avait trouvé un truc. Quand je me faisais insupportable, dans la cour, il m'attachait le bout d'un fil de laine à la cheville et l'autre à un arbre, avec cette menace : « Si tu le casses, tu seras puni ! » Sauf ton respect, Papa, c'était déjà être puni que d'être attaché à un arbre. Tu aurais dû dire : « Tu seras doublement puni. ». Mais bref. C'est pas tout.
Qu'est-ce que j'ai aussi souffert à l'école !...
Les maitres avaient une belle panoplie académique de maintien de l’ordre : tirage de petits cheveux sur les tempes | Pinçage de la joue, puis un ou deux mouvements de droite à gauche et vice et versa, PLUS la claque de finition | Présentation des doigts en dôme pour le coup de règle ; que si tu virais les doigts, tu t'en prenais deux | Le célèbre piquet ; avec ou sans bonnet d'âne | Le puni au fond de la classe, tout seul | Le privé de récréation | Plus tard, les colles avec des rédactions ||| Tiens, à ce sujet, je me souviens de cette colle dissertante que M. Lecroux m'avait filé sur je ne sais plus quel thème. Et quand je lui avais rendue, j'avais senti de l'intérêt chez Lecroux pion. C'est peut-être de là que m'est venue ma vocation écrivante...

Séquence 5
LE PIQUE-NIQUE LE DIMANCHE

Le meilleur des jours de la semaine, c'est le dimanche. Parce que l'été, quand il fait magnifique, avec mes parents ma sœur, tonton tata et le cousin de notre âge on s'en va faire le pique-nique au bord de l'eau. Ça se prépare bien avant. Les adultes des deux familles conciliabulent pour savoir qui emmènent quoi dans les deux paniers. Plutôt plus que moins. Toujours. Puis c'est le rendez-vous à l'une ou l'autre maison. Excitation ! Le bonjour enfiévré. Et départ des deux titines pour le paradis.
La dernière fois c'était l'ancien champ de tir avec des familles tout autour et des cages de foot au milieu. Rapidement, dans l'aprèm', tout le monde jouait au foot.
Cette fois, les titines nous emportent vers cette prairie boisée, avec la rivière au court lent se trainant entre ses berges. Ce qui est chiant pour nous les gosses, c'est qu'il faut aider à porter quelque chose, des compléments de paniers, des parasols... alors qu'on a autre chose à foutre : commencer à jouer.
Ça y est, on se débarrasse de tout, et courses partout à fond les gamelles ! Les parents installent les couvertures qui grattent. Montent les parasols, mettent les paniers à l'ombre, attachent les bouteilles par le goulot avec des fines cordes et vont les plonger dans l'eau en les arrimant à des racines.
Après nos galopades, équilibre sur les mains, la roue, le poirier, jeu de gendarmes et de voleurs, chat perché, les premières sueurs et des volées de cris saturant les tympans de nos parents, et des gens autours ayant eux-mêmes des enfants faisant pareil, c'est l'appel pour le début du pique-nique assis sur la couverture avec le mal au cul et sans savoir exactement comment se mettre les canes.
On fait comme on peut et on savoure. Faut dire qu'ils ont fait fort, les parents. Menu 5 étoiles. Saucisson beurre, pâté cornichons, poulet froid moutarde, chips ordinaires et gaufrées, salade de fruits, pschitt qui pique le nez... Robuchon n'aurait pas fait mieux !
Ensuite, nous les gosses, on veut aller se baquer. Sauf que pas question ! Il faut attendre 3 heures de digestion. Pas 2 heures 59. Non, 3 heures. C'est la norme à l'époque et faut dire que l'eau est fraiche. Alors, en attendant, pendant que les parents bavardent et somnolent, nous on s'occupe. On joue aux boules en plastique, au croquet, au badminton, aux raquettes contre la balle élastiquée arrimée à un socle en bois... Ç'est dur et ça dure. Heureusement, les parents nous ont tartinés de crème solaire, car ça tape.
Tiens, ça s'active autour de nous. Les familles se planquent sous des serviettes poncho pour se déloquer et enfiler les maillots. Beaux maillots, ma foi, très échancrés et distendus avec, pour nous les mecs, une poche kangourou pouvant accueillir plusieurs habitants. Fière allure !
Mais soudain, Alerte !!! Dans le courant lent de la rivière, mon père repère un homme à plat dos dérivant la tête la première. Il ne bouge pas. Papa lui lance, très en stress : « Besoin d'aide ? » Pas de réponse. Une deuxième fois. Une dernière. Rien ! Papa s'urge à se dépoiler du principal. Le type réagit alors et dit qu'il fait la planche. Putain, il nous fait peur, ce con !
Et maintenant pour nous tous, c'est l'heure. Tous à la flotte sur une berge aménagée avec le matos. Chambre à air de voiture. Et grand luxe, s'il vous plait, chambre à air de camion. Mais avant, faut pomper. Ensuite on passe au moins deux heures dans la baille à tout faire, absolument tout...
Nageoter, s'arroser, faire des bombes, plonger, se mettre le corps à l'envers les jambes en l'air, se passer entre les jambes, faire boire la tasse à ma sœur qui pleure, et le plus rigolo : faire pipi dans l'eau.
Fourbus, rincés, de l'eau dans le nez, les yeux qui piquent, un peu froid, la peau fripée, les parents nous rappellent pour le quatre-heures. On t'a une de ces dalles ! Et pis merde, d'un coup, l'accident bête, une guêpe qui me pique. Mais maman sait faire. Elle s'isole derrière un buisson, fait pipi sur un mouchoir et me l'applique sur le bras. Il parait que ça guérit bien. C'est vrai que je n'y pense plus rapidement. Le soir, dans le lit, je me refais le film de la journée et je le poursuis en rêve.

Séquence 4
LA TOILETTE AU ROBINET DANS LA CUISINE

Quand j'étais petit, on se lavait tous les jours, mais pas comme maintenant. Pas de baignoire ni de douche chez nous, mais y'avait le robinet de la cuisine. Alors tous les matins, ou souvent la veille au soir, on y allait du gant de toilette à l'eau froide sur tout le corps, « Et surtout les fesses » insistait ma mère ». À poil dans la cuisine, ça astiquait. Et le samedi, cher/es ami/es, c'était le grand luxe ! On sortait la grande bassine en fer, ma mère versait de l'eau froide avec le broc et complétait avec de l'eau chauffée sur la gazinière. Toilette-bain pour ma sa sœur et moi, à tour de rôle. Quand le premier terminait, ma mère virait les résidus d'eau savonneuse surnageant, avec une louche, faisait un rajout d'eau chaude et c'était reparti. L'eau des bains servait ensuite à arroser les parterres de fleurs dans la cour.

L'été, on se mettait dehors. Et en plus de la bassine-baignoire, on avait la douche, eh oui ! Les parents tenaient l'arrosoir au-dessus de nos têtes, déversant des jets d'eau de la pomme d''happy'. Adjoint au shampoing qui nous dégoulinait de la tête, l'eau nous piquait les yeux, et nos larges sourires découvraient notre denture trouée de dents de lait et de dents d'adulte pas encore poussées. Le dimanche, on allait aussi se baquer dans la buanderie. On remplissait les bacs à linge en ciment et on faisait trempette-toilette dedans. Dès fois aussi, on se lavait dehors au jet, et on aimait tellement que souvent ça dégénérait : « Bon Dieu de drôles ! » devaient pester les parents.

Le jeudi ou le dimanche, on allait chez mes grands-parents qui habitaient à un bon 3 kilomètres de chez nous ; avec 2 côtes et la franchissement d'un pont métallique enjambant une rivière. On y allait à pied, et parfois on séquençait en poussette. Arrivés sur place, on faisait les cons toute la fin de matinée et l'après-midi avec les chenapans du coin. C'est lessivés qu'il fallait penser à rentrer ; c'est la cas de la dire, car grande toilette avant de repartir. Devant l'assistance, car y'avait toujours du monde, ma mère nous faisait monter debout sur la table et nous gant-de-toilettait entièrement. Pas dérangé, jusqu'au jour où prenant conscience de mon corps, plus d'accord pour qu'on voit mon asticot ! Rhabillage, et tout frais tout neuf, c'était reparti pour le bon 3 kilomètres de retour. On dormait bien.

De la toilette, je garde le souvenir, du gant de toilette un peu rêche, et aussi de la serviette. Y'avait pas de machine à laver et pas d'adoucissant forcément. Mais pas si rêche quand même la serviette et le gant car mis à sécher sur l'étendoir dehors au soleil, et ça produisait un je ne sais pas petit quelque chose de doux et d'agréable à l'odeur. Anecdote parenthèse, sur l'étendoir mon jeune cousin vit des serviettes périodiques en tissus qui séchaient et demanda « – C'est quoi ça Grand-mère ? | – Euh, des cache-cols ! ». Sinon, la toilette se faisait au savon de Marseille, forcément. Et ensuite, on se faisait frictionner à l'eau de Cologne. Quelle bonne odeur ! Pour ponctuer en beauté la préparation du petit que j'étais, coup de peigne vigoureux sur mes cheveux courts, avec la raie sur le côté évidemment.

Séquence 3
LES CABINETS AU FOND DE LA COUR

Dans mes années 1960 jusqu'au début 1970 où j'ai déménagé dans une maison plus moderne, j'ai ces souvenirs de nos cabinets au fond de la cour pour les commissions. La petite, la nuit, on la faisait dans le gros sot en faïence recouvert d'un couvercle. Et le jour et le soir, c'était tout à fait au fond de la cour. Accolé à un étroit bâtiment de débarras, il y avait celui des cabinets. Le tout en pierre et entretenu. N'empêche qu'il se trouvait à distance de l'habitation, dans les trente à quarante mètres, en lisière du jardin, et il y avait des habitants. Y aller la journée ne posait pas de problème, mais le soir ça me fichait la trouille. Fallait traverser la cour dans l'obscurité, y avait le jardin tout noir derrière, et quand t'es petit t'imagines des trucs. Pour ne pas arranger les choses, un soir mon père en revient, tout chose parce que la culotte sur les chevilles, un des habitants, une souris, lui est rentrée dans la jambe de pantalon ! De quoi se tortiller et couler un bronze biscornu ! Quand t'avais fini, tu tirais une des feuilles de papier journal prises dans un crochet et tu te graissais les fesses avec, car on peut pas dire que ça essuyait bien. Au passage, j'ai une pensée émue et j'adresse mes remerciements aux journalistes de l'époque qui ont écrit pour mon cul. La lune noire, j'imagine, car pas assez souple pour regarder, quand t'avais complètement fini, t'actionnais la manette d'ouverture du clapet de fond pour le grand saut dans la fosse. Pour bien terminer le travail, t'attrapais le broc à côté, tu versais de l'eau et tu balais-chiottais...

Dans la continuité, il me reste très présent à l'esprit ces gros camions vidangeurs qui stationnaient devant les maisons, dans une belle odeur ambiante de parfum du corps, pendant que de gros tuyaux caoutchouc déroulés jusqu'aux fosses pompaient pompaient comme les Shadoks. Mon imagination d'enfant courait alors avec l'image de ces camions sillonnant les rues et avec cette interrogation... Mais qu'en font-ils ensuite ?

Quand j'étais petit, on dormait à quatre dans la chambre : mes parents dans le grand lit, et ma sœur et moi dans l'autre lit. Quand envie de pipi la nuit, on le faisait dans un saut en faïence posé le long de l'armoire. Toujours à la même place. Une nuit, mes parents allumèrent la lumière en catastrophe à l'écoute d'un bruit reconnaissable. Il avait déplacé le pot, et moi très endormi, je pissais le long de l'armoire !!!

Un autre souvenir de ma petite enfance. Mon grand-père a invité toute la famille dans un restaurant de campagne où l'on mange super-bien. Forcément, à un moment, mon cousin et moi avons eu besoin d'aller aux cabinets. Et là, ça s'est passé dans les cabinets du fond du jardin : la culotte baissée, tous les deux, assis sur une planche percée de deux trous, côte à côte...

Autres temps, juste avant, et autres circonstances... Mon oncle Maurice Mansaud a écrit ses mémoires (1) dont le début narre ses années de captivité en camps de travail en Allemagne. Pour les chiottes, voilà comment ça se passait :

« Les feuillées, grandes tranchées très longues pour contenir les selles de 2 500 hommes, avec des poutres en fer en travers pour délimiter les emplacements, il est souvent le lieu de nos réunions. Au début, ce n'est pas marrant de se retrouver le cul à l’air pour chier tous en commun, puis question d'habitude on s’y fait comme pour la promiscuité dans les baraques, il n'y a pas de mauvais caractère, il est resté à la porte du camp, il n'y a qu'une grande camaraderie entre nous, solidarité de tous. »

« Les feuillées sont l’occupation du dimanche. Quand elles sont pleines, faut mettre du chlore, reboucher la tranchée et en creuser une autre ailleurs. Ça se remplit vite, non par le produit de ce que nous mangeons, mais par le nombre que nous sommes. Le dimanche, c'est le folklore que de se mettre le cul à l'air, on s’y retrouve plusieurs pour discuter quand il fait beau, moi la promiscuité ne me gêne pas, rue de la Roche où j'habite à Poitiers, nous avions une planche à deux trous même si c'était rare d'y aller avec un autre. »

(1) 'Adjudant Maurice Mansaud, Ma vie de prisonnier et de militaire en Allemagne, Indochine, Égypte, Algérie', Éditions numériques Jerkbook.

Séquence 2
LE TÉLÉPHONE À LA POSTE EN CABINE

Dans les années 1960, on n'a pas le téléphone à la maison, c'est réservé aux personnes à l'aise et nous nous sommes à l'étroit. Mais parfois, il faut téléphoner ou l'on a envie. Cet été, en vacances, j'ai rencontré une bande d'ados comme moi et on a un peu flirté entre filles et garçons. Les émotions sont éruptives en ces saisons 1 ! En rentrant, il faut absolument que je téléphone à Claudine. Je demande de l'argent à ma mère qui me donne un gros billet (de l'époque) en me disant qu'il y a trop et je dois ramener la grosse et la petite monnaie. Me voilà parti à la poste centrale. La préposée me dit d'attendre qu'une cabine se libère. Il y en a cinq, fermées avec des portes vitrées derrière lesquelles on voit des gens parler comme s'ils étaient seuls au monde. « Mais qu'est-ce qu'ils se racontent ? ». Ça s'impatiente. Une cabine se libère... Mais pas pour moi, celle-là, « Fait chier ». Coup de chaleur. Tiens, à force, y'a une femme toute rouge qui sort et la préposée me fait signe. J'entre, je ferme, et manque de ressortir illico tant il fait chaud et que ça cocotte. Ça puire le gaz carbonique, la sueur, et des subsides de parfums dont le perceptible Brise d'anus. Comme je vais parler à Claudine, je veux parfaitement l'entendre, je ne souhaite pas qu'on m'entende, alors je ne laisse pas la porte entrouverte pour survivre. Maintenant, il s'agit de ne pas s'emmêler les pinceaux dans la valse des numéros à composer sur le cadran qui tourne. Crispation. Il me semble que j'ai réussi. Oui, ça sonne. Mais chez qui ? Chez Claudine, finalement. Si la porte close m'isole du bruit extérieur, par contre la minceur des cloisons et le fait que mes voisins crient plus qu'ils parlent pour prétendument se faire entendre des gens lointains avec qui ils jactent, fait que c'est un sacré chahut autour de moi. C'est la merde ! Va donc parler d'amour dans ces conditions ! À la fin, épuisé par la chaleur, ce raffut, et la tension de cette première conversation amoureuse au téléphone, je ressors en nage et je vais payer à la préposée au comptoir. « Nom de Dieu, j'ai grillé le billet ! Ma mère va gueuler ».

Plus tard, j'ai eu d'autres expériences avec le téléphone. Ces deux-là m'ont marqué... On ne l'avait pas encore à la maison, mais ils l'avaient au café de presqu'en face. Alors on donnait le numéro, et quand de la famille voulait nous parler, le patron, la patronne ou des employés venait nous chercher. C'était quand même sympa comme concept.

Plus tard, un peu avant le portable, j'étais à Paris et j'attendais devant une cabine qu'elle se libère. Le mec qu'était dedans s'éternisait en fumant. À force, il sortit, je rentrais et manquais faire un malaise nirvanesque car le type fumait un bedo. Cool, quand même, t'en veux ?...

Quand j'étais petit, je me prenais à imaginer qu'en 2000, il existerait des sortes de bornes installées dans les rues, et qu'en s'en approchant avec un combiné portable, on pourrait téléphoner...

Séquence 1
LA DEUXIÈME CHAINE DE TÉLÉ

C'était en 1964, je m'en souviens à cause du trouble que ça m'a causé. J'avais 10 ans, et mes parents s'étaient payé ce beau gros poste de télé en noir et blanc. Au début c'était génial de se mettre devant ce gros écran gris bombé et de regarder des actualités, des reportages et des films qu'avant je voyais parfois au ciné de la salle de patronage. J'étais captivé, assis bien calé dans le fauteuil de départ en retraite de mon grand-père. À force, je m'affaissais et c'est complètement avachi que je faisais défiler les heures à regarder l'unique chaine. Heureux gamin que j'étais ! Mais ça s'est compliqué quand, à partir de 1964, ces imbéciles ont ajouté une seconde chaine, toujours en noir et blanc. D'accord, c'était bien, mais c'était aussi très chiant, car fallait se lever du fauteuil pour aller appuyer sur le bouton de changement de chaine. Et à 10 ans, en pleine crise de croissance mais surtout de flemme aigüe, j'avais pas souvent le courage pour ça. Quand t'as pas les jambes, dit le proverbe, faut avoir la tête. Bien qu'en petite voie de remplissage, je me suis mis en danger à me la creuser, pour trouver cette solution, ancêtre de la zapette. J'ai rapproché le fauteuil à distance atteignable de la télé, c'est-à-dire assez près de l'écran ; pas terrible pour les yeux. Et je me suis pris à changer de chaine avec le bout d'un manche à balai que je tenais à l'envers du côté des poils empoussiérés et sales. J'ai survécu ! En 1964, il y a eu un drame à la télé. La présentatrice de Télé Dimanche, Noëlle Noblecourt, s'est fait virer pour avoir montré ses genoux à l'antenne.

ASSIS SUR TERRE, DEBOUT AU PARADIS

couverture du livre ASSIS SUR TERRE, DEBOUT AU PARADIS



Ce livre est en présentation réflexion, avant sa publication prochaine chez les éditions numériques Jerkbook et-ou chez une maison d'édition traditionnelle. Si vous êtes actuellement sur cette page et que vous voulez lire gratuitement l'intégralité du livre, merci de me faire part de vos observations, via l'onglet 'contact' du site. Remerciements. JeFpissard


ASSIS SUR TERRE, DEBOUT AU PARADIS
récit romancé
JeF Pissard 2019

Si j’avais été comme vous, je serais toujours moi – JɛF/P.
Si tu ris d’un enfant différent, il rira avec toi, parce que son innocence dépasse ton ignorance.


Je ne me suis pas rendu compte immédiatement que c’était une drôle d’histoire. Ce n’est que bien plus tard que je l'ai compris, vers la fin précisément. À un moment, dans le déroulé de l'action que je vais relater, j’ai perçu qu’il me fallait prendre des notes ; pour fixer les choses en formes de croquis d’actions sur le papier, pour les immortaliser, pour laisser une trace de celles et ceux que je vais côtoyer et dont je vais parler ; une trace de mon vécu, également.

J’ai griffonné mes notes dans mes carnets, à l’allure des évènements que je vivais. Je pourrais les retranscrire maintenant dans de belles phrases littéraires. Mais non, je choisis de conserver, le plus souvent, ce côté spontané des choses, telles que ressenties sur l’instant. Et aussi, il faut que je le dise. Sur moi, il y aurait certainement à écrire, sur mon inexpérience et mes manques. Mais ce n’est pas le sujet.

Tu sais, quand tu es dans la nature, et que tu vois un animal arriver devant toi, hors la conscience et la pratique des mots, tu sens et t'imprimes s’il est dangereux pour toi, et lui le sent pour ce qui te concerne. Instinct contre instinct. Or, j’ai pensé que c’est ce que devaient chercher à percevoir ces personnes polyhandicapées, croisées pour la première fois dans les couloirs de cet institut, en découvrant ma silhouette de gros animal.

Première découverte furtive du foyer, du haut de mes pas, dans le couloir menant vers le fond de cette structure de quatre pavillons pour personnes polyhandicapées. Dans le couloir, un petit homme en fauteuil, la quarantaine, le long d’une porte vitrée en train de regarder dehors, à moitié ensommeillé. Un grand homme en fauteuil, la cinquantaine, très maigre, jovial, agité, avec une main enfermée dans une chaussette scotchée au poignet. L’homme maigre me sourit, pousse des cris de contentement en jetant ses bras en l’air. Il ne fait que faire bouger nerveusement son fauteuil dans tous les sens, à l’aide de ses pieds. Le petit homme finit par me regarder, en ouvrant et en tordant la bouche comme pour pleurer, ou rire, difficile d'apprécier, peut-être est-ce pleurire, il a les larmes aux yeux. Il a un regard hors normes, trouble, lancé de ses yeux ronds vitreux exorbités. Je le regarde et lui souris, quelque peu déconcerté. Oui un regard trouble et qui trouble, échappant aux canons de mes repères.

En passant devant la porte à doubles battants de leur pavillon de résidence, mon œil plonge direct vers le fond de la pièce de vie, à la découverte de ce spectacle hors du commun. Alignées là, en épi, en marche arrière, comme dans un parking de véhicules, des fauteuils roulants et leurs occupants, la plupart en position semi-allongée, avec ce que je pense être des perfusions dans le bras et des porte-perfusions sur trépieds, avec les poches distillant leur produit. Pour les perfusions, c’est ce que je pense voir, mais ce n’est pas cela, j’en parlerai. Cette vision d’ensemble, très médicalisée, rapide, le temps que je passe devant la porte, marque son empreinte en moi. Tant de misère, ici !

Il y a peu, je me suis retrouvé convoqué dans le bureau du cadre socio-éducatif. Brun, grand, mince, la trentaine, l’air sérieux mais d’esprit prompt aux traits d’humour si l’occasion se présente, habillé décontracté comme beaucoup dans le métier, il est assis devant moi à rejeter un œil sur mes curriculum vitæ plus lettre. Il y est signifié entre autres et en principal que 'je ne suis pas du métier, que mes longues années de vie m’ont donné de l’expérience, de l’âge également, en retour de manivelle, et que fort de cela j’ai envie et que ça peut le faire'... Série d’échanges entre le cadre et moi, et apparemment il semble m’encadrer. Il me propose de venir faire une 'journée découverte', un essai comme 'employé de vie', ce n’est pas l’exacte appellation qu’il formule, mais je trouve que celle-ci colle très bien. Ce sera pour demain.

Le lendemain, je suis là. On m'équipe d'une blouse, une femme agent référent, la quarantaine agréable, me prend en charge, et je passe la journée à suivre ses directives et à participer. Je côtoie et m’occupe des résidents du pavillon. Et je côtoie et collabore avec les employées de l'équipe du jour. En soirée, je repasse dans le bureau du cadre qui s’enquiert de mon ressenti, et m’informe de sa procédure de prise d’avis auprès de mes accompagnantes observantes de la demi-journée.

Je remonte au paradis ; mon transitoire paradis d'ici avant le céleste. Localisation : les Alpes. Coordonnées GPS : non précisées, c’est confidentiel. Si ce n’est que je puis dire que je crèche en hauteur dans les nuages. Rien à faire de spécial là-haut. Alors parfois, je regarde en bas, physiquement et intellectuellement, vers les terres d’en bas, et vers les strates de ma vie vécue en Ouest France, vers ce qui m’a façonné..., et je m’occupe à revisionner des pans de mon existence.

Le handicap, je ne connais pas vraiment. Pas du tout, même. Et puis si, peut-être, plus que je le pense. Dans une autre vie, il y a eu une nièce polyhandicapée dans la famille. Je l’ai côtoyée des années, me suis amusé avec elle, ai chanté avec elle, lui ai raconté des histoires.

Parmi mes proches, une femme a œuvré dans le polyhandicap. Elle m’en a parlé, nous avons échangé. Un jour que nous étions dans une fête de son institution, je buvais une bière au bar avec deux hommes, quand une fille trisomique s’est approchée, un appareil à la main, demandant à être prise en photo avec nous. L’un de mes deux compères s’est dégagé calmement, l’autre, nerveusement, en lâchant cette phrase : « Qu’est-ce que je fais là ? » Du coup, c’est l’un d’eux qui a fait la photo. J’ai posé ma main sur l’épaule de la petite (adulte et petite), qui s’est serrée contre moi, et le petit oiseau est sorti ! Elle est repartie contente. Prise de conscience alors pour moi que je n’étais pas dans la peur de la 'différence difforme'... qui peut effrayer certains.

Mes premières années professionnelles, je suis banquier, avec application, sans la vocation. Mon meilleur ami de mes jeunes années vient d'entrer dans une banque et me confie qu’elle recrute encore. Je postule. Il me souffle comment m’y prendre avec le directeur et le cadre faisant passer l’entretien. Petit examen, passage chez un graphologue, un psy, casier judiciaire, et je suis pris. Content mais pas tant que ça. Pourquoi ? Parce que dans cette banque privée où je passe mon temps, il n’y a que le fric qui compte. Faut faire des courbettes. Je suis encore souple à l’époque, mais quand même !

Des années plus tard, marre de la banque, envie de mieux vivre ma vie. Je me laisse prendre par le monde de l’écriture, des livres, du journalisme. Ma vraie voie et mes désirs sont là, j’y ai sérieusement pensé quand j’étais plus jeune. M’y voilà ! À un moment, je réalise un article enquête dont j’ai le souvenir et qui me marque. 'Les plaisirs de l’esprit et physiques de personnes handicapées'. Je réunis des personnes, avec des pathologies diverses : muettes, malentendantes, handicap physique, en fauteuil. Et je les suis et les observe. Scène apéritive dans un cocktail de lancement d’un guide de consommation et de loisirs. Mes 'amis' malentendants et muets se tiennent sages dans leur coin. Pas un bruit, forcément, juste le maniement silencieux des mains pour se parler. Ça ne dure pas. Les verres d’apéritifs se succédant, les mains virevoltent de plus en plus vite, et les sons s’en mêlent. Des sons incompréhensibles pour nous, et que eux comprennent. De plus en plus forts. À tel point que c’est un peu le souk de leur côté. J’apprends que la personne sourde est bruyante. C’est vrai et c’est normal, puisqu’elle ne peut se rendre compte du bruit qu’elle fait. Il parait que dans les HLM, c’est pareil, ils tapent les portes et font du bruit. 'Un peu moins fort, mes amis, s’il vous plait !' Observation autour et, se découvrant sous les regards, le son baisse et la vitesse de maniement des mains aussi.

Ensuite restaurant entre nous. Établissement spécifique, nous sommes assis sur des bancs. Bien que déconnectés de leurs fonctions en rapport, ils perçoivent le mouvement de clients entrant et sortant du restaurant, de personnes quittant la table alors qu’ils ne les voient pas. « Comment faites-vous ? ». « On perçoit le souffle de la porte ! Et les vibrations du banc quand quelqu'un se lève ! ».

Ensuite nous allons en boite. Je nous ai annoncés dans une discothèque et d’autres personnes handicapées vont venir nous rejoindre. Les malentendants dansent en rythme sur la musique. Ils le font par la perception des vibrations du sol sous leurs pieds, par la résonance des basses dans leur poitrine, donnant le tempo, et par les jeux de lumière créant le mouvement. Il y a de la musique dans leurs têtes.

Deux autres personnes handicapées sont là. Un homme en fauteuil, la quarantaine, joyeux, avec une jeune accompagnatrice des services sociaux. Ils déconnent bien ensemble. Et un jeune homme, bien handicapé, en fauteuil, accompagné de sa mère. Le quadragénaire gagne tout de suite la piste, bouge son fauteuil avec un bras, les deux, lève les bras, gesticule, et s’amuse. Voyant que je prends des photos, une jeune femme, s’intéresse à lui, danse autour de lui, avec lui en le faisant tourner et en se faisant tourner. Et puis, au bout d’un moment, arrête et va rejoindre ses copines. Il en est dépité et reste longtemps à guetter dans la direction de la fille, malheureux. S’est-elle rendu compte qu’elle avait allumé ? J’ai le sentiment que ça ne semble pas être son problème. Bonne impression de départ, et mauvaise à l’arrivée. Le jeune homme très handicapé ne bouge pas, il regarde. À un moment, il me parle. J’ai du mal à comprendre, à cause de la musique et parce qu’il a du mal à bien parler. Je finis par saisir. Il me demande de faire danser sa mère. J’invite sa mère qui décline. Il insiste auprès de moi et auprès d’elle. Elle accepte. En revenant nous assoir, un jeune homme vient taper l'exhibe sur la piste, juste devant nous. Grand, sapé comme un dandy, il danse de façon maniérée et avec des allures de branleur. C’est un branleur. Détestable ! D’un coup, il s’approche du jeune handicapé, lui parle à l’oreille et, d'un geste leste, l’extrait de son fauteuil en le prenant dans les bras et fend la piste en latérale jusqu’aux sofas de ses copains. Il l’installe parmi eux et s’assied. Je suis scotché, sa mère aussi. Nous jetons des regards et voyons que ça se marre bien. Ils restent tous au moins une heure là-bas, et le jeune homme le ramène... J’ai encore cette scène en tête. Mauvaise impression de départ, et bonne à l’arrivée. Chapeau à toi, magnifique branleur ! Avec la fille évoquée plus haut, vous venez de me donner une leçon.

⓿ LE CADRE SOCIO-ÉDUCATIF VIENT DE ME RECRUTER

La première journée, il y a un homme qui ne me lâche pas. Il est en fauteuil avec une tablette de soutien installée devant lui pour appuyer ses bras et mains qu’il peut difficilement mouvoir. Ses membres sclérosés sont raides et difformes, son bras prolongement main gauche est tétraplégique. Il avance lentement sur son fauteuil par appui au sol d’un de ses pieds un peu mobile, l’autre se laissant glisser à la traine. Il est chaussé de chaussures orthopédiques. Pour avancer alentour, il y va par petites impulsions, et pour se déplacer plus longuement, dans le couloir par exemple, il se positionne dos à la destination, il tord le cou en arrière, il pousse de son bout de pied sur le sol et, de sa mobilité lente en marche arrière, ‘il progresse lentement assez rapidement’. Membres et corps sclérosés certes, mais en retour il est souple du cou !

Cet homme petit, enrayé de grandir normalement, est âgé d’une cinquantaine. Crinière poivre et sel, le visage bien dessiné, yeux bleu foncé, nez droit, lèvres charnues, sa denture supérieure incline un peu en extérieur, avec un trou de façade de deux dents manquantes, dans lequel il glisse parfois son bout de langue. Quand son tendre sourire illumine son visage, ça produit un effet mignon. Il n’a pas les entières capacités d’un homme de son âge. Il n’a pas la parole. Il se fait comprendre par sonorités, par gestes, et par le biais d’un document plastifié de plusieurs pictogrammes posé sur sa tablette de fauteuil roulant. Il s’appelle Martin.

En général, Martin aime bien les nouveaux. Je suis nouveau, je dois avoir une bonne tête, je lui corresponds, je suis humainement compatible. Et puis je suis un homme, je suis le seul homme de l’équipe ; ici depuis longtemps que des femmes comme professionnelles. Et aussi je suis d’un âge proche du sien, assurément un peu plus vieux. Une figure fraternelle, voire paternelle pour lui, certainement.

De Martin et des autres, j'ai la charge, en équipe, tout du long de la journée. À midi, il veut que je m’assieds près de lui, aux deux grandes tables rondes de la salle de vie ; il me le montre du doigt. Il me regarde avec un regard énamouré, comme pour une femme. Je m’occupe de lui, et de ses frères et sœurs de handicap, pendant le repas. Pour les tâches, nous sommes trois personnes professionnelles pour une assistance, cent pour cent, de douze personnes handicapées. Après quoi, mes collègues et moi les mettons à la sieste. Lever une heure plus tard. Goûter, boisson. Occupations jusqu’au repas du soir, donné en deux services, à partir de 18:30. À l’issue, brossage de dents. Mise au lit, certains devant la télé, d’autres non. Jusqu’au lendemain matin, à partir de 07:00. Lever paraissant tôt mais ils sont couchés tôt. Et coucher paraissant tôt mais ils en ont besoin, pour la majorité. De plus, il y a des impératifs de service.

Et si j'en venais à faire la présentation de nos lieux de vie et de travail ! L’Établissement s'est vu pousser dans un parc. Il est stylé, moderne, lumineux, et ressemble à un K inversé, couché au sol, une étoile de mer conçue sans un bras. En son centre cœur battant, les bureaux de l'accueil secrétariat, de la direction, un escalier et ascenseur montant vers un petit étage de quelques pièces de travail. Et tout du long et aux bouts des grands couloirs du rez-de-chaussée, des résidences de vie aux doubles portes fermées ou non, c’est selon. Autour du bâtiment, d'agréables espaces verts, clôturés pour partie. Cet établissement est un FAM : Foyer d'Accueil Médicalisé pour personnes handicapées. Les pavillons de résidence et de vie accueillent quatre populations de personnes polyhandicapées, regroupées selon des critères d’harmonisation : plus ou moins vieillissants, dépendants, sous assistance médicale permanente, autistes...



En prenant le couloir, je croise de nouveau ces deux résidents hommes de l’autre jour, plus une femme.

Le petit homme est toujours en fauteuil près de la porte-fenêtre du couloir, il aime prendre le soleil, c’est son truc. Et pour cause, il se prénomme Jamalédine, d'Jamal pour les intimes, et ses racines sont méditerranéennes, Algérie. Il a un corps d’enfant, on dirait un enfant, malgré sa quarantaine. Ses yeux bruns expressifs m’ont déjà Interpelé, je les revois et me familiarise. Je n’avais pas remarqué son strabisme œil gauche, et ses longs cils de biche. Son visage est ovale, plein et lisse, teint mat, et ses joues menton pigmentés des traces de barbe. L'expression de ses traits tristes s’ensoleille quand il sourit. Son bas du corps est inerte. Il vient de rejoindre la vitre ensoleillée, en manœuvrant nerveusement ses roues de mini-secousses manuelles. Son visage traduit un état de pensée intérieure, que je perçois comme hermétique ; on verra. Il ne parle pas, il émet juste des sons quand il est en émotion.

Le deuxième homme, aperçu l’autre jour, est aussi dans le couloir. Quand je lui apparais, il lance de nouveau en l'air ses deux grands bras maigres, avec une de ses mains enfermée dans une chaussette scotchée à sa manche. Corps maigre, une bosse à droite en haut du dos. Du bout des pieds, il fait twister son fauteuil, droite gauche en demi-cercle, tout en émettant des sons de contentement. Il sourit et rit, découvrant sa denture ajourée, et fait des mimiques avec la bouche. Il se mordille de côté le fond de la langue, et ça lui fait bizarrement bouger les lèvres. Rigolo ! Il est d'une cinquantaine et s’appelle Francis. Pas accès à la parole, non plus. Il est brun, cheveux courts, d'un visage très anguleux, les yeux d’un bleu délavé. De même morphotype, yeux et nez, que Jean d’Ormesson, il est d'allure aristocratique. Il est nerveux et voyageur, Francis, il circule loin avec son fauteuil et se tape partout. 

Quant à cette femme, je la vois sortir du pavillon attenant, à fond la caisse, si je puis dire, car on ne roule jamais vite en fauteuil. Coudes au corps et les mains, dont une tétraplégique, jointes devant elle, sans appui sur les repose-bras, elle avance courbée en avant à coups de semelles et de coups de reins et de buste. Cette femme, de la cinquantaine, s’appelle Éliane. Elle n’a pas la parole. Visage sombre, cheveux noirs bouclés, les yeux bruns chassant vers l’extérieur, elle a le nez busqué d’un oiseau de nuit, des lèvres minces qu’elle pince, et le même port de menton que le duce Mussolini. On la croirait fille handicap d’une famille aristo italienne. Elle porte une robe noire et un collier de perles colorées. Elle a une gueule et de l’allure. Elle passe près de nous, sans un regard, direction l’infirmerie et le rond point de la rotonde près du secrétariat. Où va-t-elle ? Nulle part de spécial, ou vers un autre pavillon où elle connait du monde ? Sur ce coup, mystère !

Le pavillon du fond, le plus éloigné de l’entrée dans le couloir ouest, est certainement le plus spacieux. C’est là qu’habitent cette femme et ces deux hommes. Double portes, entrée dans une salle de vie commune, de forme arrondie, de douze mètres de diamètre, augmenté sur son fond d’un espace rectangulaire de dix mètres de long. Disposés tout autour de ces espaces : un coin cuisine, des toilettes, une salle de bains, un bureau et sept chambres ; deux chambres individuelles et cinq chambres doubles. Sur la droite du pavillon, une baie vitrée, des portes-fenêtres et l’accès à une terrasse couverte d’un appentis, et à un espace vert. Le tout est lumineux et agréablement aménagé. Ce sont les personnels, souvent cent pour cent féminins, qui décident, avec la direction, des aménagements, des décorations, et elles ont du goût. Dans cette salle de vie, deux grandes tables rondes aboutées pour faire faire prendre les repas aux résidents. À un autre endroit, une grande télévision, un lecteur DVD, une chaine stéréo. Dans les toilettes et la salle de bains, des enceintes pour diffuser de la musique. Dans les chambres, des sonos et des télévisions.

En pénétrant dans le pavillon, on est accueilli par un zouave et sa pseudo-fiancée...

Lui s’appelle Charly, la cinquantaine, mal en point et joyeux. Petit, massif, assis sur son fauteuil électrique quatre-quatre, appuie-tête ergonomique, une balle de tennis plantée sur la tigelle de commande pour lui simplifier les manœuvres de sa main malhabile, tétraplégie de son autre membre. Conduite facile : on pousse on avance, on tire on recule, on penche à droite à gauche, ça le fait ; sauf que, facile facile à demi, car le mécanisme est sensible. Fixée sur les accoudoirs du fauteuil, une tablette pour poser les bras, le bas du corps est semi-paralysé, le haut juste un peu mobile. Charly a le visage rond, yeux bleus expressifs, grands cils, nez épaté, lèvres ouvrant sur un sourire de gencives, tel qu’il est né. Langue adipeuse fugueuse, souvent hors la bouche. Arrimées aux nez et aux oreilles, des ‘lunettes à oxygène’, système de tuyaux relié à un appareil générateur. Le cheveu est brun et un peu clairsemé. Charly est sans parole, il s’exprime par sons, gestes, et parvient à se faire comprendre tant il est démonstratif et malin. Mnémotechnie : Charly-le-clown. Pour communiquer pointu, il s’aide du doc de pictos posé devant lui. À son cou, est nouée une serviette pour recueillir sa salivation permanente.

Près de lui se trouve une fille qu’il couve souvent d’un regard énamouré...

Elle l’aime bien, le regarde, se veut tactile, elle pose sa main sur l’accoudoir de son fauteuil, Charly essaie de l’atteindre et de la caresser, n’y parvient pas toujours, tant il est limité dans ses mouvements et elle aussi. La quarantaine et ayant un physique de gamine, elle très petite de corps et très raide. Elle est semi-allongée dans un fauteuil roulant dont la coque est en mousse dure, confort. Son fauteuil est souvent accolé à celui de Charly. Des chaussures orthopédiques montantes, jambes et bas du corps inflexibles ; le haut aussi est rigide mais moins, ses bras tétraplégiques lui autorisent une petite liberté de gestes. Ses mains, bien que déformées, ont de longs doigts fins, jolis à voir et doux à prendre dans la main. Visage fréquemment agrémenté d’un sourire. Cheveux noirs mi-longs, des yeux bleus, nez droit, visage harmonieux. Jolie fille. Sa langue parfois s’échappe de sa bouche. Elle n’a pas la parole. Elle s’appelle Marylise. Mnémotechnie : Marylise-aux-os-de-verre.

D’autres personnes sont assises allongées à la suite, face au cœur battant de la salle de vie...

Pour faire vivre au quotidien, tous ces messieurs dames limités ou interdits de mouvements, douze personnes professionnelles qui se relaient, en semaine, les weekends, jours de fêtes, tout le temps, de 06:50 à 21:00, par équipes de trois. Une équipe du matin, deux personnes, œuvrant de 06:50 à 13:30. Une équipe d’après-midi, de 13:30 à 21:00. Une autre personne œuvre, à cheval sur ces deux temps, de 08:00 à 16:00 ; utile pour préparer les petits-déjeuners, nécessaire avec les autres pour les prises en charge du matin, pour les déjeuners, les mises à la sieste, les relevers... Cette équipe complète de douze personnels se voudrait être idéalement composée dans un esprit de parfaite complémentarité des compétences, sauf que les arrêts, le turn-over, et la difficulté à recruter, font que les choses s’organisent des fois au mieux des forces en présence ; ça tourne malgré tout, du fait de la bonne volonté et de l’esprit d’équipe. Les âges varient de la vingtaine à la quarantaine, hormis moi, le plus vieux.

Parmi les membres de l’équipe : des collègues ayant le diplôme d’aide-soignant (orientation soins) ; le diplôme d’AMP, Aide Médico Psychologique (orientation éducatif), une collègue ayant les deux diplômes, ce qui me fera dire d’elle qu’elle est 'bi', ce qui la perturbera ; des collègues sans diplôme (inhérent à la profession), mais en passe de faire des formations ; d’autres non. Les parcours des personnes travaillant ici sont différents. Avant qu’elles soient là et aient obtenu des diplômes circonstanciés, pour certaines, elles ont été, par exemple : chef cuisinière, caporale des pompiers volontaires, gérante de société informatique, dépositaire de presse, employée de mairie, employée de maison de retraite, étudiante licence de biologie des organismes et master en ingénierie écologique, étudiante sanitaire et social, étudiantes diverses, fleuriste, opératrice de production chimique, prof de maths en Afrique, prof documentaliste, restauratrice de monuments historiques, serveuse, vendeuse de produits bio... Alors pourquoi ? Parce qu'après étudiant on devient exerçant, parce que difficile à poursuivre la voie empruntée, parce que plus envie, marre de l'ancien boulot, besoin de changer de vie.

Dans l’équipe, avec nous, une maitresse de maison. Son rôle est de s’occuper de la propreté des lieux, de l’entretien des chambres, des literies, du linge des résidents, de la salle de bains, des toilettes, de la préparation des repas livrés par les cuisines. Elle a un lien particulier avec des résidents à qui elle demande à certains de l’aider un peu ; pour des raisons pédagogiques.

Ainsi sont les profils et attributions de mes collègues d'unité. Dans les autres pavillons hébergeant des résidents plus jeunes et moins dépendants, y œuvrent en plus, des moniteurs éducateurs, formés pour les occupations et les loisirs handicap, et des éducateurs spécialisés, aux formations pointues de pédagogue et d’encadrant.

Dans notre pavillon, Grégory se voit soudain secoué d'une terrible quinte de toux étouffante, il avale son flot de salive et suffoque. Une collègue va le débarrasser méthodiquement de ce qui l’encombre. Assez grand dans sa taille handicap somme toute plutôt petite, ce jeune homme a la minceur et la fermeté de corps de la jeunesse ; il est âgé d’une fin de vingtaine d’années. Il est semi-allongé dans son fauteuil roulant, en coque mousse confort, adapté à sa raideur. Il ne parle pas et il est prisonnier de son corps. Son tronc immobile se prolonge par son bassin et ses jambes qu’il ne peut et qu’on ne peut plier. Tétraplégie de ses deux membres, coudes au corps, ses avant-bras mains sont crispement campés devant lui en angle droit, il ne peut les bouger ou infiniment peu. Beaux cheveux bruns bouclés, il a un visage allongé juvénile, de beaux yeux bleus gris, le nez anguleux, un peu de travers et félin, une grande bouche qu’il ne peut jamais refermer. Il est souvent tendu et affiche un joli sourire quand il se manifeste.

Quelle pêche il a, le voisin quinquagénaire, assis sur son petit fauteuil roulant. Il ne fait que se secouer bon train, d’arrière en avant, ça a l’air de l’amuser. Heureux qu'une ceinture de maintien le sécurise. Lui est très petit, râblé tendance mince. Inertie des jambes et mobilité des bras, de façon contractée et désordonnée. C’est un homme à doudous, il en tient un dans une main, et un linge blanc de la taille d'un mouchoir dans l’autre. Il les lui faut, quand on les lui tend, il nous les arrache des mains. Jean-Yves est un brun ténébreux. Forme de visage carrée, une épaisse toison grise-noire, haut front, d’épais sourcils, le regard encaissé, nez droit à bout rond, grande bouche carnassière qu’il tord souvent, dentition antérieure en avant, le menton saillant. Pas la parole. Il émet parfois des sons graves, simultanément à des aigus. Jamais entendu ça. Extra-ordinaire ! Il ne vous regarde jamais vraiment, il a l’air absent, ou ailleurs, à l’intérieur de lui-même. Quand il se fait calme et qu’il prend la pose sur sa chaise, on dirait 'Le Penseur de Rodin'.

La phrase 'Quand la journée commence à sculpter son matin', me vient à l’esprit à voir ainsi Jean-Yves en penseur sur son fauteuil dans la salle de vie, tout propre, tout beau, bien habillé, pas encore bien réveillé en ce petit matin, à attendre le petit-déjeuner. Normal que toujours dans la glaise de si bonne heure, Jean-Yves, retour en images, ça vient de se passer comme cela...

Les deux personnels de service sont arrivés à 06:50. Ont fait les transmissions avec la veilleuse de nuit. Ont réveillé et levé deux résidents, les ont emmenés à la douche, les ont habillés, les ont mis au fauteuil et les ont installés dans la salle de vie, en attendant que le troisième agent arrive à 8:00 pour les petits-déjeuners. Puis les personnels sont allés lever deux autres résidents et les ont de même préparés. Presque réglé à la minute, le temps qu'ils en terminent, que les petits-déjeuners sont prêts. Tous les résidents aptes à manger sont levés, et les trois personnels commencent à s’affairer à les leur faire prendre. 

Un peu avant la fin de mise en table de tout le monde, le psychomotricien a pris son service à son bureau proche du pavillon. Idem pour la maitresse de maison. Ces deux s'apprécient. Avant de se mettre au travail, ils prennent un café dans la cuisinette ouverte sur la salle de vie de notre pavillon. Des résidents mobiles les apercevant, s’approchent et leurs manifestent des signes de bonjour, formels ou informels. Le psychomot' et la maitresse de maison, les saluent, leur parlent, les touchent, en retour, ils sourient, émettent des sons, envoient de regards... Sympathiques retrouvailles de chaque matin, une sorte d’étirement heureux en amorce du commencement social de la journée. 

Les infirmières arrivent avec leur charriot de soins. Elles sont deux, une IDE (Infirmier Diplômé d’État) et une aide-soignante aide-infirmière. Les résidents et nous sommes heureux de les voir. Tous ensemble, on se dit bonjour, on prend des nouvelles, ça parlote, ça s’exclame, ça s’esclaffe, ça interjectionne, ça onomatopées, il y a de la vie. Les infirmières apportent les médicaments du matin qu’elles font prendre à chaque résident. Ils en ont tous, et plutôt plus que moins. Il y a des résidents dociles, d’autres moins : ça grimace, ça geint, ça rouspète... et tout le monde les prend. Les IDE restent pour des soins à ceux qui ne déjeunent pas, puis reviendront dans la matinée pour d’autres soins.

Quand « Toc toc toc », il s'annonce toujours ainsi en toquant la porte du pavillon, on voit entrer le cadre socio-éducatif. « Bonjour » ou « Bonjour tout le monde » lance-t-il à la ronde. Il passe systématiquement tous les matins, à son arrivée. Et c’est remarquable, au double sens du terme, il s’attarde beaucoup plus à saluer chacun des résidents que nous les employés. En même temps, pas trop de temps à passer en bavardages à ce moment de la journée. Alors, il y va d’un « bonjour » par là à un résident, un petit mot par ci à cet autre, une main sur l’épaule d’Untel ou d’Unetelle. Notre résident rigolo de service Charly est encore au lit à cette heure-ci, il a du mal à se réveiller, structurellement et sans doute à cause des médicaments. Le matin, on positionne son haut de lit électrique en inclinaison haute, on lui met de la musique et on le laisse s’éveiller doucement. Eh bien, le cadre passe le voir dans sa chambre laissée porte ouverte et, quand son état de réveil est en bonne voie, voire total, et même déjà dans la déconne, ce qui arrive parfois et souvent, il lui serre la main et lui tape la causette : le cadre avec des mots, Charly avec des sons et des gestes. Avant de partir vaquer à ses autres occupations, le cadre termine de dire bonjour aux résidents dans la salle de vie, et salue ces deux femmes que nous n’avons pas encore présentées. Elles enregistrent certainement sa présence et ses mots, peut-être, mais ne traduisent rien...  

La première est Carmen, la quarantaine, issue de famille espagnole française. De petite taille, bien en chair musculeuse, elle est difficile à manipuler. Tout son corps est inerte, sauf ses bras aux mouvements empruntés et sa tête qu'elle aime à remuer parfois. Brune cheveux courts, visage rond allongé, le regard inquiet de ses yeux qu’elle fait souvent rouler, nez droit, une bouche bien dessinée, et chez elle, cette superbe : des dents qu’elle a belles et... puissantes. Sa famille a prévenu et ça se vérifiera. Parce qu'un bout de doigt glissé entre les dents la dérange, pour un soin de bouche par exemple, elle gnaque et ça fait mal ! Carmen est assise, semi-allongée, sur son fauteuil roulant confort et s’emploie durablement à somnoler. Ou alors à mordre ses doudous jusqu’à les déchirer. Ou encore, bien que lente de mouvements, à faire sa 'Calas' en produisant des sons aigus de cantatrice gazouillante, tout en remuant vivement la tête en latéral.

Joëlle est installée à ses côtés. Dépourvue de parole. Près de 60 ans, avec un visage et une allure plus jeunes. Petite mais fluette, cela lui confère une impression élégante de plus grand. Elle est assise dans son fauteuil roulant confort avec une tablette installée devant pour ses bras, et en bas un support pour les pieds. Jambes tronc semi-immobiles, et bras mains délicats mobiles quand elle est tendue. Et comme elle est souvent tendue, elles les remuent en gestes saccadés, de même que la tête. Un plastron la maintient en assise confortable. Elle présente un visage souvent inquiet : longiligne, cheveux courts gris épais, nez fin un peu aquilin, joues creuses, et bouche en lèvres minces et denture  fatiguée. Elle est de peau très blanche. Il est difficile d’entrer en relation, mais elle s'y prête parfois, quand elle balance ses doudous, qu’on ramasse pour lui redonner, avant qu'elle ne les rebalance, l’œil enjoué, en poussant de petits cris aigus dans une sorte de sourire. Mnémotechnie : Joëlle-femme-fine-agitée.

Les voilà installés là au millimètre dans leurs fauteuils, mais pour les y mettre, les retirer, les positionner sur les tables de bain-douche, sur les toilettes pour certains, les mettre au lit... que d’efforts ! Et ce, même si nous utilisons le plus souvent des matériels...

Ces femmes mesurent de 1,16 m à 1,43 m, pèsent de 29 à 56 kg. Ces hommes mesurent de 1,28 m à 1,50 m, pèsent de 36 à 53 kg. Pas grands et donc faciles de manipulation, pourrait-on penser ! Oui mais des petites tailles pas droites, membres en zigzag, bassin en angle, jambes pieds déformés. Si je puis me faire obligeamment lyrique : 'des formes à la Picasso, des corps désaxés sans point de gravité'. Pas de maintiens dans ces corps qui, soulevés à la verticale et relâchés, tomberaient lourdement sur le sol. De 29 kg à 53 kg, pas lourds, d’accord ! Mais c’est sans compter sur ce phénomène que l’on peut percevoir quand il fait froid et qu’il vente. Il y a la température effective et la température ressentie. Le mercure indique 0°C et l’on perçoit – 3°C. Idem pour nos résidents. Ils sont plus lourds à manipuler que leurs poids le laissent à penser. Il y a de l’effort, de muscles et de délicatesse à produire, pour manipuler ces corps, avec risque de douleurs et de lésions pour tous, et de fractures pour cette résidente à la maladie des os de verre. Cela requiert des efforts physiques et des efforts psychologiques d’attention, qui sont consommateurs d’énergie, très fatigants, usants.

Mais tiens, voilà que Suzy arrive du couloir cheminant lentement sur son fauteuil roulant électrique ! Après une balade on ne sait dans quels autres lieux de l’institut, elle revient et entre dans son pavillon de résidence...

Ah ! Suzy est aussi un personnage. Elle a comme une morphologie de femme atteinte de nanisme. Au verso de son corps, sa chair porte l’impressionnante cicatrice de sa terrible scoliose opérée et réduite. Elle a dans les quarante ans, a un beau visage allongé, teint pâle, cheveux courts argentés, grands sourcils sur de grands yeux bleus, petit nez normal, bouche et lèvres minces, dents régulières. Son tronc et ses jambes sont immobiles. Ses bras, ses mains, et ses doigts qu’elle a délicats, sont mobiles, tétraplégie de son membre gauche. Une fois sur son fauteuil quatre-quatre, elle se déplace par petites impulsions de sa faible main, sur la balle de tennis coiffant la tigelle de commande. Suzy a la conscience d’elle-même et se veut très coquette : belles fringues qu’elle se choisit le matin, colliers, bracelets, bagues, maquillage, parfum. Suzy a accès à la parole, elle parle mais difficilement, et souvent est-il délicat de bien la comprendre. Elle est de plus très jacasseuse et déverse fréquemment des flots de paroles qu’elle répète à l’identique.

Ce qui est trompeur ici, c’est d’avoir affaire avec ces personnes aux têtes d’adultes, avec des esprits restés au stade de la petite enfance. De fait, inclination peut-être parfois de réagir avec eux comme avec des personnes adultes lambdas. Doublement trompeur, car inclination peut-être aussi parfois de réagir avec eux comme avec des enfants, qu’ils ne sont pas. Non, ce sont des adultes handicapés, de faible âge mental. Des adultes diminués.

Quel serait donc leur âge comportemental ? Difficile à dire. Des évaluations ont été faites via 'l’Échelle de Vineland'.  'C’est une échelle d'évaluation du comportement socio-adaptatif. Elle prend en compte, non pas les capacités de la personne évaluée dans une situation structurée de test, comme le fait un autre instrument d’évaluation, mais ce que fait la personne dans la vie quotidienne. La Vineland ne mesure pas les aptitudes ou l'intelligence. Elle étudie quatre domaines. La communication : réceptive, expressive, écrite. L’autonomie : personnelle, familiale, sociale. La socialisation : relations interpersonnelles, loisirs, capacités d'adaptation. La motricité : générale et fine. Les résultats, de ces quatre domaines étudiés, sont donnés en termes d'âge équivalent, c'est-à-dire qu'on en déduit que la personne évaluée se comporte dans la vie quotidienne comme un enfant de tel âge pour chaque domaine'. De ces évaluations, pour notre groupe de personnes, il ressort des âges allant précisément de 1 mois à 3 ans 10 mois. Mais des ressentis et des dires des agents accompagnants qui les côtoient, c’est-à-dire nous, il ressort une sensation d’être en interactions quotidiennes avec des personnes ayant un âge d’esprit de 1 à 5 ans. 

Quelles sont exactement les pathologies de nos résidents ? Seuls le savent cliniquement : les services de direction, la psychiatre, les deux psychologues, le médecin, les infirmières pour partie. Les dossiers médicaux ne nous sont pas accessibles. Nous avons connaissance de grandes lignes de leurs pathologies, mais pas plus. Chose sûre, tous les résidents de notre pavillon sont polyhandicapés de naissance. Ce qui n’est pas le cas, par exemple, pour ces deux personnes handicapées d’esprit et pas de corps ou si peu, que nous voyons parfois dans les couloirs, accompagnés ou non par des agents. L’un est déjà d’âge avancé, grand, mince, son esprit tourné vers l’intérieur, pour cause de s’être grillé les neurones dans une orgie d’alcool suivi d'un coma éthylique. L’autre est jeune, beau, une allure d'athlète de demi-fond d’athlétisme. Son parcours est tout aussi terrible, sans responsabilité de sa part : baccalauréat, quelque étude supérieure, une fiancée, et puis cette maladie dégénérative qui lui tombe dessus et qui lui dévaste le cerveau en un rien de temps. Il demeure maintenant dans son petit monde, dans le monde d'un petit, en court-circuit, à tourner parfois sur lui-même en poussant d'aigus « you you you »...

Pour en revenir à nous, dans notre pavillon à la capacité d’accueil de douze résidents, il s'avère qu'à ce jour nous n'en comptons que onze. Il en manque un ou une, à venir, du fait de la libération d'une place. Des hypothèses circulent. Il peut s’agir d’une personne venant de l’extérieur, d’un autre institut de la région. Ou venant directement de chez une famille ayant toujours eu la personne et qui maintenant ne peut plus assurer, pour cause de vieillissement et dégradation de l’état de santé. Il peut s’agir aussi d’une personne d'un autre pavillon du foyer, qu’on déplace ici pour raison de meilleur confort eu égards son vieillissement et l’avancée de sa pathologie. Cette dernière hypothèse tient la corde. Un nom circule. Une femme, dont le cadre socio-éducatif dira d’elle plus tard, dans un humour pince-sans-rire, pour ce qui est de la compréhension de son mental et des stratégies à mettre en place pour la canaliser : « Elle, elle est bien trop forte pour moi ! ».

① ELLE ARRIVE EN PROVENANCE D’UN AUTRE PAVILLON DE L’INSTITUT
— Et la vie suit son cours...

La voilà, elle est là, Nelly, assise dans son fauteuil roulant qu’elle ne fait pas rouler d’ailleurs. Des jambes sur lesquelles s’appuyer un peu mais qui ne la portent plus vraiment. Le bras gauche tétraplégique, l’autre pas, mais dont elle ne se sert pas pour mouvoir son fauteuil. Ce n’est pas sa préoccupation, le mouvement. Elle est plutôt dans le statique, l’immobilisme, l’aspiration au calme. Et elle est beaucoup dans le mental, si je puis dire. Son âge civil est de cinquante ans, son âge cérébral, au mieux des chiffres rapportés au dossier, est de 3 ans et 11 mois, mais pour nous, ses accompagnants, et ce que nous allons percevoir, c’est plus ! Voici son aperçu : 1,41 m, 56 kg, corps mince harmonieux aux formes bien proportionnées, courbes pleinement ovales du visage, bouche à la Béatrice Dalle, le nez fort et droit, yeux marron, le gauche car le droit semble retourné et ne montre qu’une surface blanche, cheveux souples bruns coupés à recouvrir les oreilles et la nuque.

Elle est non voyante, voire mal voyante, on ne sait pas très bien. Elle-même est ambigüe sur ce sujet. C’est donc qu’elle parle ! Elle s'exprime, rarement, très bien, et le plus souvent pour râler et balancer de sacrées réflexions. Elle a un bon degré d’humour, conscient ou non. Est-ce du premier degré que nous prenons pour de l'humour, de l'humour intrinsèque ou les deux ? Va savoir, nous n'avons pas la clé de son mécanisme.

Si elle nous arrive ici, c’est parce qu’il y a une place et qu'elle a besoin de calme. Dans le pavillon d’où elle vient, il y a parfois des troubles récurrents. Lorsqu’ils partent en crise, un jeune homme crie en tournant sur lui-même, et un homme clopinant, sous traitements pour ses pathologies et contenir son agressivité, tape de sa main ou avec des objets sur la tête de Nelly assise dans son fauteuil. Nelly se trouvera donc mieux en conformité avec ses attentes dans notre unité plus zen. De plus Nelly connait bien Suzy la pipelette, en fauteuil quatre-quatre, car elles ont logé dans la même chambre dans cet ex-pavillon d'où elles sont toutes les issues. Mais attention, si ces deux-là s’aiment bien et s’apprécient, il y a des moments où ça fritte !...

La mère de Nelly, jolie dame élancée aux blancs cheveux, douce voix, petite lueur du regard inquiète, est très proche de sa fille. Mère poule, s’il en est, elle la bichonne, la coucoune, vient la voir souvent, et sans doute l’oppresse-t-elle parfois à son corps défendant. On ne voit guère le mari de Madame, le père de Nelly je pense. Il est grand, brun, toujours en retrait, à la limite fuyant, certainement a-t-il ses raisons, et il se déplace quelque peu en difficultés de mouvance. Nelly a une sœur qu’on ne voit pas.

À vrai dire, si Nelly arrive dans notre pavillon c’est bien pour les raisons évoquées. Mais c’est aussi pour des raisons imbriquées de pathologie, de psychologie, et parce qu'elle a mis en difficulté l’équipe l’ayant en charge dans son ex-pavillon ; de bonnes professionnelles. Que de solutions ont été cherchées et imaginées ! Mais sans succès durable. Et de tout ce temps passé avec elle, certainement un déficit d'attention pour les autres.

Quel est le problème ?

Pour un oui, pour un non, pour une contrariété, ou non, pour rien d’apparent aux jugements des soignants, par besoin inconscient sans doute d’attirer l’attention, Nelly vomit à tout bout de champs, se force à vomir, vomit partout et en toutes circonstances, seule, en présence des autres, elle expulse abondamment et avec force sonorité ce qu’elle a sur le cœur. Elle s’en met partout et elle en met partout, créant de la difficulté pour tout le monde ; pour elle-même, pour les autres résidents, pour les soignants. Cela, principalement le jour, la nuit aussi souvent dans son lit : c’est l’enfer ou ça peut y ressembler. En tout cas c’est une situation d’échec. Le cadre socio-éducatif, en accord avec la directrice de notre établissement, et avec les parents de Nelly, a pris la décision de la changer d’environnement. La voilà donc chez nous...

Et voilà le cadre qui nous briefe longuement, en compagnie de la psychologue, et de la psychiatre ; qui suit cela de plus loin, avec les employés que nous sommes, mais au plus près de Nelly pour ce qui est de ses pathologies et de ses traitements.

Toujours est-il que Nelly est maintenant avec nous, dans notre pavillon, et que tout se passe bien. Elle semble se plaire. Le changement de lieu, de résidents, et d’agents ! La nouveauté ! Du coup, pour son dysfonctionnement, plus rien, disparu ! Nous lui verbalisons en début de repas, de façon ferme et partenaire qu’« Ici il est interdit de vomir », et elle s’y tient. Le cadre socio-éducatif est satisfait, et fier sans doute d’avoir pris la bonne décision. Et nous, les agents de prise en charge de Nelly, nous prenons à éprouver une fierté intérieure d’être les meilleurs agents qui soient. C’est de l’humour, mais en dessous il y a de cela ; il y a de l’humain sous la blouse blanche.

Mais bref ! Nos ‘moi’ remisés dans nos cages thoraciques sous les vêtements d’humain et de travail, poursuivons dans la narration du déroulement de ces journées si particulières que nous vivons ensemble, résidents et agents.

| Le matin, lorsque nous sommes du matin... |

… et que nous arrivons bosser, il est tôt, très tôt, trop tôt. Nous commençons à 06:50. L’hiver, il fait nuit et ça caille. L’été c’est mieux. Aux saisons intermédiaires, c’est coucicouça. Dans tous les cas, on ne peut pas dire qu’on se sente et qu’on soit bien réveillé, opérationnels.

D’autres le sont pour nous, très bien réveillés, sortis de leurs pavillons aux portes ouvertes par les veilleuses et ou le veilleur, à attendre en piaffant, en pyjama ou en robe de chambre, dans le hall derrière les portes en verres coulissantes de l’entrée du foyer...

Ce sont toujours les mêmes, les lève-tôt, il faut dire que pour la plupart ils se sont couchés de bonne heure, embrumés par les médicaments. Ils se tiennent debout, ils marchent, à peu près bien, ou pas très bien, certains chancèlent mais se tiennent. Elles et ils attendent que les premiers agents arrivent, pour leur faire la fête à leur manière, et que la journée commence dans la chaleur de la proximité, tous ensemble. Il y a là souvent : le petit M., de 1,50 m, sans parole, maigre, instable sur ses jambes, les bras raides tenus semi-écartés pour faire balancier, plus très jeune, un visage d’enfant, mignon et rayonnant, heureux de nous voir, pourvu de son casque de protection, en cas de chutes de déséquilibre ou de crise. Il y a là souvent : V., femme d'apparence physique commune, entre deux âges, se tenant debout avec sa poupée dans les mains, et qui jacasse et qui te pose des questions. Il y a là souvent : A.-M, femme entre deux âges de même, qui se dandine en marchant, le visage jovial, les dents du bonheur, qui se frotte les mains quand elle est heureuse ou contente de son coup. Cette A.-M., bavarde, bavarde, à la voix haut perchée de petite fille, dont on ne se dépêtre pas des questions qu'elle pose sur tout, surtout sur notre vie privée, si on ne connait pas le truc, les trucs, pour la faire cesser. Aux aurores, à 06:50, pas encore très bien réveillé, il faut déjà trouver la juste distance : pour lui manifester de l’attention, leur manifester de l’attachement, tout en se mettant en mental détachement. C’est possible, c’est une gymnastique.

Pas à mollir, marche semi-alerte dans le couloir, direction notre pavillon, au fond à droite. Là déshabillage et enfilage de la blouse qui sera d’une utile protection pour le service. Pour moi, ce matin, de 06:50 à 14:20. Sur place, je suis rejoint, ou je rejoins, c’est selon, la collègue avec qui je vais faire équipe. Dans une heure, une autre collègue arrivera qui, elle, officiera jusqu’à 16:00.

De son pas fatigué de la nuit, la veilleuse, le veilleur (il y a un homme) se transporte dans le couloir, entre dans le pavillon en toquant à la porte et vient se poser sur une chaise, un tabouret, près des deux grandes tables circulaires accolées de la salle de vie. Nous l’imitons. Échange de sourires, de ‘bonjour’, de quelques mots badins. Le carnet et stylo sortent de la poche, et nous voilà attentifs à la lecture commentée des évènements de la nuit : Untel qui a été en insomnie (ce qui nous éclairera de son potentiel état aphasique dans la journée), Unetelle qui a eu de grosses selles (donc normal s’il n’y a rien ce matin), Untel qui a été remarqué et libéré d'un bras coincé entre les barreaux des barrières de son lit (ce qui explique l’hématome), etc... Fin des ‘trans’, comme on dit ; des transmissions. L’employé/e de nuit va rentrer dormir à la maison, et pour nous c’est parti...

Mon pas m’emmène vers les chambres des résidents devant lesquelles je m’arrête une à une en jetant un œil à l’intérieur via la vitre du mur ou de la porte. Souvent ça dort toujours, ou c’est à moitié éveillé ou carrément bien éveillé. J’actionne le bouton mural de commande des volets roulants des chambres. Ça fait du bruit, qui ne dérange pas les dormeurs, mais qui attire l’attention des autres. Pas de réaction chez certains, d’autres sourient en m'apercevant à travers la vitre ; celui-ci lance les bras en l’air, hilare, en lançant des cris de joie. Content du jour qui se lève et content de l'arrivée de la compagnie ! Il n’a rien de tel que cela ! J’ouvre les volets immédiatement en arrivant, pour conférer de la douceur, que les résidents s’éveillent à la lente apparition du jour, l’hiver, et à la lente montée du soleil, l’été. Il me semble que c’est nettement mieux que d’entrer en chambre en faisant péter la lumière et en criant, si je puis permettre : « Allez, les garçons et les filles, debout ¡ ». Voilà qui les met directement en prise avec le cycle lent de l’éveil du Monde, dont ils font Nature.llement partie, et ça me plait bien.

Ensuite, passons aux choses sérieuses. Direction la petite cuisine près de l’entrée du pavillon, et au travail, pleine action : faire couler le café ! « Un sucre ou sans sucre, ma collègue ? ». « Sans, s’il te plait ». « Très bien voilà ». Nous nous caféinons, debout dans la cuisinette. Et nous échangeons sur ‘qui fait quoi’ pour les premières prises en charge de ces quatre résidents devant être douchés, pour raisons de service, avant le petit déjeuner collectif à venir, dans un peu plus d'une heure.

| C’est parti ! |

Alors que nous sommes dans la salle de bains en office de nos résidents, hommes et femmes que nous avons roulés sur leurs fauteuils ou avec des appareillages de levage-transport adaptés. Alors que nous les avons déposés installés sur les lits douches. Et que nous nous affairons. Passe le temps... À 08:00, notre troisième collègue d’équipe prend son service.

Elle se charge de préparer le petit-déjeuner collectif. À 08:30 maxi, tout doit être prêt pour les neuf résidents sur douze qui mangent. Il y a le temps, pourrait-on penser ! Sauf que c'est une course de demi-fond physique et mentale rythmée, avec des contraintes à satisfaire, sous peine de trouble et de désordre : pas la bonne préparation pour Untel ou Unetelle, impossible pour Il ou Elle de l'ingérer, à refaire donc, et du délai pour les résidents attendant pour manger... longuement et difficilement, ou qu’on fasse manger... longuement et difficilement. Commettre une erreur commise ne s’avère pas si grave, possibilité de la rattraper dans le mouvement, mais plus d’une approximation de préparation et c’est la désorganisation. Quand on est ancien employé/e du pavillon, l’habitude et la mémoire aidant, on s’en sort bien. Mais quand un nouvel agent arrive, il a du souci à se faire et il s’en fait !

Si je ne craignais de perdre quelques lecteurs en route, pour cause de longueurs et de difficulté de lecture, je décrirais bien ici par le menu, tout ce qu’il faut préparer pour un petit-déjeuner pour neuf. Allez, je le fais...

Tâches préparatoires : culinaires...

Faire couler une grande cafetière de café. Faire bouillir des eaux dans des récipients (de l'eau municipale, certaines eaux minérales pour raisons médicales), et y faire infuser des sachets de thé. Faire chauffer du lait. Une fois le café terminé de couler, en conserver les trois quarts dans un pichet à café avec couvercle, réserver le reste dans un récipient plastique évasé. Verser les trois quarts du thé dans un autre grand récipient plastique évasé, mettre le reste dans un pichet fermé avec couvercle. Sortir les paquets de gâteau. Sortir les paquets de blédine. Sortir les boites d’épaississants culinaires médicaux, ordinaire et supérieur. Sortir les oranges. En prendre une de ce filet livré par la mère d’un résident, la presser et réserver le jus. Prendre le sachet de pain frais complet coupé en tartines livré ce matin des cuisines. Sortir du frigo des parts individuelles de beurre. De fromage. De confiture. De miel. Sortir les cornflakes. Sortir les madeleines de ce résident apportées régulièrement par sa mère. Sortir les crèmes ‘ressources’ préconisées par le médecin pour un résident très maigre...

Tâches préparatoires bis : matérielles...

Sortir la vaisselle adaptée, assiettes, bols, verres, en plastique spécial. Sortir les couverts adaptés, avec manches caoutchouc et tiges et embouts en métal (quelques cuillères à embouts silicone), certains étant distordus ergonomiquement pour une bonne prise en main et bien porter à la bouche. Sortir le compte de serviettes-bavoirs jetables, en forme de ticket d’attente de la Sécu de 1,20 m de long, la partie externe en matière absorbante, la partie interne en matière imperméable, avec une zone autocollante sur le haut des anses pour scotcher derrière le cou, ou à nouer, c’est selon...

Les liquides répondant présents, de même que les matériels et ingrédients, allons-y pour les confections des petits-déjeuners personnalisés...

Pour elle : des tartines de pain de campagne souple, découpées en petits morceaux, tartinés de fromage crémeux mou, plus un verre de café ou de thé, c’est selon.

Pour elle : des tartines de pain de campagne souple, découpées en petits morceaux, tartinés de beurre et de confiture, plus un verre de café ou de thé, c’est selon.

Pour lui : des cornflakes détrempés de lait chaud, avec ajout éventuel de chocolat en poudre (car gourmand, il adore), plus café au lait, sucré, servi dans son verre avec anses et couvercle à pipette.

Pour elle : une assiette de cornflakes détrempés de lait nature ou au chocolat, plus un verre de thé ou de café, servi à température : tiède-limite-chaud-mais-pas-trop-sinon-problème.

Pour lui : un petit pot de ‘crème ressource’, crème médicale enrichie pour nourrissement des personnes en déficit de poids, plus un bol de blédine avec du lait nature ou au chocolat, plus un bol de thé épaissi avec de l’épaississant culinaire médical ordinaire pour favoriser la déglutition et l’évitement des ‘fausse routes’.

Pour lui : un bol de blédine à préparer avec du lait nature ou au chocolat en poudre, en texture souple et coulante, adaptée, ni épaisse, ni liquide, plus un verre de thé épaissi avec de l’épaississant culinaire médical de qualité supérieure ; pour cause de grands problèmes de déglutitions à risques.

Pour elle : des cornflakes détrempés de lait sucré, ou une blédine en texture souple, et surtout un yaourt bien sucré (là, elle raffole), plus un thé ou un café bien sucré épaissi à l’épaississant culinaire médical ordinaire.

Pour lui : une blédine au lait nature ou au chocolat, plus un thé ou un café ou café au lait, épaissi à l’épaississant culinaire médical ordinaire.

Pour lui : des corn-flakes détrempés de lait nature, jamais au chocolat (pour cause d’allergie), complétés de madeleines émiettées détrempées, plus un café noir ou au lait épaissi avec de l’épaississant culinaire médical ordinaire, plus un jus d’orange lui aussi épaissi.

Voilà, c’est prêt !

Tout ça fait seul/e, et souvent sous l’œil d’un ou deux résidents tout propres tout beaux sortis de la douche, en capacité de mouvements en fauteuil, qui se postent à la porte de la cuisinette pour admirer. L’un d’eux affectionne particulièrement d’entrer et venir se coller dans les jambes. Ça lui est interdit, on comprend pourquoi, pas de place et gênant, donc on le sort... mais il revient... alors on le ressort...

Bref, une fois terminée la préparation et mise en plateaux individuels des petits-déjeuners, installation avec les couverts spéciaux, serviettes, etc. sur un grand charriot de service à étage, à rouler et à mettre en attente près des tables de la salle de vie.

Les deux collègues en salle de bains en ayant terminé avec les douches habillements des quatre résidents à prendre en charge avant le petit-déjeuner collectif, et ayant enchainé, à trois nous finissons de lever les résidents encore au lit...

Dans le même temps, ça s'active sec dans le pavillon. Arrivée avant l'heure de la joyeuse maitresse de maison, pour raison professionnelle de caféination avec le non moins sympa psychomot'. Et arrivée dans le couinement des roues de charriot, et avec le bavardage de celles qui le poussent, des infirmières et leurs médicaments. À la vue de tout ce monde, de ce petit miracle matinal de la résurgence de la vie, les résidents se manifestent par des sourires et des bonjours à leur manière : sourires, mimiques, éclats de voix, sortes de paroles, paroles, des gestes, rien pour certains, pourrait-on penser. Mais si !, pour qui sait remarquer : de l’infime éclat dans l’œil, du minuscule sourire en coin, de la verbalisation sonore basse fréquence, ou d’autres nano-signes à percevoir, une attitude...

Mais revenons aux résidents, qu’avec mes collègues, il nous reste à lever...
Pour évoquer plus largement les levers : flash-back !
'Rembobinons la bande pour la caler au début'...

Les modes d’éveils sont vraiment différents d’une personne à l’autre...
Il y a de l’ouverture des yeux et le sourire aux lèvres quand on pénètre dans la chambre.
Au jeter des bras en l’air avec des onomatopées et cris de joie.
Au ‘Je continue de dormir’ (exprimé sans les mots).
Au ‘Je suis dans le pâté (toujours exprimé sans les mots) ‘Il faudra revenir plus tard’... ‘Bien plus tard’... Et c’est ce qu’on fera pour ce résident en grande situation de handicap, assommé de ses pathologies et par les médicaments.
Il y a le réveil tout sourire de celui-ci suçant son pouce, qui le retire de la bouche à notre vue, et qui balance un sourire lumineux, craquant, avec vue sur ses deux dents du bonheur.
Il y a celle qui parle (difficilement), qui demande qu’on lui rehausse sa tête-de-lit électrique et qu’on lui allume sa télé pour regarder du dessin animé, le temps que nous en terminions avec autre chose et que nous allions chercher l’appareil de lever pour l’extraire du lit.
Il y a ce résident dormant sur le côté, que les veilleuses changent périodiquement de côté, tout le corps enserré dans de longues orthèses de mousse houssées de velours pour son maintien confort. Maigre fragile, dos cuisse maintes fois opérés et contraint de reposer ainsi maintenu. Il nous entend arriver et tremble souvent comme une feuille. On fait pourtant doucement, avec grande délicatesse, on lui parle... et il tremble. Il faudra réfléchir à cela en équipe, avec le cadre et la psy. Pour l’heure, on le libère de ses carcans et on le met sur le dos pour qu’il se détende, un peu. Dans un moment, on viendra le lever avec le matériel.
Il y a celle qui attend sur le dos, les yeux roulants dans leurs orbites, regard dans le vague, et qui gazouille mélodieusement. Très jolies vocalises.
Il y a celle, pourtant handicapée, dont on retrouve le lit vide, en bataille, parce qu'à force de coups de reins et de gesticulations de son haut de son corps, elle parvient à s’assoir sur le rebord du lit, puis à se lancer et se rattraper de ses mains malhabiles sur son fauteuil toujours stationné le long. Elle réalise l’opération dans l’autre sens aussi. Faut la voir faire ! Elle se fait des bleus sur les jambes et ailleurs. Et parfois, elle se loupe, mais c’est rare. Un personnage cette femme !
Il y a cette résidente, lourdement handicapée, mince, légère comme la plume, qui balance ses bras, ses jambes, sa tête dans tous les sens, menaçant de se faire mal sur les barrières du lit, que nous avons recouvertes de protections de mousse houssées de plastique souple. On la calme et on l’apaise en lui disant bonjour, lui tirant parfois un sourire.
Il y a ce résident petit bonhomme, enfermé dans son repli viscéral, qui émet ces sonorités perçues comme des gémissements grognements, et qui sont plus précisément des émissions de fonctionnement, d’expression de rien de très particulier, de contentement, de joie (ça dépend des fréquences) et parfois aussi de tristesse ou de douleur quand il a mal quelque part.
Il y a cette petite résidente, toute mignonne, couchée sur le dos, enserrée dans des orthèses de protection pour la maintenir. En plus du reste, elle est atteinte de la maladie des os de verre, et l’extrême prudence est requise dans son maniement. Quand elle nous voit le matin, elle y va de son sourire de petite fille, et si on approche la main, elle enserre et presse les doigts de ses doigts fins et délicats.

Au fur et à mesure des installations à table des résidents lavés habillés et de ceux que nous levons et installons pour le petit-déjeuner, la salle de vie en vient rapidement à bien porter son nom. On approche les fauteuils de celles et ceux qui se tiennent de façon verticale, ou le plus verticalement possible, auprès des deux grandes tables rondes accolées. Les autres sont installés dans leur fauteuil confort, en retrait, ou pas encore levés. On ne peut pas être partout, et l'on doit prendre le temps de bien faire les choses avec chaque résident. Or avec eux, ça s'étale toujours en longueur.

L'installation de Martin !? Vous savez ce petit homme avançant en fauteuil par petites touches de pointe de pied au sol, et roulant à l'envers dans le couloir. Mnémotechnie : Martin-qui-roule-à-l'envers. Pour installer ce mangeur, d'appétit et gourmand, il faut déposer sa tablette de fauteuil fixée devant lui pour le maintien de ses avants bras ; défaire le plastron ajusté sur son haut de corps l'accolant au dossier, pour qu'il puisse se pencher à table ; le positionner au plus près, sans le coincer, en lui faisant poser les avant-bras sur la table ; mettre ses freins de fauteuil pour le maintenir stable. Nous lui nouons une grande serviette recouvrante autour du cou. Nous posons devant lui un set antidérapant, une assiette en plastique dur au bord latéral évasé du côté de sa main mi-valide, une cuillère à manche caoutchouc cylindrique de bonne prise en main et à la tige et cuilleron se recourbant vers la bouche. Jusqu’à il y a peu, on posait devant lui un pot rempli de café au lait que Martin attrapait difficilement par l'anse pour remplir son verre en plastique à oreilles. Cette pratique est aidante à préserver une certaine autonomie. Son service effectué, Martin s'empressait de boire, de siroter dirons-nous pour être précis, en s'en renversant un peu partout, évidemment ! Mais il prime que c'est bon ! et d'être l'artisan de son contentement. Un élément nouveau fait qu'on lui sert désormais son café dans son verre en plastique à oreilles, fermé d'un couvercle à pipette. Cet élément, c'est que Martin déglutit moins bien, et se prend à faire de plus en plus de 'fausses routes' menaçant de l'étouffer. D'où le verre à pipette canalisant le débit, plus le fait que nous conglutinons un peu son café au lait avec un épaississant alimentaire. Aime-t-il plus ou moins, plutôt moins !? Pas de réaction significative le traduisant. Et puis, il n'est pas difficile Martin ! Le sentiment de gourmandise l'emporte sur le degré de saveur. Dans son assiette ovoïde, il y a... ce qu'il attend depuis qu'il est levé, qu'il aime, qu'il prise, dont il faut lui remplir l'assiette, sinon c'est la grimace assurée : des cornflakes de flocons de maïs détrempés dans du lait chaud. Et pour lui faire plaisir, nous nappons souvent le tout de poudre de chocolat. Alors, Martin sourit, saisit sa cuillère coudée, de son geste rapidement lent, il la porte dans son assiette, il racle, il collecte, il porte tant bien que mal le butin à la bouche, il l'ouvre, enfourne, une partie tombe, il mange la part nette ingérée, il savoure. Il recommence... À la fin, on ne lui voit plus guère le bas du visage, ni même la serviette, tant ils sont maculés de cornflakes au chocolat. Alors moi de me dire, mais ce n'est que divagation, que bien qu'en déficience il sait se faire fort intelligent dans son 'exigence' d'imposer des yeux d'avoir des assiettes bien remplies, compte tenu de ce qui tombe. Bravo Martin ! Message reçu.

Mais oui, Martin, tu vas pouvoir instamment te délecter de ton irrésistible petit-déjeuner, ne sois pas si empressé ! Mais avant, tu le sais, il te faut satisfaire à une obligation. Celle de boire ce fond de café au lait dans lequel nous avons versé ce médicament, ces médicaments en poudre, que les infirmières viennent de nous livrer pour toi ; et les autres. C'est pas bon, t'as l'habitude, tu ne grimaces même pas, et tu passes rapidement à la suite.

Globalement avec les médicaments, ça se passe bien. Ou disons, à peu près bien. Les uns et les autres les ingurgitent dans des 'boissons masquantes', comme pour Martin, dilués dans des cafés, cafés au lait, thés, jus d'orange : purs ou épaissis avec de l'épaississant médical. Mais il y a des médicaments qui ne peuvent se donner qu'en cachets. Et là, souvent, c'est une autre histoire. Faire ouvrir la bouche à des résidents qui ne veulent pas les prendre, leur mettre sur la langue, sur le fond de la langue et leur faire avaler, c'est du sport et non sans danger. Avec une fine cuillère ergonomique à long manche, en appuyant déposant le cachet ou deux fois le demi-cachet, enrobé de yaourt, compote, confiture, sur le fond de la langue, on provoque une déglutition, et ça aide. Pour être sûr, une pression des doigts sur la trachée en provoque une autre. Quand ça passe, le plus souvent, c'est le soulagement ! Dans le lot, on a une rusée. On lui donne le cachet qu'elle se met dans la bouche, ou on lui met directement. Elle avale... Sauf qu'elle l'a fait glisser dans sa joue, et on retrouve des vestiges ça et là. Désormais, l'infirmière la surveille et au besoin lui fait ouvrir la bouche. Celle qui fait ça, c'est Nelly, l'ex-vomisseuse que nous venons d'accueillir. Mnémotechnie : Nelly-comme-un-voclan. Et en plus elle rouspète : « Non. Je veux pas. C'est pas bon. C'est dégueulasse ! ». Ce n'est pas toujours ainsi, mais quand ça l'est, on insiste, et elle se résout.

Tiens la voilà, ma collègue vient de la lever et de la rouler dans son fauteuil jusqu'à la table. Ce matin, elle est très ensommeillée, comme toujours et, tant mieux, elle est bien lunée. Tout du moins ne fait-elle pas d'histoire. Elle ne dit rien. Elle parait continuer de dormir, les yeux ouverts. On lui demande de s'attaquer à son assiette avec sa cuillère ergonomique, ce qu'elle fait lentement. Elle aussi aime les cornflakes au lait.

La femme, se levant elle-même en se jetant du lit sur son fauteuil, rôde depuis un moment. Mnémotechnie : Éliane-qui-se-jette-du-lit. Elle a faim. Je la récupère, roule son fauteuil vers la table, l'accote, et lui mets sa serviette. Éliane, la duchesse comme surnommée, bien que ce soit interdit de le faire. On pourrait aussi l'appeler Barbara tant elle ressemble à la chanteuse, même morphotype, Une aigle noire. Elle mange avec les mains. Dans son assiette adaptée, ce qu'elle aime par-dessus tout, des morceaux de fromage que nous lui servons avec de petits bouts de pain. Ah le fromage ! Elle attrape vite fait mal fait les morceaux, se les enfourne (c'est le mot), le fromage c'est sûr, le pain c'est moins sûr, c'est pourquoi on lui tartine aussi du fromage mou sur de la mie pour l'astreindre, contrainte alimentaire oblige. Elle mâche (pas trop). Attrape tant bien que mal sa timbale plastique, remplie de thé, et la porte à sa bouche. Son geste est si tremblant que ça coule partout autant que dans sa bouche. Elle repose sa timbale, y va d'un grand coup de main rasant sur la table, faisant tout valdinguer à terre, assiette verre, leurs restes, et elle se barre en fauteuil. Elle a souvent tendance à faire cela. Notre travail est de trouver des solutions pour y remédier. Lui mettre les freins de fauteuil quand elle est à table, lui mettre un set antidérapant adapté, lui trouver et lui donner un verre plus stable, la surveiller de près et être là et la dissuader quand elle se prépare à ce genre d'action. Pas facile ! Car on doit s'occuper des autres. Et parce qu'elle a du caractère, la fille. Elle se met en colère. Roulement de ses yeux noirs. Lancement de sa tête en avant. Levée de son bras-main tétraplégique à hauteur de visage, et violents frappements sur le dessus, de sa main valide. Borborygmes : « Hein, hein, ha, ha, hein hein !!! ». Impressionnant !

Alors que ma collègue délaisse le résident qu'elle alimente, pour aller ramasser, éponger le liquide à terre, hygiène et sécurité obligent, risques de glissades et de chutes, je poursuis de faire manger cet autre résident. Ils sont deux de ce même gabarit : d'Jamal et Jean-Yves. Le premier, ce petit résident accro de la porte-fenêtre ensoleillée du couloir. Mnémotechnie : d'Jamal-du-chaud-soleil. Le second, cet autre petit résident à doudous qui se balance en produisant du son grave aigu, à qui la mère nonagénaire livre des madeleines et des oranges. Mnémotechnie : Jean-Yves-doudou-rocking-chair-5-octaves. Ces deux hommes sont très difficiles à faire manger. Parce qu'ils nous interdisent l'accès à leur visage, que ce soit avec nos mains ou des matériels de soins ou de cuisine. Quand la cuillère approche, ils gesticulent de leurs bras et leurs mains devant le visage. Pour ce qui nous concerne, le combat et la contrainte ne sont pas les solutions. Il faut les observer, comprendre et agir. Pour d'Jamal, on remarque qu'il effectue une série de gestes tournant devant lui, la série se terminant par un bref posé des mains sur ses jambes... avant de repartir pour un autre cycle. La solution pour nous est de préparer la cuillère remplie de Blédine, la tenir à sa hauteur de regard pour qu'il la voit... Attendre la fin de son cycle de mouvements et sa brève pause des mains sur ses jambes... Poser notre main gauche de façon souple et ferme sur les siennes pour les immobiliser pendant deux secondes... Et lui enfourner la cuillère dans la bouche qu'il ouvre alors automatiquement. Et on recommence. Pour Jean-Yves, dont la gestuelle est autre mais de cet ordre, on pratique aussi de la sorte. Les résidents ne se sentant pas agressés finissent par s'apprivoiser à nous et aux méthodes, nous donnant moins de mal à les faire manger, tout en s'allégeant d'un trop-plein de stress tétanisant pouvant vite dégénérer, l'un partant parfois en crises le mettant hors d'haleine.

Pendant ce temps, Suzy installée sur son fauteuil électrique avec tablette devant elle, racle tant bien que mal le fond de son assiette avec sa cuillère ergonomique et la porte à sa bouche et mange... tout en jacassant, avec qui veut, ou ne veut, ou ne peut. On ne peut pas extraire Suzy de sa coque de fauteuil adaptée à ses formes, et l'assoir sur un siège, du fait de son anatomie : très petite, compacte, colonne vertébrale tordue, etc. Fortement handicapée du corps, mais pas de la langue, même si on ne comprend pas toujours tout de suite ce qu'elle raconte. Son autre particularité, elle s'arrange toujours pour être sous notre attention. Combien de fois ramassons-nous ses couverts s'échappant soi-disant de ses mains difformes !? Parfois c'est vrai, et quelques fois elle aide... Mnémotechnie : Suzy-coquette-pipelette.

Le milieu de matinée se profile. Tous ceux devant être levés le sont. Une partie est déjà douchée et habillée. Une autre partie attend. Des résidents dont on va s'occuper sont au lit. Ce sont des résidents lourds et presque complètement sans mobilité, dont la prise en charge est longue et délicate. On ne s'occupe pas toujours d'eux, en dernier, ça peut être en premier ou en alternance avec les autres résidents si ça nous est demandé, pour une raison ou une autre : une visite, une sortie programmée...

Dans ce tourbillon du matin, nous partons avec nos plateaux-repas vers des résidents se tenant en retrait de la table dans leurs fauteuils, et aussi vers des chambres.

Au jeune Benjamin, semi-allongé dans son fauteuil confort, ayant toujours la bouche ouverte de ne pouvoir la fermer, nous apportons un soin très particulier. Mnémotechnie : Benjamin-prisonnier-de-son-corps. Pour son petit-déjeuner, et ses repas en général, nous l'isolons des autres du fait de son grand stress provoqué par les agitations alentour, les allers et venues des soignants, des infirmières..., les bruits, les râles, les toux, les cris... et par notre présence cuillère à la main pour le faire manger. Ce jeune homme salive beaucoup, est très sensible aux textures, souffre de grandes difficultés de déglutition, et un rien lui occasionne des absorptions de travers, des fausses-routes et des crises de toux interminables et exponentielles le menant à l'asphyxie. Pour l'alimenter, nous prenons avec nous : une serviette de cou recouvrante, son plateau-repas, un lot de serviettes individuelles, des gants latex médicaux à enfiler pour le retrait de sécrétions, un appareil médical électrique avec canule pour aspiration. Pour lui donner son petit-déjeuner, j'incline son fauteuil en position assise et lui oriente légèrement la tête en arrière. Du fait de sa récurrente résistance au nourrissement, je me positionne derrière lui, pour me faire oublier, le libérant ainsi de la vue de l'agent qui va 'l'obliger à...'. Je remplis la cuillère de Blédine à texture souple. Je la présente à hauteur de ses yeux pour qu'il sache. Je la glisse dans sa bouche (en permanence ouverte). Je fais pression du bout de cuillère sur le fond de sa langue, et déverse. Déglutition. Il avale. Ainsi de suite, calmement, très calmement. Ça prend longtemps. Vingt minutes, une demi-heure.

Reste à faire manger Carmen et Francis qui sont au lit. Carmen est une endormie permanente, un véritable chat, alors on la lève souvent plus tard, ce qui nous allège aussi dans nos nombreuses tâches à accomplir en amont et pendant l'exercice du petit-déjeuner. Nos muscles chauffent et notre énergie est sollicitée. Ma collègue s'occupe de Carmen, moi de Francis.

Je pars vers sa chambre double avec le nécessaire. Chez Francis qui, une fois alimenté, lavé, habillé, installé sur son fauteuil, va s'empresser d'aller rouler. Mnémotechnie : Francis-le-voyageur-des-couloirs. C'est le sosie de Jean d'Ormesson en plus jeune, et chez lui c'est souvent la joie. Il fait de grands gestes des bras à notre vue, en nous balançant des cris et son beau sourire édenté. Il est content. Nous aussi. On discute ; nous avec notre langage, lui le sien, mais on se comprend. Francis, l'hyper-maigre, est souvent de travers ou à l'envers dans le lit, et parfois se coince des membres supérieurs et inférieurs dans les barrières de maintien, que nous habillons de protections douces. Il bouge tellement, que tout lui est possible. Pas question de le contraindre, il faut le protéger de lui-même et le surveiller. Première tâche : élever le lit électrique à notre hauteur. Ensuite, remettre Francis droit sur le matelas sans lui faire mal, et sans nous-mêmes nous faire mal, car lorsque l'intéressé n'aide pas, voire résiste, c'est physique. Puis, monter la tête du lit électrique en position assise. Enfin, et c'est de l'art et de l'artisanat, caler Francis pour qu'il ne puisse ni bouger ni s'affaisser ni glisser le temps de l'alimentation, étant entendu que... il est pourvu d'une sacrée bosse dans le dos, on le rappelle. Si on se rate dans l'installation, il en résultera une déstabilisation, avec montée de la nervosité agitation et le plus grand risque d'avaler de travers et de s'étouffer, car lui aussi déglutit très mal.

Ah !... il y a du rififi dans la chambre de Carmen. Mnémotechnie : Carmen-qui-dort-et-qui-vocalise. Elle est arrivée il n'y a pas si longtemps, à la suite du décès de sa mère, très maternelle, qui s'occupait d'elle à la maison, avec son père. Le papa démuni et âgé lui aussi, s'est résolu à placer Carmen, sur l'insistance de son autre fille. Quand elle est arrivée, ses habits sentaient le feu de cheminée, cela pour donner une idée de son ambiance de vie dans sa famille espagnole. Depuis qu'elle est là, Carmen fait les plus grandes difficultés pour manger. Elle a des réserves, cependant elle fond, et il y a préoccupation et menace. Pour ses prises de repas, la psychologue a demandé qu’on insiste, ce qui va mal être interprété au début. La cuillère lui est présentée, et nous titillons ses lèvres avec le cuilleron pour susciter un réflexe d'ouverture de bouche. Parfois, ça le fait. Et bien trop très souvent, non. Notre réflexe, d'agent dans l'action voulant réussir, est de faire plus, en tentant de pousser-glisser le bout de cuillère entre ses dents. Erreur ! Parfois, elle ouvre, et le plus souvent résiste à ces tentatives d'ouvreur de coquille d'huitre, l'incitant d'instinct à serrer bloquer encore plus. Psychologiquement sot et contreproductif ! Sans compter qu'on peut endommager ses dents, blesser sa bouche et lui faire mal, ce qui advient certainement. À en reparler avec la psychologue, elle précise sa préconisation : « Continuer d'insister ! Ce qui ne signifie pas forcer, mais insister dans l'intention. ». Ça nous aide. Et c'est long, très long... de rester pendant de longues secondes la cuillère en extension devant sa bouche, en lui titillant les lèvres, dans l'espoir qu'elle les entrouvre. Lorsque le temps se fait trop long, la consigne est d'abandonner : « Elle finira bien par avoir faim (un peu) ! » espère-t-on. Pour ma part, j'ai remarqué qu'en lui présentant des petits morceaux d'aliments avec les doigts, elle pouvait ouvrir la bouche. C'est sans doute ce qu'était en train de faire ma collègue avec Carmen, le temps que je vous explique cela. La main recouverte d'un gant latex, des pincées de cornflakes entre deux doigts, elle les lui présente devant les yeux et la bouche. Elle ouvre. Ma collègue enfourne. Carmen met un temps interminable à mâcher et finir par avaler. Ma collègue poursuit... jusqu'à ce que Carmen ne veuille plus et finisse... par mordre fortement, provoquant ce « AÏE !!! » que je viens d'entendre, et qui me fait marrer. Pourquoi ? Parce que me vient alors à l'esprit cette maxime de Lao-Tseu : 'Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt.' Mais elle ne me vient pas en tête sous cette forme. Mais plutôt sous celle-là : 'Quand l'imbécile vaniteux pense toucher la lune, le sage en refus mord le doigt'. J'aime bien. Cela pour dire que tout en déficience cérébrale qu'elle est, Carmen est en intelligence de l'instinct, et que c'est elle qui mène la danse. Ça fait du bien de le constater. À nous d'être bons, d'être meilleurs ! On remarquera qu'elle apprécie l'onctueux et le sucré. Alors apprivoisement avec des yaourts très chargés, des crèmes, etc.

Trois ne mangent pas : Charly-le-clown-dévasté, Joëlle-femme-fine-agitée, Marylise-aux-os-de-verre. Ils ont mangé mais ils ne mangent plus, tout du moins de la même manière que nous. Leur gorge-trachée est désormais inopérante pour recevoir toute nourriture, même mixée ou liquéfiée. Bien que... L'une des trois, Marylise, parvient à encore ingérer de temps en temps. Ses parents viennent passer un moment avec elle, tous les dimanches soir, et la nourrissent à la petite cuillère. Le reste du temps, Charly, Joëlle, Marylise, une fois levés et en fauteuils, reçoivent de l'alimentation par gastrostomie.

Ce que j’en vois... Un tuyau plastique d'environ 10 cm, de 0,5 cm de diamètre, sort du ventre du patient au niveau de l’abdomen. Une rondelle plate de plastique, de protection, est en appui sur les rebords du trou d'où sort le tuyau. Nous mettons toujours de petits linges de compresse coupés en leur centre s’insérant entre la peau et le dessous de la rondelle, pour recueillir les suppurations. Nous les changeons régulièrement. En bout de tuyau, un capuchon solidaire que les infirmières ouvrent pour insérer des solutions médicales à la seringue, ou connecter les poches d’alimentation et d’hydratation pendues à des porte-perf'.

Présentation médicale de la gastrotomie :

« La gastrotomie consiste à pratiquer une ouverture dans l’estomac pour y amener directement les aliments sans passer par les voies digestives supérieures (œsophages). On utilise cette solution en cas d’obstacle sur l’œsophage ou en cas de trouble de la déglutition majeure risquant d’entrainer des fausses routes. »

« La gastrotomie est une intervention qui permet de mettre en place au niveau de l'abdomen un orifice faisant communiquer l'estomac avec l'extérieur. La mise en place d'une sonde permet ensuite d'introduire l'alimentation directement dans l'estomac. L'apport énergétique, appelé nutrition entérale, permet alors au patient de s'alimenter de manière équilibrée. Les aliments sont introduits par une tubulure qui s'adapte sur la sonde. Ainsi cette petite ouverture de l'estomac à travers la paroi abdominale permet l'apport nutritionnel indispensable au patient. »
(sources médicales).

Ce que j'avais donc pris pour des porte-perfusions et des perfusions, lors de mon premier passage éclair dans le couloir, lors de mon embauche, n'en sont pas. Ce sont des systèmes de d'alimentation directs. Et c'est parti... pour un long temps. De 1 à 2 heures pour l'écoulement du produit d'une poche, selon qu'il est d'hydratation ou d'alimentation. Débit lent pour éviter les phénomènes de reflux régurgitation et d'inhalation subséquente. En volume général, il est servi « 1,5 litre d'hydratation par 24 heures ; et 500 millitres d'alimentation sur 6 heures, en 1 ou 2 fois par 24 heures, étant entendu qu'il y a des variantes selon les besoins de chacun/e en fibres et protéines. » (détails techniques communiqués par une infirmière).

Pour les deux agents du petit matin, dont je suis, cela fait 2 heures 40 que nous réveillons les résidents, que nous en levons une grande partie, à la main ou avec des appareillages, que nous en déshabillons lavons douchons séchons, habillons deux chacun, que nous les mettons à table, plus les autres que nous levons et installons en pyjama pour ceux qui mangent, que nous les faisons manger, que nous débarrassons, que nous nettoyons les tables et le sol autour des tables... La phrase est longue, je sais, elle est à la mesure de la longueur, de la lenteur, et de la tension que génèrent ces prises en charge handicap... Cela fait maintenant 2 heures 40 de labeur sans répit que nous nous agitons, et c'est moite mouillé trempé sous les bras et chaud dans la tête, tendus des muscles et souvent noués, que nous dirigeons éminemment vers ce que nous attendons : la mi-temps ; le temps de pause...

Est-ce moi, mon état de forme, mis à mal, qui me joue des tours !? Il y a un instant, en proximité de Joëlle-femme-fine-agitée, il m'a semblé percevoir ceci... Elle remuait la tête et les bras en émettant des sons : « Heu ! Ha ! Haa ! Heue !... », et ouvrant sa main enserrant son doudou, elle l'a balancé par terre. Le ramassant, je lui remis en main, en lui glissant un mot. Lueur de contentement dans son œil, comme ça lui arrive, et elle relança le doudou en proférant ses sons : « Maa ! Cteu ! Haa ! Niii ! Moo ! Géé ! Néé !... » Sourire de ma part, quelques mots de pseudo-reproches et le doudou que je lui remis en main et que cette fois elle conserva. Tournant le dos pour m'éloigner, dans son galimatias d'onomatopées, il m'a semblé percevoir assez distinctement... «  Macte animo gene... ! » Je me suis retourné. Elle gesticulait toujours, le regard dans le vide. Je suis parti...

Alors que la troisième collègue, arrivée plus tard pour préparer les petits-déjeuners, qui a participé à lever des résidents, à faire manger... alors que celle-ci enchaîne sur des toilettes douches de résidents en attente, nous les deux agents de 06:50, nous apprêtons à nous poser... Avant de ce faire, je demande à ma collègue sortant du bureau attenant, où sont installés nos casiers personnels, de me prêter son portable. Je vais sur Internet et je tape le début de ce qu'il m'a semblé percevoir. Envoi et résultat... 'Macte animo generose puer sic itur ad astra' : 'Courage noble enfant c'est ainsi qu'on s'élève vers les étoiles.' J'en suis très troublé !

①-bis | LA PAUSE, OÙ L'ON SE POSE, ET OÙ L'ON CAUSE, DE PLEIN DE CHOSES...

Fichtre, que ça fait du bien quand ça s'arrête ! Encore que... ça ne s'arrête pas complètement. Puisque ma collègue et moi passons notre temps de pause, aux tables dans la salle de vie. En surveillance des résidents immobiles sous la menace de fausse route salivaire asphyxiante, quinte de toux dégénérant, crise d'épilepsie, malaise, divers incidents. Et en surveillance de ces résidents mobiles, demeurés avec nous et tout aussi susceptibles de ces mêmes incidents. S'ils veulent sortir du pavillon, ils le peuvent, et c'est le personnel de l'endroit où ils se trouvent qui surveille. Nous faisons la même chose en retour. À l'exception du pavillon des autistes et du pavillon voisin, multipathologies, qui demeurent fermés et où les sorties se font sur autorisation et sous surveillance personnalisée, notre pavillon, et celui attenant, restent ouvert et les résidents en capacité peuvent circuler et aller et venir à leur convenance. On ne les contraint pas, c'est interdit. Souvent des résidents d'autres pavillons viennent rendre visite et des problèmes peuvent survenir. Ainsi, ce résident qui vient en marchant tant bien que mal, et qui vole et ingère ce morceau de pain, alors que sa pathologie l'interdit. Si nous n'intervenons pas rapidement, c'est l'étouffement. Cet autre jeune résident, joueur et farceur, qui vient avec son fauteuil électrique et qui fonce sur Suzy-coquette-pipelette, en recherche de proximité parce qu'il l'aime bien. Cet autre jeune résident, fort et robuste, qui marche en constant déséquilibre ou en se trainant par terre, et qui pince ou tord les membres de qui il trouve. Il est suspecté d'avoir casser un bras à un résident, mais personne ne l'ayant vu faire, on ne peut vraiment lui attribuer cet acte. Toujours est-il qu'un jour, je l'ai vu assis à terre, à l'entrée de notre pavillon, alors que nous discutions avec un père de résident. Le Monsieur le trouvait mignon. Il l'est, c'est un beau gosse. Et personne ne s'est méfié, ni lui, ni nous non plus d'ailleurs, absorbé par la conversation, de cette trop proche proximité. Le jeune étendant alors le bras et chopant les couilles du Monsieur, en souffrance, il nous a fallu intervenir. Tout ça pour dire, que notre pause est bienvenue, mais pas entièrement reposante.

Je me suis livré à un calcul. Celui du kilométrage parcouru quotidiennement. Pour cela, je me suis équipé d'une montre podomètre que j'ai portée à mon poignet pendant plusieurs mois. Notre espace de travail est vaste. C'est un lieu de vie des résidents circulant en fauteuil, pour ceux qui le peuvent, les autres demeurant là immobiles dans leur fauteuil, et de l'espace est nécessaire ; espace que nous les agents devant couvrir en permanence. De plus, les résidents ne viennent jamais à nous. C'est toujours à nous d'aller les chercher où ils se trouvent pour faire ceci ou cela. Certains vaquent et vont loin, très doucement certes, mais à force ils vont loin. Notre petit d'Jamal-du-chaud-soleil ne va guère loin, seulement à 10 mètres de la porte du pavillon dans le couloir, en stationnement près de cette vitre ensoleillée. Mais quand on il faut aller le chercher, de là où l'on se trouve dans le pavillon, ce n'est pas tout près. Martin-qui-roule-à-l'envers va plus loin. Il va toujours se poster devant une fenêtre face au parking, à l'autre bout du foyer, à voir qui arrive et qui part. C'est à 100 mètres. Francis-le-voyageur-des-couloirs va partout. Nous sommes obligés de faire tous les couloirs, les coins et recoins, pour savoir où il se trouve. Il longe les murs, tente d'ouvrir toutes les portes et va voir plus loin. Il en fait des kilomètres ! Et à nous il en fait faire. Nous avons aussi Éliane-qui-se-jette-du-lit qui navigue. On la retrouve vers le pavillon des infirmières, ou dans un autre pavillon où elle est entrée. Enfin, Suzy-coquette-pipelette roule très loin, avec son fauteuil électrique. Tout ça pour dire que mon podomètre enregistre de belles performances ! 6 kilomètres, pour le moins, par séquence de travail (06:50 - 14:20 ou 13:30 - 21:00), et 9 kilomètres pour le plus ; hors les piétinements non calculés. La moyenne de tous mes relevés s'établit à 7,5 kilomètres. C'est beaucoup. C'est fatigant. Et ça se cumule aux efforts musculaires constants.

Ah ah ah ! Lorsque le cadre socio-éducatif passe au pavillon au moment de la pause, et qu'il me voit à l'œuvre, ça le fait sourire. Au sein de mes collègues, il en est qui ne déjeunent pas le matin, juste un café, et qui en reprennent juste un autre à la pause ; plus de l'eau, un verre, seulement, comme savent le faire les femmes. Il en est aussi parfois qui sirotent des potions amaigrissantes, apportées dans des petites bouteilles et ou des bidons. Rien de bien régénérant donc ! Pour ma part, je fais comme dans mon sport pratiqué longtemps, la course, la course sur route, le semi-marathon, je m'abreuve et je me nourris. Beaucoup d'eau, du jus de fruit, un fruit, un deux trois petits gâteaux, un café. À force, certaines collègues en viennent par mimétisme à bien s'hydrater et à croquer un fruit.

À la pause, nous ne sommes rarement que les deux agents du matin à table, car nous invitons. On invite au café : la maitresse de maison ayant en charge la gestion des lieux, les chambres, les lits, la préparation des déjeuners au gré des plats livrés par les cuisines. On invite : le psychomotricien, la cinquantaine, déconneur, aimé, dont le bureau se tient à deux pas dans le couloir. On invite parfois : une infirmière ou une autre, une aide-infirmière... Et nous voilà tous à table, tout du moins nous les agents, pour un quart d'heure, vingt minutes, à se poser, se détendre, et à faire de l'ambiance. Du coup Martin-qui-roule-à-l'envers vient s'agglutiner, et montre du doigt et de par son sourire édenté qu'il veut un café. On le lui sert dans son verre plastique à oreilles et à pipette. Suzy-coquette-pipelette, sur son haut fauteuil électrique, arrive et participe tant bien que mal aux conversations. Elle presse, sitôt la pause terminée, de donner un coup de main à la maitresse de maison, qu'elle aime beaucoup et qui l'occupe à la 'faire travailler'. « Tiens Suzy, veux-tu m'emmener et me déposer cette pile de linge dans telle chambre ? ». Elle lui met sur sa tablette de fauteuil. Et Suzy prend du temps à le faire, mais elle y parvient et ça la rend heureuse. Elle dit partout qu'elle « bosse ! ». Parfois, Éliane-qui-se-jette-du-lit s'approche et prend la main de quelqu'un/e, parfois seulement parce qu'elle très sauvage. Et Nelly-comme-un-voclan, au calme dans un coin, aime bien qu'on la rapproche quand ça bavarde, que ça rit et que ça dit des âneries. Ça la fait rire. Voici donc l'ambiance de la pause. Un moment de vie très apprécié... des agents... des résidents... et de la Direction qui nous voit faire... en appréciant me semble-t-il cette convivialité inter-humains plaisant à tous.

② ELLE NE VOMIT PAS, TOUT VA BIEN !
— La Direction se satisfait de sa décision de changement de pavillon. L'équipe se satisfait de son travail.

Elle !? La fameuse Nelly-comme-un-volcan, ayant procuré tant de labeur, de là beurk !, de vomi à nettoyer à son ex-équipe d'accompagnants. Reflux de buffet à volonté ! : à table, avant et après la douche, surtout après c'est tellement mieux... et en d'autres circonstances dont nous ferons le rendu. Pour l'heure, nous en arrivons à la douche, et tout coule cool. Enfin, façon de parler, car on va vite voir que la prise en charge en douche de nos ami/es n'a rien d'un long fleuve tranquille. Long : oui. Tranquille : non.

La salle de bains, attenante au lieu central de vie, est plutôt fonctionnelle même si elle pourrait être mieux ; des travaux d'extension sont prévus. Dans cette assez grande salle de bains, mais pas trop, l'espace s'avérant nécessaire du fait qu'on y véhicule des résidents en fauteuils et des matériels de transferts, trois espaces cohabitent et font corps : celui de l'entrée avec les rayonnages des trousses de toilette des résidents, le tableau des relevés de soins, l'évier ; un espace au fond avec un lit douche, protégé des regards par un rideau de bain ; sur le fond droit un autre espace, avec un second lit douche derrière le rideau ; plus sur la droite, pour terminer la boucle, un ultime petit coin, fermé d'une porte, les toilettes.

Pour les ablutions sur les lits douche, c'est manuellement qu'on installe les résidents assis en fauteuil simple. Car s'ils occupent ces fauteuils légers, c'est qu'ils peuvent se créer quelques points d'appui, notamment lorsqu'on les manipule. Pour eux, comme pour nous, le transfert du fauteuil sur le lit douche n'est pas une mince affaire. Ça demande un effort de part et d'autre. Méthodologie : accoler le fauteuil roulant, de côté, accoudoir le long de la paroi latérale ouverte du lit douche. Se positionner face au résident. Lui dire et-ou lui faire comprendre ce qui va se passer ; accessoirement lui demander son aide. Se pencher légèrement en avant. Lui passer les avants-bras sous ses aisselles. Plier les genoux. Bander fortement ses muscles. Soulever le résident. Faire une rotation vers le lit douche, en prenant soin de faire glisser ses semelles de chaussures sur le sol, pour s'éviter la torsion des jambes et du bassin ; et les pathologies qui s'ensuivent. Déposer le résident sur le lit douche. Le tourner dans le sens de la longueur. L'allonger. Lui mettre un oreiller de bain sous la tête. Refermer la paroi latérale ouverte du lit douche. Dégager plus loin le fauteuil roulant, en faisant en sorte qu'il ne gêne personne : l'autre collègue qui est en douche, les infirmières qui vont et viennent selon les besoins.

Toujours pour les ablutions sur les lits douche, c'est aussi avec des matériels qu'on installe les résidents, sans maintien et-ou à risques corporels ; pour rappel l'une des filles a la maladie des os de verre. Après leurs petits-déjeuners au lit, pour ceux qui mangent, nous allons les chercher avec l'un de nos deux lève-personnes. De leur position couchée sur le dos, nous les faisons délicatement rouler sur le côté. Nous installons un filet ajouré sur toute la verticalité de leur corps. Nous le déplions harmonieusement sur la couche. Nous replaçons le résident à plat dos. Nous tirons de-ci de-là sur les bords du filet afin que le corps se positionne bien au centre du filet. Nous approchons le lève-personne, qui se trouve être une sorte de petite grue montée sur un socle à quatre roues. Sur le support haut du lève-personne, quatre attaches sur lesquelles fixer les sangles des extrémités du filet. On abaisse électriquement le haut du lève-personne à hauteur du résident dans le lit. Pour sécuriser, on procède à des croisements des sangles du filet sur le résident. On fixe les sangles des coins du filet aux quatre attaches du haut du lève-personne. Voilà le résident prêt à être levé et tracté ! On procède électriquement au levage du haut du lève-personne. Le résident se retrouve dans les airs, allongé-assis dans le filet. On l'emporte via le lève-personne à roulettes jusqu'à la salle de bains. Visuellement, la scène a des airs de cigogne volante, transportant un enfant dans un balluchon. C'est surprenant et beau ! Une fois dans la salle de bains, nous déposons électriquement le résident sur le lit douche. Nous retirons le filet. Une fois la douche faite, et l'habillage réalisé, nous réitèrerons ici l'opération de la pose du filet et du levage, et nous irons faire la dépose délicate du résident dans son fauteuil confort ; le filet ergonomique restant sous lui afin de servir à la prochaine manipulation via le lève-personne.

Autre matériel utilisé, notamment pour Martin-qui-roule-à-l'envers : le verticalisateur. Nous nous en servons pour le mettre aux toilettes, version grosse commission, pour la petite, en journée, nous l'isolons et le faisons pisser dans un pistolet. Donc le matin, par exemple, nous nous rendons dans sa chambre. Nous le manipulons et le faisons assoir dans son lit. Nous le faisons tourner vers nous, en bordure de lit en position basse. Nous lui faisons poser les pieds sur le socle de l’appareil et nous l'aidons à mettre ses jambes en appui sur le repose-tibia. Nous lui plaçons une sangle dans le dos, sangle qu'à ses extrémités nous fixons à l'appareil. Nous insistons à bien lui faire tenir avec ses mains les poignées du verticalisateur. Nous déployons électriquement l'appareil en hauteur. Le résident se retrouve pratiquement en position debout. Ça lui donne une allure d'homme sur une trottinette tricyle électrique. Et nous l'emmenons, ainsi jusqu'aux toilettes, sur son socle à roulettes. Là, nous l'abaissons électriquement jusque sur la cuvette, et nous le sécurisons avec des bras articulés installés de chaque côté du trône. Une fois que Martin a terminé, nous procédons à son relevage électrique, nous l'essuyons, le reculottons, et nous le transportons jusqu'au lit douche de la salle de bains où nous le déposons assis puis l'allongeons.

Retour aux ablutions ! Le résident se retrouve allongé à plat dos sur le lit douche. Ce qui suit sollicite grandement nos muscles et nos sens ; l'un de nos six sens, en particulier. Pour les résidents déposés via le lève-personne, parfois lourds de corps, et souvent lourds de leur poids d'inertie, il n'est pas si simple de dégager la sangle du lève-personne se trouvant sous leurs dos, leurs séants, et leurs hauts de jambes. Une fois fait, avec la plus grande délicatesse, nous arrivons au déshabillage souvent mouvementé du résident. Si certains ne bougent pas ou peu et se laissent dévêtir dans la difficulté, de leurs corps et de leurs membres déformés, quelques-uns se lancent dans la résistance. Un résident attrape ses vêtements qu'il sent quitter son corps avec ses mains, les cramponne et les retient de toutes ses forces. Petite taille, petit corps et petits membres, ce résident ! Mais quelle grande force pour s'accrocher à sa peau vestimentaire. Obligés de ne faire que ça !... lui ouvrir la main, l'autre, poursuivre le déshabillage..., lui ouvrir la main, poursuivre..., l'autre main, poursuivre..., les deux mains, poursuivre..., etc. Cet autre résident aux grands membres décharnés, lance ses bras dans tous les sens ! Attention de ne pas se prendre une mandale !!! Et continuer de déshabiller, souplement, doucement, gentiment... dans la compréhension et l'attention du trouble stressant qu'éprouve le résident, à qui il semble qu'on arrache quelque chose.

Vient ensuite l'instant de bravoure de l'un de nos six sens, comme annoncé plus haut, en plus de celui de la vision, cela s'entend. Il faut de la technique et de la longue pratique, pour ne pas se retrouver en dette d'oxygène, la langue bleu violacée, cyanosé/e ! Heureusement que je pratique régulièrement la natation. Pour avancer, en mouvements de crawl : inspiration, rejeter l'air en petit filet, attendre la prochaine sortie de la tête de l'eau, recommencer, etc... Ne pas respirer sous l'eau, ça s'appelle l'apnée. Ici avec les résidents, de l'ouverture de leurs 'protections' (terme technique), de leurs couches (terme usuel), jusqu'au dégagement dans la poubelle, je me suis amélioré en technique de respiration contrôlée apnéique !
« Oh merde ! Tant que ça !!! »
Enfilage des gants latex, des carrés de papier ouaté résistant Cotocell à proximité, et... nettoiement du séant... souvent des côtés... et parfois du devant, préalablement aux premiers jets expurgeants de la douche. Mais avant cela : enlever le plus gros, bouchonner les Cotocell souillés dans la protection ouverte, la refermer, et la jeter dans nos poubelle spéciales.
« Ouf ! »
Je ne voudrais pas insister, mais je ne peux résister à évoquer ce trait d'humour d'une collègue aide-soignante, disant d'une résidente très 'étalante' en matière de matières : « C'est à se demander si elle n'a pas un second anus devant ! ». J'arrête-là. Toutes mes excuses, ah ah !...

Obligé de poursuivre quand même un peu, professionnellement s'entend. Il arrive qu'une ou deux de nos résidentes se retrouvent avec des selles dans le vagin. Pour y remédier, il doit y avoir intrusion. C'est du ressort des infirmières, sur délégation du médecin, lesquelles s'en chargent avec leurs matériels d'aspiration et leurs solutions lavantes aseptiques. Les résidentes n'aiment pas, grognent, se plaignent, se débattent, et il faut tout l'art des infirmières et l'assistance des accompagnants de confiance de tous les instants que nous sommes, pour leur rendre l'opération la moins violente (violante) possible.

Notre travail aussi est d'évaluer l'état des selles des résidents... abondantes, moyennes, petites, molles, traces ; présence de règles chez les filles ; et d'annoter une feuille de relevés accrochée dans la salle de bains, pour que les membres des équipes se succédant, et surtout les infirmières, aient un aperçu signifiant des flux. Nous surveillons aussi les urines.

On surveille tout, en fait ; toutes les anomalies corporelles existantes et apparaissantes. À tel point qu’à force on ne sait plus où l'on en est. En revenant d'une semaine de congé, je détecte comme une tique dans un des sourcils de Nelly-comme-un-volcan. Peut-être en est-ce une, ou alors est-ce une petite boule y ressemblant. Certainement une petite boule, car en la manipulant un peu on ne discerne aucune trace de tête ou de pattes fichées dans la peau. Impossible de dire ce que c’est exactement. « Faudra montrer au médecin ! » dit l’infirmière. Question aux collègues : « Nelly a-t-elle cela dans le sourcil depuis le début, ou est-ce nouveau ? » Impossible à dire. Personne ne sait. Faut le faire ! Ou alors ... trop d’observation tue l’observation.

Ensuite, rasage pour les garçons. Et si certains se délectent de ce moment où l'on humecte le visage d'eau tiède, on l'enduit de mousse à raser mentholée, on rase délicatement... D'autres ne veulent pas se laisser faire. Et quand on dit : 'ne veulent pas se laisser faire', c'est carrément pas du tout. Mouvements de tête incessants dans tous les sens, mouvements des bras et des mains, etc... C'est l'enfer pour ce résident à raser, et pour nous qui devons le faire. Alors a-t-il été décidé de ruser et de le contraindre un peu, le temps du rasage ; sinon, globalement et dans la durée c'est interdit.

Francis-le-voyageur-des-couloirs n'est pas déshabillé préalablement. On lui conserve son pyjama et on le libèrera tout à l'heure de sa protection. Action ! On lui extirpe les bras de ses manches de pyjama, tout en lui laissant son haut sur le corps. C'est sportif, car il bouge, il résiste, se débat, et il faut veiller à ne pas être distordant. La patience et l'habitude aidant, nos efforts aboutissent. Le voilà avec les bras le long du corps, prisonniers sous son haut. On attrape son bas de pyjama par l'élastique-ceinture, et on le lui remonte le plus haut possible sur le tronc, par-dessus son haut de pyjama bloquant déjà ses membres supérieurs. Francis se retrouve doublement prisonnier de son haut, et de son bas remonté par-dessus le haut jusque sous les aisselles ; un peu comme à la façon de se culotter de Jacques Chirac ! Mais ce n'est pas tout, car il arrive parfois à ce bougre de Francis de se délivrer quand même. Pas grave en soi. Mais s'il le fait à force de moult gesticulations alors qu'on le rase, c'est une autre histoire qui peut devenir saignante. Alors, on attrape ses manches vides, et on les lui noue autour de son haut du corps. Triplement prisonnier ! Temporaire certes. Et il n'aime pas ça. À suivre, il faut faire vite et calmement. Toujours dans l'adversité, car Francis donne des coups d'épaule, de bassin, et tente de se relever. Il faut l'apaiser et lui parler, sans trop d'effet souvent, mais il le faut, car ce qui suit se veut être très délicat. Il faut pratiquer d'une seule main sur un visage qui fait des va-et-vient incessants d'un côté à l'autre. Je suis droitier. J'emploie ma main gauche à contenir, maintenir, tenir, le visage de Francis, et son haut de corps lors des soubresauts. J'emploie ma main droite multifonctions pour manipuler le robinet de douche et faire affluer un peu d'eau tiède à la pomme de douche ; j'humecte mes doigts ; ferme le robinet ; humecte le visage de Francis d'eau tiède ; je prends la bombe de mousse à raser que je décapsule comme je peux ; je vais affluer de la mousse en appuyant de la base de mon pouce sur le piston ; je lui applique sur le visage ; il n'aime vraiment pas et le traduit en tentatives de gestes échappatoires ; je saisis le rasoir mécanique ; je commence à raser ; je rase ; je fais gaffe ; très gaffe ; il bouge ; les joues ça va ; le menton et sous le nez, c'est une très grosse galère... Et l'on est heureux quand on en termine avec Francis, bien rasé, ou à peu près bien rasé, et sans égratignures ; ce qui arrive.

On pourrait le raser au rasoir électrique !? Oui mais non ! Il ne supporte pas la proximité et le contact sur son visage d'un gros truc bruyant lui apparaissant menaçant. C'est la panique et l'hyper stress.

On pourrait lui laisser la barbe ou un peu de barbe, ou le raser que de temps à autre. Une fois, je m'y risque. Je lui laisse pousser un petit bouc court et sympa. Il le porte bien. Il se passe quelques jours. Et puis, la mère de Francis vient voir son fils et ne trouve pas ça au poil. Elle rouspète auprès de la directrice ; qui nous secoue le bulbe. Alors, exit la barbe ! Il est étudié la possibilité de lui faire faire une épilation définitive des poils de barbe, sous acte médical, pour éliminer son stress de rasage quotidien. Mais ça n'est pas possible et-ou retenu ; je ne sais pas exactement.

Pour ma part, étant homme et ayant l'habitude de manier le rasoir à main, ça va. Mais certaines de mes collègues, filles donc, galèrent pas mal. Surtout les jeunes, qui ne sont pas entrainées. Il y a des coupures de temps en temps, des applications de baumes cicatrisants, des poses de petits pansements. L'une d'entre elles demande à son conjoint de s'entrainer sur lui. Il refuse. Pas gentil le conjoint !

Poursuivons par la douche...

En général, tous aiment bien et passent de bons moments. Nous le voyons à leur air de contentement et leurs mimiques. Cette eau tiède leur dispense ce même bien-être que chacun d'entre nous apprécie quand il est sous la douche. À cela s'ajoute l'ambiance. La salle de bains se voit équipée d'un tuner, que nous connectons sur des radios diffusant des chansons de nostalgie ou plus actuelles. Nos résidents s'avèrent sensibles aux mélodies. Évitement de zique agressante, inutile d'inviter le stress. Quand on oublie de mettre la radio, un des résidents désigne du doigt le tuner installé sur une étagère et fait des « Hein ! Hum ! », traduction : « Allume la radio ». Ce qu'on fait. Et souvent nous les accompagnants-soignants chantons dans la SDB. Certain/es chantent bien, très bien même, et d'autres chantent comme des casseroles... Mais ça chante et c'est là l'important.

Il y a de la complication avec Nelly-comme-un-volcan pour la douche. Nelly, sachant parler, qui se montre discrète et avare de paroles, mais qui sait trouver les mots quand ça ne va pas. Elle se sent fragile et elle a peur quand on la manipule, notamment lors de son installation sur le charriot douche. On la prend sous les bras, on la lève de son fauteuil, on l'assied sur le rebord du lit douche, on met une main dans son dos, de l'autre on lui attrape les jambes et on la fait glisser d'un mouvement de rotation pour la coucher allongée sur le lit douche. C'est là que survient le problème ! Même si on y va doucement, elle se sent déséquilibrée, partir en arrière, elle crie, hurle « Non je veux pas » « J'ai peur » « Non arrête » « Je vais tomber »... Quand après de multiples précautions, négociations, rassurements, nous parvenons à la faire allonger, elle ne le fait pas complètement à plat dos. Elle se positionne toujours un peu de biais en appui sur une fesse, la main agrippée au rebord du lit douche, prête à faire mouvement et à se mettre en position assise pour se rassurer. Dans ces conditions, difficile de lui donner la douche, à plat dos et par positionnements sur les côtés pour avoir accès à l'ensemble des parties hautes de son corps, les flancs, le dos. Tout cela se fait souvent dans l'adversité, c'est du stress pour elle et de la difficulté pour nous.
Alors il en est discuté en équipe, et il est décidé de lui donner la douche en l'installant sur une chaise adaptée. C'est une chaise douche silicone waterproof sur roulettes à freins, équipée d'un mécanisme de levage au pied permettant de faire monter le siège, percé, à bonne hauteur pour permettre l'accès aux parties intimes. Un bras de protection articulé à bloquer devant le résident empêche toute possibilité de chute. Ça rouspète, il y a toujours quelque chose qui ne va pas, mais globalement Nelly se sent mieux en confort, ainsi assise.

À part cette miss râleuse qui geint « c'est froid » « c'est chaud », et à qui on tente d'inculquer le sens du mot 'tiède', parce le plus souvent la température est bonne et qu'en fait elle se trouve surprise par le contact de l'eau, à part les mésaventures aquatiques de la miss, aucun autre résident ne manifeste de signes négatifs ; au contraire...

Notre petit d'Jamal-du-chaud-soleil, toujours l'air ailleurs, presque toujours à l'intérieur de lui-même, adore la chaleur de l'astre solaire et de l'eau de la douche. Il est né de ce côté de la Méditerranée, mais manifestement ses gênes sont restés sous dépendance du soleil de là-bas. Lorsque l'eau de la douche vient lécher son corps, c'est immédiatement la détente et l'extase. Les traits de son visage s'illuminent, de même que ses yeux qui se mettent en prise avec moi, comme pour remerciement. Il sourit, découvrant ses craquantes dents du bonheur. C'est bizarre cette sensation éprouvée avec lui à ce moment-là, l'impression que ses lèvres remuent et prononcent ces mots muets que je lis : « On se reverra au Paradis ! Comme si c'était d'actualité et que nous étions éligibles pour y aller. » Ça me fait presque peur. Je le savonne et pour rinçage je fais survoler le pommeau de douche à basse altitude sur son corps. Ensuite, je fais durer le plaisir : « Eau chaude à volonté pour toi, d'Jamal ! ». Il le perçoit, il en jouit. Et d'instinct viscéral, pour se faire sûr que ça perdure ad vitam aeternam, il m'attrape malhabilement le pommeau des mains qu'il appose et tient serré contre son torse, devenant ainsi le maitre de l'eau.

Suzy-coquette-pipelette, calée dans son lit la nuit, et dans son fauteuil électrique le jour, aime la douche. « Ça fait du bien » qu'elle dit. Installation au filet sur le bac. Elle parle. Et soudain s'assombrit pendant qu'on la dévêt. Se tait. Préoccupée. On peut lui demander. Ou on devine. Là, on devine. Une collègue va sortir Martin-qui-roule-à-l'envers des toilettes pour le prendre en charge dans le second espace douche, et Martin avec son degré de conscience va la voir nue. Échange verbal avec ma collègue et jeux de rideaux pour éviter cela. Suzy se détend. Elle sourit. Plus loin, elle rit aux plaisanteries que je lui fais, elle y est réceptive. Et d'un coup à son insu : elle pète. Son visage se liquéfie. Elle s'en trouve très gênée, cela doit être pour elle de l'ordre de l'interdit. Elle bredouille : « Excuse-moi Jean-François, je l'ai pas fait exprès ». Je souris et lui dis « que ce n'est grave, que ça arrive. Même à nous les personnels accompagnants. » « C'est vrai ? » vient-elle s'assurer. Approbation ! La douche se poursuit en détente et bonne humeur.

De la bonne humeur et de la belle folie, il y en a chez le résident qui se voit installer sur le charriot douche. Charly-le-clown. Toutes les misères du monde, on l'a déjà dit, mais le surligner n'est pas exagérer, et au-dessus de cela, un infaillible tempérament de déconneur. Lui, la douche, il aime. Tout d'abord, parce qu'on va le laver de toutes ces salissures qui l'encombrent partout, les fèces et les quantités de sécrétions diverses, mais aussi et surtout par ce qu'il va faire son show. Il le fait toujours dans la douche et ça fait marrer tout le monde, lui le premier.

Nu, à plat dos sur le lit-douche, il fait de grands efforts pour soulever un peu et tant bien que mal ses deux jambes dans un geste censé simuler qu'il fait des abdominaux. Encouragements et rires des agents, et éclats de rire convulsifs de Charly. Qui recommence. Pas étonnant qu'on passe du temps avec lui, indépendamment de la méticulosité de la toilette et des soins à apporter : la bouche, son orifice de gastroscopie, ses fesses et ses parties empourprées par les excrétions, Charly ayant une très fine et fragile peau de blond. Mais, là, pour l'heure, Charly s'en fiche. Il continue de faire le zouave. Il lance gauchement ses bras-mains-doigts-semi-ouverts devant lui en criant : « Wouuh », pour nous faire rire. Gagné Charly, on rit... Avant d'en venir à nous inquiéter. Car toutes ces pitreries demandent de l'effort et coûtent. Alors quand survient ce qui semble être un malaise, on s'alarme. Charly soudain ne réagit plus, semble inanimé sur le lit-douche. Je l'interpelle. Rien. Le malaise, la détresse vitale après les accès de rires, dont son visage porte encore une trace de petit sourire. J'interpelle ma collègue, en douche à côté. Qui vient intervenir aussi. Alors Charly ouvre grands les yeux et nous balance en avant ses bras-mains-doigts-semi-ouverts, en faisant exploser rigolard de chez hilare, son formidable : « Wouuh ». Il est heureux de sa blague comme un drôle, et nous aussi, mais surtout soulagés. Cet hiver, avec Charly, on a mis le souk dans la salle-de-bains. Il était sur le lit-douche, il y avait de la neige dehors, j'ai demandé à ma collègue de le surveiller une minute, et je suis allé chercher une boule de neige. Je l'ai montrée à Charly. Il l'a regardée avec des yeux ronds. Il a voulu la toucher. Et d'un geste et de interjection « Hein ha », il a signifié qu'il fallait la lancer. Je l'ai balancée. Explosion de joie de Charly emmêlée de ces mots : « Éh woi », 'c'est froid'. Puis je suis allé en chercher d'autres, que je lui ai mises en main et qu'il m'a balancées. Je me suis mis dans la trajectoire, car comme Charly ne maitrise pas vraiment ses lancers, ça partait dans toutes les sens. Résultats : de grosses crises de rires, personnellement trempé, et la salle de bains très mouillée. Ne restait qu'à nettoyer, après m'être empressé de sécher et couvrir Charly. Ah !, les jubilations de Charly, l'homme qui rit pour ne pas pleurer ; si, il pleure parfois ; ou alors, Charly l'homme qui sait se faire rire. C'est grand. De Charly, on reparlera.

En attendant, fin de la douche, et prise de contact avec les infirmières pour qu'elles viennent lui prodiguer des soins sur des parties du corps avant l'habillage. C'est Charly lui-même qui convoque les infirmières. C'est le rituel. On compose le numéro des infirmières sur notre téléphone de service, et on lui colle l'appareil à l'oreille. À l'autre bout, ça dit « Allo ? ». Lui crie alors, les yeux exorbités, et excité comme un Charly : « Hein ha vha vhein », traduction 'Viens pour les soins'. Et à l'autre bout, ça le fait pro et en entrant dans le jeu : « Oui Charly, on vient, on arrive ». Ça pourrait s'arrêter-là mais c'est compter sans Charly qui continue de crier dans le téléphone en riant jusqu'à ce qu'on lui décolle l'appareil de l'oreille. Et les infirmières viennent. Elles entrent parfois alors qu'il est toujours au téléphone avec elles. Et il poursuit son cirque avec elles. Une vedette, ce Charly ! « Qui aurait-il été s'il n'était ce qu'il est ? » Prêt à être habillé, me tenant de dos en train d'attraper cet habit dont je vais le revêtir, alors pris d'une sorte d'étourdissement, je m'entends dire comme ces mots ou ces intentions de mots : « Tu le sauras là-Haut ». Ce n'est possible. d'Jamal tout à l'heure, et maintenant lui ! Je me retourne et l'observe. Non, rien. Il s'est calmé et attend tranquillement l'habillage.

Ah !, le séchage et l'habillage. Quand toi t'es debout et que tu as ta mobilité, c'est facile, pas toujours, mais relativement. Mais quand tu dois sécher et habiller des résidents aux corps immobiles sur un lit-douche, c'est extrêmement laborieux et fastidieux.

Et encore plus, quand tu dois sécher vêtir Marylise-aux-os-de-verre. Il est fait très attention. Malgré cela, son ossature se fractura à de multiples reprises. En lui mettant ses chaussettes chaussures, une collègue pourtant précautionneuse, a entendu craquer. L'os de la jambe. Ma collègue, en fut dévastée, d'autant qu'elle est elle-même mère, comme elle l'a précisé aux parents de Marylise à titre de regrets et d'excuses. Réponse des parents, fatalistes et se faisant bienveillants : « Vous en faites pas, ce n'est pas la première fois et ce ne sera pas la dernière ». N'empêche que ça touche toujours. Un jour que des ambulanciers viennent la chercher pour des soins à l'hôpital, ils appréhendent de la manipuler pour l'installer sur le brancard, préférant nous laisser faire. Alors, avec Marylise, faire gaffe puissance dix !

Le séchage des résidents ! Besoin de plusieurs serviettes grandes et moyennes. Sécher le résident et dans le même temps très bien essuyer les parois du lit douche. C'est long et minutieux pour bien faire. Un mot sur les poils corporels qui s'érigent en difficulté quand ils sont englués dans les selles, et qu'il faut dégager, laver et sécher sans tirages. Ainsi, notre petit d'Jamal-du-chaud-soleil est velu. « À la douche, il a les poils qui se plaquent quand on le lave, et qui s'ébouriffent comme un chat qui s'ébouriffe quand on les sèche ; c'est trop mignon, on dirait un nounours en poils », dixit une collègue inspirée. Au-delà de l'esthétisme, cela crée de la difficulté et du désagrément. Fort délicat et fort long de dégraisser quand il y en a beaucoup : des selles et des poils. Ça finit toujours par tirer. Mal être général, et mal très ciblé pour le résident. Séchage long et difficile, à la serviette, pas au sèche-cheveu, nous sommes sur un lit-douche, et souvent bis repetita de tirages de poils. Pas top donc ! Mais interdit d'y toucher. 'Le faire ce serait porter atteinte à l'intégrité de la personne'. Possible de couper les cheveux, d'épiler de vilains poils sur le visage des filles. De raser sous les bras des filles. De dépoiler des jambes. Mais toucher des poils d'aisselles d'homme, et des poils pubiens homme femme, interdiction ! 'Faut un certificat médical'. Cela dit, les préconisations et directives données par les uns et les autres, des psys, la direction, se révèlent contradictoires. Interdit pour certains. Possible pour d'autres, si on demeure dans l'élagage, etc. Du coup, on ne fait rien. Si ! On sollicite parfois les infirmières aux fins de médicaliser l'acte, en quelque sorte. Et comme elles ne sont pas forcément à proximité aux moments propices, alors certains élaguent un peu de temps en temps, dans la limite du raisonnable d'un soin du corps qu'ils s'appliqueraient à eux-mêmes. Exit le problème des poils, et les poils eux-mêmes selon les agents. Faut terminer de sécher. Une fois le résident et le lit-douche complètement secs, bien secs, très secs... feu vert pour vêtir le gars ou la fille.

C'est difficile. Membres et corps tordus des résidents, comme déjà décrit, certains résistent, se débattent, retiennent de leurs doigts les vêtements qu'on leur enfile. Les vêtements parfois n'aident pas. Des parents bien attentionnés fournissent des fringues à la mode. Trop serrées, cintrées. Des chaussures de marque 'Convers', très bien ! Mais quand le fils ou la fille a les pieds bosselés, tordus, il faut du temps et de l'énergie pour les mettre, ajoutés à de l'agacement chez celle ou celui qu'on chausse. De plus, à deux des résidents il faut mettre des orthèses de pied pour que des orteils ne se chevauchent pas et-ou ne frottent pas. Plus des chaussettes. Plus des chaussures orthopédiques. Ouf !, quand t'as fini de mettre tout ça, t'es content.

Et cet autre résident, celui n'aimant pas être rasé, qui lui se mord sans arrêt la main, toujours la même et au même endroit, jusqu'à s'en faire saigner. Que faire ? Lui mettre un gant, à la Mikaël Jackson ? Ce serait trop difficile à lui enfiler stick par stick sur ses grands doigts circonflexes, et générateur de stress pour lui. Alors, on lui recouvre la main d'une chaussette qu'on scotche à sa manche de chemise ou de pull ; et l'été quand il est en manches courtes, sur le tube de la chaussette en étranglement à son poignet. C'est esthétiquement moche, mais c'est efficace. Il ne se mord plus ou rarement, ne paraissant pas apprécier la texture en bouche du tissu de chaussette.

Même une fois habillé, ce même Francis-le-voyageur-des-couloirs est pénible. Lors de ses pérégrinations dans le couloir, il parvient toujours à se défaire d'une chaussure de par son toucher de pied sur le sol, et via l'autre pied, par des méthodes dont nous ne comprenons pas tous les mécanismes ; faudrait s'y pencher. Mais pour l'heure, pas plus de temps que ça pour ça. Quand on cherche Francis dans le couloir, deux solutions. Soit on le trouve parce qu'on l'aperçoit. Soit on repère sa godasse perdue, çà ou là, et on entame des recherches autour, sans l'assurance de tomber sur lui alentour car Francis, c'est le couloir-trotter de l'institution. Du coup, on lui scotche la chaussure autour du pied. Mais il est terrible de la pompe, Francis. Il finit toujours par se la décapsuler. 'Qui porte des chaussures ignore la souffrance de qui marche pieds nus'. Je ne sais pas de qui est-ce, mais peut-être est-ce cela qu'il veut nous dire ? Il est pourtant en deçà de la conscience. Mais qui sait ? Il nous est toujours profitable d'introspecter.

Terminons-en et sortons de la salle de bains. En sous-habillement des résidents : protection d'incontinence, sauf pour Martin-qui-roule-à-l'envers qui se contient et qu'il faut maintenir ainsi. Protection donc, plus sous-vêtements : slip, soutien-gorge pour les filles ayant une poitrine, brassière ou rien pour les filles avec peu ou sans poitrine.

Dernières touches avant la sortie de la salle de bains et l'entrée dans la salle de vie. Les artifices de la beauté. Crémage. Aftershave. Coiffure : des gels pour les filles et les garçons. Des collègues femmes usent de leurs talents pour embellir les résidentes. Et même un petit collègue, branché, homme, faisant partie un temps de l'équipe. Sensible aux attraits du looking, il maquille un peu trop Suzy-coquette-pipelette, ce qui lui vaut la remontrance d'une femme de ménage : « Ce n'est pas une poupée ! ». Pour parfaire, colliers et bijoux pour les filles. Pour ce qui est de Suzy, de même que c'est elle qui choisit ses habits, c'est elle aussi qui choisit ses parures dans son lot de colliers, bracelets, bagues accrochées sur un panneau dans sa chambre. Très coquette la fille !

Tout cela prend du temps. Je me suis employé à le calculer. Pour les personnes valides que nous sommes, les temps de douche sont courts, cinq dix minutes et c'est fait. Pour nos amis handicapés, leur prise en charge prend un très long temps. Du lever du fauteuil en pyjama, au retour sur le fauteuil, tout propre habillé, il faut de l'ordre de 20 mn pour les plus faciles à s'occuper, 30 à 40 mn pour les plus difficiles, et de 50 mn à 1 heure pour Charly-le-clown, le plus difficultueux d'entre tous.

③ ELLE EST PRISE DE HAUTS DE CŒUR, ELLE SE LES PROVOQUE
— Notre équipe d'accompagnants, les infirmières, les psychologues, la psychiatre, le chef de service réfléchissent.

Elle !? La fameuse Nelly-comme-un volcan. 'Elle ne vomit pas, tout va bien', 'La Direction se satisfait de sa décision de changement de pavillon', 'L’équipe se satisfait de son travail', écrivions-nous. Eh bien, après quelques semaines chez nous, la lave recommence à bouillir au fond du volcan et quelques éruptions s'annoncent. On la voit maintenant en situations répétées de hauts de cœur, que lui impose possiblement une pathologie !? Sauf qu'à l'observer, on la perçoit à s'obliger elle-même (inconsciemment ? semi-inconsciemment ? on y reviendra) à des hauts de cœur ouvrant à des vomissements recherchés et souventefois effectifs.

Agitation générale dans notre pavillon et en extérieur pour les personnels concernés ! Notre équipe d'accompagnants, les infirmières intervenant en roulement, les deux psychologues, la psychiatre, le chef de service réfléchissent. Des séries d'examens médicaux ont déjà été menées. Il en est entrepris une autre série pour chercher et trouver une éventuelle cause structurelle à ces hauts de cœur et ses vomissements... Mais rien de particulier.

| Presque la fin de matinée |

Oui, et fort de toute cette agitation depuis tôt ce matin, ces efforts, pousser, tirer, se baisser, se relever, marcher, se presser, s'empresser, piétiner, se tenir debout, accélérer, ces transpirations, ces coups de chaud, garder le contrôle..., les membres du personnel sont déjà bien HS. Et sous peu, il faudra poursuivre le semi-marathon par la préparation des résidents à déjeuner, et parfois du déjeuner lui-même. Il y a une maitresse de maison pour portionner les plats arrivant en vrac dans des cantines. Mais elle n'est pas toujours là, repos le weekend, des congés, des RTT, des maladies, comme tout le monde, et c'est aux agents, nous, de prendre le relai. Mais pour l'heure...

C'est presque la fin de matinée...
Un peu de temps libre d'ici le déjeuner, quelles occupations ?

Elles sont diverses et multiples, allant de rien à presque rien ou à quelque chose d'informel ou de précis, selon ce qui peut être prévu. Des résidents complètement immobiles sont placés devant la télévision, qu'ils regardent ou non, qu'ils écoutent ou n'écoutent pas. En substitution ou en alternance, on leur met la radio connectée sur des stations musicales. S'il fait beau, nous en installons quelques-uns dehors, sur la terrasse. En général, ils apprécient d'aller humer l'extérieur. Martin-qui-roule-à-l'envers s'en va tout doucettement vers son point d'observation du parking au bout du couloir. D'Jamal-du-chaud-soleil va se positionner lentement mais non moins énergiquement à la porte-fenêtre du couloir où il se délecte du radian solaire. Francis-le-voyageur-des-couloirs s'en va faire de longs périples en fauteuil dans ses boulevards. Quand ce n'est pas le cas, il tourne autour de Charly-le-clown, lequel lui lance ses mains en avant en faisant des « Ouh Hein... » sensés le faire rire. Ce qui se produit immanquablement. Francis rit, Charly rit, le personnel rit, et ça dure de longues minutes, jusqu'à ce que Charly s'épuise malgré tout assez rapidement. Carmen-qui-dort-et-qui-vocalise « se dort dessus » comme plaisante une collègue. De sa tête penchée en avant, elle en écrase. Nous prenons soin de lui caler le haut du dos, le cou, la tête avec des coussins, pour son confort. Nelly-comme-un-volcan est installée à la table et nous lui donnons un jeu à faire. Par exemple, un de ceux ou l'on pique dans une grille à trous des petits sujets montés sur de mini-tiges. Du toucher de sa main gauche, elle repère les trous, et de la droite, elle insère les bitoniaux des sujets dans les trous. Suzy-coquette-pipelette fait aussi de tels jeux. Elle s'emploie à ficher des cubes, des étoiles, des triangles dans des espaces adaptés sur un socle de jeu. Elle bosse aussi et en est fière et heureuse. La maitresse de maison lui met sur la tablette de son fauteuil électrique des piles de linge à ranger et elle les emmène dans les chambres où sa boss informelle l'attend pour les placer dans les armoires...

Ce résident s'ennuie à regarder le parking par la fenêtre du couloir, alors il revient...

Martin-qui-roule-à-l'envers revient de son poste d'observation, du bout du couloir, parce qu'il est sans protection et qu'il a une envie pressante. Et il revient aussi parce qu'il finit par s'ennuyer et qu'il recherche notre compagnie. Sur sa tablette de fauteuil est installé un document de pictogrammes correspondant à ses envies. Il montre les toilettes. Il va falloir l'isoler, et le faire pisser assis sur son fauteuil dans un urinal, autrement dit un récipient pistolet. C'est fastidieux. Il faut le rouler jusque dans les toilettes ou sa chambre. Le libérer de ses sangles le maintenant au fauteuil. Le débraguetter. Et souvent ce sont de gros boutons. Bien ouvrir le haut de pantalon. Dégager et sortir le sexe du slip, sans que le slip comprime l'urètre dessous. Faut engager le sexe dans le pistolet de l'urinal. Il pisse en souriant. Content de pisser et content de nous faire plaisir ; il n'a pas pissé dans sa culotte. Il faut ensuite l'essuyer. Ranger le matériel sans avoir vraiment d'espace pour ça, car faire du reculottage assis, bonjour ! ; faut pas faire mal. Etc. Alors, finalement, quand il a envie, c'est bien. Mais quand il se fait seulement sollicitant parce qu'il s'ennuie et que libérer quelques gouttes en compagnie va le distraire, en ce cas c'est chiant. Il me sollicite souvent. Parce qu'il me sent réceptif. Et sans doute parce que je suis un homme. Certainement suis-je plus apte et diligent à manipuler un service trois pièces. Il arrive que Martin pousse. Il montre la porte des toilettes, traduction « caca ». Question lui est posée : « C'est sûr ? » Acquiescement. Sauf que parfois c'est du flan. On le désarnache. On le lève de son fauteuil avec cet appareil déjà décrit, le 'verticalisateur'. On le présente de dos sur le siège des toilettes. On le déculotte. On le descend. On l'installe. Le cale. On l'attache. Y'a plus qu'à ! C'est alors que Martin montre du doigt le tuner radio. Sourires de part et d'autre. On doigte sur 'on'. On le laisse le temps qu'il faut. Et on entend Martin qui pisse et qui dégaze sur 'Poupée de cire poupée de son', de France Gall. Cette fois, c'est bon, je n'ai pas trimé pour rien. L'autre fois, je l'ai relevé, sans qu'aucune obole n'ait été déposée. Et alors que je le manipulais pour le remettre sur sa chaise, Martin, dans un grand sourire et avec la lenteur qui lui est attachée, m'a fait un maladroit pied nez !!!

| Des résidents des pavillons voisins viennent déambuler |


L'entrée sortie de notre pavillon étant libre, sous notre surveillance de qui entre et de ce qu'il fait, des résidents du foyer en capacité de déplacement autonome viennent faire un tour.

Il y a le grand L., déjà d'âge avancé, qui fait des kilomètres à déambuler partout, la salive suintante, qui vous regarde en coin, avec un petit sourire, comme s'il n'en pensait pas moins, mais pense-t-il et à quoi ?, lui l'ancien motard, un scorpion tatoué sur le bras, vestige de sa superbe, qui s'est fait un coma éthylique dévastateur au point de l'envoyer poursuivre sa vie ici. La psychiatre attitrée de l'établissement, professionnelle aguerrie, de bonne liberté de parole, proche de la retraite, peut-être est-ce pour cela, fait de l'humour envers lui via cette phrase piquante se voulant bon enfant et bienveillante : « On saura que le vinaigre ça conserve les cornichons, mais pas le cerveau. » Bien trouvé. Pas mal (lol) !

Il y a ce jeune homme, nouvellement arrivé dans le pavillon d'à-côté, mignon, l'œil et le sourire malicieux, sans la parole, qui se déplace en fauteuil roulant électrique qu'il manie très bien. Alors pourquoi se fiche-t-il toujours dans le fauteuil électrique de notre Suzy-coquette-pipelette ? Parce qu'il l'aime bien et que c'est sa façon de le lui montrer. Sauf que ça indispose Suzy, qu'elle rouspète... Et puis aussi autre chose. Ce turbulent jeune homme aime bien d'autres résidents, valides eux, ou plus ou moins valides, et il leur fonce dessus pour leur manifester son intérêt. Du coup, il y a des bleus, et même une fracture je crois, ce qui fait que ses éducateurs le serrent de plus près, l'éduquent, tout en nous demandant de redoubler de vigilance quand il vient. D'ailleurs, il vient moins et-ou est moins autorisé à venir.

Il y a cette mystérieuse résidente quinqua, habillée dans une grenouillère pour qu'elle ne se déshabille pas sans arrêt, ce qu'elle fait si elle porte des vêtements normaux, et qui marche très lentement, très en avant, très en déséquilibre, l'œil complètement absent, sans parole, et semble-t-il sans pensée... Mais assurément en a-t-elle une dans la tête quand elle progresse dans le couloir en route vers chez nous, un portemanteau à la main, et qu'elle entre et se dirige vers les chambres. Cette mystérieuse femme, notre maitresse de maison et nous la surveillons de très près, car sa marotte, c'est d'aller ouvrir les placards de chambres pour chiper les portemanteaux et repartir avec. Pas grave en soi. Mais quand la maitresse de maison s'est appliquée à ranger ses piles de linges et de vêtements dans les armoires des résidents et que Miss Tsunami vient à passer... Y'a plus qu'à recommencer ! Du coup quand on nous l'annonce dans les parages, en passe de se glisser comme un chat dans notre pavillon, alors on veille.

Il y a cette petite jeune femme trisomique joyeuse, en fauteuil, qui vient distribuer sa bonne humeur à tout va aux agents et aux résidents. Elle vient dire bonjour à Charly-le-clown qu'elle apprécie pour avoir logé avec lui, un temps, dans un autre pavillon. Elle ânonne des phrases d'onomatopées voulant dire : « Ça va ? ». Lui, répond : « Hein » signifiant « oui ». Elle vient au-devant de quelques agents, dont moi, les bras en l'air en quémandant à peu près intelligiblement : « Un câlin ». Alors, on se penche, je me penche vers elle, moi qui suis grand, elle qui l'est si peu, et qui plus est en position assise sur son fauteuil, je me retrouve hyperpenché tête en bas, le dos cassé, et complètement prisonnier d'elle. Car la Petite m'enserre fort et l'étreinte dure longtemps. Je sens son parfum, l'odeur de crème, d'une sorte d'huile essentielle qui lui est appliquée pour traiter je ne sais quoi. Comme elle salive beaucoup, sa peau autour des lèvres a tendance à quelque peu boutonner. Elle me colle de la bave sur la joue ou sur le col. Elle est heureuse. Et pour conclure, elle me relâche, se dégage rapidement (belle dextérité avec son fauteuil roulant), et juste avant de donner un brusque coup de main sur sa roue de fauteuil pour s'éloigner : elle me pince fermement la cuisse, avec une onomatopée de joie, hilare de son coup. Faut toujours se méfier des fins de câlins avec elle, elle fait très souvent, voire toujours ça. D'ailleurs, ces derniers temps, ses éducatrices nous demandent de signaler immédiatement ces pinçages. L'une d'elles vient, et met en place une procédure éducative. Le principe en est : récompense quand il y a bon comportement, et l'inverse dans le cas contraire. Sur ce coup, sans doute perdra-t-elle pour aujourd'hui le bénéfice d'un de ces trucs en plus qu'elle aime bien, par exemple : le verre de sirop de grenadine au goûter.

Il y a ce beau jeune homme, fort et vigoureux, s'il n'était obligé d'en passer par une marche heurtée, saccadée, le corps et les membres bringuebalants de partout, le garçon menaçant de chuter à chaque pas, ce qui se produit souvent... Alors pour plus de facilité, il choisit de se mouvoir à terre, en trainant son fond de culotte sur le sol et se faisant avancer à l'aide de ses bras et ses mains. Ce jeune homme est joyeux, il rit, lance des onomatopées et et et..., très farceur, s'amuse à pincer qui il peut attraper quand ça lui prend. Il fait très mal, et ses éducatrices travaillent sur lui, avec lui, pour lui faire passer cette mauvaise habitude antisociale. Autre truc qui l'amuse beaucoup : donner des grands coups de main dans l'armoire métallique à roulettes servant à livrer le linge propre, quand elle est là ou dans le couloir. Ça fait un boucan d'enfer ! Pour qui n'est pas habitué, c'est vraiment impressionnant.

Il y a cette jeune fille, assez grande, bien proportionnée, quoique pourvue c'est bizarre d'un petit ventre rond ferme comme une jeune maman enceinte, jolie, la tête dans les étoiles, qui progresse très lentement, avec ses deux bras devant elle, et avec ses doigts des mains qu'elle fait pianoter les uns sur les autres. Elle entre et répète à l'infini de sa petite voix mélodieuse et chuchotante : « J'ai soif... J'ai soif... » ou encore : « Un petit café... Un petit café... ». Nous lui glissons toujours un mot gentil et ne lui servons rien, sur demande de ses éducatrices. Car la jeune fille, démunie du sens de satiété, boirait des litres d'eau, de sirop ou de café sur l'ensemble de la journée, qu'elle passe pour partie à réclamer à boire dans les pavillons.

Il y a cette autre jeune femme, un peu plus âgé, qui marche en dodelinant, et qui vient aussi réclamer à boire. Elle, parle, et vient quémander des verres de sirop à l'eau. Ses éducateurs ont mis au point un système. Ils lui donnent des coupons, et lorsqu'elle vient demander à boire en produisant un coupon, on lui sert un verre. Elle sourit et se frotte les mains. Elle boit et discute. À sa façon ! Elle pose énormément de questions, des séries interminables de questions, à n'en plus finir. Ça va de « Est-ce que mes parents pètent à table ? » à « Est-ce que t'es marié(e) ?... Avec qui ?... Comment s'appelle ta femme ou ton mari... ? etc., etc. etc. » Sa marotte, que ses éducateurs cherchent à juguler, c'est ce questionnement spécifique perpétuel et qu'elle lance auprès de chacune de mes collègues et de moi-même quand elle vient : « Est-ce que Claude François, il est mort ? ». Ensuite c'est le piège ! Si on ne répond pas, elle repose indéfiniment la question, et finit par se mettre à pleurer si elle n'obtient pas réponse. Si on lui répond, les autres questions suivent systématiquement : « Comment il est mort ?... Tu l'as connu ?... Qu'est-ce qu'il chantait ?... etc., etc., etc. ». D'où lui vient cette marotte ? Ses éducateurs ne savent pas vraiment. C'est en tout cas très piégeant, car humainement on a envie de lui répondre. Et il ne le faut pas. Ses éducateurs nous ont fourni la phrase de réponse adéquate : « A-M, tu poseras à la question à tes éducateurs, ce soir, pendant le temps de paroles qu'ils consacrent, d'accord ? » Parfois, elle insiste : « Oui mais dis-moi s'il est mort ? » Bis repetita : « A-M, tu poseras à la question à tes éducateurs, ce soir pendant le temps de paroles qu'ils consacrent, d'accord ? » Cela finit par marcher. Et elle s'en retourne.

Il y a R., dans la quarantaine, fin, taille moyenne, sans la parole, qui marche lentement dans un déséquilibre prononcé, et qui ne tombe que rarement, comment fait-il ?, bras biscornu, la lippe en avant, avec le filet de salive suintant doucement. Il entre, vient s'assoir, on ne se sait pas comment parfois, tant on craint qu'il loupe l'assise de la chaise au dernier moment, mais non ! Ensuite, il ne fait rien. Il regarde. Et s'il aperçoit quelque chose à manger qui traine, un bout de pain, un gâteau, autre chose, il se concentre sur la proie, se dirige vers elle tant bien que mal, la saisie et se l'enfourne dans la bouche. On le surveille comme le lait sur le feu ce R. quand il vient. Il ne doit ni manger ni boire de denrées normales ou du liquide normal. Il mange en mixé et boit en liquide gélifié, car dépourvu d'un système de déglutition en bon état de fonctionnement. S'il attrape quelque chose et l'avale, ce qu'il cherche à faire tout le temps, c'est son immense bonheur, s'il y parvient il risque la mort par asphyxie. R. est aussi parfois brusque et violent. Il prend des médicaments contre cela. Lui et moi nous entendons bien. On se prend dans les bras et on se dit des onomatopées. Ça le fait rire et moi aussi, du coup. Ensuite, il repart...

| Des spécialistes médicaux, paramédicaux et autres viennent en visite |

Il y a souvent du mouvement au foyer et dans notre pavillon, aux heures où les professionnels de la santé, au sens large, s'activent dans leurs environnements et en extérieur. On en reçoit chez nous. Accompagné de nos infirmières, le médecin généraliste vient consulter untel ou unetelle. Toujours accompagnée de nos infirmières, la dentiste vient faire des contrôles ; et c'est ainsi qu'elle découvre que Martin-qui-roule-à-l'envers a une dent supplémentaire depuis la dernière fois. Surprise générale ! Et humour ! Un gros comprimé s'est coincé dans un interstice béant et donne l'illusion d'une dent.

Accompagné du psychomotricien, les prothésistes viennent prendre des empreintes de tel ou tel corps de résident pour refaire une coque de fauteuil ; des empreintes plantaires pour des orthèses ou pour des souliers. Tiens, ce jour, ils livrent les nouvelles chaussures orthopédiques montantes de Nelly-comme-un volcan. On ne lui a pas imposé la couleur, ce n'est pas dans les pratiques, c'est elle qui a choisi. Et comme elle est carrément non voyante, on ne se sait pas très bien ce qu'elle voit, on la déjà dit, alors on peut s'interroger !? Car la teinte choisie de ses chaussures est... jaune poussin ! « Elles te plaisent tes nouvelles chaussures, Nelly ? » lui est-il demandé à l’envi. « Oui, elles sont très bien ». Quand sa mère, venant lui rendre visite, voit les pompes, elle ne rien dit, mais il semble qu'elle sourit jaune. Sacrée Nelly !

La coiffeuse à domicile vient régulièrement couper les cheveux. Elle a tout le matériel avec elle, mais pas assez de mains, il faut l'aider. Certains des résidents, très agités dès qu'on leur approche le visage de nos doigts ou avec des ustensiles, doivent être maintenus. La coiffeuse a bien du courage et s'avère très professionnelle pour manier le ciseau dans ses conditions. Pas de mort et pas de blessé ! Quant au petit d'Jamal-du-chaud-soleil, c'est son jeune frangin, branché, qui vient lui tailler les cheveux. La tondeuse en pogne, il lui fait une coupe G.I. Cool ! Branché le d'Jam !!!

Un problème survient avec Suzy. Pas physique. Mécanique. Elle vient de crever un pneu de son fauteuil électrique. Ça arrive. Et c'est la catastrophe pour elle. Elle le prend mal. On est obligé de la transférer sur un fauteuil manuel qu'elle est incapable de faire rouler elle-même compte tenu de son handicap. Ce qui signifie qu'elle va être clouée sur son fauteuil, le temps de la réparation, et dans l'obligation de se faire rouler par nous à la demande ; et comme on a du boulot partout, on n'est pas toujours disponibles. Minimum une journée, voire deux, pour réparer, car c'est le service après-vente de l'entreprise de fauteuils roulants qui s'en occupe. C'est aussi invalidant pour Suzy que pour nous quand on crève un pneu.

Les agents des fabricants venant prendre des mesures pour créer les coques de nouveaux fauteuils, en remplacement des anciens, sont des spécialistes. Ils se trouvent assistés dans leurs tâches par les agents spécialistes de chez nous, le psychomotricien principalement, et par nous aussi les agents qui connaissons très bien nos résidents. Il n’empêche cependant qu’il faille des ajustements pour affiner la forme de la coque de fauteuil dans laquelle le résident devra se trouver installé au millimètre.

La nouvelle coque de fauteuil de Martin-qui-roule-à-l'envers est arrivée. Le dossier monte plus haut, lui permettant de poser la tête s’il le veut ; ce que jusqu’à maintenant il ne cherchait pas à faire. Alors qu'il penchait d’un côté, et que son équilibre étant précédemment rétabli par un système de sangle en haut du corps, Martin désormais ne penche plus du fait qu’on lui a créé un appui-bras remontant jusque sous son aisselle, ce qui lui positionne le bras haut, et ainsi le repositionne droit. Il a été conçu un renflement de mousse dure entre les jambes de Martin, l’empêchant de glisser vers l'avant et le maintenant mieux assis. Ainsi Martin est superbement installé. Les professionnels sont contents !

Sauf qu’en y regardant de plus près... Le dossier trop haut lui bloque la visibilité quand il se dirige en marche arrière dans le couloir, il se tape partout. Il a vite l'aisselle meurtrie et rouge à force de la contrainte permanente de son dessous-de-bras sur l'appui-bras trop élevé. De plus, j’ai fait l’essai chez moi de rester un quart d'heure le coude en l’air, posé sur le haut d’un dossier de fauteuil, et j’ai eu les muscles de l’épaule tétanisés. Il a les testicules écrasés par ce plot trop proéminent entre ses jambes... Il va donc falloir ajuster. Ce qui sera fait rapidement.

Le siège du nouveau fauteuil du petit Jean-Yves-doudou-rocking-chair-5-octaves n'est pas assez matelassé. Ça lui fait les fesses rouges et lui irrite un de ses dessous-de-bras. Avec sa main il appuie sur l’appui-bras pour soulager sa fesse et, ce faisant, son sous-bras en opposition frotte contre le montant de son appui-bras. Fesse droite et sous-bras blessés. Il va falloir rectifier. Des mousses sont installées là où ça pêche. Mais difficile d’arriver immédiatement au bon résultat. Il faut y revenir avec précisions. Et c'est minutieusement fait.

| Balade dans le parc et autour du lac |

Pour s'aérer, aérer des résidents, nous les emmenons faire un tour dehors, à tour de rôle. Un jour c'est l'un, le lendemain c'est l'autre, s'il fait beau, etc. Difficile de faire autrement, car le simple fait d'emmener un résident se promener, ça prend du temps... Désarnachement des sangles de maintien réglées au plus près, mise de vêtements d'extérieur sur des corps assis, semi-assis, voire couchés sur les fauteuils. Réinstallation des sangles sur des vêtements encombrants en adaptant ou non les réglages ; et en s'employant parfois à trouver des combines (par exemple, en habillant par-dessus les sangles). Aller nous-mêmes nous changer... Mettre nos vêtements de ville, nos vêtements d'extérieur. Et c'est parti pour une balade d'une demi-heure aux alentours du foyer, jusque vers un espace boisé, où des biches et des chèvres paissent tranquillement dans un enclos fermé. Ou encore.. Installation du résident dans une voiture adaptée (monter le fauteuil avec le résident dessus, le bloquer avec des matériels de maintien incorporés, les ceintures spéciales de sécurité, etc.) et direction le petit lac, avec un kilomètre de balade autour, non loin du foyer. Magnifique ! La nature ! Les canards ! Et assez sportif pour l'agent qui pousse le fauteuil sur un kilomètre, sur un sol majoritairement à base de terre battue, de cailloux, de graviers ; avec des quelques côtes en prime. Après le début de matinée que nous venons de vivre, la prolongation de matinée, et avant la suite du programme, à savoir les longues tâches du déjeuner, autant vous dire... qu'on se sent flingué !

| Des résidents sont emmenés en courses |

Avec les collègues, nous sortons assez souvent faire des courses : acheter des vêtements, sous-vêtements, des produits de soins, crèmes spéciales, eaux de parfums, gels, bombes à raser, rasoirs, après-rasage, dentifrices... sur le compte des résidents. Nous passons chercher de l'argent au service de gestion du foyer, et nous partons en courses. Mais jamais seul(e)s. Toujours en emmenant des résidents avec nous. C'est la règle et c'est très bien. Ils aiment bien se promener et voir le monde. Le monde parfois les regarde d'un drôle d'air, le plus souvent avec bienveillance et, parfois cela peut se comprendre, avec gêne ; il faut être assez fort et détaché dans sa tête pour pouvoir se positionner à côté de cette pensée : « Ça pourrait être moi ». Non ce n'est pas vous, ce sont eux, des humains, vos égaux, dotés d'un autre système de fonctionnement.

| Ce résident aime bien aller chez le coiffeur |

La coiffeuse se déplace au foyer pour faire les coupes de la majorité des résidents. Mais parce qu'ils s'avèrent sensibles à l'acte de capilliculture, il y en a quelques-uns que nous emmenons dans un salon de coiffure de la ville : Suzy-coquette-pipelette bien sûr, et Martin-qui-roule-à-l'envers pour d'autres raisons. Lui est très dans le soin et le tactile. Alors, il jouit d'aller chez le coiffeur ; la coiffeuse pour être précis. On installe son fauteuil devant un poste de travail de la coiffeuse. Il se regarde dans la glace. Sourit. Nous regarde dans la glace, par effet miroir. Appuie son sourire. La coiffeuse le revêt d'une blouse, se tient près de lui. Proximité. Des effluves. Lui passe la main dans la chevelure pour apprécier le cheveu avant la coupe. Martin commence à fermer les yeux. Et il ne les rouvrira plus jusqu'à la fin ; son visage s'abandonnant à des mimiques de bien-être, avec son bout de langue forçant parfois le passage de ses lèvres, à la manière d'un petit chat chien bonne aise. La coupe terminée, la coiffeuse lui demande si ça lui plait. Oui, forcément ! Sourire lumineux. En rentrant au foyer, tous les agents complices complimentent et Martin est le plus heureux des hommes.

| Cette résidente aime bien aller chez le kiné |

La colonne vertébrale sérieusement de travers, bien que plusieurs fois réparée, et par voie de conséquence les muscles distors, Suzy-coquette-pipelette est emmenée régulièrement chez le kiné. Le praticien ne se déplace pas, pas le temps, il la prend et c'est déjà bien car dans la région c'est compliqué. Nous conduisons Suzy à son cabinet, en véhicule handicap, avec une seconde résidente du pavillon voisin, petite fluette, d'âge moyen, qui marche, elle, mais très difficilement, il faut la tenir, parce qu'elle chancèle : à droite, à gauche, en avant, en arrière. Suzy adore aller voir 'son' kiné et c'est toute une fête plusieurs jours à l'avance. Il faut dire qu'il est beau, jeune et musclé, le kiné. Il s'appelle Mathieu et il sait lui parler. Suzy aussi lui parle : « J'ai dit à Mathieu qu'il est beau. Il a dit que moi aussi ! » Avant de se rendre chez Mathieu, Suzy demande à être changée. Demande qu’on lui mette du parfum et aussi qu’on la peigne. « C’est pour Mathieu » exalte-t-elle. « Et puis tu peux me mettre un bracelet, s'il te plait ? »... « Oui bien sûr ! Et nous alors, on est des moches ? » ; humour ; jalousie feinte, heureux que nous sommes de cette agréable relation. Lors de la séance, Mathieu extrait Suzy de son fauteuil à la force de ses bras, la dépose sur la table de soins, et c'est parti mon kiki. De la salle d'attente attenante de l'étroit cabinet, on entend les conversations de Mathieu qui la joue très bien avec Suzy. Ça bavasse et ça rigole, c'est super. De retour à l'institution, les agents, complices de cette pseudo-amitié de Suzy avec le kiné, demandent des nouvelles, et Suzy se répand, heureuse et détendue.

| Rendez-vous groupé chez le dentiste, en ville |

Les séances chez le dentiste ne sont pas une mince affaire. Nous y conduisons régulièrement des résidents. Ce jour, je suis du voyage d'accompagnement avec une infirmière. Nous emmenons des résidents de notre pavillon et du pavillon voisin. Préalablement, les infirmières les prémédiquent pour les apaiser. Ensuite, tous dans le fourgon et départ chez le dentiste de la ville voisine. Le cabinet se tient dans un bâtiment de résidence. Personne dans la salle d'attente quand nous arrivons. L'assistante du dentiste nous prend en charge. La jeune dentiste nous fait entrer dans son cabinet. Et que commencent les hostilités !

Notre jeune Benjamin-prisonnier-de-son-corps, mâchoires bloquées en bouche ouverte et hypertendu, doit se faire soigner et plomber une dent. Sa morphologie maxillaire doit faciliter le travail du dentiste, mais nous sommes dans la crainte de sa réaction. Nous aidons à son maintien tout en fermeté-douceur pour ne pas qu'il bouge tout en se sentant entouré. Piqûre dans la mâchoire, creusement de la dent malade à la roulette, etc... Et bien que ses yeux roulent dans leurs orbites, traduisant son agitation mentale, Benjamin se laisse faire sans agitation.

Ce sera un détartrage pour notre Suzy-coquette-pipelette. Pas de traces de douleur sur son visage, mais elle pleure comme une enfant, et ça retentit dans tout le cabinet.

Cette résidente d'âge moyen du pavillon voisin ne réagit pas spécialement à la sensation désagréable perçue généralement lors d'un détartrage. Il semble, mais je ne suis pas spécialiste, que certaines personnes handicapées ont une perception atténuée de la douleur.

Côté agitation, c'est une autre histoire avec ce grand résident déjà âgé et très hermétique, devenu ainsi des suites d'un coma éthylique. Il doit aussi subir un détartrage et il a peur. Très peur. Il est pourtant prémédiqué, mais on a l'impression que non. Il nous faut le saisir avec l'infirmière et l'assistante pour parvenir à le faire assoir sur le fauteuil du dentiste. Contraints ensuite de le tenir fermement. Il se débat, échappe à l’étreinte et manque de donner un coup à la dentiste. Il tire sa grande langue, bave. La dentiste malgré tous ses efforts ne réussit qu’à lui détartrer que quelques dents. J’ai mal aux muscles à force de lui avoir maintenu la tête, les épaules et les bras, alternativement et parfois en même temps.

Pour cette autre résidente, la fameuse Nelly-comme-un-volcan, l'opération va être délicate. Après examen, la dentiste diagnostique qu'il va falloir lui arracher une dent. Nelly est fermement maintenue lors de la piqûre et l'arrachage, mais à l'inverse du patient précédent qui se débattait en silence, parce qu'il ne parle pas, Nelly, elle, crie à gorge déployée : « Aïe » « Aille » « Tu me fais mal » « Je veux pas » « Non » « Arrête », etc., en même temps qu'elle s'emploie à se dégager. La dent s'extrait, mais sacré ramdam ! Il me vient à l’esprit l’image cliché des patients de salle d’attente qui, entendant cela, ne veulent plus entrer dans le cabinet. Quand je m'en ouvre à la dentiste, elle indique qu'elle a bloqué un horaire large, sans autres rendez-vous de patients, pour s'occuper de nos résidents. Pour une jeune praticienne, de sagesse elle est empreinte (dentaire) !

| Nous emmenons ce résident chez l'ORL |

Rendez-vous pour d'Jamal-du-chaud-soleil chez un ORL de la grande ville la plus proche, car il régurgite au lit notamment et inhale ses régurgitations, ce qui lui a provoqué une perte de conscience (un coma ?) et une hospitalisation. Ce spécialiste est réputé d’abord difficile. Il fait des remontrances mal aimables aux agents accompagnant des résidents s’ils arrivent en retard en consultation, ne serait-ce que de peu. Avec l'infirmière, nous prenons soin de partir en avance pour arriver à l’heure, sinon en avance. Il y a trois quarts d'heure de route. En route, ça bouchonne. Inquiétude. Mais arrivée à temps. Salle d’attente. Au mur, des affichettes avec des avertissements du médecin : 'Vous êtes prié d’arriver à l’heure aux rendez-vous', 'Tout rendez-vous non honoré sans avoir prévenu est un manque de respect pour le médecin et les autres patients qu’il aurait pu recevoir à votre place', ‘Trois rendez-vous annulés et plus d’autres rendez-vous ne seront fixés'. Et cette affichette insolite : 'Vous êtes prié de ne pas coller de chewing-gum sous la table de salle d’attente ou sous les chaises'. Avec l’infirmière, c'est la première fois qu’on voit ce genre d’affichette en un tel lieu. On rit et on oublie. La secrétaire appelle l'infirmière pour le dossier de d'Jamal. On se lève, elle répond aux questions, elle fouille dans son sac, se prend une dragée chewing-gum et se la met dans la bouche. Elle m’entend rire, se tourne vers moi, interrogative, elle comprend. C’est à nous. L’ORL sort de son bureau et nous fait entrer avec d'Jamal. Il tient à avoir une infirmière accompagnatrice et un agent qui connait le quotidien du patient pour avoir des réponses précises. La cinquantaine, grand, maigre, stylé, petit foulard dans le cou, mocassin de daim. À sa façon d’être et de parler, ajouté à ce qu’on a vu dans la salle d’attente, on sent le psychorigide. Il interroge, l’infirmière répond, moi aussi. Aimable avec nous. Il va examiner d'Jamal, l'intuber d'une tige d’investigation nasale et investiguer jusqu'à la trachée pour évaluer sa déglutition. Il sort chercher le matériel et revient aussitôt en précisant qu’il n’est pas prêt et qu’il va falloir attendre un peu. Il nous laisse seuls. On se regarde, on regarde autour. Je dis à l'infirmière : « Tu devrais coller ton chewing-gum quelque part ». Elle sourit et d’un coup éclate de rire. « Regarde » me dit-elle en me montrant du doigt l’un des pieds de bureau du médecin. Je baisse le regard, et je vois collé un énorme Malabar rose bien mâché. Du mal à conserver notre sérieux. Il le faut bien quand l'ORL revient avec son matériel. Sinon d'Jamal déglutit plutôt bien mais pas régulièrement. Docteur-chewing-gum prescrit une 'radio cinéma' en examen de complément. Si d'Jamal bave tant sur lui, sur la serviette spéciale éponge et étanche, que nous lui mettons en permanence autour du cou, c’est qu’il se tient souvent en position tête baissée et que les muscles sous-tenseurs de sa lèvre inférieure s'en trouvent ramollis par la salive ; ce qui induit que la salive non avalée suinte et tombe. Fin de la consultation. On repart, avec un diagnostic, le vécu d'un bon moment, et aussi pour moi, à la réflexion, plus tard, cette interrogation : « Ce docteur n'est-il pas, au fond, un petit rigolo pince-sans-rire ? » Aucun indice dans ce sens, toutefois.

| Même à l'agonie, il fait le zouave |

Plusieurs fois Charly-le-clown est embarqué à l’hôpital pour ses problèmes respiratoires. Il y reste généralement d’une journée ou deux à une semaine ; et il aime ça ! Ça le change de décor, nous savons qu’il fait le pitre auprès des personnels médicaux, infirmiers, aides-soignants, et ce qu’il aime par-dessus tout quand on l’emmène ou qu'on le ramène de l’hôpital, c’est que les ambulanciers mettent la sirène de l’ambulance. À force, quand ce sont les mêmes agents, ils la mettent, et quand ce sont de nouveaux on leur passe le mot. Cette dernière fois, ce sont deux petits-jeunes qui le prennent en charge, en bien mauvais point. Quand ils veulent le faire glisser de son lit sur le brancard en le tirant dans son drap de lit, il leur lance ses bras et ses mains vers eux en rugissant. Ils arrêtent la manœuvre et viennent me voir dans la salle de vie en demandant si je connais bien ce résident car ils ont l’impression de lui faire mal, et me demandent comment faire. Je vais voir et me rends compte du pseudo-problème. Je me mets à rire et leur explique qu’en fait Charly apprécie cette situation de mouvement et qu’il s’amuse à leur faire peur et les faire rire.

| Des résidents vont faire du cheval |

Le contact avec les animaux, principalement le cheval, les résidents aiment et adorent. Aujourd'hui rendez-vous dans un centre équin spécialisé pour une séance d'équithérapie. La responsable fait participer les résidents à la préparation des chevaux. Aller les chercher. Les caresser. Les brosser. Les sceller. Et vient le temps de la promenade, peinard. Avec un marche-pied-escalier, le résident, habillé en cavalier, bombé de la tête, est monté-installé sur la bête. La difficulté incombe souvent aux accompagnants. J'ai été chargé d'accompagner ce résident d'un autre pavillon, dont j'ai déjà parlé. R., le résident sympa, mais souvent violent, assagi avec des drogues, qui marche lentement, tronc en avant, en déséquilibre. Vous savez, R. qui fiche des coups de pied au psychomotricien voulant lui faire faire des exercices, et que ledit psychomot' tient à distance d'un bras, ce que fait que R. frappe dans le vide. Vous savez, R. que son éducatrice veut cadrer alors qu'il n'est pas d'accord, ce qu'il l'exprime en arrachant une touffe d'herbe, et en la lui balançant avec des jurons incompréhensibles. Eh bien, aujourd'hui, c'est lui que j'accompagne. Et je dois dire que ce n'est pas de tout repos. Non qu'il se mette en opposition, mais pour d'autres raisons. En fin de séance, je suis flagada de cet 'à dada', où il faut tenir guider le cheval remuant, et surtout maintenir et repositionner sans cesse R., parce qu'il se tient mal, voire pas du tout, et qu'il menace chroniquement de chuter. Mais l'essentiel, c'est qu'il aime.

| Voyage jusqu'au centre de balnéothérapie à trente kilomètres |

Régulièrement et à tour de rôle, nous prenons la route avec quelques résidents pour aller se détendre dans une piscine balnéo d'un centre fondation appartenant à l’Armée du Salut. C'est à trente kilomètres. Aujourd'hui, j'accompagne d'Jamal-du-chaud-soleil. Départ en groupe dans le véhicule Master, avec trois résidents du pavillon des autistes, avec un de leurs éducateurs et une nouvelle agente. Houla, voyage houleux ! Deux femmes d'âge moyen sont assises à l’arrière sur leurs sièges, ceintures de sécurité attachées. L'une d'entre elles détache sa ceinture. L'éduc' qui conduit, tout en ayant un œil, lui demande de la rattacher. Elle n’obtempère pas immédiatement. Il hausse le ton. Elle le fait. Ensuite, les deux femmes se font des histoires, parce qu’une veut s’assoir à côté de l’autre et que l’autre ne veut pas. Le ton monte. L'une tire les cheveux de l’autre. Des cris, des plaintes, des demandes. De son volant, l'éduc' prévient qu’il va y avoir des 'récompenses promises' qui vont sauter. La récompense saute. C'était le droit pour l'une des deux, par exemple, de pouvoir ramasser un caillou par terre parce qu’elle le trouve très beau, et de le ramener au foyer pour l'offrir à une personne de son choix. Elle part dans une forme de chantage, en disant à l'éduc' que le caillou était pour lui. Il la remercie de l’attention et lui dit que ça ne change rien, que la prochaine fois elle devra faire plus attention. Les chamailleries se poursuivent et le ton monte à nouveau. L'éduc' menace d’arrêter le camion et de les faire descendre. Elles ne veulent pas, se calment. Puis ça repart de plus bel. Il cherche un petit dégagement sur le bord de la route et s’y arrête. Il descend, ouvre la porte latérale et fait descendre les deux femmes. Il les fait mettre face à face, les sermonne, puis leur demande de se serrer la main, ce qu’elles font, et tout le monde remonte dans le camion, attache sa ceinture, et on repart. Moins de trois minutes plus tard, les chamailleries repartent, tirage de cheveux. L'éduc' intervient de la voix. Ça continue. Il recherche un endroit où s’arrêter sur le bord de la route et refait descendre les femmes. Même procédure, les deux filles se serrent la main, tout le monde remonte dans le camion, attache sa ceinture et on repart. Par la suite le calme revient, on continue la route jusqu’à destination.

L’espace balnéo se trouve au rez-de-chaussée d’un institut. Il est pourvu d'une piscine de 12 mètres sur 6, avec rampe d’accès en pente douce, pour ceux qui marchent ou pour des matériels qui peuvent s'immerger dans l’eau. L’eau est à 35°. Nous y restons une heure, à barboter, se détendre, faire des jeux. D'Jamal-du-chaud-soleil s'hyper-détend. Je confectionne un hamac flottant avec des frites de natation, je l'allonge dessus et le fais naviguer doucement dans l’eau. À force il finit par somnoler. À la fin de la séance, je me fais aider pour sortir d'Jamal de l'eau et l'installer sur un lit douche. Je le rince à l’eau chaude, le sèche, lui mets une protection (il avait un maillot spécial pour se baigner, avec élastique renforcé à la taille et aux hauts de cuisses pour ne rien laisser passer ; je sais que certains agents laissent la protection sous le maillot), je l’habille. Je le porte ensuite avec l’éduc' aidant jusqu’à son fauteuil roulant resté dans le vestiaire. Nous passons dans une partie incurvée remplie d’eau destinée à l’hygiène des pieds. Un vestiaire homme, un vestiaire femme, chacun avec douche et WC adaptés. Retour à l’institution dans le camion. Tout le monde est détendu et reposé. À midi nous mangeons tous ensemble dans une salle, des plats que nous a préparés la cuisine. Ensuite retour dans nos pavillons. L’après-midi d'Jamal sera calme.

Une autre fois que nous nous rendons à la balnéo, ce grand, jeune homme, vigoureux, nerveux résident autiste ne veut pas voulu entrer dans l'eau. Son éducatrice utilise ses techniques de contournement incitatives pour le guider vers l'eau. Lorsqu'il fuit en avant, elle lui barre astucieusement le chemin en se mettant face à lui, sur un côté, ouvrant ainsi l'autre côté où elle veut le mener. Mais cette fois, rien à faire. Et elle a deux autres résidents à s'occuper. Je me propose de tenter d'accompagner le jeune autiste réfractaire dans l'eau. Il est aussi grand que moi. Me jauge sans me regarder. Il ne me sent. Je le sens. Je le colle. L'incite de la voix et physiquement. Il résiste. S'obstine. Ne veut pas. J'abandonne, lançant un air désolé à son éducatrice. Je ne suis pas familier des autistes, de ce garçon, et je ne veux pas créer d'incident ; une chute sur le carrelage mouillé par exemple. Son éducatrice continue de s'occuper de ces deux autres résidents dans l'eau, tout en surveillant le jeune homme qui tourne nerveusement autour de la piscine à grandes enjambées. Elle le rappelle à l'ordre quand il baisse mon maillot et qu'il urine dans des coins. Difficile pour elle sur ce coup ! L'incident sera signalé au personnel d'entretien, et le cas de ce résident sera débattu en équipe, je le saurais plus tard. Parce qu'en ce moment il ne veut pas se prêter aux bains en balnéo, alors il sera fait selon son souhait profond, il ne viendra pas.

| Cette résidente fait une sortie coiffeur et resto avec sa sœur |

En fin de matinée, tous les mois ou presque, nous préparons Suzy-coquette-pipelette à sa sortie en famille. La voilà bien habillée, bien coiffée bien sûr, du parfum, des bijoux, plus un sac dans lequel nous mettons des matériels : assiette verre et couverts ergonomiques, grande serviette de cou ; plus les médicaments. Nous remettons le sac à sa sœur qui vient chercher Suzy pour leur sortie. Et quelle sortie ? Suzy en est heureuse : séance chez le coiffeur, suivie d'un resto à deux ; chez MacDo le plus souvent. Suzy et sa sœur y vont en voiture. Avec la voiture de Suzy. Car Suzy possède une voiture adaptée, financée par ses aides, et dont la sœur a la charge et la conduite. Les festivités durent le temps de la coupe brushing chez le coiffeur, plus celui du repas au resto. La prise en charge n'est pas une mince affaire pour la sœur, petite de taille et pesant dans les trente kilos toute mouillée (j'exagère à peine), mais elle est valeureuse, aimante et de bon service. Suzy revient enchantée ; et quelque peu désenchantée d'avoir à quitter cet univers familial pour revenir à celui du foyer. Je pense pouvoir dire que ces escapades lui font autant de bien qu'elles distillent aussi en elle du malaise. Mais c'est la création de bien qui est à retenir.

| Déjeuner au resto pour ces deux résidents |

Nous prévoyons aussi parfois des temps de sortie resto avec certains résidents aptes à pouvoir se tenir et manger dans des établissements. Ce sont souvent toujours les mêmes, les patrons et les employés ont l'habitude de nous voir, de les voir, et quand nous souhaitons nous rendre dans un nouvel établissement, nous téléphonons et demandons s'il est possible ? Souvent nous y allons à quatre : deux résidents (de pavillons différents) et deux accompagnants. C'est un plaisir pour moi d'emmener Martin-qui-roule-à-l'envers, car question nourriture et dessert il n'a pas la dalle à l'envers. Ça fait plaisir à voir et il faut surveiller les déglutitions, qu'il ne s'étouffe pas, même si ce qui lui est servi est adapté et parfait par nos soins (coupé etc.). Et c'est aussi un plaisir pour moi d'emmener Éliane-qui-se-jette-du-lit, fermée, qui ne semble pas être là, folle de fromage et de frites, et qui... lorsque vous tournez la tête à table, plante sa main difforme dans votre assiette, pique une poignée de frites et se le met tout entière dans la bouche en commençant à mâcher. Obligé d'intervenir avant le bouchon dans la trachée. Sacrée Éliane, ah ah !

④ LES TEMPS DES VOMISSEMENTS PROGRESSENT
– Pour qu’elle perçoive l’inconfort de la situation qu’elle a provoquée.

Nelly-comme-un-volcan et ses vomissements. 'Des séries d'examens médicaux ont déjà été menés. Il en est entrepris une autre série pour chercher et trouver une éventuelle cause structurelle à ces hauts de cœur et ses vomissements... Mais rien de particulier !', avons nous écrit plus haut. Alors les psys et le chef de service s'en mêlent et mettent au point une procédure spéciale. Peut-être, jusque-là, les accompagnants de Nelly étaient-ils dans la bienveillance que toute personne a humainement envers un proche qui vomit !? Dans un certain état d'esprit de style 'Oh le pauvre, la pauvre, il ou elle est malade !'. Désormais, on fait autrement. Nelly recherche principalement le haut de cœur, à table, lors des repas, quand il y a du monde. C'est dérangeant : pour elle, pour nous, pour les autres résidents qui subissent les désagréments visuels et sonores du vomissement. À compter de maintenant, nous suréquipons Nelly en serviettes de tables spéciales nouée autour de son cou. Nous lui mettons une cuvette au pied de son fauteuil roulant. Nous l'installons à table. Et nous lui intimons d'un ton ferme : « Ici, on ne vomit pas, c'est compris ? Si tu veux vomir, tu nous le dis, et on te donnera la cuvette pour vomir, c'est compris ? » Souvent, elle dit oui, ou ne dit rien. C'est pourquoi, personnellement, je lui demande de répéter ce que je viens de dire. Histoire de lui faire fixer les choses en verbalisant les commandements. Elle le fait. Et très souvent, désormais, ça fonctionne. Précision importante pour la compréhension, Nelly ne vomit pas avec tout le monde de la même manière. Elle a ses têtes. Elle amorce des hauts le cœur avec certaines, et elle va jusqu'à vomir un peu ou beaucoup avec d'autres. Les collègues avec lesquelles elle vomit sont surtout de jeunes collègues, encore tendre, ou une ou deux collègues au comportement un peu maternel.

'Attention ! Alerte vomissement !' Quand Nelly se vomit dessus, car le plus souvent, c'est ce qu'elle cherche à faire, nous mettons en place la procédure préconisée par les psys et le cadre socio-éducatif. Nous dégageons Nelly en fauteuil de la table, nous la roulons jusqu'à la salle de bains ou jusque dans sa chambre. Et nous la laissons-là, seule, en l'informant qu'on viendra s'occuper d'elle, la changer, dans un quart d'heure vingt minutes ; l'objectif étant de la laisser seule dans l'inconfort de ce qu'elle vient de produire, pour l'amener à faire différemment à terme. Alors que nous poursuivons le repas, à table avec les autres résidents, nous l'entendons derrière la porte de la salle de bains, ou derrière sa porte de chambre, qui fait dans la surenchère dans les raclements de gorge profonde et les bruits de vomissements. Elle se met dans de sales états. Puis ça se calme. Parfois elle appelle. On ne vient pas. On y va plus tard, en lui disant « qu'on n'a pas quelle, qu'on a d'autres résidents à s'occuper ».

Heureusement pour l'heure, ces séances vomissantes restent épisodiques. La méthode des psys et du chef de service fonctionne plutôt bien. Ils sont bons. Et nous aussi (lol), qui parvenons à cadrer et à apaiser Nelly. C'est bien pour tout le monde. Et surtout pour elle ; quand on sait combien ça brûle de rejeter des choses mal digérées restées sur l'estomac !? Il y a à creuser. À suivre, n'est-ce pas, on est d'accord...

| Puisqu'on évoquait les temps de repas, justement on y arrive |

Au Foyer, Martin-qui-roule-à-l’envers entend le charriot de bouffe qui vient des cuisines. Il s’approche et rit. Il reste dans les jambes de la maitresse de maison tout le temps qu’elle prépare les plateaux (spécifiques) des uns et des autres. Le soir et le weekend, c’est souvent dans nos jambes à nous, les agents, que nous l’avons au motif que c’est nous qui préparons les plateaux (spécifiques). La parenthèse est importante car il faut avoir de la mémoire (et avoir parfois les choses en notes) pour ne pas se planter. C’est très important, il y a des risques ; principalement l'étouffement. Quand Martin n’est pas ici, mais à son poste d’observation du bout du couloir face au parking, nous envoyons Suzy-coquette-pipelette le chercher via son fauteuil roulant électrique. C’est de la petite vitesse, mais en si prenant suffisamment tôt à l’avance, « Ça le fait », comme le dit-elle difficilement. Martin comprend-il qu’on vient le chercher ? Oui, car ça devient une habitude et l’appel du ventre lui envoie des signaux. Oui, car Suzy l’apostrophe de quelques mots. Oui, car nous avons donné à Suzy deux objets qui parlent d’eux-mêmes et qu’elle brandit comme elle peut : son dessous antidérapant d’assiette et une serviette. Autre raison que Martin a de revenir fissa. C’est que souvent, à ce moment de fin matinée, il a une sérieuse envie de pisser ! Alors, il ne revient pas aussi vite que les pilotes de formule 1 dans leurs bolides, mais pas loin... Faut le faire pisser rapide quand il arrive. Ensuite il s’adonne à cette activité favorite énoncée plus haut, quand il se trouve à être là quand les charriots arrivent : regarder, humer, saliver... Anecdote, il arrive que les agents des cuisines roulant les charriots laissent Martin s’y accrocher, et le convoi arrive délicatement jusqu’au pavillon.

On a en parlé, d'Jamal-du-chaud-soleil rôde aussi sévèrement près de la petite cuisine de préparation des plats. Peu de place pour s’y tourner et difficulté des agents de venir y chercher quelque chose quand la maitresse de maison prépare les plats. Alors quand d'Jamal s'entête à vouloir se faire entrer en fauteuil, alors il y a gène et risque ; pour lui, pour nous, de créer des incidents et de se prendre des trucs sur soi, d'Jamal étant en position basse. Il avance par coups nerveux et saccadés des mains sur ses roues et se fiche dans la cuisine. À en parler avec sa sœur qui vient le voir périodiquement, elle dit : « C’est vrai qu’il se fichait toujours dans les jambes de papa quand il préparait le couscous ». Mais aujourd’hui papa est au paradis, d'Jamal ici, et si parfois perso je le laisse me gêner dans mes jambes quand je prépare les plateaux, la consigne et quand même de le repousser dehors et de le maintenir à distance de la cuisine. Il est interdit de bloquer les roues d’un résident (c’est aller contre sa liberté de mouvement) mais il peut arriver que nous le fassions sur une très courte durée pour raison de service. Si nous le faisons parfois avec d'Jamal , on s’arrange pour le faire en le positionnant de telle façon qu’il puisse nous voir et apprécier les opérations de préparation de plateaux.

Tiens ! Une nana qui s’approche et qui s’intéresse, elle aussi à la préparation du repas. C’est Suzy-coquette-pipelette. Elle, elle vient pour une autre raison. Ce temps de préparation lui rappelle certainement ces moments où le monde se réunit, va passer à table, et préalablement boit l'apéritif. Alors quand elle apprécie les agents en poste, il lui arrive de lancer de sa diction mal compréhensible, mais on a l’habitude : « On prend l’apéro ? ». « C’est d’accord Suzy, tu veux boire quoi ? » « Un verre de coca. » Il y en a pour les résidents, juste pour eux, pas pour nous, car ça coûte cher, et on se fait engueuler si la direction passe et qu’on sirote du coca. Alors on se fait inviter. « Tu me payes un coup de coca, Suzy ? » « Oui d’accord. » Et on trinque et on boit… en toute impunité, c’est Suzy qui régale.

Les plateaux-repas finissent de se préparer. Il nous faut approcher des tables les chaises roulantes de chacune chacun aptes à manger. Tous sont là... Ah non, sauf Francis-le-voyageur-des-couloirs qui est vadrouille. Les couloirs sont longs. Quand on est mort de tous les efforts fournis depuis l’aurore, que c’est le coup de feu pour le repas, qu’ils ne vont pas prendre mais qu’on va leur donner cuillère à la main, et qu’il faut aller courir Francis, on espère le trouver et le ramener rapide. Par chance (oui et non, car il faudra lui remettre), il perd souvent une chaussure et ça donne une indication. Autrement, on demande : « Vous n’avez pas vu Francis ? » « Si, on l’a vu là ! » et puis « là ! » et aussi « On la vu entrer dans ce pavillon ! » « Etoooh Francis, T’es où ??? » Quand il me voit, je dois avoir une tronche à le faire rire, il fait « Ouaaoooiiiééhh » en levant les bras et en balançant un de ces plus beaux sourires édentés qu’il m’ait été donné de voir. Ça fait plaisir. Je saisis les poignées arrière de son fauteuil que je pousse, et il se laisse ramener jusqu’au pavillon, où ça sourit quand on arrive : Suzy-coquette-pipelette, Martin-qui-roule-à-l'envers, Charly-le-clown...

Le repas va pouvoir commencer. Nous sommes trois agents pour faire manger ceux qui mangent. Je rappelle que certaines certains ne se nourrissent par les voies naturelles mais sont alimentés par sonde connectée à l’œsophage. Parmi ceux qui mangent, il y a Suzy-coquette-pipelette qui s'y prend à peu près bien et à peu près seule, avec des couverts adaptés et de la nourriture adaptée. Mais il faut surveiller car il y a toujours quelque chose qui tombe : de la nourriture, ses couverts, renversement du verre adapté, etc. Martin-qui-roule-à-l'envers mange aussi à peu près tout seul, tout en en mettant partout, y compris sur lui, comme Suzy, et même pire. Il y aussi Éliane-qui-se-jette-du-lit qui mange à peu près seule. Sauf qu’il faut avoir l’œil du fait de son côté sauvage et imprévisible. Sauf qu’à force on le sait et on intervient. Son grand truc, c’est de se remplir la bouche de morceaux de fromage (qu'on lui sert volontiers car elle adore), et ça peut être dangereux. Ensuite, elle prend son verre plastique de sa main hypertremblante, elle boit, sa serviette aussi. Et une fois rassasiée, elle balance le verre encore à moitié rempli et cherche à se barrer. Et aussi.... D'être sans soif et de voir son verre plein lui font provoquer un geste de fauchage de la main ; le verre vole et elle cherche à se barrer. On lui met donc les freins à table (pour le confort du fauteuil immobile le temps du repas et pour juguler son impulsion de fuite), et on met des procédures en place pour qu’elle finisse par intégrer qu’il ne lui faut pas jeter le verre. On lui met un verre plus lourd. On lui pose le verre sur un antidérapant. On la surveille et la prévient de la voix. On la sort de table et on immobilise son fauteuil à l'écart quand elle renverse ou jette le verre. On la remet ensuite à la table pour la suite du repas. Etc.

La prise des repas, on a parlé. Les ingrédients du repas de midi sont bien sûr différents de ceux du petit-déjeuner, mais la manière pour nous, les agents, de les alimenter, à la cuillère adaptée reste la même. C’est difficile. Il faut être délicat. Ferme. Fermement délicat. Patient. On se souvient que certains ne supportent pas qu’on approche un objet de leur visage ; c’est pour eux de l'intrusion. On se prend des régurgitations. Des toussotements. Des expectorations violentes. De sécrétions, etc. Des vomissements mous ou drus. Faut rester bien camper sur son tabouret, face ou légèrement de côté du résident, et s’entretenir préalablement chez soi à se faire des mouvements d’assouplissement et de rotation du tronc et des épaules, de la tête aussi, pour se trouver fin prêt affuté lorsque l'expulsion va venir vous viser pleine face. Pour se tenir prêt à cet instant qu’il faut savoir repérer... Ça y est : OLLLÉÉÉ !!! Mouvement de rotation appuyé : des fesses, du tronc, des épaules, de la tête, à donf ! Vous voilà sauvé. C’est la collègue se trouvant de dos derrière vous à alimenter un autre résident qui se prend tout sur le dos de sa blouse !

Des anecdotes de prise de repas, il y en a beaucoup. Des gentilles, des pas gentilles, des qui peuvent conduire à la mort. Elles alimentent le quotidien. Leurs actions nous attendrissent. Nous font rire. Nous menacent. Nous font peur.

Martin-qui-roule-à-l’envers est à table prêt à manger. Je m’éternise à parler avec Suzy-coquette-pipelette. Alors Martin a ce geste à plusieurs sens : il me prend lentement la main et m’invite à prendre place à côté de lui pour déjeuner... « Message reçu Martin, bien joué ! ». Le même Martin, près de qui je suis, debout cette fois, et vers lequel je me penche pour lui essuyer la bouche... Il tend sa main, lentement mais sûrement, et me pique mon stylo mis dans ma poche haute de blouse. Il rit et se montre content de son coup. Carmen-qui-dort-et-qui-vocalise qu’on nourrit à la petite cuillère, assise dans son fauteuil, a la lenteur d’un paresseux, pour tout, et donc pour manger. Il nous en faut du temps et de la patience pour l’alimenter. Entre une demi-heure et trois quarts d’heure pour la prise du repas. Je calcule qu’il lui faut trente secondes pour avaler une cuillérée de nourriture molle, type bouillie ou yaourt. Avant cela, il faut attendre qu’elle ouvre la bouche. Une fois dedans, elle considère, on voit ses roulements d’yeux traduisant la réflexion. Ensuite mastication. Et enfin déglutition. Pour la prochaine bouchée, patience jusqu’à ce qu’elle ouvre la bouche. Pour l’inciter, titillement des lèvres avec le bord de la cuillère. Pas de forçage sur les dents, on a déjà parlé ! Pourquoi Carmen agit-elle comme cela, quelle est l’origine de cette lenteur ? Le médecin spécialiste qui la suit explique que son système nerveux commande mal sa déglutition, ce qui signifie en clair 'qu’elle ne sait pas quoi faire de ce qu’on lui met dans la bouche' ! Dont acte…

Éliane-qui-se-jette-du-lit, elle, lorsqu'elle a faim et qu’elle tombe sur quelque chose qui lui plait, n’y va pas par quatre chemins. Ce jour, il y a du poulet à table… que les agents prennent en charge pour le couper en petits morceaux, uniquement pour certains résidents pour qui c’est permis. Le dos tourné une fraction seconde, Éliane arrive à toute vitesse sur son fauteuil, chope une carcasse de cuisse et sous-cuisse de poulet et commence à la croquer. Fissa ! On lui retire, non sans mal, avant qu’elle ne commence à s’étouffer.

Francis-le-voyageur-des-couloirs mange en mixé et fait quelques fausses routes. Il part en quintes de toux ; sévères parfois. Il refuse aussi parfois de manger. Lorsqu'on voit combien il est maigre, on mesure à quel point il lui faut manger. Une de mes jeunes collègues dit que pour le faire manger, elle lui fait des grimaces et le fait rire. Je lui dis que si Francis fait une fausse route fatale en mangeant rigolant, on pourra dire qu’il est mort de rire, hi hi ! Pour l’heure ça coule…

Avec Benjamin-prisonnier-de-son-corps, c’est une autre histoire, beaucoup plus difficile et délicate. Ça commence par les médicaments. Lui faire avaler un médicament, c’est la galère. Il y a des cachets adaptés à son cas qu’on ne peut pas sectionner. Il faut donc lui déposer avec une petite cuillère au long manche sur l’extrême fond la langue et exercer une légère pression du bout de la cuillère ce qui provoque un réflexe de déglutition. Possible aussi d’exercer une petite pression des doigts sur son cou près de la gorge pour favoriser l’avalage. Et souvent, il y a des larmes aux yeux. Pour les médicaments en poudre, il faut les diluer avec un produit gélifié. Mais attention, là encore c’est compliqué. Si on ne gélifie pas assez, ça file trop vite dans la gorge et il tousse. Si on gélifie trop, ça lui colle dans la gorge et il tousse. Pour son alimentation, même galère. Il hésite à avaler. Il finit par avaler ou pas. Il avale. La moitié du temps ça se passe à peu près correctement. L'’autre moitié du temps il tousse. Et assez souvent ça part en live. Il produit énormément de salive. Des paquets de salive grasse qui s’accumule dans sa bouche et qui se mêle au reste. Combien de fois sommes-nous contraints de lui enlever ses bouchons de salive avec les doigts. On le fait aussi avec un appareil, un aspirateur buccal. Mais l’urgence commande souvent dans ces cas, et ce sont nos doigts que nous avons tout de suite sous la main (gantés bien sûr)…

Et pendant ce temps, un/e résident/e, assis dans son fauteuil, à l’écart de la table, de ces résident/es qui se trouvent nourris par gastrostomie, part dans une crise normale et ou sévère d’épilepsie. Crise normale, on s’approche, on tapote, on fait réagir et ça revient. Crise sévère, on perçoit rapidement qu’on n’arrivera à rien. On passe un appel d’urgence à l’infirmerie se trouvant non loin. On fait rouler le fauteuil de la personne en crise jusqu’à sa chambre. Si le résident est manipulable à la main, on l’extrait de son fauteuil et on l’installe dans le lit. S’il ne l’est pas, on le prend en charge avec des sangles et le lève-personne pour l’installer dans le lit. L’infirmière fait une injection et surveille ; il nous est demandé aussi de surveiller. En général le résident est KO pour un moment…

Et pendant ce temps-là, nous ne sommes toujours que trois pour poursuivre les tâches de prises de repas. Tout en mangeant nous-mêmes. C’est chaud. Et souvent, l’habitude aidant, ça se passe bien.

Une question que je me pose ?…. Qu’ont-ils en tête ces quelques résidents, nourris par gastrostomie, assis sur leur fauteuil à quelques mètres de la table de repas où les autres mangent de la vraie nourriture, alors que pas eux ? Certes, leur système de pensée tout comme leur système de fonctionnement est déficient. Mais quand même ! Pas besoin de réfléchir ou de savoir réfléchir pour avoir faim ! À vrai dire, ils ne doivent normalement pas avoir faim… puisqu’ils ont été alimentés par sonde. Alors plus faim, plus envie ? Mais il y a quand même la vue de ces mets que pour certains ils ont mangés quand ils n’étaient pas diminués à ce point. Encore que, pour beaucoup, ils sont diminués à ce point depuis le début ; avec le processus de vieillissement et de dégradation en plus. Pour un des résidents notamment, Charly-le-clown, il a mangé presque normalement avant, et maintenant plus du tout par aliments solides. Charly est expressif, par son visage, ses gestes, les onomatopées qu’il lance, et je me prends à l’observer pendant qu’on mange. Il est attentif à ce qu’on fait, en silence, un petit sourire sur les lèvres. Je ne discerne pas d’expression négative dans ses yeux et sur son visage. Je ne discerne pas d’expression envieuse. Il est serein. Il est là à nous regarder, et ça lui va. Quand il voit qu’on le regarde avec insistance, il fait comme à son habitude, il fait le clown. Il y a des collègues qui ont acheté des trucs magiques pour Charly. Parfois à table, on l’interpelle et en lui montrant on lui dit : « T’en veux ? ». Il fait « Hein ! » grand sourire aux lèvres, sans dents, juste les gencives. Alors, on se lève, on s’approche, il ouvre la bouche… et on lui vaporise sur la langue un ou deux ou trois pschits de spray de ces produits aux délicieux goûts de bonbons. Grand bonheur de Charly qui parfois grimace quand c’est trop acidulé et qui manifeste son pseudo-mécontentement. On lui demande : « Alors tu aimes ? » et souvent sa réponse est un geste de la main très incertain, un semblant de pouce en l’air voulant signifier 'J’aime' à la sauce Facebook. On le lui a appris, il retient et il tente de faire. Il sait que ça nous fait rire, et il est toujours prêt à tout pour la rigolade. Charly, on t’aime.

| Les couchers, l’heure de la sieste |

Pour la plupart, ils sont debout (si je puis dire) depuis de très bonne heure. La fatigue (naturelle, plus celle produite par leurs pathologies), le poids de la digestion, le besoin de se détendre les muscles compressés depuis dans leurs chaises roulantes depuis ce matin, font qu’ils ont grand besoin et qu’ils apprécient ce temps de sieste. On va donc les installer en position détente.

Je fais un aparté pour bien vous faire percevoir les choses. Être longtemps assis. Lors d’un temps de vacances, je fais pas mal de route pour me rendre dans une région lointaine. Je conduis longtemps et fait exprès de ne pas m’arrêter au bout de quelque temps de conduite, de sorte à me retrouver dans la même situation que celle de nos résidents assis longtemps en fauteuil. Moi je suis assis sur le fauteuil conducteur de ma voiture, et à la fin… J’ai les fesses aplaties de chez aplati, rouges ou blanches je ne sais pas, je ne regarde pas, mais en tout cas hyperdouloureuses. J’ai les muscles de contact des cuisses avec le siège complètement durs, vrillés et en crampes. Les mollets anesthésiés. Les coups de pied et les pieds en vrac. Plus haut, j’ai le dos en compote…

Voilà pourquoi ces 'siestes de confort', comme les qualifie une collègue, sont nécessaires.

Mais avant, une séance de gym et muscu supplémentaire s’impose à nous qui en ont déjà plein le dos… Les résidents sont emmenés un à un dans la salle de bains, levés de leur fauteuil, à la main ou via le lève-personne, sont déposés sur les lits douche, sont déculottés, démunis de leur protection (couche), nettoyés séchés, munis d’une nouvelle protection, rhabillés, et emmenés dans leurs chambres via le lève-personne, ou via leurs fauteuils sur lesquels on vient de les réinstaller. Arrivés sur place, nouvelle manipulation pour les mettre au lit. Épuisant !!!

Selon les situations et les saisons il y a des résidents qui ne sont pas mis au lit et que l'on fait se reposer et se détendre d’autres manières…

d'Jamal-du-chaud-soleil, à certains moments, pas tout le temps, mais en ce moment, fait de la résistance pour aller à la sieste : énervement, semblant de pleurs sans larmes, on n’identifie pas vraiment, il s’accroche à son fauteuil et à tout ce qu’il peut pour ne pas être transféré dans le lit,... Que veut-il nous signifier exactement ? On met du temps à comprendre. Et on finit par en tirer des conclusions. Discussion en équipe. Avec le cadre. Avec les psychologues. La psychiatre sans doute en est-elle informée. Toujours est-il qu’étant donné la prédilection de d'Jamal pour le soleil (« Ce n’est pas un Arabe pour rien » dixit sa sœur), il est décidé l’été de lui installer une petite tente dehors, avec un matelas à l'intérieur, et on l’y allonge. d'Jamal devient le plus heureux des 'Arabes' et se calme, se repose et apprécie.

De fait, ça donne des idées à Martin-qui-roule-à-l’envers. Il se trouve Interpelé, regarde d'Jamal et la tente, les montre du doigt et nous fait des appels aux phares d’envie avec ses yeux. Rediscussion collective, et il est décidé de l’installer dehors l’été sur un transat capitonné. Martin est heureux, mais quelle galère pour l’installer, car si d'Jamal est un petit bonhomme léger, Martin lui est plus âgé, plus lourd, et de corps distordu.

Pour distraire occuper et faire se reposer Jean-Yves-doudou-rocking-chair-5-octaves, on l’installe à terre sur un matelas mousse, dans la salle de vie, près d’un mur le long duquel nous plaquons une plaque de bois équipée de mobiles. Jean-Yves se positionne comme il peut sur un bras et tire pousse brasse les mobiles en émettant des sons de contentement. Quand il en a marre, il s’étend et rêvasse.

On installe également Francis-le-voyageur-des-couloirs sur un matelas de mousse dans la salle de vie. Lui, c’est parce qu’il est curieux. On a remarqué que lorsqu’il était dans son lit en sieste, il avait toujours le cou tendu pour voir ce qui se passait dans la salle de vie. Alors l’idée est venue de l’installer directement au cœur de l’action. Parfois il bavasse et lève les bras quand il aperçoit quelque chose ou quelqu’un qui l’interpelle.

Tout ceci c’est souvent l’été ou quand il fait bon. En d’autres saisons et d’autres temps, les résidents sont installés au lit. Certains dorment tout de suite, d’autres somnolent, d’autres s’occupent. À chacun son occupation dans le lit…

Martin-qui-roule-à-l’envers, ne va jamais à la sieste au lit, sans nous 'commander' par mimiques et signes d’allumer sa télé accrochée au mur face à lui. Comme pratiquement tous les autres, il a une télé et ou un radiocassette dans sa chambre ; c’est selon qui est en capacité de voir, de s’intéresser, et ou juste d’entendre. Martin nous fait signe de sélectionner les programmes. Il a une zapette avec des gros boutons, mais il y parvient mal. Alors il demande. On sait ce qu’il veut, je sais ce qu’il veut. Martin est accro aux feuilletons sentimentaux. Il suit cela de très près, et a les yeux scotchés à l’écran quand il y a des scènes d’amour : des prises dans les bras, des baisers, et parfois plus, ça arrive à la télé, l’après-midi. L’actrice fétiche de Martin, celle qui le rend dingue, c’est Ingrid Chauvin. « Ingrid si tu nous lis !? Sache que Martin est en amour ! ». Sans que ce que je vais écrire soit en lien direct avec ce que je viens de dire, quand on vient jeter un œil dans la chambre des uns et autres pour vérifier que tout se passe bien pour eux à la sieste, il arrive de voir Martin endormi, ou somnolent comme ci comme ça, le drap rejeté sur ses cuisses et à faire joujou gentiment avec son zizi mou. « Oui, très bien, tu fais ce que tu veux de ton corps quand tu es dans ta chambre, mon garçon ! » On passe notre chemin, on reviendra tout à l’heure pour le lever.

Un autre qui fait cela aussi quand on lui retire sa protection. C’est Francis-le-voyageur-des couloirs. Lui, il se tire dessus comme un malade. Au point que ça inquiète quelques jeunes collègues. « Faut pas, les filles, s’il fait ça, c’est que ça lui fait pas mal ! » « Et que c’est sans doute sa façon de se toucher ! »

Il arrive aussi parfois à d'Jamal-du-chaud-soleil de se passer la main dans la protection. On a l’habitude de cela et de laisser faire, en chambre, ç’a été précisé. Mais cela peut surprendre les nouveaux agents et professionnels recrutés. Un jour que je mets d'Jamal au lit pour que le nouveau jeune kiné espagnol vienne faire un acte musculaire chez le résident, d'Jamal se met la main dans la protection. Je vois alors le kiné faisant pratiquement un pas en arrière, revenant en avant et lui enlevant immédiatement la main de la protection. Surpris et choqué, le kiné ! Il est jeune et débutant. Il apprendra…

Puis que nous en sommes aux autocaresses, sans développer, voici quelques autres comportements féminins ceux-là. La petite Marylise-aux-os-de-verre positionne souvent tant bien que mal ses mains et ses doigts sur la toison de son pubis et sur le haut de son sexe, sans pouvoir aller plus loin. Il y a ici de l’innocence, le naturel de parcourir cette partie de son corps, et ça ne va pas plus loin…

Mais ça peut aller plus, loin, quand le handicap mental est moindre et que l’on a une conscience, une certaine conscience de ce qui est bien ou mal, de ce qui peut être bien ou mal. Et cela peut conduire à une peur et une souffrance. Je remarque qu’une des filles 'évoluées' du groupe, je ne dis pas le nom, vous entreverrez qui, a du noir sous les ongles parfois le matin au moment de la douche. Anormal, elle ne touche à rien de spécial ! Interrogation. Ça perdure de loin en loin. Je remarque aussi que le haut de sa protection au niveau de son ventre est distendu. Les jours passant et la réflexion évoluant, j’entrevois de quoi il est question. J’évoque le sujet avec l’intéressée, avec extrême précaution, en banalisant la chose, en l’identifiant auprès d’elle comme normale, et après avoir rougi comme une pivoine, s’être mis en souffrance, elle me dit que « Oui ! ». Masturbation nocturne. Je lui dis qu’elle peut parler avec la psychologue si elle veut. Elle ne répond pas. La psychologue lui en parlera donc, au détour d’un rendez-vous pour autre chose. Discussion en équipe, avec le cadre… C’est d’autant plus important, qu’à l’acte lui-même s’en adjoint un autre, grave pour la santé mentale. Tellement peur d’être découverte, qu’après avoir glissé sa main et ses doigts dans sa protection, dans laquelle se logent souvent des selles qui remontent vers le pubis du fait d’être couchée sur le dos, elle ressort ses doigts maculés de sa protection, et se les nettoie par insertion de ses doigts dans la bouche !!! Après considération, une solution est trouvée. Il est accroché une petite serviette à une barrière de son lit. Elle a compris, soulagée, elle s’en sert.

Pour en finir avec le sexe, cette anecdote, risible celle-là puisqu’elle met en cause une ou deux de mes jeunes collègues. Un certain jeune résident 'coincé'  de partout dans son corps, dormant sur le dos, les deux bras en position d’équerre sans qu’il ne puisse vraiment les déplier et les poser, est pris en charge par les uns ou les autres. Comme aux autres, on lui change régulièrement sa protection. Apparait alors son petit kiki très fin et au prépuce très tendu. Décallotage avec précaution pour nettoiement. La jeune collègue se retourne pour mettre et prendre des trucs sur le charriot de soin, revient au résident… Et là c’est le drame !!! Elle sort de la chambre, en ayant pris soin de remettre la barrière de protection, vient trouver son autre jeune collègue de service, et amie dans la vie. Elles entrent dans la chambre et ressortent aussi sec. Et prennent le téléphone pour faire venir d’urgence l’infirmière. « Que se passe-t-il ? » m’enquiers-je ? Il fait un œdème. Je vais voir. Effectivement ! L’infirmière arrive. Et ressort en riant. De même que moi… C’est une belle érection, une formidable érection, du style 'Badibalo dans son berceau' ! « Bravo mon garçon ! » Les deux jeunes collègues ne peuvent s’empêcher de rire et ne savent plus où se mettre. « C’est pas grave les filles, vous en verrez d’autres ! ». Elles ne prennent pas la mouche…

À ce sujet, nous avons des grille-mouches dans la salle de vie, et il nous arrive de mettre des collants de glue-mouches dans les chambres à certaines saisons. Les mouches dont Suzy-coquette-pipelette dit : « Elles m’énervent les mouches, c’est pas malin, c’est pas intelligent, c’est pas mes copines. » Je les chasse avec une serviette et souvent j’en descends pas mal. Je suis pour la vie animale, (comme dit le Dalaï-Lama « Je laisse le moustique me piquer une fois mais pas deux », et moi aussi je ne tue pas les animaux, les insectes, souvent je les déplace. Mais là, obligé, car c’est une souffrance pour ces résidents n’ayant la maitrise de leurs mains et que se font torturer parfois par des pattes chatouillantes de mouches sur leurs visages. Pour bien prendre la mesure du supplice, je vous encourage à faire cette expérience que moi-même j’ai faite… En me mettant au lit, un soir chez moi, sans préméditation je m’allonge sur le dos et d’un coup je ressens un chatouillis sur le lobe de l’oreille. Je m’identifie alors en tant que résident paralysé ou semi-paralysé des membres supérieurs. Je décide de ne pas me gratter pour voir ce qu’on peut ressentir dans de tels instants. Je laisse faire et voici ensuite les notes que j’ai écrites…

'Le lobe de l’oreille me chatouille, je reste les bras le long du corps, et ce chatouillis me démange et me crispe, et plus c’est le cas et plus je le ressens me démanger. La nervosité procurée par l’éruption de ce chatouillis, sans doute, un deuxième chatouillis émerge un peu en dessous du lobe de l’oreille, à proximité sur le cou. Double chatouillis, et énervement croissant. Puis il m’en apparaît un autre sur la pommette de la joue. C’est peut-être une bonne chose car mon attention ne sachant plus où se porter exactement, je finis par lâcher prise et à force les chatouillis se délitent et disparaissent. N’empêche que ça m’a bien parasité la vie pendant un bon quart d’heure'…

Quand Benjamin-prisonnier-de-son-corps se met à trembler, sans qu’on ne sache pourquoi, ça peut être pour ça, ou un vent qu’il ne peut dégager, ou une douleur passagère anodine. Finalement, il est très enrichissant de se mettre en position d'appréhender quelle ampleur peut prendre un truc anodin sur un résident ne pouvant interagir. Ça fait avancer le schmilblick !

| « Bonjour tout le monde ! Comment ça va ? » |

La nouvelle équipe vient d'arriver. Les ultimes tâches de service du matin se terminent. Le calme s’immisce, s’affirme et vient nous amollir. Il n’a pas de mal à y parvenir. On se prépare aux Transmissions. De la chambre de Nelly-comme-un-volcan, on entend le fond musical du CD que nous lui avons mis. C’est apaisant. Pour elle et pour nous. Nous l’avons installée dans son fauteuil relax face à son lit. Bien calée avec des oreillers, les jambes allongées, les chaussures enlevées, avec une couverture sur les genoux parce qu’elle a facilement froid et qu’elle le dit. Nous lui avons allumé son radiocassette avec les chansons qu’elle aime, qu’on tend sur radio Nostalgie. De part et d’autre de son fauteuil relax, nous avons mis des tapis de sol par terre, pour le cas où il prendrait l’envie à la demoiselle de difficilement se lever et de se fiche par terre. C’est arrivé une fois. On l’a retrouvée assez bien assise et en position en avant, prêt à tomber. Elle voulait soi-disant se lever pour faire on ne sait quoi !? « Tu appelles si t’as besoin » lui a-t-on dit. Et on a mis des tapis par terre. Pas question de la contraindre avec des sangles ou autres processus d’attachements. Pour les décisions de 'contention' il faut une gravité, une urgence, et c’est prescrit sur avis médical par le médecin et ou le psy. À ce jour, Nelly n’a jamais retenté de se lever d’elle-même, et c’est tant mieux. Elle rêvasse à on ne sait à qui ou on ne sait quoi sur de belles mélodies… « À quoi tu penses ? » lui demande-t-on parfois. « À toi » se plaît-elle parfois de dire. « Trop aimable, Nelly, merci ». Poursuivons par…

| Les transmissions |

L’équipe du matin se pose, épuisée. Celle de l’après-midi s’assied de même, avant sa demi-journée à venir jusqu’à 21h. Ce sera physique mais moins harassant, les douches et toilettes énergivores se faisant le matin. Pour la poursuite de la journée par les collègues, nous faisons le point détaillé des faits et informations qu’elles doivent connaitre. Parfois le cadre socio-éducatif passe donner des directives, régler des problèmes. Et parfois la psy participe, à notre demande ou à son initiative pour traiter de tels ou tels sujets concernant des résidents et ou également pour nous entretenir de nous. Nous avons aussi des réunions avec des professionnels intervenants extérieurs et des psychologues. C’est très explicatif, nous fait prendre conscience de…, nous fait parfois déculpabiliser, nous ramène à ce que nous sommes, des humains, et non des surhumains… Et ça fait du bien.

De la bouche de la psy qui nous visite, ou de ceux et celles qui animent nos réunions périodiques, j’entends par exemple que nous faisons un travail mortifère, difficile ! À y réfléchir, c’est vrai que nous sommes en assistance permanente de personnes touchées dans leurs esprits et dans leurs corps, en progression rapide vers la mort. Du fait de leur pathologie, ces personnes ont une vie plus courte.

Le manque de compréhension suffisante d’un phénomène, l’état de fatigue, l’énervement, peuvent facilement conduire à du négatif si l’on s’obstine à vouloir régler coûte que coûte un problème qui nous échappe. Un surcroit de réflexion et de l’humilité est alors nécessaire pour décrocher (sans culpabiliser) et demander à la collègue de prendre le relai. Une résidente disjoncte complètement et pousse à bout la collègue qui s’occupe d’elle. La tension monte. La collègue va exploser !? La réaction normale d’un humain normal pourrait être la colère, les mots, les menaces, ce genre de pensée : « Elle commence à m’emmerder celle-là ! ». Humain, n’est ce pas !? Le métier et la maitrise de soi veulent que le professionnel soit assez fort pour se dire : « Quand je n’y arrive pas, qu’il n’y a pas de solution pour moi, je décroche, je transmets, c’est de pas de la faute de la résidente si sa pathologie l’amène à cet excès ! » Ceci dit, il y a toujours des solutions. Et dans ce cas présent, c’est le collègue témoin qui va la trouver et l’appliquer. Pour ce qui me concerne, un matin que j’étais fatigué, et encore plus est en milieu de matinée alors qu’on terminait les toilettes, une collègue m’apostrophe alors que je transportais un résident via un lève-personne et que sans que cela ne soit pas vraiment dangereux pour le résident, une attache des sangles n’avait pas été faite règlementairement. On me le signale, je le découvre, je ne m’en suis même pas rendu compte. Je suis en coup de chaud. Je demande à ma collègue de prendre le relai et je vais marcher et m’oxygéner un quart d’heure dehors. En revenant, elle me demande si je vais bien. Je dis que oui, que j’avais besoin de ce temps de respiration pour me refaire.

Travail mortifère dit la psy !? Oui, certainement. Des difficultés, une difficulté, se percevant dans les moments de fatigue, de façon consciente et ou inconsciente. Et ayant une incidence sur nous-mêmes de façon beaucoup plus importante que nous le pensons. Témoin, cette collègue qui nous fait part de son rêve de cette nuit. Rêve !? Cauchemar ? Elle se voit en situation et en charge chez elle de tous les résidents du pavillon. Et ne sait pas comment faire pour s’en occuper. D’autant qu’elle a une maison à étages !!!

Un jour de formation, une psy nous fait faire un jeu de rôle pour notre prise de conscience vu de l’intérieur (acteurs) et extérieur (spectateur) de la particularité et de la difficulté de notre travail. Nous sommes avec les collègues du pavillon des autistes. Cette séance m’a bien fait rire et m’a marqué. Une des collègues doit jouer son propre rôle de professionnelle en train de délivrer des informations à ses autres collègues lors d’une séance de transmission. Trois de ses collègues sont désignées par la psy pour jouer le rôle de résidents autistes (turbulents). La psy les fait sortir de la pièce. Ils rentreront en cours de l’intervention. Et c’est parti… La collègue dit tranquillement ses transmissions… Entre une première pseudo-autiste qui fonce sur elle et lui demande « À boire, à boire, à boire »… La collègue en transmission gère l’intrusion comme elle sait le faire, sans pour autant perdre le fils de ses transmissions. Sortie de la soiffarde. Et entrée de deux autres pseudo-autistes qui se chamaillent sévère… La collègue en transmission gère l’intrusion comme elle sait le faire, sans pour autant perdre le fils de ses transmissions. Sortie des bagarreuses. Et entrée tonitruante de cet autre très nerveux pseudo-autiste mimant, pantalon baissé, une très sévère masturbation. La collègue en transmission gère l’intrusion comme elle sait le faire, sans pour autant perdre le fils de ses transmissions !!! Voilà donc quel peut-être et quel est le quotidien de certains agents, et si t’es pas fort et un minimum zen, c’est tout simplement pas possible. Bravo à cette séance qui dédramatise et qui fait donc prendre conscience.

Lors de nos transmissions, il est à remarquer que nous en venons à parler très librement des parties du corps et de leurs fonctions. Comme on n’oserait pas le faire dans la vie. C’est notre métier, penserez-vous ? Oui mais quand même ! Le pénis, le gland, les bourses, la vulve, les règles, les urines, les selles… On explique, explicite tout, dans les moindres détails. Combien a-t-il ou a-t-elle pissé ? L’état des selles : quantité, dures, molles, liquides… Un de nos résidents a un double sexe, kiki et début de fente. Une de nos jeunes collègues nous confie qu’elle se renseignait sur Internet, en lisant et en visualisant des photos…, quand son copain est entré… et qu’il l'a crue en train de regarder du cul. Bon, d’accord, rien de grave, c’est plutôt marrant, mais c’est pour dire !

Lors de ces transmissions, moi, homme, déjà vieux, en apprend encore sur le sexe féminin. Et moi, homme, d’expérience, en apprends à mes collègues femmes, jeunes et même moins jeunes, sur le bon geste à effectuer pour mettre une capote. Non pas que nous mettions des préservatifs à nos résidents homme, mais il arrive qu’à un ou deux, nous soyons contraints parfois de leur enfiler un Pénilex, pendant quelques jours, du fait que le surcroit d’urine dans leur protection leur a attaqué la peau, sans que les pommades ne soient assez puissantes pour assainir l'irritation. Alors, on leur enfile un Pénilex sur le sexe, qui ressemble à un préservatif avec un tuyau conduisant à une poche d’urine que l’on attache à la jambe si le résident est en fauteuil, ou à un endroit plus bas que la jambe s’il est au lit ; ou à une barrière du lit, la poche pendante. Eh bien, enfiler un préservatif sur un sexe au repos, ce n'est déjà pas facile pour un homme pratiquant, et assurément l'est-ce moins pour la femme que l'on pense moins exercée. Le fait que ça soit mou rend la chose dure, ce n'est pas pour autant qu'il faut laisser tomber. Il faut reprendre les choses en main, et enfiler dérouler le Pénilex, du bout jusqu’à la garde. Un truc (je suis droitier) ! De la main droite, accoler le bout du Pénilex non déplié, au bout du sexe tenu par la main gauche. Du bout des doigts droits, pincer ensemble le bout du Pénilex et le prépuce en dessous. (« Ça fait pas mal ? » m'est-il demandé. « Si tu pinces pas comme une malade, non ! »). Puis tirer sur le zizi pour qu’il s’étende (« Ça fait pas mal ? » m'est-il redemandé. « Si tu tires pas comme une malade, non ! »). Enfin, dérouler le Pénilex sur le sexe bien étiré, en faisant attention de ne pas pincer les poils à la garde, parce que, là, ça fait mal. Et c’est bon !... On viendra relever plus tard.

Lors de nos transmissions, il est aussi noté des informations, des observations devant servir à étayer le dossier des personnes en charge. Chaque résident a un agent de l’équipe, qui le suit et qui tient à jour son dossier avec de principales et menues informations devant contribuer au bien-être. 'Comment il doit être installé au lit', 'à table', 'ce qu’il faut faire', 'ce vers quoi il faut tendre', etc. ; la liste est longue. Dans notre institution, ces agents responsables sont des 'référents' et les dossiers de vie des résidents sont nommés 'P.P.', 'Projets Personnalisés'. Tous les ans, le référent d’Untel ou d’Unetelle présente son P.P. à ses autres collègues, puis au cadre socio-éducatif, et ensuite à la direction, infirmières, et psys. Il peut être discuté. Et enfin validé pour un an. Ce sera le 'code de la route' fixant les règles.

| Les levers |

Fin de la sieste de confort, une heure environ, pour se reposer les muscles et l’esprit...

Dans cette seconde partie de journée, où forcément je n’ai pas travaillé ce matin, puisque je suis là en après-midi, avec mes collègues frais et dispos comme moi, nous nous mettons en quête de lever les résidents en sieste. Il y en a que nous réveillons, d’autres que nous tirons de leurs rêvasseries, d’autres que nous venons sauver… (!?) De quoi ? D’un moment de spleen par exemple. Éliane-qui-se-jette-du-lit pleure dans son lit… Ça ne lui arrive pas souvent, mais ce jour-là, oui. Pourquoi ? On ne le saura pas. Sans parole et un esprit très animal sauvage, au sens noble. Nous lui disons alors des mots, lui prenons la main, nous faisons très empathique. Est-ce que ça l’aide et l’apaise ? On peut penser que oui. Ce qui contribue à lui faire reprendre le dessus, c’est qu’on l’aide à se lever, à se mettre dans son fauteuil… et la voilà qui donne des coups de mains sur ses roues, plus quelques coups de pieds au sol, et c'est l'échappée ! D'Jamal-du-chaud-soleil pleure aussi parfois. Lui quand il pleure il vous tirerait les larmes, tant son visage se fait implorant et suppliant. Lui aussi on le console, on lui parle. Ce jour où je suis très connecté, je me dis que c'est peut-être lui qui me parle plus que moi qui lui parle, et qu'il pleure sur mon sort ; ça me fout les jetons. Une jeune collègue qui l’aime bien et qui connait son jeune frère dans la vie, s’assied sur le rebord du lit, le saisit sous les bras et le prend contre elle en le berçant. Magnifique ! Il s’apaise et la regarde comme si c’était sa mère. Je ne sais pas si ce genre de geste appuyé est vraiment autorisé, mais elle le fait et l’un et l’autre s’en trouvent mieux. Il arrive à d’autres résidents de pleurer. Benjamin-prisonnier-de-son-corps lui aussi est émouvant. Charly-le-clown pleure et gémit fort. Ce jour de pleurs où je suis auprès, veut-il m'alerter, mais de quoi, Joëlle-femme-fine-agitée à proximité interagit anormalement, va-t-il se produire un évènement ? Mais comme le gars est comédien, il lui arrive de forcer le trait. Il épie de côté ou par en dessous pour voir si on le regarde. Sur sa tablette de fauteuil, il a une feuille plastifiée avec des pictogrammes. Et parfois il lui arrive de rire aux éclats, de nous appeler et de nous montrer un picto : 'Le picto sourire' qui signifie 'Je suis heureux'. Suzy-coquette-pipelette pleure aussi parfois. Et comme elle s’exprime, on lui parle et elle finit par s'ouvrir. Ses sources de pleurs sont sa famille qui lui manque, chez qui elle aimerait aller plus souvent, et y rester... Quand les raisons des pleurs semblent profondes, qu’on perçoit de la détresse, on prévient la psy qui la prend dans son bureau pour échanger. Elle se sent mieux quand elle ressort… jusqu’à la prochaine fois. Deux trois autres résidents pleurent un peu. D’autres ne pleurent jamais. Comment souffrent-ils, alors ? Je n’en sais rien vraiment. Avec des réactions corporelles ? Dermiques ? Des dysfonctionnements nerveux ? Des crises d’épilepsie ? Et tous ces autres obscurs ratés moteur ?… Je me suis attardé sur les pleurs et regroupés les cas ici, mais ça n’arrive pas si souvent. Nos résidents sont bien pris en charge, appréciés et bien aimés, et il se perçoit qu’ils le ressentent.

Nous poursuivons les levers. Tout à l’heure, juste après les mises en sieste, Martin-qui-roule-à-l’envers s’est affirmé. Alors qu’il était au lit, très attentionné à une scène sentimentale, deux collègues étaient en train d’échanger devant sa porte. Il lança un sonore « Euh », accompagné d’un geste. Mes collègues ont regardé et demandé « Qu’est-ce qu’il y a ? » Il a fait de la main 'Allez plus loin'. Ce qu'elles ont fait en souriant. Et Martin s’est replongé silencieusement dans cette sentimentale scène de la télé. Bien joué mon garçon ! Pour l’heure, c’est le temps du lever et en approchant de la chambre de Martin, on entend que ça parle germanique. L’homme est endormi dans son lit. Et sa télé parle allemand. Il a hyperzappé avec sa zapette sans s’en sortir. On lui règle sa télé et on l’éteint. On réveille Martin qui émerge du brouillard, tout sourire, et on le lève. Pour d'Jamal-du-chaud-soleil, on serait presque réticent à vouloir le réveiller, tant il semble bien heureux dans son sommeil. Il est apaisé et suce son pouce. Mais il le faut. Car trop dormir maintenant va nuire à son sommeil ce soir. Il nous balance un sourire craquant à son réveil.

Les levers s’accompagnent de collations pour certains. Francis-le-voyageur-des-couloirs doit impérativement se nourrir d’une crème médicale de nourrissement. D’autres ont des yaourts. Tous sont hydratés, avec des eaux, des jus de fruits, du Coca, des cafés, des thés, comme ça, nature et-ou gélifiés. On fait en fonction des goûts et des pathologies de chacune chacun.

L’après-midi se déroule ensuite pour les résidents entre : rien de spécial, regarder la télé, écouter de la musique, participer à des jeux, à des occupations diverses, à recevoir des visites de famille. Nous, agents, nous serons animateurs et acteurs de tout cela. Mais nous commençons aussi, désormais, vers les 15:00 - 15:30, à coucher des résidents restés dans la salle de vie sur leurs fauteuils allongés, semi-allongés, le temps que les autres siestaient. Ces résidents, plus handicapés que les autres, ont besoin d’aller s’allonger de façon durable ; de même qu’ils ont besoin de soins. De plus, l’organisation du service oblige que nous nous en occupions maintenant, du fait de la relative accalmie s’offrant à nous pendant cette heure et demi à deux heures, avant l’arrivée des personnels de la cuisine venant livrer les plats.

Parmi les trois quatre résidents que nous allons coucher, nous n’allons pas tout décrire, mais il faut que nous vous narrions le coucher de Charly-le-clown, ça vaut son pesant de cacahouètes.

Le coucher de Charly, sur son fauteuil électrique qu’il manie comme il peut avec sa main et ses doigts à moitié paralysés qu’il parvient difficilement à bouger. Charly la plupart du temps relié à un appareil de respiration, avec ses tuyaux dans le nez pour lui insuffler de l’air. Charly, sans dents, et avec sa grosse langue qui pend souvent, et dont la bouche produit tant de salivation que nous mettons souvent des serviettes sur son cou poitrine et que nous l’épongeons très souvent. Charly, la peau claire et fine, très régulièrement attaquée par l’urine et les selles dans sa protection, malgré notre attention et les nombreux soins de crèmes et de pommades ; il ne plaint pas plus que ça ; alors qu’il y aurait matière (si je puis dire)...

Bref ! « Charly, on va s’occuper de toi. T’es prêt ? ». « Hein ». Je m’approche, lui enlève ses 'lunettes' du nez (c’est le nom donné aux tuyaux dans le nez, attachés derrière la tête, d’où le nom de 'lunettes'). J'éteins l’appareil de respiration, le débranche. Et le fait rouler jusque dans la chambre et le rebranche, prêt pour la remise des 'lunettes', une fois l'occupant au lit. Je reviens vers Charly dans la salle de vie et lui dit qu’il peut venir. Ce moment, Charly l’aime particulièrement. En insistant, il parvient à bien appuyer sur la commande de connexion électrique du bras de son fauteuil. Sourire de fierté, en nous regardant. Du pouce, je fais 'Super'. Il met deux plombes à faire pareil. « Allez vas-y », je lui lance. Il saisit tant bien que mal, la petite balle de tennis fichée sur la tigelle de commande du fauteuil, il l’actionne vers l’avant et son fauteuil part en marche avant. Ensuite il entreprend de faire un large virage à droite pour se dégager de sa position et prendre la direction de sa chambre. Va-t-il louper la porte ou passer sans encombre ? Parce qu’il en a défoncé des portes par le passé ! À commencer par celle du bureau de la directrice, de ces jours où il était un peu plus jeune, plus vaillant et qu’il se trouvait en balade dans les couloirs. C’est elle qui me l’a dit, alors que je lui faisais remarquer que Charly conduisait bien. Elle m’a répondu, en sourire : « Ça se voit que vous l’avez pas connu du temps où il a défoncé ma porte.  » J’aurais bien voulu voir. Petit aparté, maintenant qu’il faut en permanence de l’air insufflé à Charly, il arrive qu’on l’équipe d’un processus léger qu’on accroche à l’arrière de son fauteuil quand il fait la demande d’aller voir un de ces anciens copains se trouvant dans un autre pavillon au fond du couloir. On lui installe, et il se barre avec tout le barda. On surveille de derrière, et les collègues du pavillon de destination préviennent quand il est arrivé… Bon ! Retournons à Charly, qui apprécie de son coup d’œil l’espacement des deux montants de la porte entre lesquels il doit se faire passer assis sur son gros fauteuil de circulation. « Oh nom de Dieu, il part à fond !?! » Frayeur. Et soulagement. Ça passe. Il stoppe dans le milieu de sa chambre et jette un œil de côté vers moi, pour me montrer de quoi il a été capable et pour venir quérir ma mimique d’admiration. Je lui fais une très grande mimique et lui lance un « Bravo ». Il se marre à s’en étouffer. Et ce n’est pas fini. « Au boulot, Charly, la suite. » « Hein » me retourne-t-il. Il fait quelques courtes manœuvres avec son fauteuil pour se trouver droit, en marche arrière, face à un petit renfoncement où il va pouvoir loger son fauteuil. L’intérêt pour nous est qu’ainsi stationné dans cet espace adéquat, cela nous dégage de la place devant pour positionner le lève-personne devant servir à extraire Charly de son fauteuil. « Vas-y Charly. » Inutile de lui conseiller de faire gaffe, il nous pilote ça aux petits oignons, en s’aidant de coups d’yeux à droite, à gauche, derrière, comme il peut, et il peut peu, mais le talent aidant il y parvient. « Là, voilà c’est fait, et bien fait, comme d’habitude » semble-t-il dire de l’éclat de ses yeux et de ses mimiques appuyés. « Super, Charly, t’es un très bon conducteur. » Sourire, rires. Et puis : « Hein. » « Oui, quoi, Hein ? » je lui retourne en sachant de quoi il est question. « Hein, hein » insiste-t-il en montrant le lève-personne et ses habits sur le haut du corps. « Ok chef. » Il faut que j’explique… Charly est lourd, massif, difficilement manipulable. Alors quand on sait la difficulté à habiller et déshabiller une personne (lourde) allongée dans le lit, on procède à une partie de son déshabillage habillage alors qu’il se trouve en position assise sur son fauteuil. Mission : lui enlever son pull, son teeshirt, lui mettre son haut de nuit. Enlever ses chaussures spéciales, ses chaussettes-bas-de-contention, lui glisser les sangles de levage dans le dos, sous les fesses, les arrières de jambes, vérifier tout cela, approcher l’appareil de levage, attacher les sangles aux crochets, vérifier tout ça, et hop, en l’air ; comme dans un balluchon de cigogne quand elles apportent leurs enfants nouveaux nés à leurs mères. Sauf qu’avant d’en arriver là, avec Charly-e-clown, nous en passons bien sûr par un cérémonial de déconne. Un : le pull et le teeshirt. On lui attrape les bas du pull avec les mains et on le remonte vers le haut comme pour dépecer un lapin… « Allez Charly, lève les bras qu’on passe la tête. » Bien sûr ça passe mal, parce qu’on ne fait rien pour et on tire le pull qui coince à la tête et qui lui emprisonne les bras en l’air. On fait part de notre difficulté à Charly : « Bon Charly, fais un effort, aide-nous, t’as une trop grosse tête. ». « Hein, hein, hein. » Et il gesticule. On fait mine de faire ce qu’on peut pour tirer un maximum, sans pour autant y arriver. « T’es toujours là Charly ? « Hein, hein, hein. » Et d’un seul coup, 'PLOC !', l’encolure du pull se distend suffisamment et libère la goule de Charly qui se marre comme une baleine. Même délire avec le teeshirt. Des éclats de rire encore. On se marre de part et d’autre. Mais il y a encore plus de malice et d'inattendu de ce comique de Charly. Deux : le déchaussage et le déchaussettage. On défait laborieusement les longs lacets de ses chaussures orthopédiques, on lui ôte ses pompes. On lui enlève sa première chaussette de contention arrivant sous le genou. Et on lui met dans la main. (!?) D’un mouvement lent et gourd, il la porte à hauteur de son nez. Sent. Marque un temps. Fait une horrible expressive grimace, accompagnée d’un cri : « Pouah », avant de balancer la chaussette à un mètre maxi. Cascade de rires à n’en plus finir. Et quand c’est sur le point de se terminer… Reconcentration de Charly, l’air sérieux mais pas tant que ça, une petite mimique malicieuse au bord des lèvres, un fond d’éclat d’œil déconnant, il entrevoit la suite, la suite de la déconne… On lui enlève la seconde chaussette, qu'on lui projette ou lui met sur le nez où elle reste accrochée. Il l’attrape comme une queue de Mickey et bis repetita du coup du 'Pouah' et du jeté à un mètre… Après ça, il nous faut bien quelques secondes, voire une minute pour nous remettre et pour nous concentrer, nous reconcentrer sur la suite et fin de la mise au lit. Alors, pour Charly, comme pour presque tous, il est calé de toutes parts dans son lit. Coussins sur le haut du dos. Ailleurs dans le lit. Un coussin spécial microbilles entre les jambes pour éviter le contact et les lésions par appui prolongé. Relevage légèrement des jambes pour raison de bonne de circulation sanguine. Remise des 'lunettes' avec impulsion de l’air. Après ça, Charly tend la main vers le mur et fait « Hein ». La télé. Il veut qu’on lui allume la télé. Ce qu’on fait. Et avant de lui donner la zapette spéciale à gros boutons, on lui cherche un programme qu’il aime. Ce qu’il aime Charly, c’est le foot et le sport. Principalement où il y a de l’action corporelle très expressive. Un jour que nous sommes occupés dans la salle de vie et qu’il est dans son lit, on perçoit des « Hein, hein,  hein » venant de sa chambre. On va voir. Et on découvre l’Oiseau qui a zappé sur une chaine où il y a de la boxe. Et il boxe dans son lit. Un autre jour du tennis. Et il smashe dans son lit. Une autre fois, il nous interpelle parce qu’il y a des couples qui dansent le rock and roll, et il fait les gestes…

Avec Charly, il se passe toujours quelque chose. L’autre jour un ouvrier vient faire des travaux dans la salle de bains. Il utilise une perceuse. Charly est assis sur son fauteuil dans la salle de vie et jubile comme pas possible. Alors, cette idée me vient. Je vais voir l’ouvrier dans la salle de bains, lui parle, lui demande. Il me dit « oui ». Je reviens dans la salle de vie, allume le fauteuil de Charly, et le conduit avec lui dessus, jusque dans la salle de bains. Charly est sur le cul, si je puis dire. La perceuse est un monstre, une espèce de gros truc avec une mèche hyperlongue. Je demande à l’ouvrier de continuer de percer, ce qu’il fait. Charly est scotché, interloqué, hyperheureux. Ça fait un bruit épouvantable, ça vibre, ça résonne. Et la surprise pour Charly n’est pas finie. Je demande à l’ouvrier qui accepte... L’ouvrier s’approche de Charly avec sa perceuse et lui met en main tout en la maintenant avec assurance et sécurité. On dit à Charly de mettre son doigt sur la gâchette. L’ouvrier lui appuie sur le doigt. La perceuse se met en marche dans un vacarme qui impressionne et transporte Charly vers ailleurs. J’imagine qu’il n’a jamais été amené à vivre un tel truc. Après quelques secondes, fin du job. Je remercie l’ouvrier qui nous gratifie d'un « Y'a pas de quoi », et Charly lui fait ses personnels et vifs remerciements en « Hein, hein, hein ». Retour de Charly dans la salle de vie… où il s’emploie un long moment, un bras à peu près tendu et l’autre à peu près plié, à mimer le taff de la perceuse, tout en émettant le son qui va avec. À un moment, il s’excite tellement qu’on est obligé de l’arrêter. Et le soir, alors qu’on l’a couché, et que nous sommes affairés dans la salle de vie, on l’entend faire la perceuse, devant sa télé. C’est que Charly a aussi ce talent qu’ont les femmes, de faire deux choses en même temps : regarder la télé et faire de la perceuse ! Je ferme mon poing et je te lève mon pouce...  

L’après-midi, après le lever des résidents, et ou après et entre le coucher des résidents qu’il est judicieux de coucher, on s’adonne à des occupations.

| Les occupations |

Périodiquement nous avons la visite et la prestation d’une musicienne professionnelle, agréée par les institutions handicap. Nous réunissons les résidents inscrits à ces cessions, d’autres venant des autres pavillons sont aussi inscrits, et c’est parti pour une heure de musique participative, ici dans notre pavillon, là dans un autre pavillon, ou encore ailleurs à l’accueil dans le couloir. La musicienne enfile des bracelets musicaux (genre grelots) aux poignets de résidents, confie des maracas à ceux en capacité de les tenir, et les équipe de toutes sortes de trucs et de bidules sonores et musicaux dont je ne soupçonnais pas l’existence. La musicienne branche sa boite à rythme, prend son violon… et c’est parti pour de la musique. Elle fait chef d'orchestre, tout en en violonant et en guidant les résidents sur les bons gestes pour produire de la musique mélodieuse. Et ce n’est pas tout. Ça chante. Et il faut chanter. Les agents accompagnants sont priés de chanter. Et si en plus, tu tapes dans tes mains et tu te balances le popotin, c’est super. C’est que je fais. Tout en observant les résidents. Il y a du sourire, il y a des sourires. Ça leur plait.

Les autres occupations de l’après-midi sont plus silencieuses et tranquilles. Ça peut-être une balade dans le parc. L’été, se tenir sur la terrasse et passer du temps avec les résidents ; ils aiment qu’on se pose avec eux à ne rien faire. Ça peut être des jeux : pour Nelly qui n’y voit guère, voire rien, le jeu des senteurs est parfait ; nous avons des fioles, avec des mouillettes, et nous lui demandons de reconnaitre les odeurs : muguet, rose... À certains nous faisons faire des coloriages. D’autres s’agglutinent et nous observent en train de faire de la couture de service ; c’est-à-dire coudre des étiquettes nominatives sur les vêtements ; je couds aussi, j’ai fait l’armée. Avec Suzy-coquette-pipelette, on bavarde. « Qu’est-ce que t’aurais aimé faire comme métier Suzy ? » Long temps de réflexion… et cette réponse : « Coiffeuse ». Une jeune collègue, encore sans enfant, fait part qu’elle aimerait en avoir. Suzy dit qu’elle aussi (aurait aimé en avoir). La collègue la questionne sur le sujet. Suzy dit qu’elle aime les enfants. D’ailleurs sa sœur vient d’avoir un bébé, il y a un ou deux ans, et quand elle vient voir Suzy au foyer, elle assied la petite Zoé sur les genoux de Suzy, qui rit et rougit. La petiote lui tire les cheveux, et ça finit souvent en « Oh elle est chiante ». On sent qu’il y a un peu d’envie et de jalousie. Parfois quand Suzy et Nelly-comme-un-volcan sont à proximité, on s’amuse un peu. C’est souvent du 'Je t’aime moi non plus' entre ces deux femmes. Elles ont occupé la même chambre dans un autre pavillon du foyer, et à ce qu’on en sait, il y a eu du frittage. Et comme Nelly qui ne parle pas beaucoup, envoie parfois des vérités ou des vannes (en pince-sans-rire), Suzy souvent les prend au premier degré et se vexe et se fâche. Un jour, je suis à l’origine de cela, je demande « Miroir, oh miroir, dis-moi qui est la plus belle ? Mademoiselle Suzy ou Mademoiselle Nelly ? ». Suzy prend le temps de glousser et de rire, alors que Nelly qui semblait à moitié endormie sur fauteuil, balance d'un coup : « La plus belle c’est moi, parce que Suzy elle est moche », cela dit sans rire. Suzy interloquée, soulève (un peu ses bras), rougit, semble chercher sa respiration, pour enfin lâcher énervée : « Ah béee Nelly ». J’équilibre rapidement le jeu, en informant que le miroir n’a pas pu les départager. Suzy retrouve la paix et le sourire. Nelly rebaisse le nez vers sa quiétude et sa léthargie permanente, avec un coin de sourire aux lèvres.

Parfois, la semaine en après-midi, des parents et des membres des familles viennent rendre visite. Plus le weekend que la semaine, mais il en vient quand même un peu toujours. Et parfois il y a de l’incompréhension de la part des visiteurs. Ils doivent prévenir et venir dans des créneaux horaires. On pensera que c'est anormal. Qu’ils peuvent venir comme ils veulent, vu ce que ce sont leurs enfants, un membre de leur famille. Sauf qu'il se trouve que les résidents vivent dans un espace communautaire, où il y a des prises en charges, où les uns et les autres ont besoin de tranquillité, et si l’on ne règlemente pas, le pavillon peut vite devenir un lieu de circulation. Les résidents ont besoin de calme et d’une vie réglée, ça les rassure. Ceci est expliqué aux familles. Elles le comprennent. Mais il arrive que certains n’en fassent qu’à leur tête. J’ai à l'esprit cet épisode comique de ce père âgé d’une résidente, d’origine espagnole. Il est déjà âgé, pas très grand, un peu enveloppé, marche mal, pas très stable… Un jour, il doit être dans le coin, sa fille valide a dû l’emmener et le laisser là pendant qu’elle fait des courses, je n’en sais rien. Toujours est-il qu'il n'est pas attendu et qu'on n'est pas en heure de visite. Il sonne à la porte du pavillon, ouvre, et je le vois filer tout droit, le pas hâté, évitant de regarder à droite à gauche, de peur de croiser nos regards et de se faire stopper et réprimander, tout en appuyant son sprint final bancal jusque dans la chambre de sa fille. Je le regarde faire, amusé, en me disant : « Mon bonhomme, il me suffisait de tendre le pied, ou de pratiquer un plaquage de rugby (je me serai sans doute fait mal), et de vous rappeler la règle, tous les deux au sol enlacés : « Il faut téléphoner avant de venir, cher Monsieur (lol) ». Maintenant qu’il est dans la chambre, on laisse faire… Mais il va falloir intervenir, car assis sur sa chaise qu’il a rapprochée du lit pour tenir la main de sa fille, il y a un petit moment maintenant qu’il a piqué du nez et qu’il dort. C’est mignon à voir. Finalement, il se réveillera tout seul et repartira en nous saluant. Après le passage de son rebelle de père, Carmen-qui-dort-et-qui-vocalise fait des séries de « Ahhhh Ahhhh… » chantants et mélodieux, les yeux qui roulent et le sourire aux lèvres.

D’autres parents viennent, plus ou moins régulièrement. De temps en temps, Francis-le-voyageur-des-couloirs a la visite de sa mère. Grande, altière, stylée, lointaine, elle vient souvent avec une amie, et ces deux-là ont l’air de bien s’entendre et de bien s’amuser ; au sens où on les sent joyeuses ensemble. La mère de Francis se fait parfois autoritaire, surtout avec les jeunes collègues : « Allez me chercher un habit supplémentaire pour Francis, je vais lui faire faire un tour dehors », « Faites-moi ci », « Faites-moi ça »… D’accord, d’accord… mais… « Oh hein, bon, Madame, nous ne sommes pas vos domestiques. Sa chambre est au fond sur la gauche. Et son armoire à gauche du lit »… « Sinon, si vous avez besoin d'un coup de main, on peut vous aider, Madame »... Une grande dame face à qui il faut prendre de l'altitude, sinon elle aime considérer de haut. Remarquez, il lui arrive parfois d’être marrante. Cet épisode m’a été rapporté. Un jour qu’elle vient voir son fils avec son amie, une de mes collègues un peu rigolote est de service. La mère de Francis semble en joie (et peut-être un peu gaie, mais ce n’est pas sûr). Elle apporte des habits neuf pour son fils. La collègue lui dit : « C’est beau » « Eh bien oui, répond la mère, vous savez pourquoi ? » Pas de réponse de la collègue qui sèche. « On est le combien aujourd’hui ? » interroge la mère très investigatrice. « Le 6 août » dit la collègue. « Oui, et c’est quoi ce jour ? » insiste la mère... Avant de lâcher : « Celui de l’anniversaire de Francis, ah ah ah ». Et de rajouter : « Remarquez, que c’est pas lui qui ira porter plainte, n’est-ce pas, ah ah ah ! » « Ah ah ah » d’accompagnement de ma collègue... Un autre jour, elle lâche à son amie : « Eh oui, il est beau mon fils (des airs de d’Ormesson), j’aurais aimé qu’il soit autrement ». Oui, tout à fait, Madame, nous comprenons en toute sincérité. Cette dame n’est pas très proche de son fils qui, de son côté ne lui manifeste rien (il est au-delà et ailleurs). Et j’en comprends que la douleur de cette dame est si forte qu’elle préfère s’en tenir éloignée.

La mère, la sœur et les frères d'Jamal-du-chaud-soleil viennent le voir assez souvent. La sœur vient de loin ; une centaine de kilomètres. Quand ils viennent ils amènent le soleil, ils sont agréables et joyeux. Je les salue malicieusement d’un « As salam alikoum », ils me répondent de leur « Wa alikoum salam ». D'Jamal est aux anges quand il les voit, sourires, larmes, regards énamourés. La sœur lui fait manger un yaourt, une crème, en l’appelant « Mon chéri ». Le grand frère prend soin de lui, demande des précisions. Le petit frère vient lui couper les cheveux. La mère le prend contre elle. Parfois elle le prend chez elle, la journée, en HLM, pour des fêtes et des anniversaires. Un jour qu’elle est fatiguée et qu’elle ne peut pas venir le chercher et le monter chez elle, pour une fête, c’est sa fille qui téléphone et qui annonce qu’elle passera prendre son frère pour faire la surprise. Nous savons, en retour, que la mère a été hyperheureuse.

La mère âgée de Joëlle-femme-fine-agitée vient assez souvent, quand elle le peut. Elle se fait emmener en voiture. Elle fait des risettes à sa fille, comme une enfant, en l’appelant du diminutif de son prénom 'Jojo'. Jojo perçoit bien sa présence et le manifeste par des sourires. Les deux passent du temps de présence ensemble dans la chambre. Par désir et aussi parfois par délai d'attente pour la mère. Ce jour, elle a été conduite ici par une amie qui vient visiter son mari hospitalisé à l’hôpital d’à-côté ; « mari perdu » comme elle dit. Elle reste de 16:00 à 18:30 dans la chambre, à finir par s’ennuyer et se faire du mouron. Une collègue propose de lui porter à boire si elle veut. Elle s’en trouve gênée et contentée. La collègue lui apporte une tisane et un gâteau. Quelques échanges de paroles. Comme elle a déjà été amenée à le confier, elle redit que Joëlle est née aux forceps et que l’emprise sur le cerveau a été trop forte. Sans doute, certainement, peut-être… Et ces mots définitifs : « J’aimerais que ma fille parte avant moi », sous entendu « pour pouvoir partir tranquille »…

Au rang de ceux qui discutent, il y a aussi les parents de la petite Marylise-aux-os-de-verre. Ils viennent tous les dimanches soir, et alors qu’elle est nourrie essentiellement par gastrostomie, lui font manger des aliments liquides par la bouche. Ils se sont longtemps opposés à une gastrostomie pour Marylise qui ne voulait plus se nourrir. Les médecins et l’Administration ont su se montrer raisonnables et convaincants. Ceci étant, les parents continuent ce rituel du manger par la bouche, le dimanche soir. Marylise se fait un peu complice en ouvrant la bouche et en avalant, même s’ils la forcent parfois un peu. Tout le monde est content et c’est tant mieux. Ils sont marrants ces parents, déjà assez âgés, bien au-delà des soixante-dix ans. La mère est un peu sur la réserve, et le père sait se faire bavard et faire dans l’humour. Un soir il me branche sur la Résistance dans la région pendant la guerre. On y passe une heure, parce qu’il est dur d'oreille et qu’il faut souvent répéter... alors que j’ai du boulot. Il appelle sa femme « Mémée ». Mémée, comme il dit, s’inquiète du déclin de son mari : « Avant, du temps de l’entreprise, il montait sur le toit. Maintenant il a du mal à surmonter sa maladie et se fatigue dans la journée », « Le matin, il se lève à 11 heures » précise-t-elle. Ces derniers temps, le père n’est pas là. Il est à l’hôpital. Quand il revient, il est amaigri. Mais n’a pas perdu son sens de l’humour. Un soir qu’il a besoin d’une protection (couche) pour changer sa fille avant la nuit, il m’interpelle. Je lui en donne une à la bonne taille, il me remercie, et en la brandissant y va d’un joyeux et sonore : « Moi aussi j’en ai mis des couches à l’hôpital… Mais j’en mets plus  ». Mémée entend, moi aussi forcément, et on ne sait exactement quoi faire : sourire ? Rire franchement ? Alors on sous rit…

On sourit, on rit, et on se trouve attendri quand la vieille mère de Jean-Yves-doudou-rocking-chair-5-octaves vient rendre visite à son fils. Elle vient tous les weekends. Ce sont ses enfants qui l’emmènent. Elle est très âgée cette dame, et s’aide d’un déambulateur pour marcher. Toujours bien mise, elle est toujours d’une agréable humeur. « Bonjour, mes gamins », lance-t-elle à l’intention de tout le monde quand elle entre. Je la salue. Elle m’aime bien. Tout le monde l’aime bien. Et elle aime tout le monde. « Vous savez, ce sont tous mes gamins », insiste-t-elle. Que répondre à cela ? Que ce ne sont pas des gamins. Que ce sont des adultes. Différents des autres. Et avec lesquels il ne faut nous comporter comme s’ils étaient des enfants ! D’ailleurs, sa fille l’accompagnant lui dit : « Ce ne sont pas tes gamins ». Ce à quoi elle répond, les yeux rougissants : « Oui mais quand je suis chez moi et que je pense à eux, je me dis que ce sont mes petits gamins, et vous… » Elle marque un temps d’arrêt. Je comprends bien par quoi elle a manqué de poursuivre… Alors je le fais pour elle : « Et nous aussi, on est vos gamins ! Préparez les chambres pour qu’on aille s’installer chez vous. Et aussi du vin rouge ». Éclats de rire… Bon bref ! Aujourd’hui Jean-Yves a été habillé par une collègue avec des habits neufs que la mère avait apportés l’autre fois. Et comme la collègue est une djeune elle lui a ramené les cheveux en crête sur la tête et les a fixés avec de gel. La sœur de Jean-Yves et sa mère s’esclaffent et le trouvent très beau et très élégant. Leur bonheur et leurs sourires font plaisir à voir. En ce moment, Jean-Yves qui souvent ne manifeste rien, a quelques gestes d’attention envers sa mère : regards, et la touche maladroitement de la main… La mère en est heureuse et le manifeste étonnamment de par les mots et la question qu’elle me pose. À moi qui suis près d’eux à ce moment-là, elle demande : « Est-ce que vous croyez qu’il est comme ça avec moi parce qu’il sent que je vais mourir bientôt ? » À question sérieuse, réponse sérieuse évidemment : « Parce que c’est prévu pour quand ? », je lui retourne en humour pince-sans-rire. Esclaffements de la mère, de fille et de moi. Pas de réaction de Jean-Yves bien sûr, qui poursuit de vivre sa vie dans sa tête.

Comme la mère de Jean-Yves, celle de Nelly-comme-un volcan considère sa fille et les autres résidents comme des oisillons tombés du nid. Les oisillons ont grandi, mais pas pour elles ; ce sont toujours des oisillons. La mère de Nelly est une belle femme âgée, douce et charmante. Elle parle doucement et toujours avec une attention très présente, palpable, aimable, envers ses interlocuteurs ; et aussi sa fille bien sûr. Nelly le perçoit, recherche ce contact, et fait sans doute 'payer' à sa famille et à nous le fait qu’elle ne puisse vivre chez elle, mais désormais ici, en institution, du fait de l’attention et des soins que requiert son état de santé. Je remarque que lorsqu’elle parle de sa maman avec nous, elle dit « Ma mère ». Et que lorsqu’elle l’évoque, parfois, en état de crise d’épilepsie, elle crie « Maman ». Nelly est toujours en posture de petite fille quand sa mère est là. Et sa mère est toujours en posture de petite maman quand elle visite régulièrement sa fille. Un jour, en état d’épilepsie, j'entends la fille dire : « Arrête maintenant maman, t’es chiante ». De la difficulté d’être mère et fille dans la vie. Et qui plus est quand des handicaps physiques et d’esprit se surajoutent. En tout cas elles s’aiment ces deux-là. Le père !? Âgé aussi bien sûr, grand, massif, le visage fermé, distant. Il est pourvu d’un petit handicap, il se meut mal. Quand il vient parfois accompagner sa femme, il reste souvent à distance. Nelly n’en parle pas. Un jour, il lui est demandé : « Il est gentil ton père ? » Elle répond : « Oui il est gentil mon père ». N’empêche qu’il reste à distance. De Nelly. Et aussi de sa femme. Réalité psychologique ou posture !? Un jour il entre dans le pavillon avec sa femme et le couple se dirige vers la chambre de Nelly. La mère ressort et tombant sur moi me demande si je pourrais venir lever Nelly qui est allongée sur son lit à se reposer. J’y vais. Le couple me regarde faire. Je dis un mot à Nelly qui n’est pas très réveillée. Pas de réponse, rien. Je regarde les parents et fais signe des lèvres et du menton, d’un air de dire « Elle est dans le gaz ». La mère lâche un mi-sourire de contrition, le père impassible. Je prends Nelly par une épaule, et de l’autre main je la saisis au bassin pour la faire pivoter tout en l’asseyant sur le bord du lit. Le fauteuil roulant est en position près du lit. Je me place devant Nelly. Plie les genoux. L’attrape sous les aisselles. Et la lève. Elle se trouve debout tout contre moi. Je lui demande : « Ça va Nelly ? » Elle me répond : « Ouais ». Un petit 'ouais' que je répercute sur le ton de la moquerie et en un tout fort « OUAIS !? » Alors que mes yeux croisent les yeux du père à ce moment-là, le voilà qui part dans un éclat de rire communicatif. C’est ainsi que je pars à me marrer avec lui, tout en pliant les genoux pour la dépose assise de Nelly sur son fauteuil. C’est la seule fois où j’ai vu le père joyeux. Comme une connivence entre lui et l’homme mûr que je suis, avec ce rire ayant peut-être valeur de… 'Pas toujours facile la fille, n’est-ce pas !?, auquel je n'ai pas répondu... « À qui le dites-vous »... Et juste ainsi, sans les mots, on s’est compris.

Les parents du jeune Benjamin-prisonnier-de-son-corps viennent très souvent le voir, et le prennent chez eux certains weekends. Ces parents sont encore assez jeunes. Ils sont agréables et causants. Le père, aux allures un peu mâles, est papa poule. Il appelle son fils « Kiki », « Mon Kiki », « Pupuce ». Il lui parle, lui donne à manger des crèmes au chocolat (qu’aime Kiki). Quant à la mère, bis repetita, c’est une mère poule. Elle l’appelle « Ma Beauté » (c’est vrai que son fils est beau, beau visage (déformé certes, mais beau ; et des yeux verts). Elle ne fait que le bisouiller. Elle dit parfois, en souriant : « Il va finir par en avoir marre ». Mais Benjamin aime. Il sourit et rit, de sa bouche toujours ouverte. Quand Benjamin se trouve avec nous, en journées, il lui arrive aussi de rire franchement, sans qu’on ne sache pourquoi. Impossible de se mettre dans sa tête et de savoir. Peut-être pense-t-il à ses parents ? À son frère jumeau (que je n’ai vu qu’une fois en visite au pavillon ; il me semble, sans que j'en sois certain, qu’il réside au loin). Quand il ne rit pas, Benjamin repose et vit tranquille en position semi-allongée sur son fauteuil confort. Parfois on le voit réfléchir via ses yeux qui oscillent dans ses orbites. Comme lorsque la pluie frappe sur la verrière. Ça l’interpelle, il se demande ce que sait, et finalement semble apprécier. Ce qui nous interpelle, nous, et depuis longtemps, c’est que lorsqu’on vient le lever le matin, avec force précaution, Benjamin tremble dans son lit. Pourquoi ? Que ressent-il ? Une collègue dit : « Benjamin est un petit gâté. Au premier signe de contrariété il s’énerve ». Je me trouve un peu surpris de cette constatation réflexion. À ne considérer Benjamin, avec mansuétude, que comme un 'être handicapé', on en oublie qu’il est avant tout un 'être tout court', avec les mêmes traits de caractère de tout un chacun. Assurément ! D’ailleurs son père énonce : « Vous savez il a son petit caractère. Hein Pupuce !? » Il rit. Pas pour la phrase bien sûr, mais d’avoir été Interpelé par son père. Un dimanche soir que les parents de Benjamin le ramène au foyer après qu’il a passé le weekend chez eux, le père discute avec moi. « Il va bien dormir ce soir, il a été occupé toute la journée, et ce matin il s’est réveillé tôt, il appelait ». Surprise de ma part : « Qu’est-ce qu’il faisait ? » Réponse : « Il riait. Et comme il était tôt et qu’on ne se levait pas, il était 04:30, il s’est mis en colère ». Tilt dans ma tête, et cette question que je pose : « Comment ça, de quelle manière ? » Le père : « Il se met à trembler jusqu’à ce qu’on vienne s’occuper de lui. » Voilà donc ! On ne l’a pas trouvé de nous-mêmes, ni les psys exactement, mais l’explication était simple. Benjamin, d’âge mental d'un an, avec ses tremblements à assimiler à des pleurs, cris, gesticulations d’un enfant contrarié, ne pouvant rien bouger, ni le visage, ni les membres, ni le corps, ne pouvant à peine émettre de sons, Benjamin 'gueule' par crispations et tremblements ! Merci pour cette leçon de vie…

La vie se poursuit pour lui et pour nous, en cette fin de soirée de dimanche. Terminons ce weekend avec deux trois anecdotes signifiantes. Les parents de Benjamin me donnent de l’argent pour des achats à faire concernant leurs fils. Je leur fais un bon de réception et, pour plaisanter, je tends les billets au résident présent tout près de moi, que ça distrait et intéresse. Dès lors, retrait arrière de Martin-qui-roule-à-l'envers, horrifié effrayé, qui ne veut surtout pas y toucher ! Tiens donc, pourquoi ? Que représente donc au juste cet argent pour Martin ? Quelque chose de l’ordre de l’Autorité, qui a la bienveillance de veiller à sa survie, sa vie, et son confort ?! Peut-être !... Et puis, l’autre jour que Martin était encore dans les parages alors que les parents de Benjamin venaient le voir, le père salue Martin en lançant sans réfléchir : « Alors, tu me tires la langue ? »... « Non ! » je dis. En y regardant de près, le père se rend compte qu’il s’agit du bout de langue de Martin qui pointe dans le trou de sa dent de devant manquante. Il s’en trouve gêné. Martin, pas du tout, évidemment. Il rit de nous voir groupés ici, de s'être fait gentiment interpeler, et ça nous fait rire aussi. Enfin, l’autre après-midi, cet après-midi d’été, une collègue jeune et fraîche, en soutien, débauche dans le milieu de journée. Elle a quitté sa blouse et se trouve vêtue en petit haut léger. Elle nous dit au revoir, et se penche un peu vers Martin se trouvant là de nouveau (remarquez, qu’il est chez lui), pour le saluer d’un geste amical. Le décolleté s’échancre, Martin y plonge le regard. Il l'en ressort, les yeux roulant comme des billes dans les orbites. Tant mieux, il y a de la vie ! Ainsi va la vie, ici aussi, de naturelle façon…

⑤ LES TEMPS DES VOMISSEMENTS S'INSTALLENT
– L'emmaillotage, la cuvette...

Pareil à une série télé. Les vomissements de Nelly-comme-un-volcan se poursuivent. Présent épisode. Avec une montée en puissance de l'action...

On était contents de notre parfaite maitrise. Souvenirs : on lui parlait. On la prévenait. « On ne vomit pas ici, Nelly, t'es d'accord ! » Et, personnellement, très fier de mon idée de lui faire répéter. Elle le répétait : « Oui c'est d'accord, on ne vomit pas ici ». Suivi de « Si t'as vraiment envie, tu demandes la bassine, c'est d'accord ? »... « Répète ! » « Si j'ai envie je demande la bassine ». Super ! On est quand même des bons, quand on veut !

Alors, on poursuit comme ça. On la met à table. Avec la serviette autour du cou. La bassine aux pieds. Tout se passe bien. On surveille. Impeccable. Et au milieu du repas, sans signe annonciateur, elle envoiiie la sauceee !!! Ah non, y'en a partout. La serviette s'est fait déborder, la table, l'assiette, ses vêtements ont pris. C'est dégueulasse, ça pue, en plein repas avec les autres dont on s'occupe, il va falloir gérer maintenant. Je ne m'éternise pas sur les descriptions... On en reparle en réunion. Entre collègues. Avec le cadre. Au plus vite, dès ce soir, on va lui mettre : une blouse, plus une serviette, plus une bassine. Moi je proposerai bien qu'on l'équipe d'un Kway, mais je ne suis pas sûr que ce soit accepté ! Toujours est-il qu'un jour qu'une collègue, dépitée, geint haut « Fouhou, Nelly, pourquoi tu fais ça, ? », à la surprise générale, elle retourne : « Pour faire parler ». Bon d'accord ! M'est avis, qu’on n'en a pas fini avec cette satanée Nelly !

| Évènement malheureux au foyer |

Ainsi va la vie avec son lot de gens qui vieillissent. Le père Éliane-qui-se-jette-du-lit est très âgé et finit ses jours en maison de retraite. Il ne peut pas venir. Ne voit plus guère sa fille. Et ça fait d’ailleurs un moment qu’il semble se détacher d’elle. Ma jeune collègue, nouvellement référente d'Éliane, émet l’idée de lui emmener périodiquement Éliane en visite. Des anciennes collègues lui font part de la difficulté de la situation. Elle insiste. Alors oui, bien sûr. Il lui faut téléphoner aux instances de la maison de retraite, assez éloignée de notre foyer. Elle le fait. On lui dit qu’on va aller demander au père. Et reçoit en réponse : que le père n’y tient pas, qu’il veut être tranquille. Ma jeune collègue insiste ; et finit par convaincre son interlocutrice... de bien vouloir convaincre le père. Elle s’en chargera, c’est d’accord. Une date est fixée… Le jour venu, ma collègue et Éliane font la route en voiture. Elles sont aimablement accueillies par le cadre et les agents référents. Elles rencontrent le père. Éliane rencontre son père. Elle demeure calme près de lui, et rapidement cherche à partir un peu partout, aux commandes de son fauteuil manuel qu’elle manie énergiquement. Discussion de tout et de rien, de la vie du Monsieur, et de la vie d'Éliane, entre ma collègue et le père. Et puis l’heure de partir approche. Ma collègue propose au père de revenir lui emmener sa fille. Fatigué, usé, à bout, ému, il dit qu’il ne préfère pas, qu’il s’est beaucoup occupé d’elle, et que maintenant il ne peut plus, que ça lui est trop difficile, et pour quel résultat ? « Voyez-vous même. » Dont acte. Ma jeune collègue revient à l’institution et nous fait le compte rendu. Pendant ce temps-là, Éliane part en vadrouille dans les couloirs. Et quand elle en a marre elle revient dans sa chambre, positionne son fauteuil tant bien que mal près du lit, prend appui sur les accoudoirs, et se jette sur le matelas où elle se repose, allongée.

Ce jour, une triste nouvelle est annoncée. À nous d’abord. À Éliane ensuite. C’est la psy qui va le lui dire. Son père est mort… La psy lui annonce le décès de son père. Aucune réaction… Le jour de la sépulture, Éliane est conduite sur les lieux. Comme les circonstances font qu’elle n’assiste pas à la mise en bière (nous sommes loin, il faut la préparer, se préparer, prévoir la logistique, faire le trajet), elle se trouve moins en situation de percevoir très précisément qui on enterre. La collègue accompagnatrice attend avec Éliane en fauteuil, devant l’église. La famille arrive, entoure Éliane, lui explique que le papa est mort. La sœur pleure, dit « Papa est parti, il est soulagé ». Elle ne réagit pas. Lors du décès de sa mère, il y a plus de cinq ans, elle avait pleuré. Elle voyait plus sa famille à cette époque. Éliane est près de sa sœur, elles se tiennent la main. Le frère a une fille handicapée de quinze ans. La sœur a eu aussi une fille handicapée, décédée il n’y a pas si longtemps. « Je suis désolée, j’ai perdu ma fille et, depuis, je ne peux pas voir Éliane », dixit la sœur. Ensuite, la cérémonie se déroule quelque peu en négation d'Éliane. À moins que la famille ne veuille pas, par déférence, se substituer à notre rôle, au rôle de ma collègue accompagnante, représentante de l’Institution qui est un peu maintenant la famille d'Éliane !? À l’entrée de l’église, il y a trois marches à descendre ; et à remonter. La famille ne se propose pas. Ce sont les Pompes Funèbres qui se proposent. Dans l’église, Éliane à qui il a été mis les freins de fauteuil, tente d’avancer un peu. La sœur dit : « Elle n’est pas très patiente ». Oui. « Venez donc au foyer et vous verrez comme elle est patiente !? » ne lui est-il pas répondu, mais est-il très fortement pensé. Éliane demeure tout de même une heure à peu près tranquille à l’église. Par la suite, direction le cimetière en voiture, et arrivée sur place. La collègue aimerait alors qu'Éliane progresse juste derrière le cercueil, avec les proches. Elle propose : « Je vous la laisse, prenez-la ». Ce à quoi il est retourné : « Oh non ». La collègue poursuit la prise en charge et pousse le fauteuil d’Éliane dans l’allée jonchée de petits cailloux. À un moment, ça bourre et ça bloque. Personne ne vient aider. Les Pompes Funèbres sont occupées au transport du cercueil. C’est un neveu qui vient donner un coup de main, au final… Quelque temps plus tard, la cérémonie se termine. Les personnes présentes et les proches quittent le cimetière. Devant la porte d’entrée, la famille vient remercier la collègue et dit au revoir à Éliane. Il y a de la distance. Et aussi des paroles ; de culpabilité : « On est désolés de ne pas venir » se justifie la sœur. Plus de mère. Plus de père. Quatre sœurs. Un frère (qui est tuteur). Ils sont tristes. Et se trouvent bousculés dans leurs habitudes de vie. Le père, ultime lien parental, disparait. Devant eux désormais un vide, et un questionnement lié à cette sœur dont le père était jusque-là le responsable moral. Qu’entrevoir de faire ? Se désintéresser d’elle, et c’est dur. S’en occuper désormais et ce sera pareillement difficile. À moins d’opter pour un comportement de compromis : s’en occuper tout en s’en désintéressant, ou l’inverse, s’en désintéresser tout en s’en occupant, de loin en loin…

| Les anniversaires |

C’est le rituel. À chaque anniversaire, il est passé commande aux cuisines d’un bon gros gâteau moelleux crémeux, facilement mangeable de la plupart des résidents. Il est demandé au résident dont c’est l’anniversaire qui il veut inviter, ou on invite pour lui les résidents d’autres pavillons qu’il apprécie. Le jour J, à l’heure de la collation, après la sieste, c’est la fête. Tous les résidents du pavillon sont réunis autour de la table, y compris ceux étant nourris en gastrostomie qu’on positionne un peu en arrière. Les résidents des autres pavillons sont amenés par leurs éducateurs. Le plus souvent, la directrice, le cadre socio-éducatif, la comptable DRH, la secrétaire, le psychomotricien, les infirmières viennent fêter l'évènement. Il y a du monde et de la joyeuse ambiance. Ensuite c’est comme dans tous les anniversaires. Lever des verres (Champomy, boissons autres, cidre), « Bonne anniversaire, nos vœux les plus sincères », coupage du gâteau, et dégustation. Nous les agents faisons manger les résidents et ou les aidons. À Charly-le-clown qui regarde avec envie, un petit plaisir ; que dis-je ? un gros. Ne pouvant manger par la voie normale, nourri par gastrostomie, l’un de nous s’enfile un gant sur une main, trempe le doigt dans la chantilly, et lui en dépose une noisette sur la langue. Ses yeux flashent de plus bel, il tord le nez, étire un max ses commissures de lèvres sur le côté, et tout sourire XXL2 il lance un « Ouhinnn !!! ». La fête dure un moment…

Il arrive aussi que des familles, que nous voyons régulièrement, et que nous prévenons de l’anniversaire, se déplacent et viennent. Ce jour-là la mère de Jean-Yves-doudou-rocking-chair-5-octaves, cette dame joyeuse se déplaçant en déambulateur est de l’anniversaire avec sa fille et d’autres personnes. Son fils fête ses cinquante ans, et elle veut marquer le coup, « Comme pour ses autres enfants » insiste-t-elle. Pour bien faire les choses, elle a emporté du champagne, et me demande de déboucher les bouteilles. C’est un weekend, et bien que la Direction ne soit pas présente, je m’en trouve un peu gêné. Je m’en ouvre à la mère, avec humour. « Dites, Madame P., Vous voulez nous faire virer, il est interdit de boire de l’alcool ici ». Elle dévie, en riant : « Mais c’est pas de l’alcool, c’est du champagne ! » Ma réponse d'homme distrait réfléchi : « Ah oui, que bête je suis ! Mais n'est-il pas un peu alcoolisé ? ». La vieille dame, en bonne célébrante de la vie : « Vous ouvrez quand même », appuyée par sa fille qui dit : « On vous défendra auprès de la Direction. » Dans ma tête : « Dans ces conditions alors… ! J’ouvre une bouteille. Mais cette dame est une cave ambulante, elle en a apporté trois. « Vous remporterez les autres, Madame P. ». Retour de regard qui tue : « Pas question, vous les gardez, vous les boirez avec vos collègues ». Rapide réflexion. C'est pas conseillé. Mais pas encore interdit. « D’accord, mais en dehors des heures de boulot ». « Ben oui » retourne la dame. Et tout le monde est content. Madame P. me demande de lui remplir un fond de verre. Elle attrape son fils qui résiste et lui met dans la bouche : « Bon anniversaire, mon gamin ». Le gamin tord sérieusement le nez. Il y a Charly-le-clown qui rit. Elle lui demande s’il en veut. Elle est terrible cette Madame P. ! Il fait : « Hein ». Alors c’est à nous de jouer. On lui fait tirer la langue et on lui dépose quelques gouttes. Il avale, grimace, fait « Hein », se pince le nez, et suinte sérieusement des yeux. On lui demande s’il a aimé. Il fait « Hein » en partant dans un éclat de rire.

Un autre weekend, un anniversaire émouvant. Celui de Martin-qui-roule-à-l’envers. Le matin, au réveil, on lui dit que son frère viendra à son anniversaire cet après-midi. Alors qu’on le lève tous les jours difficilement, ce matin il fait le maximum pour nous faciliter le lever, et il est heureux et rigolard. Il y a longtemps qu’on n’a pas vu son frère, atteint de graves ennuis de santé, à ce qu’on sait. L’heure H arrive. Le gâteau est là, les invités, des agents. Et le frère. Petit homme très sympathique, un peu taiseux, attachant. Il est assis à table, et Martin a voulu s’assoir à ses côtés. Il se colle à lui et ne fait que le regarder. Lui aussi le regarde. Nous levons nos verres, trinquons, chantons, mangeons le gâteau… L’ambiance se crée. Au détour d’une discussion, le frère dit qu’il ne s’est pas occupé de Martin, ces derniers temps, du fait de sa maladie, mais que maintenant ça va mieux et qu’il viendra le voir, sinon le chercher de temps en temps. Évoquant Martin et ses plaisirs, les plaisirs gourmands, le fait qu’il aime bien se positionner au fond du couloir, près de la baie vitrée à observer dehors, le frère confie que lorsqu’il était enfant, ses parents installaient son fauteuil sur la terrasse de la maison, surplombant la route, et qu’il passait des heures à regarder passer les voitures. Éclairante et attendrissante révélation : telle occupation d’enfant et même occupation d’adulte. Alors que l’anniversaire se poursuit, que ça discute, que ça parle fort, que ça échange et rit entre résidents et nous, entre agents et agents, mon regard tombe sur le visage du frère qui semble avoir décroché et être dans les nuages. Je vois alors en lui qu’il est en fête de famille, avec sa famille et Martin, autrefois..., tout en étant en fête de famille, ici maintenant, avec Martin, ses amis et nous. Ses yeux sont luisants et rougis. Déjà dit, mais une nouvelle fois ici : ainsi va la vie…

| Les sorties extérieures |

De grandes sorties sont périodiquement organisées. Des résidents, en capacité, vont passer la journée ici ou là. En général, nous partons à deux véhicules minibus avec des résidents multipavillons. C’est du taff et de l’organisation. Je participe à deux sorties, en accompagnant.

Nous faisons une échappée belle lointaine dans un parc des oiseaux. Parmi nos résidents aptes à métaboliser un tel aller et retour éloigné, plus visite, en été, Suzy-coquette-pipelette et Martin-qui-roule-à-l’envers. La première s’est faite toute belle pour la circonstance, et va vite se défaire tant il fait chaud et qu'il est plombant de parcourir les allées du parc. Quant à notre homme, comme sa collègue de foyer, il observe avec curiosité au début, puis se désintéresse rapidement. Quand un bel oiseau se présente au fil de la visite, tout en poussant son fauteuil je l’interpelle,, d’un « Regarde celui-là, comme il est beau, ou rigolo. » Il regarde, sourit, et fuit du regard ailleurs. Parfois j’insiste : « Regarde Martin, etc. ». Alors, il pointe l’oiseau du doigt puis regarde ailleurs, d’un air de signifier « Oui je le vois ton piaf, pour te faire plaisir, maintenant lâche-moi. » Pour les autres résidents de l’institution, c’est un peu pareil, ça ne les intéresse pas vraiment. Très bien, c’est comme ça ! La balade présente l’intérêt et l’avantage de faire sortir des résidents, des accompagnants, et d’emmener balader tout son monde dans un bel endroit. Superbe journée, il fait beau, ça ramollit positivement les organismes, la nuit sera bonne. Assurément, ça fera des souvenirs. La preuve…

Autre sortie lointaine, un hiver cette fois, à la montagne. Même organisation que d’habitude. La circonstance veut que je sois de nouveau accompagnant de Martin-qui-roule-l’envers.

Grand emmitouflage des résidents, on va monter en altitude de cette station alpine où, ce jour, sont conviées des institutions de la région pour une activité de luge de moto et ou de luge de chiens de traineaux. Départ. Long temps de voyage... ça monte, ça tourne. On arrive. Tout le monde descend ; ou plus exactement, on fait descendre tout le monde. Attention au froid, ça pique. Les anoraks sur les corps rendent les attaches des résidents sur leurs fauteuils beaucoup plus problématiques. Le bonnet bien sûr. Et les gants évidemment, mais pas évident, parce que lorsqu’il faut mettre des gants sur des mains tordues, ça coince. La solution : des moufles, encore que s'il y a pouce tordu ou ne décollant pas ou mal du reste des doigts, ce n'est pas gagné. Ou alors, la solution bis, décalée, interpellante pour qui voit et ne sait pas : des grosses chaussettes.

Une fois tout le monde équipé, direction le lieu de loisirs à quelques cent deux cents mètres. Beau temps, soleil, ciel bleu, vent froid. Décor majestueux, plateau vaste, profond, enneigé, de grandes et larges pistes de ski de fond, encerclé de montagne et de forêts de sapins blancs. Magnifique ! Mais pour nous accompagnants, belle difficulté de pousser les fauteuils roulants avec leur résident dans la neige. D’ailleurs mieux vaux les tirer en arrière de nous. À force, ça tire sur les bras, sur les cuisses et ça essouffle : belle séance de muscu et de cardio. De bonnes volontés nous remarquent et nous aident… Nous voilà sur place, il y a du monde. La majorité est en fauteuil. Des jeunes, des moins jeunes, des vieux (pas trop quand même). Des semi-valides, debout avec déambulateurs. Des valides à l’allure heurtée, d’autres plus fluides de mouvements, des raquettes de neige aux pieds. Une centaine de participants avec leurs accompagnateurs. Il est difficile parfois de discerner qui est accompagnateur. Il faut regarder de près et naturellement amorcer une conversation, dire un petit mot, pour se rendre compte de qui est qui en fonction de la réaction et de la réponse apportée. Là on sait ! Ou alors on se fait surprendre. Par exemple cette élégante jeune femme en fauteuil, belle, brune, cheveux ondulés, qui parle à une autre femme debout près d’elle, a l’air d’être comme vous et moi, si elle n’était assise en fauteuil roulant. Une personne handicapée avec son accompagnatrice ? Non, deux accompagnatrices qui discutent ! C’est ce qu’il apparait quand la femme assise se lève du fauteuil où elle s’est reposée. Perso, je ne suis jamais assis sur un fauteuil. J’ai vu de jeunes collègues le faire et rouler vite, à la pilote de course, ou alors en fauteuil électrique et avancer en riant... Insouciance ! Après tout, peut-être n'est-ce pas si mal...

Revenons à Martin-qui-roule-à-l'envers. Un temps excité de l’aventure, à regarder partout autour de lui, il se montre maintenant peu sensible à cette majesté ambiante. Bof, à présent il s’ennuie, assis sur son fauteuil à attendre son tour. Il tapote, de la main, son genou et puis sa bouche. Il est blanc, ses yeux bleus se délavent. Ses habitudes sont bousculées, lui qui à cette heure-là se positionne au fond du couloir face à la baie vitrée donnant sur le parking. Martin qui me voit toujours vêtu d’une blouse blanche se montre surpris de me voir en parka, avec bonnet et des lunettes de soleil. Il m’observe, interrogatif, dubitatif, amusé et souriant…

C’est son tour. On installe Martin sur le Tandemski, une luge aménagée tractée par une motoneige. Il lui est mis un casque, un masque de ski. Il grogne un peu, veut l’enlever, on lui explique, on le rassure. Je demande au pilote de ne pas aller trop vite car Martin est d’une grande sensibilité et éprouve vite de la crainte et de la peur. C’est d’accord. Ce qui ne l’empêchera pas d’aller à bonne allure. La motoneige démarre et tire la luge sur deux cents mètres jusqu’en haut d'une piste douce de descente. Là, la motoneige s'arrête, le pilote descend, détache la luge, remonte sur sa motoneige, redémarre, et va se positionner quelques centaines de mètres plus loin en contrebas. En haut, la monitrice, debout en arrière de la luge, donne l'impulsion et entame alors la longue descente avec Martin en dessinant des lacets. Une fois arrivée en bas, rattachement de la luge au scout et remontée jusqu’en haut par un circuit ramenant au point de départ. La balade a duré quelques minutes. Martin revient, son bout de langue coincé dans son trou d’absence de dent de façade. Il a un large sourire, il est content. Il est ensuite réinstallé sur son fauteuil... et il s’ennuie. Il y a des ateliers avec des jeux de neige, des quilles à dégommer, pour qui peut, des petites descentes en petites luges avec des accompagnateurs... Mais pour Martin, maintenant, l’essentiel est ailleurs. Il est dans les midi, et c’est l’heure du déjeuner…

Martin se montre toujours enthousiaste au moment du repas, on le sait. C’est sa jouissance de tous les jours. Désormais le soleil donne. Des accompagnatrices sortent des repas en plein air, souvent des barquettes avec des cuillères adaptées, et s’emploient à alimenter les résidents en nécessité. Nous, avec les nôtres, nous allons nous poser à l’intérieur du chalet bâtiment d’accueil. Nous y serons à l’ombre, il y a des tables, des bancs et aussi… du monde. On parvient néanmoins à se placer. Martin est à fond et il y a de quoi. Les cuisines ont été généreuses et nous ont prévus trop de bouffe. Par exemple, pour nous en l’occurrence, nous avons beaucoup trop de paquets de chips. Près de nous, une tablée de jeunes sportifs de dix à onze douze treize ans, en stage de ski. Ma collègue se lève et va leur offrir nos paquets en trop. Ils sont contents et les massacrent en un rien de temps… Un peu plus tard, au moment du café, le responsable du groupe vient nous voir et nous fait part de son désir de nous payer le café. On en a avec nous, mais on va faire autrement. Je me lève, me saisis des anses du fauteuil de Martin, je prends du matos, et je dis au responsable que je vais avec lui et Martin à la machine à café. Il met une pièce, un café tombe. Pour moi ; je le prends. Une autre pièce, un café tombe. Pour Martin ; l'animateur ne sait qu'en faire... Je le prends, le verse dans le verre plastique à pipette de Martin, la capsule de son dôme plastique, et le tend à Martin. Une troisième pièce, un café tombe. Pour l'animateur ; il s'en saisit et marque un temps, ne sachant que faire. Et c’est Martin qui débloque la situation, en tendant son verre de café vers la tasse du gars et de la mienne, pour trinquer. Ensuite on boit tous les trois. Notre hôte, visiblement, est ému. Puis nous apportons d’autres cafés pour ceux restés à table. Nous remercions joyeusement et bruyamment tous ces jeunes et leurs encadrants, qui nous le rendent tous aussi bruyamment, sinon plus. Il y a de la fraternité et de la joie, et ça fait du bien… À une table, non loin, une maman et sa charmante petite fille vacancière, elle vient guetter sans arrêt pour voir qui est ce 'drôle de Monsieur' (Martin) assis dans un drôle de fauteuil (roulant).

Treize heures. Retour sur les pistes. Un groupe, d'organisateurs et d'amis, casse la croute debout près de tables installées sur la neige. La sono balance du Brassens à tue-tête. Ma collègue esquisse quelques pas de danse, je chante fort, ce qui fait rire Martin de toutes ses dents moins une sur le devant. Martin semble aimer Brassens : il tape de la main sur son genou et sourit… Le soir, retour vers le foyer, arrivée à 16:00. Martin est cassé, crevé, je débauche de ma journée d'accompagnant. J’apprendrai de mes collègues, le lendemain, que Martin a été mis au lit et qu’il a eu du mal à se réveiller pour le diner. Après le diner, retour au lit où il a dormi comme une souche...

⑥ LES VOMISSEMENTS SE RENFORCENT ET PERCENT SÉVÈRES
– 'Si maman si, si maman si...' | France Gall.

Nelly-comme-un-volcan sélectionne ses victimes et fait son numéro. Dans l'équipe, il y a au moins deux collègues anciennes, à l'esprit maternel, qui la rapprochent certainement de la relation qu'elle entretient avec sa mère tendre et très culpabilisée. Petite tentative psycho de compréhension : « Maman, pourquoi m''abandonnes'-tu ici ? Je vais mal, la preuve je vomis tout le temps, viens me rechercher ! ».

Pour limiter, voire juguler ces actes vomitoires, tous les agents ayant une personnalité proche de celle de sa mère, ou plutôt proche de celle que Nelly identifie comme étant proche de celle de sa mère, auront à surveiller leurs paroles employées et aussi et surtout leurs intonations de voix. Qu’elle ne perçoive pas en elles, de la crainte et de l’émotion. Si c’est le cas, elle leur enverra une balle de smash, un service gagnant, un vomi. Il faut bien comprendre qu’il ne faut pas se laisser aller à jouer au pingpong avec elle. Tout le monde a une bonne approche du traitement de ce vomissement, des procédures, ce n’est qu’une question de personnalités. Ne pas avoir de réaction empreinte de charge émotionnelle, prendre un ton neutre...

Je pense l'avoir bien compris, pour ma part, et de plus je suis un homme d'âge déjà avancé, alors peut-être perçoit-elle chez moi une dimension paternelle, une personne aimante mais avec qui parfois il ne faut pas plaisanter. Qu'est-ce qui me fait penser cela ? Cet évènement, par exemple... Nelly a vomi à table avec ma jeune collègue (maternelle) qui l'a emmenée dans sa chambre, comme prévu par la procédure. On l'entend continuer de se faire bruyamment vomir, incitant par là ma jeune collègue à revenir la chercher. Après un moment, c'est moi qui me déplace. Je m’approche, elle entend mon pas, me reconnait. Je lui dis : « Je viens te chercher ». Elle se trouve surprise, et dit en perdant pied : « Attends, j’ai envie de... d’habitude elle dit : vomir... dormir... autre chose ». Je l'informe que je l’emmène dans la salle de bains pour le change. Elle se calme. Dans la salle de bains, elle tente encore de se faire vomir. Silence de ma part. Je lui demande de se lever en accrochant ses mains à une barre latérale installée sur le mur face à elle. Je lui redemande de se lever, « d’accord ? ». Elle répond d’un ton sec, déterminé et peu habituel dans ce genre de situation : « Pas d’accord ». Ce à quoi je réponds « Eh bien, tu te lèves quand même ». Elle ne dit rien et se lève. Ensuite elle se calme, ne tente plus de se faire vomir, et coopère.

Loin d'être bête, cette Nelly !
Petite conversation du matin : « Comment ça va, Nelly ? » « Bien, j’ai bien dormi. » « Et tes vomissements ? » « Comme d’habitude. » « Tu crois que ça peut s’arranger ? » « Oui. »
Au déjeuner : « Tu sais pourquoi je te mets une blouse ? » « Non. » « À ton avis ? » « Pour pas salir !? » « D'après toi, il y a une autre raison ? » « Non. ».
Toujours au déjeuner : Alors que je l'entends entamer une poussée vomitoire, dans mon dos, je m'active à lui glisser la bassine entre les mains. Prise de court, elle me dit : « ...Merci. »
Loin d'être bête, cette Nelly !... Et dès qu'elle a du champ, elle gicle à cœur joie.

Dans l'équipe, parfois, viennent s'incorporer de nouveaux agents au cours des vacances et au fil des démissions, des maladies... Deux jeunes gens rejoignent l'équipe. Deux garçons sympas, gentils, dont un au comportement très proche des comportements féminins (assumé et revendiqué, d'ailleurs). Alors, pour ce qui est de ces deux jeunes gens, ils dégustent les pauvres ! Ils sont bien tenus informés et 'formés' pour juguler les attaques de Nelly, mais ils sont encore trop tendres face à la redoutable Nelly, dont le cadre socio-éducatif lui-même dit avec humour « Nelly, elle est trop forte pour moi ». Voici quelques mésaventures qui me font rire, qu'on me pardonne, et pour lesquelles pour certaines, je suis partie prenante...

Par exemple, le jeune agréable collègue G. lui demande de boire son verre (consigne pour qu'elle s'hydrate). Pas de réaction. Il la resollicite. Rien. De nouveau. Elle s'exécute... Satisfaction, il passe à un/e autre résident/e dont il s'occupe simultanément. Quand soudain... il entend, dans son dos, ce son reconnaissable de jerk et cette réflexion d'accompagnement : « Voilà, j'ai tout bu et j'ai vomi ». G. se montre dépité et l'a sur l'estomac.

Mais le plus fort et le plus drolatique, si je puis me permettre c'est cet épisode avec ce jeune collègue très attentionné, à l'approche féminine bienveillante...

Nous sommes deux agents et deux résidents en toilette dans la salle de bains. Il y a un résident et moi, dans l'espace lit-douche du fond, masqué par un rideau. Et il y a ce jeune collègue, L., voulant très bien faire, dans l'espace lit-douche de devant, avec Nelly. Il lui parle comme un coiffeur le ferait avec une cliente lors d'un forfait shampoing, coupe, soin, brushing finishing, c'est-à-dire très z'aimablement, c'est tout juste s'il ne lui demanderait pas comment ça va chez elle et si elle veut un café ? J'entends tout derrière le rideau, et ô lâche collègue manquant à sa mission de soutien aux nouveaux arrivés, que je suis, je ne dis rien. Pire, je commence à m'abandonner mentalement sur les voies de la montée en puissance du plaisir et de la jouissance... Tout s'est bien passé, Nelly s'est faite coopérante et charmante pendant la douche, L. papote, papote... Habillage. Elle se montre toujours réactive, si ce n'est qu'elle émet quelques petits bruits (toussotements) que L. n'identifie pas. Voilà Nelly sur son fauteuil, pour la fin de préparation : ajustement vestimentaire, séchage des cheveux, léger maquillage (parce que L. adore ça) (et léger, parce qu'un jour, il a si bien peint Suzy-coquette-pipelette, elle, satisfaite, que la femme d'entretien la voyant lui a dit « Dis donc, L., Suzy n'est pas une drag-queen !? Bref.) Là, maintenant, Nelly est presque prête, bien habillée, coiffée, maquillée, élégante et belle. Elle est aussi presque prête à prendre le devant de la scène et à jouer son acte. Ultime concentration, trois coups de levé de rideau dans sa tête, et ça y est... Nelly envoie la sauce, sous vos applaudissements !!!... J'épie. L. fais un saut de survie en arrière, tout en en criant son déchirement : « Aaaah nooon, Nelly, qu’est-ce que tu fais, je te lave, je te prépare, et tu t’en mets partout !!! » « Etc. » Et le festival continue. Il la change deux fois, et elle renvoie deux fois, sous les interventions permanentes de L. toujours bienveillant malgré cela. C'est du pain béni pour l'actrice Nelly. Ça vaut ovation, la salle debout ! Moi, derrière mon rideau, je suis agité de spasmes déflagrant de ce va-et-vient 'intellectuel' entre L. et Nelly. Ce fut bien. Chapeau l'actrice principale, très très forte !... Bon d'accord, on vient de s'amuser, mais finalement quelles solutions pérennes pour faire cesser. Nelly vomit, et elle connait des périodes où elle ne mange pas. Ce qui lui vaut des séjours à l'hôpital. Où elle donne du mal au personnel. Et où elle ne se plait pas. « Comment c'était à l'hôpital, Nelly ? » « Très moche ! » Les médecins se déclarent dans l'expectative. Lui pratiquer une gastrostomie ou pas ? Maintenant ? Peut-être plus tard ? Peut-être !? Bien sûr, la mère ne veut pas en entendre parler... Wait and see...

| Au Foyer, en temps ordinaires, le fil de l’après-midi se déroule |

Éliane-qui-se-jette-du-lit vient parfois faire des câlins, si nous sommes assis. Elle s’approche, prend la main, approche la tête de la nôtre… Mais elle ne fait pas de bisous, cela lui est étranger.

La petite Marylise-aux-os-de-verre est en position assise couchée dans son fauteuil que nous positionnons toujours près de celui de Charly-le-clown. Parce que ces deux-là sont en sentiments. Charly affectionne particulièrement cette belle petite jeune femme. Il la couve des yeux et la protège. Si un résident turbulent s’approche, par exemple Francis-le-voyageur-des-couloirs qui, par gestes brusques, risque de heurter son fauteuil sur le sien, alors Charly intervient. Il s’énerve, rougit, fait des gestes, crie des « Hein, hein hein » pour éloigner l’intrus et aussi pour nous prévenir. Si des résidents, plus ou moins valides, venant d’autres pavillons, s’approchent et s’intéressent de trop près à Marylise : idem, grosse colère. Cela interpelle une jeune collègue qui énonce « Il va falloir intervenir auprès de Charly pour lui faire comprendre que Marylise n’est pas à lui ». C’est mignon ce comportement, et cette façon qu’a ma jeune collègue d’aborder les choses. Mais bon, tant que ce n'est que cela, est-ce nécessaire !? Marylise semble heureuse près de Charly, et Charly est aux anges près de Marylise. Pratiquement, on s’arrange pour accoler leurs fauteuils, dans une proximité ergonomique spécifique. Parce qu’en pratiquant ainsi, cela permet à l'un et l'autre de plus ou moins allonger le bras pour aller toucher la main de l'autre. Et là, ça devient franchement craquant. Regard bleu et sourire de Marylise, le visage penché vers celui de Charly, au regard bleu de même, contemplant la main de Marylise posée sur la sienne. Ses yeux sont explosés de tendresse, son sourire et le relâchement détente de tout son corps se perçoivent nettement en ces instants. Il la regarde et ne manque pas de nous regarder nous aussi pour nous Montrer… Il est heureux, elle est heureuse, nous en sommes heureux…

D'Jamal-du-chaud-soleil, ce jour d’été, est dehors sur la terrasse, sous l'astre bien sûr. Nous lui avons enduit le visage de crème solaire, nous lui avons mis une casquette, et nous avons fixé un petit parasol adapté sur son fauteuil. Avec ça, il est paré pour un moment. Mais on a l’habitude et on le surveille pour lui éviter la surchauffe. On l’hydrate et quand il a pris assez de temps de soleil, on le fait rentrer.

Ce jour, le jeune Benjamin-prisonnier-de-son-corps se détend dehors, allongé comme toujours sur son fauteuil confort. Il fait bon, chaud, orageux. À un moment, commencent à tomber quelques gouttes de pluie. Je le vois Interpelé : par le bruit que font ces gouttes en tombant ci et là, et par le fait qu’il sent ces gouttes venant mouiller son visage. Sensations ! Il sourit. Je laisse faire un peu, sous l’incompréhension immédiate d’une collègue. « Il faut le rentrer » s’empresse-t-elle. « Oui, mais laisse faire un peu » je lui retourne sous ma mine incrédule… Et puis je rentre Benjamin, assez vite tout de même, lui essuie le visage et installe son fauteuil dans la salle de vie. Le pourquoi de cet épisode !? Pour le plaisir de la pluie d’été sur le corps, et ensuite du séchage, et du repli bien au sec, à l’intérieur, pendant qu’il pleut abondamment dehors. Ça me fait penser à une réflexion que m’a faite, un jour, un vieux sage de ma connaissance. Il m’a demandé : « Tu connais une des définitions du bonheur ? » Devant mon silence interrogateur, il a poursuivi : « C’est quand il est cinq heures du matin, qu’il pleut à torrent, que tu es dans ton lit, et que tu entends la mobylette du livreur de journaux qui vient te livrer le canard ». Moi j’aime beaucoup, c’est imagé. Peut-être vient-on là, dans cette autre configuration, de procurer un petit moment de bonheur à Benjamin…

Plus tard ça commence à gronder. Suzy-coquette-pipelette lâche « Ça va péter » et n’en mène pas bien large. Je m’approche et lui demande : « T’as peur de l’orage ? » Elle dit « oui ». « De quoi t’as peur exactement ? » Elle biaise : « J’ai peur pour la télé  ». Je pousse le questionnement pour parler de l’orage, de la foudre, et les décharger ainsi de leurs pouvoirs psychologiques agressifs. « Et tu as aussi peur aussi que la foudre nous tombe dessus ? » Elle précise : « J’ai peur qu’elle tombe sur mon lit ». Je lui explique ce que je sais de l’orage et de la foudre. Elle se calme. Et l’orage aussi… Suzy actionne la commande de son fauteuil électrique et se dirige vers sa chambre en me demandant de la suivre. Elle veut que je lui mette un film. Elle a des cassettes vidéo et veut voir 'Camping', avec Franck Dubosc et Gérard Lanvin. Je lui mets et lance le film. « Tu aimes bien cet acteur ? » je lui demande en évoquant Dubosc ? « Oui, il est marrant »… Quand elle aura terminé avec son film, ou avant, car elle l’a déjà vu, Suzy viendra trainer dans nos jambes. Elle nous parlera. Par exemple, ce matin, une jeune collègue au langage fleuri, lui a dit « Je vais changer et mettre ton filet de levage du lève-personne, car il sent le poisson ». Cet après-midi, elle l’a encore sur le cœur, et me dit « C’est pas très gentil ». « De quoi Suzy ? ». De me dire que je sens le poisson ». Mais non Suzy, tu sens très bon, ce n’est pas de toi dont elle a parlé. Sa préoccupation s’évapore et son humeur positive revient.

Un peu plus tard, Suzy me demande si je travaille demain ? Au moins trois ou quatre fois qu’elle me le demande depuis que j’ai pris mon service. Que je lui réponds. Et c’est comme ça tous les jours. À un moment, son visage s’éclaire : « Ce weekend, je vais faire la fête chez ma sœur ». « Elle vient te chercher ? ». « Oui et je vais manger du chocolat, je vais faire la fête »… Sacrée Suzy, très souvent très sollicitante… « Je suis fatiguée, je veux me coucher », « Je veux être changée », « Change ma protection, ça me pique », « Mets-moi mes bijoux », « Enlève-les moi », « J’ai mal aux pieds, défais mes lacets », « J’ai chaud aux pieds », « Enlève mes chaussures », « Et aussi les chaussettes », « J’ai soif », « Allume-moi la télé », « T’as mis ma zapette trop loin sur la tablette », « J’ai fait tomber ma zapette », « Elle est encore retombée » (« Suzy, la prochaine fois, je ne te la ramasse pas ! »)…

Éliane-qui-se-jette-du-lit est à rêvasser sur son lit. Fin d’après-midi, Charly-le-clown a été couché. Francis-le-voyageur-des-couloirs ouvre toutes les portes qu’il trouve à ouvrir et les referme bruyamment. Francis et d'Jamal-du-chaud-soleil s'accrochent leurs fauteuils ensemble dans un coin. Obligé de manipuler les fauteuils pour les libérer. Martin-qui-roule-à-l’envers s’ennuie. Il se transporte lentement vers la chambre de Charly-le-clown, entre, manœuvre près du lit, et Charly et lui regardent la télé entre potes. Charly est content. Martin aussi…

En fin de journée comme ça, le relâchement, la lassitude et la fatigue faisant, il y a parfois du déconnage. Du côté des résidents. Et aussi des agents… pour le grand plaisir des résidents.

Suzy-coquette-pipelette est très respectueuse de l’Autorité, la directrice, le cadre, et se trouve dans la crainte s'ils élèvent la voix ; ce qui arrive parfois quand Suzy part en crise et qu’elle a besoin de se faire remonter les bretelles. Alors quand, dans des plaisanteries, je fais intervenir le cadre, la directrice, les mettant en scène dans des situations de la vie farfelues pour elle, ça l’interpelle, ça l’amuse, et elle se désolidarise des propos que je tiens et dans lesquelles je l’incorpore, tout en s’en amusant.

L’autre jour, alors que je l’emmène en voiture handicap chez le kiné, nous passons devant une discothèque. Je lui montre et lui dis : « Tu vois, là, c’est un endroit où on se tortille du cul. » Déjà le mot employé l’interpelle et la fait rire. Et encore plus quand je lui révèle : « Je dirais à la directrice que c’est toi qui m’a dit ça ». Rire rire et rire, et... « Non c’est pas vrai, c’est toi qui l’a dit, c’est toi qui l’a dit, c’est toi qui l’a dit »…

En soirée, ce jour, je donne une crème au chocolat à Suzy qui l’a demandée. Je lui dis qu’elle va être bonne et qu’elle va aimer. Je lui raconte que si cette crème est si bonne et rare c'est parce qu’on l’a fait venir de l’étranger par avion, qu’elle vient d'arriver à l’aéroport voisin, et qu’elle vient d'être transportée ici en carriole tirée par un âne. Que c'est Monsieur le cadre lui-même qui conduisait la carriole, et que lorsque l’âne ne voulait pas avancer, c’est Madame la directrice qui poussait derrière, et qu’à force elle était toute transpirante et qu’elle en avait marre. Elle, de rire et de devenir toute rouge. Je lui dis que je dirais que c’est elle qui a dit ça. Elle dit que non, que c’est pas elle, que c’est moi, que c’est moi, que c’est moi »…

Un jour qu’elle est dans les couloirs, vers les bureaux, c’est un dimanche, la Direction est en weekend, je m’approche et lui chuchote : « T’es déjà rentrée dans le bureau de Madame la directrice quand elle n’est pas là ? » Elle sursaute sur son fauteuil, rougit, prend peur et dit : « Non ». Je lui dis, sans savoir : « Si ça se trouve la porte est ouverte. On entre et on va mettre le bazar ». Elle rigole s’affole et se défend vaillamment : « Non non non ». Je lui dis « Si si si ». Je presse doucement la poignée de la porte, sous ses yeux rieurs et horrifiés… C’est fermé. Elle souffle en lâchant soulagée : « Eh ben tu vois ». Je lui dis que je vais essayer avec un trousseau de clés passepartout que j’ai sur moi pour entrer ici ou là dans des pièces toujours fermées (la lingerie, etc.). Je glisse ma clé, je tourne, et à notre grande surprise, à ma grande surprise, la serrure se déverrouille… J’ouvre… Suzy est proche de la crise cardiaque (humour). Je lui dis : « Maintenant, tu vas entrer avec moi » et, manipulant son levier de commande de fauteuil, je la fais pénétrer jusqu’au milieu du bureau de la directrice. Suzy a diminué de moitié sur son fauteuil tellement elle a la pétoche, ses yeux guettent l'entrée... On ressort ensuite, et j’informe Suzy que je dirai à la directrice, demain, qu’elle est entrée dans son bureau. « Non c’est toi. Non c’est toi. Non c’est toi » répète-elle au moins dix fois, si ce n’est plus. Rires rires rires et Suzy qui raconte l’histoire à sa grande complice, la maitresse de maison, en disant : « C’est lui qui l’a fait. C’est pas moi, c’est pas moi, c’est lui qui l’a fait, c’est lui »…

Il y a de la proximité entre les agents et les résidents. On est censé les vouvoyer, mais pour ceux qui parlent ou parlotent, ils nous tutoient aussi. Et de toute façon, on n’est pas copains copains, mais partenaires partenaires… de proximité. Un jour, la directrice a dit que s’il y avait des remontrances des autorités de tutelle sur ces tutoiements, elle nous défendrait. Merci Madame, vous avez complètement raison (parole d’un humain, touriste de la profession, avec humanité et application). Par contre la directrice comme le cadre font la chasse aux petits noms que parfois, nous pouvons donner aux résidents. Normal ! Sauf que parfois, ils viennent naturellement, comme dans la vie, nous sommes dans la vie d’ailleurs, et ils nous échappent.

En aide-infirmière, nous avons une ex-agente très sympa, très rigolarde et très spécialiste dans le genre. Pour elle, parfois, Joëlle c’est 'Jo la Frite'. De Martin sortant tout beau tout neuf de la salle de bains, elle dit : « Tiens, le Martin nouveau est arrivé ». Sinon, pour d'Jamal, ça peut-être 'd'Jam', pour Éliane 'Duchesse' (elle en a des allures), pour Martin 'Martinou', pour Charly ça va jusqu’à 'Charloune'… Suite aux réitérations des consignes directoriales, on finit par se surveiller entre agents et à plaisanter. Quand on entend l’un de nous affubler un résident d’un petit nom, on le pointe du doigt et on lui dit : « Viré/e ». On a aussi lancé un concours de championnat du Monde du petit nom. Il consiste à repérer un petit nom affublé spontanément à un résident, sans qu’il n’y ait de préméditation. Le record est détenu jusque-là par une infirmière qui a appelé Charly : 'Charloune Pataloune'. D’où ça lui vient ? Elle n’en sait rien. Mais ce matin, cette collègue du service infirmerie (il faudra toutes les virer celles-là ) vient de battre allègrement deux fois le record du monde en appelant Marylise-aux-os-de-verre : 'Ma petite grenouille verte aux pattes jaunes' !!! Et 'Ma petite grenouille verte à roulette' !!! Magnifique, extraordinaire, sublime, ça sera difficile de faire mieux ! Éclats de rire dans l’équipe. Nous lui disons : « Virée. Pas la peine de passer par le bureau de la directrice, tu prends tes affaires et tu pars direct ». Elle se défend en arguant qu'… elle a été inspirée par cette peluche grenouille verte aux pattes jaunes près du lit de Marylise. Et par le fait que Marylise est en fauteuil. Ce à quoi nous répliquons, très pro règlement : « Qu’est-ce que tu nous coasses ? Maintenant, va manger la grenouille sans retraite et sans indemnités »…

Ça nous crée une ambiance de fête. Et puis parfois pas besoin de créer d’ambiance de fête… puisque ce sont carrément des fêtes programmées. Chaque année, il y a la Fête des familles, la Fête de Noël, la Fête de la musique.

La Fête annuelle des familles est assez traditionnelle et sage. Comme son nom le prête à penser, les membres des familles viennent, tout du moins ceux et celles ayant l’habitude de visiter les résidents. Les dits résidents sont contents de voir des proches pour certains, et plus généralement assez contents de voir du monde et de l’animation. En éveil et en sollicitations plus longtemps, en fin de fête c’est pour eux la grande fatigue.

Ah, Noël est toujours spécial ! Le sapin, le père Noël, des cadeaux, une animation spectacle. Une immuable ambiance d’enfants flotte dans l’air. Et comme nos résidents ont un esprit en rapport, alors le plus souvent ils aiment particulièrement. Ce Noël, un conteur d’histoires fantastiques prend place, avec ses atours et ses bons tours qu’il va jouer au public. Lui est au centre, son public tout autour. Et il commence à raconter des histoires abracadabrantesques, avec des mots, des chansons, des gestuels, des matériels, tout en prenant à partie les plus réceptifs des résidents. Parmi ceux de notre pavillon, Suzy-coquette-pipelette est réceptive, Francis-le-voyageur-des-couloirs rit aux grimaces, et Charly-le-clown est à fond comme d’habitude : rires, grands gestes et tout le reste... Tellement bon public notre Charly, que le conteur s’appuie souvent sur lui et ses réactions pour booster ses histoires. Du coup, ça fait rire tout le monde…

Tous les ans en juin, la Fête de la musique est sacrée. Elle nécessite une grande préparation des équipes. Parce que nous l’organisons dans notre parc, derrière les bâtiments. Parce que tous les résidents sont déplacés là le temps de la fête, c’est-à-dire entre 11:00 et 16:00, en gros. Et qu’en plus, nous accueillons des membres d’autres institutions à notre fête de la musique. Il nous faut installer dehors, une immense tente d’abri avec de grandes tables, des bancs, des chaises pour le déjeuner. Une autre tente d’abris devant servir à s’isoler des regards pour faire des changes. Une autre tente d’abri pour du matériel de musique, etc. Cette année, comme les autres, tout le monde est dehors à 11:00, visages crémés, les chapeaux. Les accompagnants que nous sommes s'occupent de nos résidents, mais aussi de ceux des autres. C’est la grande solidarité. Un DJ, le père d’une collègue, fait tourner la sono. On déambule dans l’espace parc, on déambule, on stationne, on papote, on ânonne, on onomatopète… C’est joyeux. Les aiguilles de l’horloge progressent. À un stand, la dirlo et le cadre s’occupent des boissons : des jus de fruits, du coca, de l’eau, et idem en version gélifiée. Midi pointe à l'horloge. Les agents que nous sommes retournent aux cuisines de nos pavillons pour aller chercher les charriots de nourritures préparées. Les infirmières arrivent avec les médicaments. On installe tout le monde sous le grand espace tente. Médocs, boissons, et piquenique champêtre. On fait manger nos résidents, nous mangeons, la directrice et le cadre sont là qui se restaurent aussi avec nous. Le soleil tape, il fait chaud, bien qu'un peu moins sous les tentes. Ça fatigue les organismes...

Et c’est loin d’être fini. Le café pris, il faut changer les résidents, culottés de leurs protections depuis ce matin. Direction la petite tente d’isolement, un par un, ou plutôt deux par deux, puisque nous avons aménagé une séparation visuelle. Eh bien, voulez-vous que je vous dise ? Ce n’est facile, quand on termine juste de manger, de saisir les résidents, de les extraire des fauteuils, de les déposer à terre, de se mettre à quatre pattes, et de le déshabiller rhabiller, et de les remettre au fauteuil. D’accord, on s’aide les uns les autres, mais quand même…

Au programme, en ce début d’après-midi, le concert d’un guitariste chanteur exubérant nommé Bob dit-l’âne. C’est un copain d’un agent travaillant dans un des pavillons du foyer. Il l’a invité, avec l’accord de la direction, pour qu’il fasse son show… mais trop chaud ! Parce que l’artiste est connu dans le coin pour faire des pastiches de chansons françaises avec des paroles grivoises. J’entends son copain, agent de l'institution, lui dire : « T’y va mollo car ici c’est quand même mon boulot ». D’accord. Ce sera effectivement très entrainant et très correct. Des résidents et des agents se sont agglutinés en arc de cercle devant lui, et il y a de l’ambiance. Des résidents en capacité et des agents swinguent de la hanche. On actionne les fauteuils des résidents en incapacité et on les moove aux tempos des rythmes et chansons. Perso, je fais faire le moove à Suzy-coquette-pipelette. La pauvre a chaud et moi aussi. Il va falloir aller s'en jeter un au stand de la dirlo et du cadre. On en prend le chemin. Ce faisant, on passe devant la tente-abri de la sono. Le responsable de la sono a laissé place à… « Oh surprise, elle est là »..., la musicienne violoniste qui vient faire ses ateliers musique au foyer. Elle est accompagnée d’un groupe de jeunes, surtout des filles, quelques garçons… dont on ne reconnait pas exactement, pour deux filles en tout cas, si elles sont en situation de handicap. Handicap physique non. Déficience mentale, franchement je ne sais pas. À creuser... Ils sont en train de se préparer avec des micros. En attendant, avec Suzy, on va boire…

Les premières notes du groupe d’artistes de la prof de musique retentissent dans le parc. Et ça s’annonce tout de suite, ça ne va pas être du mou, ça va être du pêchu. Techniquement, il y a les bandes-son, enrichies parfois des riffs de violon électrique de la prof cheffe d’orchestre. En arrière-plan, quelques artistes valides (dont on perçoit qu’ils sont quelque peu ou beaucoup (je ne sais pas) en situation de handicap mental. Et en devant de scène, deux jeunes nanas, la petite vingtaine, pas très grandes, mignonnes, sexy, souriantes, et avec une pêche d’enfer. Les chansons qu’elles vont chanter et dont elles ont entamé la première sont du genre... 'Alexandrie Alexandra' de Cloclo, 'Femme libérée' de Cookie Dingler, 'Born to be alive' de Patrick Hernandez… Et c’est bien parti, elles se trémoussent, dansent parfaitement, manient le micro et la voix avec professionnalisme. On peut dire qu’elles mettent le feu. Les résidents font arc de cercle devant le groupe, scotchés à leurs prestations. Je suis avec Charly-le-clown qui vit le show de l’intérieur... Sourires, rires, gestes gauches des bras et des mains, il fait des appels oculaires aux deux chanteuses, dont la meneuse qui le remarque et vient chanter pour lui devant son fauteuil. Voyant cela, en semi-transe moi-même (je jerk avec d’autres), j’actionne la commande du fauteuil de Charly et le fais avancer doucement jusqu’aux abords du groupe où Charly donne l’impression maintenant d’en faire partie. Les enceintes tapent et vibrent. C''est l'ambiance concert. Ça chante, ça danse de part et d’autre de lui. Il en exulte de bonheur. Les deux chanteuses jouent le jeu et s’appuient sur lui sur certaines de leurs chansons en lui tendant le micro pour qu’il pousse une onomatopée au bon moment sur une partie de chanson adaptée. Ce qu’il fait parfaitement ; tout en poursuivant notre jerk d’enfer, lui et moi, chacun à notre manière… Le show dure un bon moment… et finit par se terminer. Parce qu’il faut une fin à tout, et parce que tout le monde est épuisé.

Un pot bien mérité est servi ensuite au stand de la dirlo et du cadre. Charly-le-clown se fait féliciter et prolonge avec d’autres accompagnants qui lui parlent. De mon côté, je retourne là où les deux filles ont fait leur show, accompagnées des quelques autres chanteuses chanteurs d'arrière-plan. Les deux filles récupèrent, encore toutes excitées de leur belle prestation. J’entame la conversation avec elles. Elles sont bizarres ces filles. À bien les dévisager, elles ont comme des petits airs de personnes atteintes de mongolisme, mais très peu. De plus, l’aplomb de la chanteuse principale, son discours, conduisent à penser qu’elle a certes ces infimes stigmates, mais sans qu'elle n'en ait la pathologie. Je la complimente de sa belle prestation, très pro. Ce sur quoi elle précise qu’ils ont beaucoup répété... Pour ce show de la fête de la musique... Mais aussi, tout le temps, pour les autres shows qu’ils (elles) donnent régulièrement. Je m’en trouve surpris. Et je ne suis pas au bout de mes surprises. L’artiste m’apprend qu’elle chante dans des fêtes. Et aussi dans des clubs. Elle précise que maintenant elle chante en solo (enfin tout du moins avec sa copine), mais qu’avant elle chantait dans un groupe… duquel elle-même et son mec le guitariste étaient les leaders. Ça a duré un certain temps. Jusqu’au jour où le guitariste et elle se sont séparés. Je l’écoute raconter son histoire, un peu abasourdi. C’est sa vie, sa surprenante vie, et je la trouve charmante… On discute encore un peu et on prend congé. Elle retourne à ses amis qui rangent leur matériel, et moi à mes occupations. La fête se termine et il va falloir s’employer à rentrer dans notre pavillon attenant au parc. Au hasard des croisements des uns et des autres dans nos replis, je me trouve en proximité de la prof de musique. Je la félicite, elle s’en trouve heureuse… et je lui fais part des dires que m’a confiés la petite… Je laisse ma phrase en suspend, dans l’attente silencieuse d’une confirmation. Elle marque un blanc, me regarde intensément dans les yeux. Moi de même. Je la sens gênée et dans un désir de silence. Tout à votre honneur, Madame ! Et elle finit par lâcher très doucement : «… Non, elle fabule ». On ne s’en dira plus, on se saluera, et je lui réitèrerai mes félicitations sincères d’avoir conduit ce groupe à ce degré d’excellence. Quant à la petite qui m’a embarqué avec dans cet univers de vie rêvée, eh bien je lui dis sincèrement : « Quel talent, Petite ! »…

Il est aussi au foyer des soirées, improvisées, qui sont fun and sport. Il existe une grande salle haute, style petit gymnase, jouant le rôle de salle multifonctions, dans laquelle sont organisées diverses activités : des réunions générales, le spectacle de Noël, etc. Accroché au mur du fond, un immense écran télé, encastré dans un cadre de bois et protégé en façade par une épaisse plaque de verre. Parmi les personnels du foyer, nous avons un aide-soignant veilleur, ex-éducateur de rue. Il y a en ce moment des matchs de l’équipe de France de foot, et il lui vient l’idée de faire une soirée 'Allez les Bleus' dans le 'gymnase'. Demande d’accord au cadre, qui consent et encourage. Maintenant à nous de jouer. Les fans de foot, dans les pavillons, sont conviés. Dans le nôtre, ce sera Martin-qui-roule-à-l’envers et Charly-le-clown. Il y a aussi plusieurs résidents résidentes dans d’autres pavillons, y compris certains certaines qui ne s’intéressent pas au foot, mais qui vont venir pour l’ambiance. On a demandé à Suzy-coquette-pipelette, qui nous a envoyés balader d’un très féminin « Ah non, pas le foot, y’en a marre ». Dont acte. En attendant, ce n'est pas si simple de rendre possible ce bon plan soirée foot, qui va commencer à 21:00 pour finir vers 23:00. Parce que tous les agents d’après-midi débauchent à 21:00, et que seuls ne seront là, à 23:00 et après, que deux veilleurs de nuit pour prendre en charge tout le monde et mettre les résidents au lit. Pour ceux qui marchent, pas de problème, ils sont en pyjamas robes de chambre et le coucher se fera rapidement. Mais c’est une autre histoire pour les résidents plus lourdement handicapés que nous ne pouvons pas installer, en fauteuil, dans le gymnase, pour voir le foot. Cela induirait que les veilleurs les ramènent au pavillon, les transfèrent sur les lits douches (manuellement ou via le lève-personne), les déshabillent, les changent, les habillent pour la nuit, les transfèrent dans leurs lits. Impossible, et surtout imprudent, car les deux veilleurs de nuit ont la charge de quatre pavillons avec leurs résidents, et cela nécessite une présence, un peu partout, un peu tout le temps. Dans ces conditions, une seule solution... Que nous, les agents d’après-midi, nous préparions les résidents pour la nuit, que nous les mettions au lit… Et qu’avant de débaucher, nous les transférions, sur leurs lits à roulettes, jusque dans la salle de retransmission du foot… Épique ! Mais c’est ce que nous faisons. Au départ, quand nous faisons part à Martin-qui-roule-à-l’envers que ce soir, il va aller voir le match de foot là-bas, il ne veut pas. Lui, ce qu’il veut, après-diner, il nous le montre du doigt... c’est aller se coucher dans son lit. Quand on lui explique qu’il va aller voir le foot, là-bas, couché dans son lit : il souscrit. Transfèrement du lit de Martin, avec Martin dedans, hilare. Quant à Charly-le-clown, comme à son habitude il fait le pitre quand nous trimons à le transférer là-bas, avec tout son bazar : ses 'lunettes' à oxygène dans les narines, les tuyaux, et le gros appareil à roulettes à pulser de l’oxygène. Quand on arrive dans le gymnase, tout finit de se mettre en place. Presque tout le monde est là. Certains sont debout avant de s’assoir quand mal aux canes, d’autres sont assis sur des chaises, des résidents sont au lit. La télé crache du gros son. Impossible de regarder un match en public avec un petit son, n’est-ce pas !? Des boissons sont prêtes pour la mi-temps. Une ambiance se crée, monte et prend comme une crème chantilly ; comme dans nos vies…

Pour nous, fin de soirée, on débauche et on rentre… Le lendemain, on demande des nouvelles à nos deux supporteurs footeux du pavillon qui, finalement, ont passé une petite nuit. Fatigués les gars ! Ils ont encore les actions et les buts dans les yeux. C’était le but. À refaire…

Palpitants instants heureux. Suivis d’attristants moments... Ou quand le robinet de la vie produit du débit d’existence chaud et froid…

Triste nouvelle...
| UNE RÉSIDENTE SE FAIT MOURANTE |
JOËLLE

Joëlle-femme-fine-agitée est de retour de son hospitalisation où son état de santé ne s’est pas amélioré ; ou si peu. Déjà d’une extrême minceur, elle a perdu deux kilos. Sa peau blanche est flasque. Sa bouche sèche est en mauvais état, des dépôts se sont collés au palais. Je passe plus de dix minutes à lui nettoyer la bouche. Je lui enlève la valeur d’un gros chewing-gum, sauf que ce n’est pas du chewing-gum. Réunions de crise dans notre pavillon. Joëlle, jusque-là installée en chambre double, est transférée dans une chambre seule, celle de Carmen-qui-dort-et-qui-vocalise, laquelle prend la place de Joëlle. Elle se retrouve près de la fenêtre. Sans trop bouger la tête, elle donne des coups d’yeux baladeurs à droite à gauche, et se dessine sur ses lèvres, un léger sourire. Elle semble contente. Joëlle s’est sortie par le passé de situations très difficiles. Cette femme possède un instinct de vie extraordinaire. Sera-ce le cas encore cette fois. Une infirmière spécialisée de 'l’Hôpital de jour' est dépêchée pour lui rendre visite, apporter les soins spécifiques, et donner des instructions. Joëlle est branchée d’un tuyau dans le nez qui lui insuffle de l’air, et d’une perfusion dans la cuisse pour des liquides de survie. Nos instructions sont de la manipuler le moins possible : toilette, change et habillage au lit, en douche seulement tous les trois jours, mise au fauteuil… et assez vite au lit. À la difficulté pour nous de voir Joëlle ainsi, s’ajoute celle de la prendre en charge avec ses tuyaux et ses branchements de partout. Ceci étant, je ne trouve pas Joëlle plus agitée ou plus en souffrance que d’ordinaire. Tant mieux ! Les médicaments sans doute…

… Ce soir, à l’heure de quitter mon travail, après les transmissions à la veilleuse de nuit, nous allons avec elle jusque dans la chambre de Joëlle. Elle respire difficilement, de plus en plus difficilement… Je reconnais là une situation que la vie m’a malheureusement fait connaitre plusieurs fois. Je m’en ouvre à la veilleuse qui ne dit rien. Nous sommes émus. Je pose ma main sur celle de Joëlle et je la lui presse…

L’annonce du décès de Joëlle est faite aux résidents... Au moment du petit-déjeuner. Il y a comme une fatalité. Certains se trouvent émus, mais pas dans l’excès, et les autres qu’en comprennent-ils ? Elle n’a pas là aujourd’hui. Et ne sera pas là demain. Et après-demain. Et toujours... Mais ce sont-là des constructions intellectuelles sophistiquées inaccessibles. Dans la matinée, nous mettons une photo de Joëlle dans un cadre et nous plaçons le cadre sur un buffet, avec une bougie allumée. À force, beaucoup finissent par entrevoir ou comprendre un peu. Au changement d’équipe, après le déjeuner, Martin-qui-roule-à-l’envers patiente près du buffet et semble attendre. Effectivement. Quand les deux collègues de relève arrivent, il les interpelle d’une onomatopée, et leur pointe vivement du doigt la photo de Joëlle avec la bougie….

Le médecin passe constater le décès. Deux collègues, formées pour cela, s’occupent de la préparation et de la toilette mortuaire. La plus jeune des collègues dit qu’elle s’est effondrée pendant cette toilette, qu’elle a parlé à Joëlle, qu’elle l’a embrassée, et qu’ensuite ça allait mieux. La seconde collègue plus expérimentée dit aussi qu’elle l’a embrassée. L’humain est là, qui prime sur le professionnel. La mère vient, avec de la famille, évidemment. Du noir, des larmes…, nous disons quelques mots de réconfort.

Quand les Pompes Funèbres viennent chercher le corps, les résidents sont mis en chambre pour ne pas en ajouter pour eux, tout du moins pour certains très sensibles, je pense à Martin-qui-roule-à-l’envers.

La directrice organise la participation à la sépulture des personnels volontaires. Des collègues veulent assister. Et c’est bien normal. La question m’est posée. Et je dis que je préfère la garder de son vivant dans mon esprit. Précision, je suis athée, fait acte de professionnalisme ici, j’ai mon lot de douleurs comme tout le monde dans la vie, et je ne veux pas me rajouter un épisode de chagrin supplémentaire via cette cérémonie mortuaire. C’est mon positionnement, il ne vaut que pour moi, chacun fait comme il lui plait, et surtout comme il peut. Joëlle, je t’aimais bien, et je continue de bien t’aimer et de penser à toi, sincèrement, même si je n’étais pas là lors de ta disparition physique. De toute façon tu n’étais plus là par l’esprit. Disparition physique par crémation, m’a-t-on dit.

Rapidement, la chambre de Joëlle a été débarrassée de ses affaires, la famille est venue chercher les cartons, la chambre a été réaménagée… prête à accueillir quelqu’un d’autre. En passant devant cette chambre vide, le lendemain, je me sens m’affaisser, je perçois un grand coup de blues, et je me dis texto : « Tout ça pour ça !? ». Cependant chez moi, l’âge aidant et le désir de positif permanent étant, je me dis rapidement que cette non-Joëlle de maintenant vaut certainement mille fois cette Joëlle mal vivante qu’elle a été ; même si dans sa condition, elle a eu des moments de joie.

⑦ MÊME LES CHEVRONNÉS Y ONT DROIT, LE JOUR ET LA NUIT
– Je ne sais pas si je fais bien de publier cette citation, dans ce cadre et avec cette chute. Je trouve qu'elle s'applique bien à Nelly, seule contre tous, et qu'humainement je loue (je vous abandonne ces mots pour les interpréter à votre façon)...
– Nelly « Tu es un volcan. Tu fais la gentille fille, mais ce n'est qu'un masque. Et quand tu ne le supporteras plus, tu exploseras et ce sera fantastique. » | 90210 – Liam à Annie, citation d'un personnage de fiction, film, série.

Nelly-comme-un-volcan et ses éruptions ! Il est encore loin le temps de l'apaisement ; s'il doit y en avoir un. Maintenant qu'elle a usé des petits jeunes employés, Nelly, semblant suivre un plan structuré labellisé... 'Je te fais tourner en bourrique', s'attaque à plus résistant : les vielleuses, qui ont une grande l'expérience, via tout ce qui peut arriver la nuit. Pour cela, elle semble s'être fort bien préparée. Alors qu'elles ne s'y attendent pas forcément, les méfaits se produisant surtout de jour, Nelly les surprend par de premiers puissants jets lointains dans le lit. Ils n'ont pas été mesurés pour les statistiques et les records, mais à leurs dires, c'est quelque chose. Mécontentement bien sûr. Obligées de la lever et l'assoir dans son fauteuil, le temps de laver changer le lit. De la laver, elle, et de la changer. Sitôt fait, re-jets puissants, de sa position assise sur le fauteuil. Et comme elle baisse la tête, l'odorant et coloré liquide s'expulse coule et s'immisce sur les armatures du fauteuil, les housses, les coutures... « Les boules », n'extériorisent pas les veilleuses, contraintes de relaver Nelly, de la revêtir d'un nouveau pyjama et de la remettre au lit, avec le risque que ça recommence ; mais après deux jets, ça présente moins de risques. Ce n'est pas terminé pour elles, les voilà emmenant le fauteuil dans la salle de bains, pour le déhousser et le passer sous la douche. Quand on sait, qu'elles ont une multitudes d'autres tâches à accomplir dans le foyer, on les plaint et on les soutient. Quant à Nelly, elle se replonge dans une de ses activités favorites : le sommeil. Sa mission accomplie, elle s'oublie dans les bras de Morphée. Au matin, celui de demain ou d'un autre, elle finira par accepter les médicaments tendus par l'infirmière, et aussitôt le dos tourné balancera une salve. Mais comment fait-elle ? Mécontentement de l'infirmière qui préviendra l'équipe pour qu'on vienne prendre Nelly en charge. Ce jour, ce sera une de mes collègues, un jeune collègue, ou moi. Difficulté bien sûr, mais il est toujours de bons moments succédants.

| Charly-le-clown, la bonne surprise |

Pas besoin de choses heureuses pour rendre heureux Charly-le-clown ! Même en situations d'adversité, il sait se faire heureux. D'accord, parfois il grogne, et parfois il pleure ; pour de vrai souvent, et souvent aussi pour de faux, en épiant si on le regarde. On ne peut pas dire si Charly se montre franchement heureux quand il voit débarquer cette petite jeune fille dans sa vie. Elle a dix-huit ans, est blonde aux yeux bleus, un joli petit minois. Et aussi très joyeuse. À défaut de se montrer très joyeux, on le voit assurément très curieux, et même un peu intimidé. Qui est cette belle jeune fille ? C'est sa nièce, devenant majeure, à qui l'on vient d'apprendre l'existence de cet oncle sérieusement handicapé, vivant en foyer ici. On n'a pas voulu la traumatiser quand elle était petite, argue-t-on. Une partie de la famille que je vois pour la première fois débarque joyeusement avec la Miss, un dimanche après-midi pour visiter Charly et faire les présentations. L'ambiance est familiale rigolarde, comme s'ils s'étaient tous réunis, Charly y compris, la semaine dernière. La fille est aux anges, et ce, d'autant qu'elle envisage un travail dans le milieu du handicap. Elle a apporté une peluche à Charly, qui s'en trouve très heureux, et déclare qu'elle viendra le voir, maintenant qu'elle a le permis de conduire. Voilà une affaire qui se présente bien. Quand du positif vous arrive il faut l'accueillir. C'est ce que fait très naturellement Charly-le-clown, Charly-le-séducteur envers cette petite qui s'intéresse à lui. Il lui fait les yeux doux, il l'aime déjà.

Avec cette formulation allusive, sans doute comprendrez-vous !?
| LE RENDEZ-VOUS D'JAMAL À LA... |
D'JAMAL

Après cet instant de bonheur, un autre lui fait suite, malheureux lui, très affectant. D'Jamal-du-chaud-soleil est mort. Pas au foyer. À l'hôpital où il avait admis pour ses éternels problèmes respiratoires et épileptiques. Des membres de l'équipe, dans le cadre du suivi et du bien-être des résidents lui rendaient visite, et sa famille très aimante et très soudée était là pour l'assister et pour lui tenir la main. Ah, petit d'Jamal, au sourire ravageur, au regard trouble et sans fond, bizarre, très bizarre, presque d'extraterrestre, bien plus expressif que nos regards de simples humains normalisés. À tel point que ce petit bonhomme de 1,00 m, 35 kg, calé en fauteuil, m'avait déstabilisé et même fait un peu peur, à moi, grand gaillard d'expérience de 1,82 m, la première fois que je l'avais vu dans le couloir près d'une porte vitrée. Ces intenses regards et torsion des lèvres, traduisant soit un bonheur pleurant, soit un pleurement riant (va déchiffrer et comprendre), sourire-grimace de bienvenue, sans doute, lorsque j'étais passé près de lui et lui avais touché l'épaule, étaient alors en marge de mes repères, et m'avaient quelque peu fait perdre mes esprits. Je les avais vite retrouvés, à son contact, en le découvrant, et en le servant. IL s'en est allé aujourd'hui, et même les résidents en sont surpris. En couchant Martin-qui-roule-à-l'envers ce soir, son voisin de chambrée, celui-ci me montre du doigt le lit de d'Jamal, en interjectant « Hein !? », le regard empli d'interrogation. Je lui ai dit... ; de même que la traditionnelle photo exposée sur le buffet de la salle de vie, avec la bougie, disent à tous qu'il est parti et ne reviendra plus. Il y a de la tristesse, assurément, mais bien souvent comme dans nos vies de gens normaux, le désir de vie prend le dessus et la gaité revient... « Rendons-nous compte, ça aurait pu être nous ». Toujours est-il que je me dis, à cet instant-là... « Que le rendez-vous d'Jamal Allah, soit empreint de d'amour et de délivrance, je le souhaite tant pour lui ».

| Les troubles, les incidents, les accidents |

Autant est-il difficile, à nous à humains standards cérébralement connectés, de se poser et se dire parfois « Là, tu déconnes, il va falloir faire différemment », autant cela s'avère (presque) toujours impossible pour eux. Pour nos ami/es de cette autre dimension, c'est... « Je ressens » « Je réagis » à Ma manière. Le handicap, physique, mental, la construction psychologique, les pathologies et leurs troubles sismiques de 50 à 1cent-fin sur l'échelle des souffrances (le 0 et suivants n'existant pas sur cette échelle), le stress, les traitements, la proximité des autres, les moments de moins bien, de mal, de très mal... mènent implacablement la danse et secouent nos résidents.

Je ne liste pas tout, ce serait long, j'égrène seulement ce chapelet de comportements...

Quand ce jeune homme tambourine sur la desserte métallique de linge stationnée dans le couloir et que ça résonne : ça dure à en rendre fou les résidents et les agents. Obligé de le déloger. Il ne marche pas ou très mal, souvent il se traine, il faut le lever (difficilement) et l'aider à aller ailleurs. Pourquoi fait-il cela ? Manifestement, ça l'amuse. Mais à y réfléchir, peut-être est-il plus joyeux pour lui, et oublieux, de faire hurler l'armoire, que de hurler lui-même de l'intérieur.

Quand cette jeune fille, tranquille, toute douce, pète complètement les plombs et griffe sévèrement notre collègue psychomotricien se chargeant de la contenir avec précaution. On le croirait sorti d'une cage de panthère : griffures sanguinolentes au visage, dans le cou, sur les bras. Son esprit l'avait-elle pathologiquement transportée dans un univers de monstres terrifiants ? Et notre collègue, la prenant en charge, en était-il un aussi pour elle !?

Quand ce même psychomotricien, s'en sort mieux cette fois, avec ce résident charmant au calme, et violent malheureusement souvent (en traitement quasi-permanent pour cela), qui tente de lui balancer une série de coups de pied, sans réussir, du fait que le collègue le tient à distance avec ses bras. Le résident continue de savater terrible, mais dans le vide. À force, il abandonne. Mais qu'a-t-il dans la tête à ces instants-là ? De la frustration et de la colère parce qu'il lui faut faire des exercices qu'il ne veut pas pratiquer. Et puis quoi d'autre !? De fait, il frappe, frappe, frappe. Parfois c'est sur d'autres résidents. Faut faire gaffe.

Quand ce même résident, en extérieur dans le parc, ne veut pas se conformer à la sollicitation gentiment formulée de cette douce éducatrice, et qu'il grogne de loin. Se faisant gentiment insistante auprès de lui, il tape du pied. Réinsistant toujours gentiment, alors ça dégénère... Il arrache une touffe d'herbe du sol et le lui balance. Elle reformule sa sollicitation, tout sourire, quand même amusée, et il lui ramasse une fleur et la lui donne. « Je te remercie, R., lui retourne-t-elle, mais il faut que tu fasses quand même ce que je te demande ». Et il le fait. Ce jour, il n'est pas en situation de violence, juste de contestation. Un autre résident est en charge de l'éducatrice lors de cet épisode. Il est assez jeune, est allongé en fauteuil, a un degré de conscience, et se veut très sensible ; il pleure facilement, il parle un peu, très mal. Et là on comprend qu'il dit de R. : « Il est pénible ». Il le connait bien pour vivre avec lui dans le même pavillon. Et il s'est déjà fait taper dessus... avec la main, une cuillère, autre chose. Ce n'est pas toujours, juste parfois. Les médicaments et les agents font leurs effets.

Quand ce jeune homme du pavillon d'à côté, se mouvant principalement à terre, faute de pouvoir faire autrement, équilibre debout très instable, vient se mêler au petit groupe que nous formons ce dimanche à l'entrée de notre pavillon. Il y a là les deux agents de service du jour, en train de discuter avec un couple de parents venus voir leur enfant. Nous l'avons remarqué, nous sommes intéressés, les parents l'ont salué, lui ont dit quelques mots, et retour à notre conversation. Le jeune homme poursuit seul sa vie à terre, près de nous, en désintérêt de lui. Alors, tout en riant innocemment, il vient requérir de l'attention en étendant le bras et en attrapant serrant les couilles du Monsieur. Faut intervenir pour le faire lâcher, pour éloigner le jeune homme et pour parler à Monsieur Madame. L'homme confesse, les traits encore défaits : « La prochaine fois, je me laisserai pas surprendre ». Sa femme ne sait quelle attitude adopter. En ce qui nous concerne, ce n'est ni la plaisanterie, ni la fâcherie qui priment, c'est le geste et les paroles techniques, l'éloignement du jeune homme et la demande par téléphone à ses éducatrices qu'elles viennent le chercher et travaillent avec lui sur ce geste. Qu'y a-t-il eu dans la tête du jeune homme, de sa position assise sur le sol ? Vision altière de ces grandes, très grandes personnes que nous étions debout près de lui, sans qu'il ne puisse se hisser à notre niveau et participer ! Tout défavorisé qu'il est, il a quand même su repérer l'homme et en tirer parti en lui tirant les siennes. Il l'a fait.

Quand cette petite jeune femme trisomique, pas très haute, en fauteuil, rieuse, rigolote, roublarde, s'approche de gens qu'elle aime bien, la goule enfarinée, en levant les bras et en réclamant : « Un câlin ». Alors, on se penche et on le lui fait. Sauf que ça dure, et que souvent on a du mal à s'en défaire. Et puis... le reste. Un jour, une charmante dame vient avec une copine visiter un résident. Notre jeune femme trisomique entre en fauteuil dans le pavillon et se dirige, rieuse et bras levés, vers la dame en quête d'un câlin. « Ah, elle est trop », fait la femme, surprise, séduite et finalement en amour. Elle se penche, à se casser le dos, pour le câlin. Se fait enlacer à forte emprise, prisonnière... Et quand ça se termine se retrouve enfin en position debout, un peu étourdie, tout en poussant un douloureux sonore « Aïe », du fait que É. vient de lui pincer la cuisse, tout en sauvant en fauteuil, rigolarde, et en se retournant pour voir l'effet produit. Pourquoi fait-elle cela ? On ne le sait pas vraiment. Les câlins, elle les aime, certes, mais les pincements de cuisse !? Certainement parce que c'est à portée, qu'elle prend par surprise, et que peut-être jouit-elle du sentiment de prendre l'avantage, de décider de ses actes, d'avoir le dernier mot et de le montrer, le démontrer, dans cet univers très encadré où on l'assiste et on lui dit en permanence ce qu'elle doit faire. Oui mais, désolée, É., travail et éducatif obligent, on va devoir en informer tes éducatrices.

Parenthèse. Cette résidente valide qui vient très régulièrement nous voir et nous demander un verre de sirop. On vous l'a déjà écrit, on le sait, il y a peu, un plus haut. Mais c'était, il y a peu, un plus haut. Et, elle, elle revient à la charge. Alors, on vous le redécrit pour vous montrer combien la répétition permanente peut être usante... tout en nous efforçant de conserver le contrôle... de nous-même et de la fille. Elle arrive nous demander un verre de sirop. On lui demande si elle a son ticket de permission ? Parce qu'elle est dépourvue du sens de satiété et qu'elle a du diabète. Si pas de ticket, pas de coup. Elle nous le tend. On lui fait choisir le parfum. On lui sert, on trinque et on boit. Mais c'est pas le tout, la jacasserie. Ça aussi, on vous l'a dit. Mais, il n'y a pas de raison, vous allez encore y avoir droit, comme nous. Sauf que vous, vous êtes confortablement installé/e, en détente, à lire ce livre, alors que nous, nous sommes présentement en plein coup de feu. Allez c'est parti... « Est-ce que t'es marié/e ? » « Est-ce que t'as des enfants ? » «  Comment s'appelle ta femme / ton mari ? » « Et tes enfants ils s'appellent comment ? » « Et puis aussi, je voudrais savoir... ? » Vous vous souvenez, ne jamais lui demander : « Quoi ? » Parce qu'ensuite c'est le déluge de questions sur son obsession : « Comment il est mort Claude François ? » « Dis-le moi... » « Allez, dis-le moi... » « Dis le moi... » « Dis-le mois... » « Allez, dis-le moi... »... Jusqu'à en terminer par un frottement de mains et un petit sourire si tu rentres dans son jeu... Et une autre série de questions, juste derrière, sur Claude François... Et des larmes si tu bloques sur ces questions et que tu ne lui réponds rien. Dans les deux cas, t'en as pour un quart d'heure minimum. Ce qu'il nous faut dire... « A.M., tu sais bien, tu en parleras avec tes éducateurs, ce soir, lors de ton temps de paroles »... Ça, elle a fini par l'intégrer. Mais ce qu'elle a aussi intégré, c'est que lorsqu'un nouvel agent arrive, elle peut le faire tourner en bourrique. Quel est son moteur ? La manipulation, le chantage aux larmes, la recherche d'attention, oui ; et, surtout en dessous, des dérèglements psychologiques, assurément. En surface, nous en voyons un comportement de petite fille... qu'elle est demeurée dans sa tête. Elle a trouvé ce truc sous forme de lubie ludique (d'apparence) qu'elle répète, peaufine et adapte en fonction de ses interlocuteurs. Son ressort mental la pousse à... Le sachant, il est de notre ressort de ne pas contribuer à actionner avec elle ce ressort. Ses éducateurs s'emploient avec les psys de la libérer de cette lubie ludique... mais aussi fatigante, harassante pour elle... qui la mène souvent jusqu'aux larmes.

Quand Charly-le-clown ne peut rien contre le grand trouble qui le submerge ! Il lui arrive parfois de pleurer et geindre, le matin au réveil. On lui met de la musique douce pour accompagner son réveil et pommader son chagrin profond (sans doute) (celui qu'on ne peut atteindre) et on le laisse tranquille, on s'en occupe en dernier. Cependant, il est des fois où l'on ne peut différer ce qu'il y a à faire. Ajouté au reste, il a de gros ennuis respiratoires. Ce matin, il se réveille d'un très très mauvais œil. Lui, toujours d'ordinaire dans la séduction, rejette la présence de cette infirmière remplaçante qui vient lui apposer sur le nez le masque à oxygène. Il refuse. Elle insiste. Il la frappe (comme il peut le faire avec ses mouvements désordonnés et empêchée par le handicap physique). Elle se met en retrait, essaie de négocier. Il frappe le drap de sa main et grogne et crie. Une autre infirmière, qu'il connait, est appelée, et arrive. Il continue de grogner et de frapper le drap. Une collègue de notre équipe, qu'il aime bien, s'approche et lui explique. Il finit par se laisser convaincre et à se laisser mettre le masque. Tout le monde se retire, avec charge de l'un de nous de surveiller s'il l'enlève le masque. Non. Il se calme. Le début de matinée se poursuit. Au moment de la douche, un peu plus tard, il se remet à déconner de plus bel. « L'humour (la déconne) est la politesse du désespoir », comme l'a fait remarqué Georges Duhamel (médecin écrivain, 1884-1966). Bien sûr, Charly, tu ne connais pas Georges Duhamel, sa citation, le processus en question... Mais ton instinct fait le boulot pour toi. Pour te sentir mieux. Et aussi sans filtre pour toi. Fais au mieux, Charly, on t'assiste...

Quand Martin-qui-roule-à-l'envers part dans une frayeur démesurée qu'il faut vite juguler avant qu'elle ne devienne exponentielle ! On se trouve à table, résidents et agents, le déjeuner se déroule normalement dans la bonne humeur. Vers le dessert la conversation en vient sur le carnaval. Suzy-coquette-pipelette rigole rigole, Francis-le-voyageur-des-couloirs rigole, Martin-l'homme-qui roule- l'envers rigole. Pour animer la rigolade, je me saisis d'une serviette en papier, je fais deux trous pour les yeux, un pour le nez, un pour la bouche, et je pose la serviette-masque sur le visage de Suzy qui rit. Francis rit. Et Martin part en grande frayeur live. Yeux exorbités, grimace-pleurs, il fait non des bras et des mains en les agitant. Obligé d'enlever la serviette-masque illico pour qu'il revienne au calme. Qu'a-t-il vu de si terrible avec ce semblant de masque ? L'étouffement ? La disparition fulgurante de ce visage connu devenant d'un coup linceul et trous, sans plus guère de vie, comme il en est question pour lui, bien qu'il s'y accroche sans en avoir conscience ? Les yeux de... La mort qui vient effectuer son prélèvement ?...

Quand Suzy-coquette-pipelette, victime de ses failles, dépressive, soudain au dixième en dessous, à bout, se met à hurler sur un nouvel agent ! Une nouvelle agente plutôt, parce qu'avec les garçons elle est dans la séduction. Une nouvelle agente donc, toujours jeune en l'occurrence, qui lui demande de se conformer à..., qui la brusque un peu, ou alors qui lui annonce qu'elle va s'occuper d'elle (pour la toilette par exemple), alors que Suzy préfèrerait que ce soit quelqu'un d'autre. Parce que Suzy a ses préférences et qu'elle se choisit mentalement par avance par qui elle aimerait être douchée. Sauf que les aléas de services font qu'il faut que ça tourne en alternant les charges de travail entre les agents, en fonction de leur pénibilité. Mais ça, ce n'est pas le problème (le ressenti) de Suzy. Elle ne veut pas de cette nouvelle petite jeune. Et si la nouvelle petite jeune s'y prend mal, ce qui peut être le propre d'une petite jeune, Suzy lui règle son compte. Sur le fond, ça peut se comprendre. Suzy a un degré de conscience, et depuis le temps qu'elle est là, et le temps qu'elle va encore y demeurer, c'est-à-dire toujours, elle a marre de tous ces visages qui défilent, et de ces personnalités qui ne lui conviennent pas toujours. C'est vrai qu'il y a du turnover, mais comment pourrait-il en être autrement dans ces foyers où une présence de personnels est nécessaire, 24 heures sur 24, tout le temps, avec les obligations et aléas de service : RTT, congés, maladies, démissions, etc. ? Il n'empêche que l'être profond de Suzy crie ; et sa voix ici. Or, nous sommes en société, en petite société spéciale, et même si on comprend, il ne le faut pas. Parce qu'on est ici pour cohabiter, pour aider et se faire aider, parce qu'on ne se crie pas dessus. Et pour Suzy, il y aura une réaction de service éducative adaptée. À chaque variante de troubles de handicap mental, sa réaction. Alors que cette femme autiste se voit privée de ramasser de jolis cailloux qu'elle conserve et qu'elle offre, lorsqu'elle dysfonctionne au-delà du raisonnable fixé par ses éducateurs... Alors que ce jeune autiste, grand, sec, hyperfermé, hypernerveux, toujours accompagné quand il est en extérieur de son pavillon (fermé) se voit contenu en souplesse par ses éducateurs quand il part à grands pas dans toutes directions (l'éducateur marchant alors un peu en avant de lui, et se positionnant devant lui à chaque direction à droite à gauche qu'il voudrait prendre, pour l'orienter vers un déplacement central... Pour Suzy, douée d'un assez bon degré de compréhension, ce sera cette méthode, mise au point par le jeune cadre socio-éducatif et la jeune directrice... Obligation aux agents de signaler ses sauts d'humeurs. Deux fois par semaine, Suzy qui aime la reconnaissance et le papotage a l'honneur et l'avantage d'être reçu en courts bavardages individuels par le cadre et la directrice. Elle les apprécie, les aime, les craint, et aime être aimée d'eux. Avez-vous idée de ce dont parlent Suzy et la directrice ? Eh bien, par exemple, de leurs bracelets et de leurs bagues. Elles se les comparent et s'en font des compliments. Mignon, non !? Bien sûr, d'autres sujets divers et variés sont causés. Quand Suzy disjoncte et que cela est rapporté au cadre, comme demandé, il vient alors lui passer une soufflante (de mots appropriés) et lui annule des rendez-vous. Ça porte et ça fonctionne. Et comme le fait observer le cadre : « Jusque-là c'est approprié, quand ça ne le sera plus, on trouvera autre chose ». C'est cela l'éducatif spécialisé... « Trouver des biais », comme le dit le cadre, à la volée...

Effectivement ! Il faut les contenir, les faire cesser, les accompagner vers autre chose... et ce n'est pas toujours facile. Tout cela sans jamais entrer dans la...

| Maltraitance |

Attention prudence ! Ce mot revient sans arrêt... Pas forcément dans la bouche des encadrants qui, le plus souvent, savent plutôt précisément de quoi il est question (au regard des actes, des articles de loi, etc.)... Mais dans celle des personnels directement en proximité avec les résidents (et il est bien normal que ce soit là une de leurs préoccupations majeures). C'est vrai que j'entends souvent ce mot 'maltraitance' balancé de-ci de-là lorsqu’il y a des actes ou des paroles qui pourraient conduire à évoquer ce concept. De mon point de vue c’est un concept. Un mot-valise dans laquelle on range des piles de mots censés caractériser ce qu’est ou devrait être la maltraitance. Comme je l’ai entendu dire d’une éducatrice expérimentée, avec qui j'en ai discuté en extérieur : « Dans les années 1970, 1980, 1990, 2000 et maintenant suivantes, on n'a jamais rangé exactement les mêmes mots caractérisants dans la définition de la maltraitance. » Alors oui, il faut être très fort et très au fait des choses pour dire que tel acte qu’on pose, ou telle parole qu’on prononce est ou peut être de la maltraitance. Pourtant, le mot se trouve souvent jeté dans les échanges quand ça surchauffe parfois. De mon point de vue de néo professionnel embarqué par hasard dans la profession, dans les abords de cette profession que je ne connais pas, que je ne connais pas si bien veux-je dire, je me suis fait une règle personnelle de conduite que j’appuie sur ce questionnement simple lorsqu'il y a matière. Je zappe ce mot-valise de 'maltraitance' et me dis et me demande : « As-tu le sentiment de bien ou de mal traiter ce résident ? » Et c’est tout. Ça s’arrête là. Pour moi c’est éclairant et efficace.

| Humains, nous sommes |
Chez nos collègues, il y a des craintes, des peurs et des accidents...

Lors d'une discussion avec cette collègue en poste depuis longtemps ici, elle me fait part du trouble que lui insufflait ce résident un peu bossu, squelettique quand, de nuit, elle venait surveiller. Elle était nouvelle, jeune, impressionnable certainement, et Francis-le-voyageur-des-couloirs lui faisait peur, « avec ses grands bras décharnés faisant des gestes désordonnés » (en fait, souvent des gestes d’euphorie). Elle était dans la crainte de manipuler Marylise-aux-os-de-verre. Certains de nous sont dans l'appréhension d'alimenter Benjamin-prisonnier-de-son-corps, de peur de l''étouffement. Et ce d'autant plus depuis ce jour pas si lointain où une très jeune collègue s'est proposé d'aller nourrir un autre jeune résident comme Benjamin qui était hospitalisé et que les agents hospitaliers n'arrivaient pas à faire manger. Elle y est allée, et bien qu'habituée, malheureusement ce résident s'est étouffé. Il n'a pas pu être ranimé. La jeune collègue est revenue en pleurs. Il a fallu le soutien de nous, ses collègues, du cadre, de la directrice, de notre service de soutien pour la remettre sur rail. Elle est redevenue joyeuse. Mais elle y pense, je le sais. Et je suis certain que lorsqu'elle aurait des enfants et qu'elle leur fera prendre le repas, cette sourde inquiétude bouillonnera en elle.

| Blessure, blessures |

Malgré toutes les procédures préconisées et enseignée, qu'est-ce qu'on se blesse dans l'assistance permanente de nos ami/es résidents (dans le besoin) ! Je ne vais pas faire la liste. Juste, quelques cas...

Quand cette collègue, en fin de service, assise sur un siège en train d'alimenter un résident, fait un mouvement d'appui en arrière pour s'adosser sur le dossier et aller chercher quelques secondes d'appui-relaxation. Sauf qu'elle est assise sur un tabouret, et qu'elle en a perdu momentanément la conscience. La fatigue. Chute en arrière. Et ça aurait pu se faire plus grave, juste une luxation du coude, que dans un réflexe elle a lancé en arrière pour se protéger et amortir.

Quand plusieur/es collègues, lors d'interventions en hâte où il faut se presser, assurent mal leurs appuis au sol, notamment en situations de virages, et glissent et chutent lourdement. Parfois, parce qu'il y avait un peu de traces humides au sol ou de subsides de résidus (on y fait attention, mais bon). Il faut dire que c'est la mode de se chausser avec des Crocs, et selon moi ce n'est pas l'idéal. Personnellement j'ai opté pour des chaussures de sport, soigneusement choisies, anti-pluie, auto-respirantes, enserrant parfaitement le pied, et avec des semelles fortement antidérapantes. Jamais tombé !

Par contre, il m'en est arrivé d'autres. Je suis plutôt sportif. Un matin, à l'embauche, je relève de sa position couchée une résidente (pas très lourde) afin de l'assoir dans le lit. Je la positionne sur le bord de sorte que ses jambes pendent le long du lit. Son fauteuil est à proximité, prêt à la recevoir. Je me place face à la résidente, lui glisse mes deux avant-bras sous les aisselles, plie les jambes en bandant mes muscles... et la décolle du lit en faisant un mouvement circulaire pour l'assoir dans le fauteuil... « CLAC », elle et moi venons-nous d'entendre. Le claquage d'un de mes muscles de cuisse. Grosse douleur. Je me tiens la cuisse. Me masse. Je demande aux infirmières qu'elle me donne une pommade. Et je continue mon service en tirant la patte. Il faudra trois semaines pour que la douleur disparaisse complètement. Je ne me suis pas arrêté. Je ne sais pas pourquoi !? Pas assez grave sans doute. Et puis je n'en suis pas à mon coup d'essai avec ce genre d'incident. J'ai fait longtemps de la course à pied en compétition, et des blessures j'en ai eues. Un jour de championnat de crosscountry, sur un terrain très accidenté, comme les autres j'ai juste aux pieds des chaussures légères à pointes. Nous sommes une centaine au départ. Coup de feu. La meute s'élance dans la confusion la plus totale, on ne voit pas très bien ce qu'on fait, mon pied vrille sérieusement dans un trou. Grosse douleur. Mais pas question de s'arrêter car en plus de la meilleure place à aller chercher, pour soi-même, il y a un classement par équipe. C'est important. Résultat je me tape des bornes, avec une cheville foulée. Quand c'est chaud ça va. Mais quand ça refroidit après l'arrivée, c'est une autre histoire. Ce n'est plus une cheville, c'est un prolongement de mollet. Pour en revenir à mon claquage du jour, des blessures j'en ai eues, disais-je, alors...

Une autre fois, je m'occupe de Jean-Yves-doudou-rocking-chair-5-octaves, peu grand et peu lourd (1,00 m, 40 kg) (jusqu’à ce qu’il prenne 10 kg et que ce ne soit plus le cas). Pour faire ses transferts, comme précédemment, on se positionne face à lui, qu'on vient d'installer en le maintenant, assis en rebord de lit, on glisse nos avant-bras sous ses aisselles, il se crispe et en s’aidant du point d’appui qu’il a sur l'une de ses jambes et qui nous soulage de l’effort musculaire à produire, nous le hissons-tournons-glissons de son fauteuil sur le lit-douche, son lit ou son fauteuil. Le problème c’est que parfois Jean-Yves fait dans la gesticulation et la contorsion. Ce jour, pour ce qui me concerne, il lève haut l'un de ses deux bras et distord son torse, alors que je suis en pleins mouvements de transfert. Il me glisse d'un côté des bras..., Contraint de sursolliciter d'urgence mon second bras que je n'avais pas programmé pour le soutenir aussi intensément. Tout son poids tombe sur mon bras d'urgence. J'entends « CLAC », sans que cela ne me fasse mal, bizarrement. Je remue l’épaule, tout fonctionne sans réelles douleurs. Le lendemain tout est à peu près bien. À partir du deuxième jour et les jours suivants, des douleurs me viennent dans le trapèze, le cou, la tête. Une semaine de vacances à l’étranger, avec de pénibles douleurs musculaires que je tente d'atténuer avec pommades de fortune. Je consulte une ostéopathe qui me dit : « C’est plutôt rare, vous avez l’omoplate déboitée. » « Allongez-vous et laissez faire ». La petite dame, haute comme trois pommes, mais très forte (professionnellement s'entend), me monte dessus et me pratique. Ça craque, claque de partout, c’est remis en place. Pas d’efforts pendant deux jours, je fais attention au boulot, et ça revient. (Sauf qu'il va me falloir plusieurs années pour me retisser les tissus, avec maints exercices et séances de kiné.) (Avec Jean-Yves, on peut dire qu'on s'est mutuellement épaulé.)

Dernière lamentation de ma part (point trop n'en faut, il se dit, surtout lorsqu'on devient vieux, qu'il ne faut pas se plaindre plus cinq minutes, sinon on entre dans la catégorie des chieurs). Mes autres brèves petites merdes donc ! Plusieurs années après la fin de mon séjour ici, le fait de marcher piétiner sans arrêt (entre 7,5 et 10 kilomètres quotidiens) et aussi et surtout de faire pression sur ses pieds pour Soulever, Retenir, Pousser... m'a occasionné un échauffement permanent des plantes de pieds et un recroquevillement des doigts de pieds... (Les doigts de pieds en griffe, d'avoir été poussés incessamment dans les articulations). Semelles orthopédiques, examens, remise en place (douloureux) des arpions (ça craque), examens plus poussés... C'est terminé pour eux, c'est pour mes pieds ! La couche graisseuse s'est délitée, elle ne se reformera pas, dorénavant ça me chauffe souvent. Je trouve des solutions : semelles molles épaisses, pommades, massages, changement d'appuis... Et toujours en recherches de nouvelles solutions pour avancer. Je pourrais m'essayer parfois à me déplacer sur les mains, mais je ne me sens pas... Bref, poursuivons par cet évènement concernant dangereusement ce duo agent résident...

| Cette chute d'un agent avec un résident dans les bras |

Il a été remarqué que ce résident qui se met en opposition lorsqu'on touche son visage (il se débat quand on tente de le faire) se laissait mieux raser quand il était immergé dans un bain d’eau tiède, parce qu'il a ses sens occupés à autre chose (d'agréable) et qu'il se détend. Alors qu'il a une douche quotidienne dans le lit-douche, il est décidé de lui substituer deux des douches en deux bains par semaine pour le détendre et faire qu’il se familiarise avec l’acte de rasage. Nous avons une salle de bains avec baignoire et autres matériels de bien-être (jacuzzi, etc.) dans une salle attenante à notre pavillon. Il y a un matériel de levage pour immerger Francis-le-voyageur-des-couloirs dans la baignoire, mais sans qu'il soit complètement adapté à Francis qui peut beaucoup bouger et se débattre quand il n’est pas habitué aux choses. D’ici à trouver une solution de transfert la plus adéquate (le psychomotricien et le cadre y travaillent), ledit athlétique psychomotricien, prend Francis dans ses bras, une fois déshabillé sur le charriot non loin, et le porte jusque dans la baignoire. Une fois le bain donné et le rasage effectué, le psychomotricien reprend Francis dans ses bras et le ramène sur le charriot pour les séchage et habillage. Incident ce jour-là ! En portant Francis dans ses bras, de la baignoire au lit douche, le regard bien droit devant, le psychomotricien n'aperçoit pas un objet tombé à terre à ses pieds. Il bute dedans et part en avant. Il prend sur lui et fait en sorte de tomber les bras en avant en protégeant Francis. Francis ne tape pas ou peu. Le choc a été amorti. Et le psychomotricien s’en sort sans réel mal. Juste des muscles endoloris. Le cadre et la direction sont prévenus, comme il est d’usage, et il est redoublé de travail d'imagination dans la recherche de solutions. Le problème se résoudra autrement, puisqu’à force de prendre ce bain rasage, Francis ne s’y est pas habitué, et a fini par s’énerver autant au rasage au bain qu'à celui de la douche. Ne le détendant plus forcément, le bain systématique détente rasage a été abandonné.

| Les cassures |

La petite poupée Marylise-aux-os-de-verre ! Elle a été cassée de partout. En lui enfilant une chaussure, une collègue perçoit un craquement, elle s’en inquiète s’en affole, le signale. Les infirmières ne détectent rien de vraiment anormal. On l’écrit, on surveille. Et sur insistance de la collègue, qui le vit mal et culpabilise, Marylise est envoyée passer une radio, et revient avec un plâtre : jambe cassée. La collègue s'ouvre aux parents quand ils viennent ,en disant qu’elle aussi est maman et qu'elle est désolée. Les parents la soutiennent de ces mots que... « Ce n’est pas la première fois et que ce ne sera certainement pas la dernière ». Personnellement, j’ai entendu parfois des petits craquements lors de prise en charge de Marylise (craquements émis par les doigts de pieds en mettant la chaussette ; quel doigt, je ne sais pas, le pied est dans la chaussette) et je le signale, on l’écrit, on surveille. Ce n’est peut-être rien, juste ce genre de craquement comme le corps ou les articulations en émettent lorsqu'on les manipule.

Nous manipulons ces résidents fragiles avec grandes précautions. Mais qui a cassé le bras de cet ex-jeune résident souffrant aussi de la maladie des os de verre, décédé désormais, alors qu'il était très immobilisé (comme toujours) dans son lit ou sur son fauteuil dans la salle de vie ? Personne n'a rien vu. Après enquête, il s'avèrerait que ce résident d'une autre résidence, souvent brusque et parfois violent, soit venu faire un tour ici, sans que nous le remarquions... ou alors sans que nous remarquions son geste (occupés à autre chose, sans doute, 'dans le jus' comme on dit). Certainement pas de volonté dans le cassement de bras, certainement juste de la brusquerie, mais ce n'est qu'une supposition. On ne saura jamais le fin mot de l'histoire. Le cadre investigue, réfléchit et donne des instructions de renforcement de surveillance.

| 'Une journée qui s'achève : encore une que le néant n'aura pas.' Jean Rostand |

Les secondes s'égrènent, les minutes, les heures, l'après-midi progresse, la soirée s'installe, on se dirige à grandes aiguillées de trotteuse vers la fin du cycle, il va être l'heure. Il est somme toute assez tôt. Vers les dix-huit heures. Mais parce que le degré de résistance des résidents est moindre, qu'ils ont besoin de se restaurer, de se reposer, de reposer leurs appuis endoloris... Parce qu'également on ne peut pas faire autrement, nous ne sommes que deux agents pour œuvrer à terminer la journée... Parce que ceci et cela donc, il est l'heure de s'occuper du diner de celles et ceux demeurant dans la salle de vie, et de celles et ceux mis au lit en milieu d'après-midi pour raisons de fatigabilité et de confort, et devant être nourris par la voie normale.

Les cuisines livrent les plats dans leur grande armoire à roulettes. Comme souvent Martin-qui-roule-à-l'envers, et non moins gourmand, les guettent dans le couloir et fait des signes et des sourires aux livreurs qu'il connait depuis longtemps. Il nous faut du temps pour préparer ensuite les assiettes spécifiques des un/es et des autres. Souvent, d'Jamal-du-chaud-soleil se trouvait là dans nos pattes (l'ambiance cuisine, la chaleur, les odeurs) (on pense à toi), Martin se tient non loin (pour le spectacle, ça fait une occupation), Suzy-coquette-pipelette se radine et bavasse avec nous, en proposant de boire l'apéro. « Oui Suzy, que veux-tu ? » « Un sirop de citron ». On le lui sert, on s'en sert un, et tout en trinquant buvant parlant, on prépare les plats.

Ensuite, tout le petit monde de la salle de vie : « À table ! » On met le couvert. On installe les résidents. On les protège avec des blouses et des grandes serviettes. On apporte les plats. Et c'est parti, « Bon appétit », avec cette méthode indescriptible permettant de se trouver partout à la fois. Si !, finalement, il me vient une description métaphorique : « Nous sommes des tourneurs d'assiettes sur tiges dans un cirque ! »..., dont le talent de l'artiste est d'être partout pour qu'aucune assiette ne tombe. Pendant qu'une collègue œuvre avec les résidents de la table, moi (ou inversement) me dirige vers les chambres pour donner à manger au lit aux résidents en chambre. On en a déjà parlé, ces repas durent trèèès longtemps ; d'où aussi l'obligation de ne pas se laisser prendre par l'heure, car à 21:00, fin de la journée, tout doit être fin prêt pour passer le relai aux veilleuses veilleur (il n'y en a qu'un).

Le diner terminé, des résidents de la salle de vie, en capacité de le faire, ont des réactions différentes. Suzy-coquette-pipelette exprime si elle veut être couchée maintenant ou plus tard. Je dirai pourquoi plus loin. Le petit d'Jamal-du-chaud-soleil traduisait souvent qu'il ne voulait pas aller se coucher. Martin-qui-roule-à-l'envers, lui, sitôt le diner terminé pointe du doigt sa chambre, signifiant qu'il veut qu'on le couche.

« Patience, Martin ! ». Il nous faut débarrasser la table, la nettoyer, balayer le sol, laver la vaisselle au lave-vaisselle, la sortir, la ranger. Il nous faut t'emmener à la salle de bains, les autres aussi, vous laver les dents, un coup sur la figure, faire de même avec ceux ayant mangé au lit, vous emmener au lit, vous qui êtes dans la salle de vie, et entreprendre de vous coucher... « C'est du boulot »...

⑧ LE TOP DU TOP
– Le césar du meilleur rendu, pour l'ensemble de sa carrière, est attribué à...

Nelly-comme-un-volcan ! Ses vomissements à répétition vont-ils cesser, des suites de cette proposition faite par une agente ? Peut-être après tout, car cette jeune collègue diplômée aide-soignante arrivée des régions du Nord, entreprenante, volontaire, remuante, exubérante..., toujours partante pour sauver le monde (elle est ex-caporale des pompiers volontaires, c'est dire !, peut-être l'est-elle toujours, je ne sais pas), cette collègue a donc une idée.

Périodiquement, un séjour vacances a lieu dans une résidence adaptée, à vingt-trente kilomètres. Les personnels des pavillons proposent des résidents susceptibles de pouvoir aller y passer quelques jours de dépaysement. Des agents volontaires accompagnent. Le cadre décide, valide ou non. Notre collègue se propose d'emmener Nelly, en 'un pour un', c'est-à-dire en ne s'occupant que de Nelly. L'argumentation développée : ça lui changerait d'ambiance et ça pourrait la faire s'oublier ('oublier sa mère, ses mères fantasmées') et la distraire. Après réflexion, pourquoi pas !?, le cadre valide.

Le jour J, tous les résidents des pavillons partent, avec leurs accompagnateurs et tout le nécessaire, dans les véhicules utilitaires. Nous, dans notre pavillon du foyer, on poursuit nos activités, avec la charge en moins, il faut le dire, de Nelly qui vomit. Pas de nouvelles du lieu de vacances, on espère et on souhaite que tout se passe bien. Il nous revient cependant aux oreilles que des coups de fil de là-bas ont été passés au cadre. Puis poursuivent d'être passés. On sait qu'ils font des sorties sur de beaux sites environnants... Moins de trois jours après être parti, un des utilitaires des résidents, faisant un détour sur la route d'un lieu de visite du jour, vient déposer... Nelly et son accompagnatrice. La collègue et fatiguée. Nelly, elle, est normale. Et son fauteuil et ses vêtements, eux, sont également normaux, autrement dit maculés de salves de vomis. On nous rapporte, mais on le voit bien, que Nelly n'a eu de cesse de vomir partout et tout le temps, parasitant le séjour, les autres résidents, et les accompagnants. Le cadre a ordonné son retour. Pour les autres. Et pour elle. Qu'elle revienne au calme.

Après coup, à la réflexion, il apparait que l'environnement était trop agité pour elle. Elle a ses habitudes dans le calme. Nelly nous occupe et nous préoccupe. Quand la tension redescend et que je la regarde assise, silencieuse, dans son fauteuil, la tête baissée, je pense à ces vers remarqués sur Internet...

« Quand tout va mal | Tu voudrais crier | Mais tu laisses couler | T’en as marre de te débattre | Tu dis toujours que ça va bien | Alors que tu ne montres jamais ton chagrin | Les grandes douleurs sont muettes | C’est pour cela que tu baisses la tête ! | Tu arrives à être gentille | Malgré la douleur ressentie | Mais tout cela tu le vis ! | Souvent, tu as l’impression de ne pas exister | Et de ne pas être vraiment comprise | Tu as beaucoup de courage | Pour continuer à rester aussi sage »... Malgré tout, ajouterais-je ! (extrait relooké perso d'un poème d'Angélique Compte, merci).

| Coucher et après-diner. Bonne nuit ! ce soir il en manque un... |
– Ce matin : CHARLY-LE-CLOWN.


Ce soir au coucher, il en manque un ! Un résident est mort. Un grand homme, un seigneur, un roi (de lui-même). « Un homme est mort | Un homme est mort qui n'avait pour défense | Que ses bras ouverts à la vie | Un homme est mort qui n'avait d'autre route | Que celle où... » (Paul Éluard)... le destin, la malchance l'avait posé. Handicapé mental et surtout physique comme pas possible, et heureux de vivre et joyeux comme j'ai rarement vu. Il en faut beaucoup pour m'impressionner, mais lui, il avait l'immense talent de maitre donneur de leçons de vie (à son insu). Salut Charly, et une sublime éternité pour toi Là-Haut ! « Un homme est mort dont on se souviendra | En dépit de la mort et de l’oubli » (Paul Éluard retouché)...

J'étais absent quand c'est arrivé...
[Temps mort ! Là, assis devant mon ordinateur à me demander quelle forme donner à la suite de ma narration, je marque ce temps d'arrêt et je réfléchis... Et je me dis que je ne vais pas vous raconter l'histoire de cette mort et de son environnement].
Je vais reproduire, ci après, mes notes prises sur l'instant. Telles quelles. Sans les retoucher. Juste des précisions entre parenthèses pour comprendre)...

« DÉCÈS CHARLY. À l’enterrement de Charly, des résidents : Martin, Suzy, Benoît. Charly a-t-il gémi ou quoi ? Benjamin (co-occupant de la chambre) a fait des crises d’angoisse comme jamais. Le soir où il est mort, Charly pleurait beaucoup. Les collègues se sont dit : Qu’est-ce qu’il a Charly à pleurer comme ça ? Mal au ventre ? Comme souvent pour Charly ? C. (agente très qualifiée, croyante) : Je lui ai dit au revoir, je me suis sentie bien, c’était un moment merveilleux. Je l’ai ressenti comme une délivrance pour lui. Décès de Charly à 04:00, découvert par les veilleurs. Le matin, sont là : C. (expérimentée), V. (expérimentée), S. (jeune). S. déjà pas bien, sera en arrêt le lendemain. En arrivant travailler le matin, V. voit que la directrice est là. Elle se dit que ce n’est pas bon signe. Toilette mortuaire réalisée par C. et V. Protection. Choix des habits. Sera rechangé plus tard car Charly se vide par la bouche. Difficulté à trouver un médecin pour constater le décès. Finalement c’est la directrice qui appellera sa collègue directrice de l’hôpital voisin, qui enverra un médecin. Les pompes funèbres viendront chercher le corps vers les 10-11:00 . Une odeur se dégage. Odeur que C. et V. ont senti déjà pendant la toilette et le second habillage. M.-C. (la maitresse de maison, arrivée au travail) parle « d'ambiance glauque » (émotion). Les résidents sont prévenus : Martin se met à rire. Benjamin (co-occupant de la chambre) est tendu, hypertendu comme jamais, il tremble et se crispe. É. (des câlins et des pincements) qui vient voir souvent Charly... arrive. La directrice lui annonce la mort. Elle crie « Non » et la repousse, s’écarte. C'est V. qui la connait bien, pour s’être occupé d’elle de nombreuses années sur son pavillon qui la prend à part et la calme. Sinon M. (un ex-ami de chambre) est prévenu. Un peu malade, sous médicament, il apprend la nouvelle sans trop de réactions. B. (autre ex-ami de chambre) lui, hyperémotif, se montre très touché. Lorsque V. me raconte cela, les larmes lui montent aux yeux. Elle est affectée. Elle parle de l’enterrement où elle est allée, dit au passage qu’il n’y avait pas grand monde, ce qui est normal pour un homme tel que lui qui vivait dans un milieu fermé et qui n’avait que peu de contacts. Elle précise qu’il aurait mérité d’avoir des milliers de personnes. Elle dit qu’on ne peut que s'en trouver changé après avoir connu un tel homme. Charly ! C’est vrai. « Salut l’Artiste » est l’expression qui m’est venue à l’esprit et que j’ai formulée à la personne qui m’a appris la nouvelle au téléphone. Il semble qu’un drap blanc brodé à ses initiales a été mis sur son corps dans le cercueil. Charly ! Maintenant je rentre dans sa chambre et ressens (fortement) que sa place, son emplacement est bien vide. Charly ! Décès dans la nuit du 20 au 21 juillet. Sépulture. Des collègues y vont systématiquement. Moi non. Certains collègues disent ne pas comprendre, par exemple, que des (les) membres de la direction n’assistent pas. Je crois qu’ils envoient des fleurs. Moi je le comprends. Peut-être leur enseigne-t-on en formation de séparer l’affectif du travail. Je suis certain que comme nous, ils sont touchés. Moi, je tiens à tendre une ligne entre mon travail et mon affect. Je ne la tends pas ou assez peu dans mes relations d'assistance quotidienne : place à l'humain. Mais je la tends, juste derrière mes missions et mes horaires de travail. Ça me semble préférable pour mon équilibre. C'est pourquoi je n'assiste pas aux enterrements. Et puis, Charly et les autres résidents disparus, je préfère les garder en vie à l'esprit. »

Voilà, c'est fini ! [La chanson de Jean-Louis Aubert me vient à l'esprit...]

« Voilà, c'est fini | On va pas s'dire au revoir comme sur le quai d'une gare | J'te dis seulement bonjour et fais gaffe à l'amour | Voilà, c'est fini | Aujourd'hui ou demain c'est l'moment ou jamais | Peut être après-demain je te retrouverai | Mais c'est fini... hum, c'est fini » 

On va pas se dire au revoir sur ce quai de gare de la mort, je te dis bonjour pour Là-Haut où tu vas, où j'irai peut-être, et fais gaffe à l'amour ! Mais je m'inquiète pas pour ça, l'amour tu connais.

On continue de vivre, de réagir et de parler (comme on peut). Carmen-qui-dort-et-qui-vocalise ainsi que Marylise-aux-os-de-verre font des crises d'épilepsie dans le périmètre du décès ; elles ne sont que des épileptiques occasionnelles, si je puis m'autoriser. Francis-le-voyageur-des-couloirs n'a plus de copain de rigolade à l'éclater en lui faisant des grimaces ; il se fait agité et fonce dans tous avec son fauteuil. Ça énerve Suzy-coquette-pipelette qui le verbalise... « Arrête Francis ». Au jeune collègue qui lui demande... « T'es triste Suzy du décès de... ? », pas le temps de finir, qu'elle s'empresse de retourner... « Hof, j’en verrai d’autres ». Oui, Suzy, s'empresse de retourner, tu es retournée, et sur le fond, lucide...

| C'est l'extrême fin de journée, aller au lit endormira et soulagera les esprits |

Mais avant cela, encore quelques tâches, auxquelles quelques rares résidents participent. Avec Martin-qui-roule-à-l'envers ou Suzy-coquette-pipelette, on emporte les plats sales dans le local à vaisselle. Ce n'est pas rien. Car il faut prendre en charge le charriot à plat, et le résident dont il faut pousser le fauteuil (pour Martin) et actionner la commande électrique (pour Suzy). Progression dans le couloir jusqu'au local à vaisselle. Exigüe. Faut y faire entrer le charriot à vaisselle, la personne en fauteuil, et nous. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il faut savoir conduire et faire des créneaux. La mission est de placer la personne en fauteuil bien à côté des grands bacs profonds. On lui passe ensuite les plats de vaisselles qu'elle attrape difficilement et qu'elle présente au-dessus du bac, et qu'elle lâche dans l'eau. Ensuite, on met un peu d'ordre là-dedans, sinon ça encombre. À la fin des opérations, on essuie la main souillée du résident, et on s'en retourne, avec très souvent la banane pour le résident la résidente (pas le fruit, le contentement).

« Le boulot n'est pas fini », comme dit Suzy-coquette-pipelette qui apprécie d'employer ce mot, synonyme d'activités valorisantes pour elle, il y a maintenant à s'occuper du planning du lendemain.

Avant de coucher les derniers résidents devant l'être, un des deux collègues de fin de soirée s'occupe du tableau de planning pour demain, avec un résident en capacité de le faire. Il s'agit d'un tableau cartonné plastifié bricolé fait main, installé dans la salle de vie à hauteur de vue des résidents. Il est visuel. Sur des rectangles de scratch sont positionnés chaque jour : un rectangle plastifié du jour (mardi), de la date (10), du mois (avril). Dessous est collé un pictogramme 'Soleil', avec à côté la photo des deux agents du matin. Dessous est collé un picto « Étoile » avec à côté la photo des deux agents de l’après-midi soir. Dessous est collé un picto 'Lune' avec à côté la photo des deux veilleurs de nuit. Également sur le côté droit de ce tableau planning est scratché la photo de la maitresse de maison, présente en semaine, absente le weekend. Et la photo de l’agent programmé, quand c’est cas, pour des activités avec un ou plusieurs résidents (sorties, activités autres...) Pour en revenir aux résidents, en capacité de le faire, nous faisons le tableau ensemble, pour ce qui est photos, du moins. Nous mettons toutes les photos plastifiées des agents sur la table, et nous annonçons qui travaillent demain matin. Le résident la résidente, doit montrer la photo du doigt et, dans la mesure de ces capacités, la coller scratcher sur le scratch du tableau de planning. Et ainsi de suite pour les autres agents de service demain. En général, très grande satisfaction du résident mis à contribution, des postures d'aise et des sourires de contentement. Ils contribuent et s'en sortent bien.

Sonnerie du téléphone, c'est l'heure. C'est la très âgée dynamique sympathique maman du petit Jean-Yves-doudou-rocking-chair-5-octaves qui appelle. Elle le fait tous les soirs pour lui parler. Le rituel est le suivant. Jean-Yves est dans son lit, couché sur le dos, à faire des gestes et émettre des sons. Nous allons à sa chambre avec le téléphone, nous mettons le son, et nous posons le téléphone sur une chaise près de son lit. Alors la maman parle, lui parle, et souvent nous en trouvons Interpelé/s. Sur son visage, on peut voir... des questionnements, de l'apaisement, des sourires... et il rit parfois bruyamment, ce qui contente sa maman. Nous les laissons entre eux. Nous vaquons à nos occupations. Nous retournons chercher et déconnecter le téléphone cinq minutes plus tard...

Nous en profitons pour lui mettre un CD dans le lecteur que la maman a acheté. De vieilles chansons ('La vie en rose') et quelques chansons des années 80. Jusqu'au jour où une jeune collègue a décidé, pour un cadeau, d'acheter du d'jeune. Elle lui a pris du Garou, du Grégoire, du Christophe Maé... Ce qui m'a fait marrer. Je me suis dit que jamais il n'aimerait ça. Sauf que... il se marre à l'écoute de ces tubes. Bravo, ma collègue.

Parfois, souvent, on entend des appels plaintes de la chambre de Martin-qui-roule-à-l'envers, allongé au lit. Prêt à mourir ? On le dirait bien. Je me déplace en priorité, pour m'apercevoir qu'à force de manipuler sa zapette spécial handicap à grosses touches, il a déréglé la télé. Je lui trouve un programme qu'il aime, 'des séries d'amour' (Ah, Ingrind Chauvin), je souris, repose la zapette, et lui fait 'J'aime', à la Facebook, d'un lever de pouce. C'est la première qu'il me fait ça. Il lève doucement son avant-bras, la main, cherche mentalement ses doigts, et pointe difficilement le pouce. On part dans un fou rire commun.

Un peu plus avant, avant l'extrême fin de soirée, ça toque à la porte. C'est un masseur professionnel spécialisé dans le handicap qui vient faire des massages à certains résidents. Il nous est interdit à nous, agents, de masser. Possibilité d'effectuer parfois des effleurages sur certaines parties du corps (pied, bras, jambes, mains) avec des huiles essentielles, mais pas plus, masser reste du domaine des professionnel/les. Bref, le masseur se pointe. Je mets une petite pointe d'ironie ici, car ce masseur d'âge moyen et sympa donne l'impression d'être dilettante. Il lui arrive de téléphoner une demi-heure avant le rendez-vous du soir pour dire « Je ne viens pas ». C'est quand même gênant, car on a préparé le résident pour ça, en position dans le lit, habillé adéquat, le résident va être bien (nous aussi, ça nous contente), et il annonce qu'il ne vient pas. Le plus original, c'est souvent le motif invoqué pour ne pas venir. Plutôt que dire, comme feraient beaucoup « J'ai un empêchement » « Ma voiture est en panne » « Je suis malade »... lui y va souvent d'un royal : « Je suis fatigué ». Faut oser, faut le faire. Et, comme pour ma part, j'avais établi un certain contact avec cet homme, humour, blagues, à la fin je lui disais : « Et si vous veniez quand même !? ». Et il venait. Drôle d'oiseau ! Ça en valait la peine, car un jeune homme super-hyper nerveux qui tremble comme Benjamin-prisonnier-de-son-corps, après l'effet de surprise de ces mains enduits d'huiles essentielles courant sur son corps, après moi de cinq minutes c'est comme s'il avait fumé un pétard : 'aware' le Benjamin...

Vingt-et-une heures s'approche à grands coups d'aiguilles, et souvent deux résidents ne sont pas au lit. Du temps de son existence, petit d'Jamal-du-chaud-soleil faisait de grandes crises nerveuses et de larmes quand on le mettait au lit le soir, surtout l'été, il s'accrochait aux barres de lit, en résistance... Jusqu'à ce qu'il soit compris qu'il ne voulait pas aller au lit tout de suite. Alors, sur la fin, mise en pyjama, et de nouveau en selle sur son fauteuil pour le laisser poursuivre sa soirée comme bon lui semblait. Ça semblait lui convenir, il était calme, et les veilleurs veilleuses le couchaient bien plus tard.

Et puis il y a Suzy-coquette-pipelette. Sauf exception, quand elle est patraque, fatiguée, pas le moral et où elle demande à aller au lit, très souvent elle reste dans la salle de vie avec nous (pour parler bien sûr), et aussi et surtout parce qu'elle a souvent des rendez-vous avec F., un jeune charmant éducateur chargé maintenant de l'animation. Soit il vient sur place, soit elle va dans son pavillon. Ça dure un quart d'heure. Mais pour ce quart d'heure exciting pour elle, elle se vérifie : sa tenue, ses bracelets, ses bijoux. C'est top. Ça fait plaisir. Comme je suis un homme, elle participe aussi de cela avec moi... « Avec plaisir, Suzy, si ça contribue à te faire vivre de bons moments d'échanges et de bonheur, alors pour moi aussi ça le fait » comme il lui arrive aussi de dire, parfois.

Les aiguilles de la pendule sont ponctuelles. Elles se donnent rendez-vous à exactement 21:00 ; quand il est cette heure-là. Pour nous, les agents du soir, la journée est terminée. Ou presque. On écrit nos informations de transmission sur la fiche de chaque résident. On met un mot sur le gros cahier de transmissions générales. Et on salue le veilleur qui arrive. Ce sont principalement des veilleuses. Mais il y a aussi parfois un homme. Avec les veilleuses on détaille souvent, à leur demande, les évènements de la journée pour untel et unetelle, tous et les résidents résidentes ; elles aiment les détails. Avec l'homme, d'âge moyen, aide-soignant, ex-animateur de rues en quartiers sensibles de la région parisienne, ça va plus vite. Du style « N'y'a personne de mourant ? Non !? Alors ça roule ». Je m'entends bien avec lui. Avec ma collègue de soir, on va jeter un œil de loin à tous les résidents résidentes dans les chambres. On entre quitter notre blouse dans le bureau. On en ressort en habits et chaussures de ville. On marche dans le couloir. D'autres débauchent des autres pavillons voisins. On échange quelques mots. On actionne le bouton d'ouverture des portes coulissantes. Et on sort. Dehors, en saison, il fait noir. J'aspire par le nez un grand coup d'air qui me gonfle les poumons. Je lève les yeux au ciel vers les étoiles...



➒ L'INCROYABLE SUITE DE CETTE HISTOIRE DE VIE QUI ME MARQUE À JAMAIS

… 'On actionne le bouton d'ouverture des portes coulissantes. Et on sort. Dehors, en saison, il fait noir. J'aspire par le nez un grand coup d'air qui me gonfle les poumons. Je lève les yeux au ciel vers les étoiles'... Il y en a, mais pas que...

Avez-vous déjà vu des OVNIS ? Moi oui. À deux reprises... Mais peut-être n'en était-ce pas !?

La première fois, je suis en extérieur nuit, en 1987, vers 22:00, à réfléchir en observant le ciel, ce ciel qui m'a toujours fasciné depuis que je suis enfant, et qui me fascine encore aujourd'hui que je suis âgé. Soudainement, je remarque un point lumineux, de la taille d'une étoile, qui progresse lentement et infiniment irrégulièrement, du milieu des cieux vers le haut, un peu selon le tracé d'une courbe de graphique. Je l'observe, surpris, ahuri, captivé, intéressé... pendant quelques minutes... Et puis j'ai été contraint de l'abandonner pour retourner à cette réunion à laquelle je participais. J'en ai touché deux mots autour de moi, et l'on m'a regardé. J'ai consulté les journaux le lendemain. Et oui, d'autres avaient vu aussi. Mais pas d'explications journalistiques.

La deuxième fois, autour de 2000, un peu avant il me semble, je sors mon chien pour sa vidange vésicale avant la nuit. Comme souvent, j'ai les yeux au ciel, et ce que j'aperçois me fait le même effet que dix ans auparavant, si ce n'est plus. Une étoile avec comme une sorte robe en matière de gaz vaporeux. Je ne sais si c'est mon imagination, ou quoi, mais j'ai alors la sensation que mes yeux se font soudain jumelles télescope, et que je vois l'ensemble en plus grand et me happant...

En rentrant, je téléphone à la permanence de France 3 région, pour signaler le phénomène. Et je téléphone au journal local pour le dire également. Le journaliste m'informe qu'il va sortir voir. Et je raccroche. Le lendemain, il y a un entrefilet dans la presse, dans lequel je suis cité nommément ; car mes écrits font qu'on me connait un peu dans l'Ouest où j'habite à l'époque.

L'article explique qu'il s'agit de la comète C/1996 B2 Hyakutake. « À l'œil nu, Hyakutake est exceptionnelle avec une queue de plusieurs dizaines de degré. Son noyau se trouve à côté de l'étoile Polaire ce qui nous permet de suivre la comète toute la nuit. La queue s'étend en vision décalée jusqu'à la Grande Ourse. » Le journaliste cite un opérateur consulté de Météo France, dont une antenne se trouve dans le coin : « J'ai pu également l'observer au télescope grâce au Newton de 210 mm de J.-R. Gilis, il était environ 21:00. À l'oculaire, la région entourant le noyau était vraiment magnifique avec à l'avant de la comète une structure de jets en forme d'éventail. »

Depuis, je suis allé voir sur Internet, et voilà de quoi il était question. Voici la photo publiée... Hyakutake



Il paraît que Hyakutake est passé dans notre Système solaire interne il y a 17 000 ans environ. Que des interactions gravitationnelles avec les géantes gazeuses durant son passage de 1996 étendirent considérablement son orbite. Et que les modifications des coordonnées barycentriques permettent de prédire qu'elle ne reviendra pas avant 70 000 ans environ...

La preuve que non... ou alors c'est autre chose...
Car en ce soir de troisième trimestre 2014, que je sors du foyer et que j'inspire un max d'O2 à m'imploser les poumons, d'un coup la tête me tourne, comme souvent en pareille circonstance lorsqu'on s'hyper-shoote à l'oxygène, qui plus est, alors qu'on est 'mort' ou pas loin.
Et m'apparait ALORS cette semblable étoile lueur ci-dessus, petite, quasi normale, lointaine au début, et puis très vite plus importante et maintenant très grosse, le bas de sa robe venant se positionner, en basse altitude, au-dessus de ma personne.
Le cou cassé, la tête vers le ciel, mon esprit se déconnectant comme lors d'un départ en coma lisse et soyeux provoqué par la lente injection d'un liquide intraveinal d'anesthésie, je me sens partir... tout en conservant une once de conscience...

Je me sens tout tendu, tout en me sentant détendu, les bras au corps, le cou et la tête pointés vers le haut, l'ensemble de qui je suis comme profilé pour limiter les frottements. Mes pieds se décollent. C'est extra-ordinaire. Je me sens monter, comme il m'arrivait de le percevoir en rêve quand j'étais enfant. Je me concentrais, je me crispais et je me disais « Élève-toi ». Et à force, je décollais du sol de quelques centimètres. Sous l'admiration des gens autour de moi. J'en étais satisfait et fier. 'Désir d'élévation humaine et sociale', ai-je lu ensuite dans une revue psy. Ça, c'était en rêve quand j'étais enfant. Ici et maintenant, je ne dors pas, je ne suis pas crispé, je ne me dis rien... Je me laisse emmener. Le noir de la nuit sur terre, mute au gris, puis au blanc, mes vêtements de couleurs se délavent jusqu'à devenir clairs et blanc, il y a de la lumière, comme un vent tiède de vitesse qui m'est agréable à percevoir sur le visage et le corps. On va... Vite. Vite. Très vite... L'Anesthésiste qui me tient au bout de sa seringue, vient certainement de déverser la suite et fin. Je perds complètement conscience...



⑩ POURQUOI CETTE CITATION DE JULES RENARD ?
– 'Le paradis n'est pas sur la terre, mais il y a des morceaux. Il y a sur la terre un paradis brisé ?'

Je suis allongé, mal nulle part, je ne perçois que très peu mon corps, l'esprit embrumé j'ai, et il me semble revenir très lentement. Je vois un visage se pencher sur moi, trouble, me mettre un coup de faisceau lumineux dans l'œil, aveuglement, et j'entends la voix... « Réveillez-vous. Tu m'entends ? Reste les yeux ouverts », ce que j'essaie de faire. « On repasse tout à l'heure. Garde les yeux ouverts ». Oui, je m'y efforce. Difficilement. Et ça en vient rapidement à devenir plus facile. Je suis dans une vaste pièce blanche, avec d'autres comme moi, sur des lits spéciaux. On se jette des coups d'yeux, de loin, on s'esquisse des semblants de sourires, sans rien se dire ; faudrait pouvoir...

Détection de mouvements à l'entrée, une femme un homme, en blanc, s'avancent dans la vaste salle, visitent deux ou trois lits et s'arrêtent au mien. Ils ont l'air plutôt jeunes, sans qu'on ne sache vraiment les dater. L'homme me dit :
– « Alors Jef, de retour... ! »
'De retour' !?!... De quid exactement ? À la vie ? À la conscience ? Et où ?'. À l'expression supposée interrogative de mes traits, la fille répond, en posant sa main sur la mienne : – « C'est normal. Ça va revenir. On te fait emmener en appartement. »

Sur place, je me laisse le temps de m'éveiller, allongé sur le grand lit, la télécommande à la main, devant l'écran large. J'ai la bouche sèche et un début de faim. Il y a ce qu'il faut, à proximité. Je commence à boire et à manger un bout. Ce faisant, je zappe. Facilité. De nombreux réseaux, avec de multi-programmes multi-langues dont on comprend facilement le sens. Finalement, je passe du temps à regarder distraitement les images, avec le son en sourdine. Je zappe sur des canaux spéciaux et vois défiler des scènes de vie de notre Temps, en rapport avec moi. Scènes anciennes et récentes. Je me concentre sur les récentes. Parmi elles, je vois apparaitre, à l'écran, une vaste salle arrondie, augmenté sur son fond d’un espace rectangulaire, avec tout autour : une cuisinette, des toilettes, une salle de bains, un bureau et sept chambres ; et avec aussi une baie vitrée, une terrasse et un espace vert. Je vois aller et venir des femmes en blouses blanches poussant des fauteuils avec des gens dedans... | Ça y est : J'y suis ! | Un flot d'émotions me gagnent, à la vue de ces images de style webcam. Je suis déjà nostalgique de cet endroit où j'ai œuvré, et heureux de me retrouver, ici, là, maintenant, où je crèche ad vitam æternam, depuis un certain temps. Et, oh, bonheur !, puisque je suis ici, il me vient soudain que j'ai des gens à y voir.. Oh, grand bonheur !, ah ça oui...

Toquement à la porte. Je dis d'entrer. C'est Diego. Grand, mince, petite barbe blanche, un peu dégarni, il sourit, patiente une seconde que je me lève, et l'on s'étreint chaleureusement. Je suis heureux de le revoir et lui de même pour moi. Il me félicite pour ce que j'ai fait, je ne vois pourquoi, j'ai fait un travail normal d'humain, me tapote encore le dos, et me dit que, maintenant tout est OK pour les procédures de retour, je peux y aller. – « Merci Diego ».
– « C'est Nous qui te remercions. Allez va, on se reverra plus tard. »
– « Avec plaisir. Sinon, en quelle localisation est le groupe », je lui demande in fine.
– « Pour l'un d'eux, en Ω 130 807. »
Diego, c'est un des Cadres de l'endroit, proche de Qui vous devinez.

Je ramasse mon sac, quitte l'appartement avec lui, parviens dehors, le salue, et je pars à pied. Plus loin, je prends la voie sol-sol aéroprøpulse et je me laisse emmener jusque chez moi. Pavillon bas en milieu ouvert, arboré, je me dirige vers ma porte d'entrée, presse la poignée, entre... tout y est exactement comme je l'avais laissé. Bien content de revenir au calme et à l'insouciance, finalement !

Quelques jours plus tard certainement, difficile ici de se faire une idée précise du cours du temps, je ressors avec mon sac à dos, et j'emprunte immédiatement la voie sol-sol aéroprøpulse, en direction du carrefour multi-directions. On avance vite sans efforts sur ces voies roulantes, et des voies accolées et des appareillages autorisent de plus grandes vitesses, sans un geste. Diego m'a dit « Ω 130 807 », en secteur Oméga, numéro 130 807, j'y vais. Je n'en ai pas pour très longtemps.

À l'approche, je repère le home et je descends de la voie la voie sol-sol aéroprøpulse. Même type de pavillon bas en milieu ouvert arboré. Je m'approche de la porte et consulte le nom... C'est bien cela. Je presse le bouton de mon doigt et j'attends. Rien. Personne... Un voisin sort et me dit :
– « Il n'est pas loin. Il est à la salle », en me désignant la direction.
Je le remercie et je reprends la voie sol-sol aéroprøpulse, maintenant très excité. En peu de temps pour se faire, la salle m'apparait en point de destination finale, j'abandonne la voie et franchis les dizaines de mètres menant à l'entrée... de cette salle de boxe fréquentée.
Émotion, en pénétrant dans cette grande salle équipée d'une dizaine de rings, en pleine activité, tout le monde, sportifs et supporters, s'agitant dans une belle ambiance. Je me faufile en épiant intensément à la recherche de... Mais sans l'apercevoir. Jusqu'à ce qu'une silhouette me saute aux yeux et s'affirme à moi... En boxing shoes, short large, shirt marcel collant à sa musculature, protège-dents, ce combattant de ring, trapu, dans les 1,70, se montre vivace et pugnace contre son adversaire. Mon regard ne peut s'en détacher... Peut-être parce que le boxeur-bis en a marre et que de remarquer mon regard insistant lui donne ce prétexte, il baisse la garde, se place en retrait, me regarde, et ne reconnaissant personne en moi, fait un signe de tête me désignant, à son partenaire. Les bras et gants de l'homme glissent et s'immobilisent le long du corps, son regard bleu, sous halo de sueur, et pas que, accentué de suintement aqueux, se rive soudain au mien, et nous ne pouvons plus dessouder nos regards. Un sourire certainement se dessine sur ses lèvres épaisses qu'il ouvre pour cracher son protège-dent dans son gant. Et d'un geste rapide derrière, il prend comme une position de haka sur ses jambes, et lance ses bras vers ma direction, en faisant « Aaah », rigolard... tout en lâchant le protège-dent que je reçois sur le visage. Le temps de me frotter la joue, que C. s'est agilement faufilé entre les cordes, a sauté au sol, vient se jeter sur moi ; et réciproquement. Nous nous enlaçons, très émus, ne pouvant prononcer que nos seuls prénoms... « Charly » « JeF » !

'Le paradis n'est pas sur la terre, mais il y a des morceaux. Il y a sur la terre un paradis brisé ?'... Il se révèle à moi que Jules Renard fut, en l'occurrence, fort bien inspiré... Et ce célèbre artiste, pas du tout, à moins qu'il n'ait voulu dire le contraire, quand il chantait : « Charly, Charly, t'iras pas au paradis ». ['Charlie, t'iras pas au paradis', Gilbert Bécaud, Pierre Delanoë, 1964 ]. Car Charly est bel et bien là ; dans les deux sens du terme.

Relâchant notre éteinte et, maintenant à faible distance l'un de l'autre, face à face, nous tenant les coudes, Charly me parle et me glisse des mots sur son heureuse existence intemporelle ici. Je l'écoute, j'écoute le son de sa voix, le langage qu'il utilise, mes yeux suivent le mouvement rythmé de ses lèvres, s'ouvrant parfois sur des esquisses de sourires, des sourires et des rires, découvrant de belles dents. Perdu ! J'ai perdu mon langage. Je ne sais quoi dire. Quoi répondre aux quelques questions qu'il glisse dans sa conversation... Alors, je me tais, et il parle, il parle... Il semble tellement heureux de le faire... Et moi, je souris, intérieurement et physiquement. Je souris, je me souris, je lui souris... Après un moment assez long, je ne sais exactement, du moins suis-je porté à le croire, il interjecte « Bon ! », et prend les choses en mains. Il me dit...
– « Je termine la séance loisir boxe, et je t'emmène manger un morceau à mon home habitat ». Suivi de ce malicieux... « Tu verras, ce sera pas de la poche liquide. » Et de cette condition préalable... « Mais avant, tu montes avec moi sur le ring, et on se fait deux trois rounds »...
– « Tu plaisantes, je ne sais pas faire. »
– «  Si ! En bas on l'a fait. » « Allez monte. »
Ce que je fais. On me file une paire de gants que j'enfile. Et moi en tenue lambda et lui de boxe, il commence à me tourner autour, en sautillant, se déhanchant, les bras et les poings prêts à frapper. Obligé de m’y mettre également. Et obligé de m'appliquer, pour ce que j'en ai vu parfois à la télé, car Charly semble vouloir vraiment boxer. À ma gaucherie et à mon stress technique, s'ajoutent soudain ma déconcertation et ma déconcentration quand Charly fonce sur moi en forme d'attaque aux poings, retient sa charge, sautille d'un pas en arrière, baisse complètement sa garde, bras et points se secouant maintenant le long du corps, et tout en continuant de sautiller et en exorbitant ses yeux, se met à me tirer longuement sa grande langue, à la façon des rugbymen en haka. Résultat : je ne suis plus où j'en suis : surpris, presque envie de rire, si ce n'est que je crains de m'en prendre une, juste derrière. Je m'efforce de rester concentré, et ce n'est pas facile. Charly poursuit le combat sous les regards désormais de gens de la salle qui viennent s'agglutiner le long du ring. Je le sens quand même bienveillant. Il y a longtemps qu'il aura déjà dû me mettre une pêche. Elle arrive. Mais pas dans la face. Un coup lourd sur mon flanc, qui me fait me distordre, suivi d'un second coup lourd en plein direct estomac, qui me coupe assez fort le souffle. Relevant la tête, Charly me lance un clin d'œil, et continue de me tourner autour. Réitérant son coup de l'attaque, du sautillement de retrait, bras et gants le long du corps, et grosse grimace avec tirage de langue... je fonce alors immédiatement sur lui, et je lui balance un grand coup... qui tombe dans le vide, eu égard son pas de côté... et sous les rires des spectateurs (« sous vos applaudissements », comme aurait dit Jacques Martin). Charly jubile, le public jubile, moi je jus bile (je m'inquiète). Je parviens à placer quelques coups et je m'en prends plus que je n'en donne ; mais pas trop. Le gars est affuté et a le bon goût de ne pas pousser plus loin. Il fait 'Temps mort' d'un geste des bras et des gants, 'Temps mort' valant 'Fin de la partie' ; et mimant l'arbitre déclare 'Match nul' en me levant le bras, tout en élevant le sien. L'artiste, accroché à mon bras et saluant maintenant le public d'une très basse courbette, me contraint de fait au même geste... Avec plaisir, ce n'est pas la question,, si ce n'est que de me plier si bas réactive la douleur de ce poing pris dans le buffet. Une fois descendu du ring, Charly s'occupe de moi, tout en me parlant...
– « C'était bien, hein. »
– « Moui. »
– « Rappel de souvenirs, n'est-ce pas », cligne-t-il de l'œil et de la voix, en ajoutant... « Attends, bouge pas, que je te tapote le coin de la lèvre avec mon bout de serviette. Ça saigne un peu, c'est un peu tuméfié. » « Ça va revenir sous peu, ici tout se fait rapidement, tu le sais... »
– « Oui. »
– « T'es là depuis combien de temps, Jef ? »
– « Pas très longtemps, je viens de revenir. »
– « Je le sais. On me l'a dit. Mais, avant. Avant que le Vieux t'envoie en mission dans le foyer où j'étais ? »
– « Oooh ! Comment tu parles de lui, Charly... »
– « Je rigole. On peut rire de tout, non !? Y compris de Lui. Et puis maintenant que je suis là, il ne va pas me virer en enfer. Ça ne serait pas sérieux, ah ah... » «  Alors, t'es là depuis combien de temps ? »
– « Depuis la fin du XXe, de l'ère de son fils. » « Je suis mort à ce moment-là, et j'ai été surpris d'avoir été choisi pour ce retour sur terre en préparation de votre départ. » Puis comme pour moi-même... « Peut-être que le Vieux, comme tu le dis, a voulu parfaire de me mettre du plomb dans la tête. » « Je n'ai pas eu d'explications. Et le plus extra-ordinaire, c'est que lorsqu'on te renvoie, on t'enlève toute notion de ta réalité céleste. Tu vis en bas, comme si t'étais dans le prolongement naturel de ta vie... »
– « Je serai peut-être sélectionné aussi. »
– « Qui sait ? » « Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
  – « On se donne des coups... »
– « Pour moi, c'est fini... »
– « Coup d'eau dans le gosier et sur le corps » « Coup de peigne » « Et on y va... »

Nos sacs sur le dos, nous retournons en voie sol-sol aéroprøpulse vers son home habitat... Il y a de l'animation quand nous arrivons. Ça pulse. On dirait que derrière la porte, il y a comme un concert des Stones, en plein riff de 'I can't get no satisfaction', sauf que là ça semble plutôt être du style 'I get satisfaction'. Charly sourit en s'approchant...
– « C'est Alan, me gueule-t-il à l'oreille. »
Pas le temps de lui poser la question, qu'il ouvre la porte et que je découvre un jeune chevelu en train de se secouer comme un malade sur sa guitare. Charly la joue malin. Il tend la main vers le compteur et le met en Off. Le jeune, surpris, sans plus de son, se retourne soudain stoppé dans son élan, avec une expression de poisson dans son regard bleu. Extraordinaire ! Ce garçon est la réplique ado de Charly.
– « Mon fils », me lance fièrement son père. « Et comme tu sais qu'ici tout est possible rapidement, Alan s'est bien trop vite fait ado à ma guise, mais le temps sans fin d'ici, ce n'est pas si important. Et puis, Alan prend ma trace, ah ah !, en se faisant lui aussi pierre qui roule. Lui en Rolling Stones en musique, après moi qui a été rouling stone en fauteuil. Souvent stone et toujours stone. Souvent dur-dur en moi, et toujours dur en structure de pierre de roc.
– « Ah, joli, Charly. »
– « Merci Jef. Toujours le show, comme tu vois, mais avec des mots maintenant. » « Dis-moi, Alan, tu n'oublies rien ? » lance-t-il au fiston.
– « Quoi ? »
Lui désignant sa joue du doigt, il la lui tend, et attend... Le fils, gêné, l'embrasse. On voit Charly fondre littéralement. Il me présente comme étant un bon pote. Je lui tends la main, et nous nous saluons.
– « Ta mère n'est pas là ? »
– « Non, partie avec sa bande. Faut pas l'attendre. »
Clin d'œil de Charly...
– « Je suis cerné par une bande de filles. Si tu savais comme c'est dur. »
– « Pour ne pas changer. », je retourne sans réfléchir.
– « Que veux-tu, les femmes m'aiment. Je n'y peux rien. » « Installe-toi, je sors des trucs et on mange et on boit. »
Ce qu'il fait. Et ce que nous faisons ensemble ; sans Alan, qu'un copain vient chercher...

Nous passons tout le début d'après-midi à discuter. De nos souvenirs...

« …Ah, Les souvenirs | Qui au fond de nos pensées veillent | Et qui par moment se réveillent | Sont un peu comme ces voyages | Que l’on fait seul ou en partage | Au fil des ans, au cours des âges | Ils sont ces incroyables images | Ils s’expriment fort et nous hantent | Et nous poursuivent et nous tourmentent | Ils nous font mal ou nous caressent | Ils sont les cadeaux d’une mémoire | Qui nous racontent des histoires | Faites de jours roses ou noirs |... » [ Julien Clerc, extrait relooké JFP ]

Du bruit dehors attire notre attention. Des voix, des éclats de rire, des salutations... Charly sourit et me montre symboliquement son annulaire gauche où il n'y a pas d'anneau. Cependant je comprends. Je me trouve surpris, sans l'être. S'il a un fils, c'est donc que ce fils a une mère, et Charly une femme. Et il est bien normal que je finisse par la rencontrer, chez elle. Mais je suis surpris quand même. Charly marié, ou quelque chose de cet ordre. Charly uni, serait plus conforme ! À la flamme de ces souvenirs, que nous venons d'évoquer, et peut-être des canons féminins auxquels je le sais sensible, j'imagine cette femme... 'petite brune, fragile et fine, aux yeux bleus' ; si vous voyez à qui je fais allusion. Sans doute fut-ce, avec Marylise, de l'ordre du premier amour, celui dont on ignore qu'il puisse finir un jour, mais qui est temporel, le plus souvent. Amour d'un jour, n'est pas amour toujours, comme aucun proverbe ne le dit, mais c'est ainsi et, là, les circonstances s'en sont mêlées. Avec cette femme que je vais découvrir, d'ici une seconde, l'amour et l'union seront pour toujours. « Merci à toi, Petite, qui est vivante sur terre, d'avoir contribué à préparer à cela... »

À l'ouverture alerte de la porte, je vois une belle joyeuse jeune femme entrer et sourire. Elle est un peu plus grande que Charly, des cheveux roux mi-longs, une peau blanche piquée de quelques taches de rousseurs, des yeux noisette limite jaune, une dentition donnant l'impression qu'il y a plus de dents qu'il faudrait, et grand sourire qui va avec. C'est un joli brin de femme.
– « Mary », me la présente Charly, en le prononçant à l'anglaise.
Pas le temps de me remettre de ma catalepsie provisoire que 'Méry' est sur moi et m'embrasse sur les joues. J'entrevois Charly, observant du coin de l'œil, fier. Il la prend par la taille et il l'embrasse autant qu'elle l'embrasse. Il y a de l'amour, ça se voit. Il échange quelques mots en anglais, que je comprends, parce que toutes langues se comprennent, et qui parlent de moi.
– « Ah ah », plaisante Charly, heureux de son bon mot à venir, « C'est en bas que je me suis familiarisé avec l'anglais. » « À la télé. »
Sourire de ma part.
– « Et aussi avec l'espagnol, l'italien, l'allemand... » « Et même, des fois, Meuhhh, avec la langue de Vaud, ah ha... » « Le suisse montagneux du bout du lac » «  J'aurai pas dû avaler mes glémeux, je suis tout embardoufflé » « Ça te parle ça, hein ? Ah ah... » « Mes glémeux, mes crachats ; embardoufflé, barbouillé. » « Bref, on ne va pas en faire une maladie, on s'est quand même bien marré... » « On se sert un verre avec Mary ? Ou un café, un thé, un pisse-mémé... ? »
Ce que nous faisons, en poursuivant la conversation.

– « As-tu de temps ? », me demande Charly, « Que je t'emmène avec moi. »
– « En bas, on a trois milliards de secondes programmées. Ici, c'est infini. Où va-t-on ? »
– « Se balader. Prends ton sac, je prends le mien. » « On se retrouve, plus tard, Mary ? Love love...»
Il la réattrape par la taille (j'ai l'impression qu'il aime bien le faire), l'enserre, l'embrasse, lui fait les yeux doux comme il sait le faire, et termine par un « Tschüss », in deustch, natürlich, en me clignant de l'œil. Je salue Mary et nous sortons...

Sur la voie sol-sol aéroprøpulse, nous parlons de choses et d'autres, jusqu'à l'échangeur. Changement de voie et poursuite accélérée vers ce lieu inconnu où il m'emmène. À moins qu'on ne se promène, « se balader », comme il l'a dit. Après moins temps qu'il n'en faut pour aller là où je ne sais pas où on va, notre destination semble se profiler, si j'en crois l'endroit que Charly me montre du doigt ; sans rien dire. Éclat de malice et de joie dans les yeux, petit sourire au coin des lèvres, et son index qu'il poursuit d'agiter pour désigner. Me faisant signe, on quitte la voie sol-sol aéroprøpulse et on marche si peu. C'est précisément ici, montre-t-il...
– « T'es prêt ? »

– « Comme on ne risque pas de mourir ici, oui, mais à quoi ? »
Il actionne la sonnette. On attend. Des pas feutrés. On vient ouvrir...

Je ne sais pas si c'est le fruit de mon imagination, mais j'ai comme l'impression de me sentir faire un pas arrière, et de demeurer un temps dans cet état de posture antérieure. Ça dure très peu. Le temps que mon neurone se secoue. Et que je trouve le contrôle mes émotions face à la délicieuse Joëlle qui s'avance vers moi et que j'accueille dans mes bras. Elle vient s'y blottir. J'enserre son corps frêle. Et elle pleure. Moi, pas loin, je suinte. Charly, à côté, s'essuie un œil. Relâchant mon étreinte, je prends le visage de Jo dans mes mains, et de mes pouces lui essuie ses larmes, en la regardant en riant. Sur son visage se dessine un sourire, un très beau sourire, alors que ses lèvres bougent pour produire ces mots...
– « Je suis bête, non !? » « Et surtout sensible. »
– « Je t'adore comme tu es. »
– « Venez » « Entrez », nous invite-t-elle, Charly et moi. « Asseyez-vous. » « Je vais chercher du monde... »
Sur le canapé blanc, nous nous posons, et Charly hilare se tourne vers moi et, levant le bras et la main, et m'invitant à faire de même, vient frapper ma paume.
L'homme de Jo entre avec deux fillettes. Lui est grand, mince, brun, une barbe courte. Les deux filles semblent jumelles et espiègles, avec leurs couettes, leurs yeux rieurs et leurs petits nez. Elles sont en jupes courtes, et l'une comme l'autre ont les genoux égratignés...
– Voici Joël, comme moi, et nos deux coquines Jo-Anne et Jo-Line.
On s'embrasse tous et on se sert la main entre hommes.
– « Qui c'est ? », demande les filles.
– « Charly, vous le connaissez. » « Et ce grand Monsieur (1.82 sous la toise), c'est un AMP.
(Acronyme signifiant : aide médico psychologique).
– « C'est quoi, ça ? »
– « Un aide de malades personnes. » « Un nounou pour de grandes personnes qui en ont besoin. » « Ça te va, Jef ? », ponctue Jo, habilement, mettant fin à la série des questions, et ouvrant vers moi...
– « Parfaitement. » « Un nounou. » « Un nurse... »
Et Charly malignement de poursuivre...
– « Un n'aidant. Un nettoyant. Un nourrissant. Un nippant dénippant. Un négociateur. Un super Nanny. Un Nanny McPhee. Un Naguy animant. Un n'homme-à-tout..., quoi, ah ah ah. » – « Un aimant, aussi », fais-je pour le bon mot à double sens.
Je regarde Jo qui se marre. Elle est jolie, Jo, avec sa coiffure brune mi-longue, son regard tendre brun verdoyant, et son fin visage à nez droit. Son sourire semblant toujours en retenue surligne son cachet charmant de femme timide et effacée. De taille moyenne ++ (comme il pourrait s'écrire, en bas, en transmissions), elle est de corps mince et bien proportionné. Sa peau est blanche.
– « On te dérange pas ? », je lui demande.
– « Non, regarde ce que je faisais... », retourne-t-elle doucement en me désignant ce fauteuil.
Nos regards se portent sur ledit fauteuil où siège un ouvrage au crochet en cours de tricotage. Ça me fait sourire d'aise, parce que je trouve que ça lui correspond vraiment. Je l'imagine bien aussi s'occuper à une autre activité artistique solitaire. Mes yeux balaient tout autour. Sans doute lit-elle dans mes pensées, ce qui est fort possible ici, attendez d'y venir et vous verrez, parce qu'en me voyant poser le regard sur ce mur, elle précise...
– « Oui, c'est mon œuvre, si je puis dire... »
Une grande toile, peinte en style semi-moderne, où l'on distingue des formes, principalement assises, quelques rares debout, en blanc, le tout étant très coloré et joyeux. Mon regard se scotche sur l'œuvre, mes yeux s'embuent, et j'aimerais alors avoir virtuellement en mains du scotch pour recoller et du scotch à boire pour m'anesthésier. C'est vraiment très réaliste, très poétique, et très optimiste ce qu'elle a fait. Je me retourne vers elle et, de la main que je porte à mes lèvres, je lui adresse un baiser. Son mari regarde, amoureux et fier de sa Jo. Charly verse une larme. Je le sais, nous le savons, il est toujours et pour toujours très sensible le garçon...

Et puis, à trois, nous demeurons encore assez longtemps en conversations. De tout, de rien, de ce qui nous préoccupe... Eux, moi, le ciel, la terre. À un moment, il m'est demandé...
– « Comment ça va sur terre ? »
Pfouu... Que répondre à ça sans plomber l'ambiance !?
Alors, j'y vais de ces vers...

« Comment ça va sur la terre ? | Ça va, ça va bien. | Les petits chiens sont-ils prospères ? | Mon Dieu oui merci bien. | Et les nuages ? | Ça flotte. | Et les volcans ? | Ça mijote. |Et les fleuves ? | Ça s’écoule. | Et le temps ? | Ça se déroule. | Et votre âme ? | Elle est malade | Le printemps était trop vert | Elle a mangé trop de salade. »  [Jean Tardieu, écrivain poète, 1903-1995]

– « Tout est vrai », je précise. « Sauf pour mon âme que je ne nourris pas qu'à la salade. »
– « Aussi avec du saucisson et des petits gorgeons !? », présume Charly.
– « Tu prés-humes très bien. »
– « Ah ah... En parlant de ça... »
Sur ce, il nous active et réactive les filles, en train de jouer tranquillement dans un coin...
– « … Ça vous direz, les Petites, qu'on aille tous au resto ce soir ? »
– « On n'est pas des petites ! »
– « Ça vous direz, les filles, qu'on aille tous au resto ce soir ? »
– « Ouiii, au MacDieu. »
– « Noon... On va aller ailleurs. » « C'est OK, Jo et Jo ? » « Et toi, Jef ? »... Alors j'interønde Mary et Alan, qu'ils se mettent en moove quand ce sera l'heure, et on ira...

… C'est chouette, là où nous nous retrouvons tous : Mary, Alan, un pote, Jo et Jo, Jo-Anne, Jo-Line, Charly, et moi. Nous nous y sommes tous parvenus, à l'heure dite, en voie sol-sol aéroprøpulse, et le temps de terminer les fins de bavardages ainsi que la faim vont nous faire entrer.

Façade typée, teintes ocre et blanc, des colonnes, de grands pots-jarres plantés d'arbres de soleil et de feuillus, c'est beau et convivial. Nous entrons. Très vaste salle profonde, assez haute de plafond, si je puis dire, car ce n'est pas véritablement un plafond. Un décor intérieur dépaysant et une lumière tamisée inclinant au repos des yeux et de l'esprit.

Une très belle jeune femme typée, vient à nous et nous parle...
– « Soyez les bienvenus au Tajinier. » « Suivez-moi, s'il vous plait, je vous installe à la très belle table ronde du fond... »
Ce disant et ce faisant, je vois Charly qui cligne de l'œil ; sans me rendre compte de plus. Nous emboitons le pas de cette très belle femme brune, au gros ventre rond de celle qui porte un enfant... Ses hanches se déhanchent, le bas de sa robe volète au rythme de ses pas, plus haut, ses cheveux volètent également, elle est vraiment très belle et séduisante. Et que dire du cadre !? Ceci. Que nous nous trouvons dans un décor de grande tente berbère du désert, reconstitué dans ce grand bâtiment ; la raison pourquoi il n'y a pas véritablement de plafond, me dis-je l'esprit un peu embrouillé.

Et il y en a du monde sous ce soleil, ça parle, ça rit, ça mange, ça boit, ça se déplace pas mal, car c'est un resto de spécialités à volonté.

Nous nous asseyons tous à la table, commandons à la dame des apéros, des sirops, des olives, et nous commençons (continuons) de parler et de rigoler. Charly s'en donne à cœur joie, moi de même qui ne suis jamais le dernier, et près de moi Joëlle s'appuie et me prend la main. Je la lui soulève et la porte à mes lèvres. Elle respire le bonheur, là, ici, près des amis, de son mari et de ses petites qui foutent le souk (c'est approprié) ; Jo, le mari, les calme gentiment. Quant à Alan, près de Mary, sa mère, il fait du pouce sur son cellulaire interøndes en se marrant avec son pote qui fait de même. Mary les bouscule de l'épaule en riant.

Après quelques coups, quelques rasades, et déjà bien trop d'olives ingurgitées, au regard du festin qui nous attend, il va falloir se lever pour aller couscousser tajiner corne-gazeller au buffet... Mais c'est sans compter sur Charly... qui nous fout soudainement la honte...

Se glissant des doigts dans la bouche, il balance un grand coup de sifflet sonore qui retentit dans le restaurant. Toutes les conversations cessent d'un coup, et tous se retournent vers nous. Joëlle pouffe, Mary secoue la tête d'un air de dire « Il est fou, mon mec », moi je suis gêné. Mon regard balaie la salle.. Je tombe sur cet ancien, amusé, en train discuter avec des proches, assis dans un recoin semblant propre à la direction. C'est l'ex-patron, à ce qu'on m'a dit, puisque maintenant c'est le fils qui a repris. Je lui trouve comme un air de déjà-vu. Et je tombe sur cette table de douze, ou treize, je ne sais pas exactement, que des hommes, avec celui du centre, rayonnant, avec ses cheveux longs et une barbe ! Il nous fixe avec un petit sourire. Pas le temps de m'attarder, que Charly balance un second coup de sifflet, en direction de cet espace ouvert, près d'un des buffets de victuailles, accolé au mur, d'où entrent et sortent les personnels pour les bons soins du service. Dans le passage, de trois quarts dos, un homme...

… Qui se tourne vers nous et met en marche... De moyenne taille ++, le cheveu court, mâle velu, le regard noir terriblement expressif, son sourire d'enfer, ses dents du bonheur, ses yeux s'inondant maintenant de larmes de Méditerranée, il se rapproche... Je... ! Oui mais quoi, je !?... Complètement ailleurs, je ne sais où, certainement là, la respiration irrégulière, des gouttes de pluie intérieure plein les yeux, je me lève, chancelant, faisant des efforts pour honorer ma position debout, et surtout la leur... Il se rapproche, s'approche... Je tiens debout. Joëlle se lève, tout près. Et aussi Charly. Nous nous prenons tous les trois par les épaules... dans l'attente imminente... D'jamal vient alors s'épauler s'enserrer à nous,en quatrième. Nous bouclons le cercle, soudés, fronts contre fronts... avec venant s'accoler derrière nous, Mary, Samira la femme enceinte de d'Jam, Jo, les enfants,... et nous pleurons et nous rions...

« L'impossible c'était d'en revenir entier | Avec une langue pour parler, une bouche pour chanter | Des lèvres pour embrasser | Des oreilles pour écouter, des yeux pour voir | Des jambes pour danser, des mains pour caresser | Des bras pour construire, une tête pour rêver | Un cœur pour aimer… | Nous parlerons, nous tous | Nous chanterons, nous danserons | Nous travaillerons, nous dormirons, nous rêverons, nous espèrerons, nous aimerons, nous vivrons… | Nous aurons fait l'impossible… »



Citation de fin | D'après le texte d'Emmanuel Courcol, scénariste cinéaste du film 'Cessez le feu', 2016 |

REMERCIEMENTS

Il m'aura fallu cinq ans pour venir à bout de ce livre, au bout de ce livre. Il m'a fallu tout ce temps parce que je ne parvenais pas à durablement me concentrer sur ces épisodes de vie que je décrivais. J'écrivais sur de la 'Matière vivante', si je puis dire : ces résidents, mes collègues, moi, et ça me demandait des efforts pour peindre, au petit pinceau, toujours au millimètre, des faits et des états d'esprit, au détail près. Très souvent j'en ressortais fatigué, physiquement et moralement. Mais j'ai fini par venir à bout de ce livre, au bout de ce livre, ce dont je ne doutais pas, parce que je savais que j'en avais l'obligation et que j'en aurai la ténacité. Désormais, voilà c'est fait.

J'aimerais maintenant faire des remerciements...

Je remercie mon épouse Gény qui m'a dit, alors que j'étais las de mon ancienne vie, que j'avais largué mes affaires, mon affaire, et que j'avais envie de me reposer l'esprit : « Et pourquoi n'enverrais-tu pas une demande d'emploi à un centre d'accueil de personnes handicapées. Je suis certaine que ta personnalité pourrait les intéresser. » Ce que j'ai fait.

Sur ce, je remercie ces deux personnes qui m'ont recruté : lui, le cadre socio-éducatif, Yohann ; et elle, la directrice, Nathalie.

Je remercie toutes mes charmantes et charmants collègues avec qui j'ai travaillé.

Et je remercie SURTOUT, toutes les résidentes et résidents dont j'ai eu à m'occuper... et qui, à leur manière, se sont bien occupés à faire de moi un être meilleur.

JeFpissard

GRATUIT, LE TOUR DU RACISME EN 80 TEXTES

Des Auteurs Du Monde Contre Le Racisme

couverture du livre GRATUIT, LE TOUR DU RACISME EN 80 TEXTES


 
LE TOUR DU RACISME EN 80 TEXTES
connus, inconnus, inédits, écrits pour la circonstance
 
 
 Texte 80 
- Il y a cinq continents.
- Je ne suis pas doué.
- Pour quoi ?
- Pour les divisions.
Eugène Guillevic, poète breton, 1907-1997. Il signa tous ses textes de son seul nom. Sympathisant communiste depuis la guerre d’Espagne, il participa ensuite à la Résistance et fut membre du Parti communiste français. Dans ces textes il ne cessa de protester contre tout ce qui avilit l’homme et exprima l’espoir d’un monde meilleur.
 
 Texte 79 
Un jour en noir.
Ce matin, quand il m’a regardé,
j’ai vu à quel point j’étais noir,
sans que je puisse entrevoir
une raison précise à cela.
Mais toute la journée je me suis senti noir et misérable.
Il n’y avait aucun doute :
ce que j’ai senti le matin en sortant de chez moi
est resté toute la journée sur mon visage.
Son regard a réussi à me remplir de rage et de honte ;
la journée fut rien moins que sinistre,
Demain je trouverai le mot,
pour lui rendre la pareille.
Raymond Patterson. Né à New York en 1929, il a étudié à en Pennsylvanie, à New York et est devenu professeur d’anglais. Il a écrit des poèmes et des nouvelles évoquant souvent le sort des Noirs aux États-Unis. Celui-ci a été écrit en 1958. (Traduction de Gilles Manceron, New sun of poetry from the negro world).
 
Texte 78 
Au loin.
J’ai regardé au loin
J’ai vu quelque chose qui bougeait
Je me suis approché
J’ai vu un animal
Je me suis encore approché
J’ai vu un homme
Je me suis encore approché
Et j’ai vu que c’était mon frère.
↪|Proverbe tibétain. Le Tibet est le plateau habité le plus élevé du monde, avec 4 900 m d’altitude moyenne. Sa superficie est d’une à deux fois la France selon qu’il en soit de la Région autonome du Tibet ou du 'Tibet historique' ou 'Grand Tibet'. La capitale historique qui, traditionnellement, concentre l’autorité religieuse et temporelle du Tibet, est Lhassa. Les Tibétains sont 6 millions en République populaire de Chine, parlent un des trois dialectes du Tibet, une langue de la famille tibéto-birmane, et pratiquent majoritairement le bouddhisme tibétain.

 Texte 77 
– Tu sais quelle est la meilleure chose au monde ?
– C’est laquelle, ma tante ?
– Devine…
– La femme… ?
– Non.
– La cachaça*… ? (eau-de-vie)
– Non.
– La feijoada**… ? (plat brésilien)
– Tu ne sais pas ce que c’est… ?
– … C’est le cheval. S’il n’y avait pas le cheval, le Blanc monterait le Noir.
 
Jorge Amado, 1912-2001. Extrait de son roman 'Suor' publié en 1934. Le style lapidaire et dépouillé de la prose de cet écrivain brésilien est proche de la poésie. (Traduction de Alice Raillard. Suor).
 
 Texte 76
Quand ils sont venus
chercher les communistes
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas communiste
Quand ils sont venus
chercher les syndicalistes
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas syndicaliste
Quand ils sont venus
chercher les juifs
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas juif
Quand ils sont venus
chercher les catholiques
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas catholique
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour
protester.
Martin Niemöller. Ce poème, écrit à Dachau, est attribué à Martin Niemöller, 1892-1984. Emil Gustav Friedrich Martin Niemöller est un pasteur théologien allemand, créateur de l’Église confessante.
 
Texte 75
Partout des ponts.
Pour creuser un fossé suffit la force
Lancer un pont est un vrai travail d’amour,
de patience et de volonté.
Il faut de nouveaux ponts de mots
pour traverser les couleurs de la peau,
les intérêts, les désirs divergents.
Des ponts solides pour franchir
les fleuves de la méfiance séculaire,
les vallées de la peur, de l’égoïsme,
les abimes des préjugés.
Des ponts aussi
pour rendre visite aux voisins
se promener ensemble à la belle saison.
Pour l’amitié. Pour le dialogue.
Des ponts,
partout des ponts.
 
Armand Monjo, 1913-1998, est combattant de la résistance dans les maquis pendant la guerre. Il devient professeur d’italien à Paris, traduit de nombreux poètes italiens et publie une anthologie remarquée de la poésie italienne. Humaniste engagé, hédoniste, il transcrit dans sa poésie une grande fraternité. Sa poésie, subtile et pleine de saveurs est porteuse d’espoir. On dit de lui qu’il est 'un inlassable colporteur de lumière'.
 
  Texte 74 
L’autre.
L’autre, la femme ou l’homme, de la même espèce que moi, et pourtant différent, comment le regarder ? Comment me comporter face à lui ?
Si je vois en lui un ennemi qui me menace, qui me fait peur, je ne songe qu’à me défendre contre lui, et pour mieux me défendre, à l’attaquer. C’est cela le racisme.
Si je vois en lui un obstacle qui gêne ma progression, je ne cherche qu’à le dépasser, à l’éliminer. C’est cela la compétition qui transforme la vie de chacun en une suite de batailles parfois gagnées, en guerre toujours perdue.
Pour être réaliste, je dois voir en l’autre une source qui contribuera à ma propre construction. Car je suis les liens que je tisse ; me priver d’échanges c’est m’appauvrir. Le comprendre c’est participer à l’Humanitude.
La poésie est le plus mystérieux et parfois le plus efficace moyen d’échange. Les poèmes sont des sources convergentes apportant au lecteur la douceur de l’eau et la violence du torrent.
 
Albert Jacquard, 1925-2013, est un chercheur et essayiste français. Spécialiste de génétique des populations, il a été directeur de recherches à l’Institut national d’études démographiques et membre du Comité consultatif national d’éthique.
 
  Texte 73   
Le racisme expliqué aux lecteurs du journal Le Monde.
Au commencement, la xénophobie : l’étranger n’est pas accepté. On ne donne pas forcément de raisons. On parle à la rigueur d’incompatibilité ; on invoque le 'seuil de tolérance'. En fait, on se sent menacé dans son petit bonheur, car on s’est installé dans un territoire de certitudes. À l’ouverture sur les autres, on préfère la méfiance. Cette hostilité à tout ce qui vient de l’étranger, quand elle est exaspérée, devient de la haine, l’ignorance et le manque d’information aidant. Le glissement vers le racisme affiché, vers le 'racisme militant', se fait aisément en des moments de crise socioéconomique et politique.
L’autre devient l’indésirable parce qu’il a le tort de renvoyer à la société où il est de passage une image où elle ne se reconnait pas. Le Noir aux États-Unis est l’image qui indispose une mentalité satisfaite et encombrée de préjugés. C’est une question de couleur de peau, de faciès ; une question d’apparence. L’autre est refoulé sur simple présentation de son visage. Tout l’irrationnel du racisme est là : la haine de l’Autre à partir d’une question d’épiderme.
Tahar Benjelloun, 'La xénophobie', dans Le Monde, Dossier et documents, 1978. Tahar Ben Jelloun est un écrivain, poète et peintre franco marocain, né le 1er décembre 1944 ou 1947 ou 1949, à Fès au Maroc. Il a été récompensé du prix Goncourt 1987 pour son roman 'La Nuit Sacrée'.
 
  Texte 72  
De quelle couleur sont les Blancs ?
Je le vois : blanc !
Le professeur Brunet me dit
Qu’il n’en a pas toujours été ainsi.
Qu’il trouva au Tchad le premier hominidé,
Ce préhumain qu’il appela Toumaï,
Notre ancêtre de 7 millions d’années.
Que le tout premier homme moderne exhumé
Était d’Ethiopie et vieux de 200 000 ans.
Il s’agit de l’Omo1, l’Africain premier,
Qui vécut sur site et se mit en mouvement.
Il y a 100 000 ans,
Il entra en Palestine et au Yémen,
En Israël, au Japon, en Asie entière.
En Afrique de l’Ouest, de l’autre côté,
Le Noir de taille plus petite, le Pygmée,
Gagna le Brésil par les courants d’Atlantique.
Et peupla de ses premiers hommes l’Amérique.
Il y a de 50 à 65 000 ans.
Il y a 50 000 ans,
l’Africain prolongea d’Asie en Australie,
À lui les iles Pacifique et Hawaï.
Enfin, il y a 40 000 ans,
Il entra en Europe depuis l’Asie,
Voilà, me dit Brunet,
Comment par des Noirs le monde a été peuplé,
Et cela pendant des milliers d’années,
Comment sont nés l’homme multicouleurs, le Blanc…
Ç’a commencé il y a 7 700 ans.
C’est la mélanine qui s’est mise au boulot, < br/> Selon l’ardeur du soleil pour teinter les peaux.
Alors, finalement,
De quelle couleur suis-je et sont les Blancs ?
À mon avis :
Nous sommes des Noirs qui avons blanchis.
 
JeF Pissard est un écrivain de France et de Navarre, né à Poitiers en 1954 ; il réside à Pau. De nouveaux ouvrages sont à son actif depuis 1987, année de son entrée en livres. Il est aussi éditeur numérique des Éditions Jerkbook Art et Essai/e. Il y publie notamment l’un de ses livres dont il a la préférence : 'Je t’aime Dieu non plus' sous-titré '70, Les turbulences d’une époque en province'.
 
Texte 71
POÈME 1 de David Pascaud ; à venir.
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
etc...
David Pascaud est un écrivain français, né à Châtellerault en 1971. Il a étudié l’histoire aux universités de Poitiers et de Iaroslavl en Russie. Enseignant d’histoire-géographie à Poitiers, il se passionne pour la littérature et les arts visuels. Son premier livre roman 'Araldus', paru aux Éditions Jerkbook Art et Essai/e, narrant la vie d’un petit seigneur de l’an 1000, fondateur de la ville de Châtellerault, connait un vif succès.
 
Texte 70
Évolution.
Du temps où nous vivions au fond des océans
les petits se faisaient dévorer par les grands.
Aujourd’hui que nous vivons sur terre
(parfois même un peu plus haut)
avec difficulté nous apprenons
à nous débarrasser des habitudes anciennes.
 
 Francis Combes, né en 1953 à Marvejols en Lozère, est un poète et éditeur français.
 
  Texte 69
Grand Dieu !,
Nulle, ta teinte noire sur l’homme, mon p’tit Dieu !
Après quelques siècles d’usage,
Sur de ces humains, taillant la route en voyages,
Elle a viré, par déficience de lumière,
Au rouge jaune blanc, créant le binz sur Terre.
Fils, t’aurait dû prendre de la Tollens,
La peinture qui tient en toutes circonstances !,
Nom de Dieu de Grand Dieu !!!
 
JeF Pissard, 'Réprimande là-haut', est un écrivain de France et de Navarre, né à Poitiers en 1954 ; il réside à Pau. De nouveaux ouvrages sont à son actif depuis 1987, année de son entrée en livres. Il est aussi éditeur numérique des Éditions Jerkbook Art et Essai/e. Il y publie notamment l’un de ses livres empreint d’humour sur les relations homme femme : 'L’Éducation conjugale'.
 
Texte 68
Blanc sans 'N'
Ça fait Blac !
Comme quoi sans Haine
On est tous égaux !!!
 
Anonyme. Nous avons trouvé ce court texte subtil sur Internet. Qui en est l’auteur ? Mystère et boule de gomme. En tout cas, chapeau ! Si c’est vous, faites-le savoir, sans déc'.
 
Texte 67 
Le capitaine Jonathan,
Étant âgé de dix-huit ans,
Capture un jour un pélican
Dans une ile d’Extrême-Orient.
Le pélican de Jonathan,
Au matin, pond un œuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.
Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un œuf tout blanc
D’où sort, inévitablement,
Un autre qui en fait autant.
Cela peut durer très longtemps
Si l’on ne fait pas d’omelette avant.
 
Robert Desnos est un poète français, 1900-1945, mort du typhus au camp de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, à peine libéré du joug de l’Allemagne nazie.
 
Texte 66
L’Étranger.
– Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ?
Ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est
resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh ! Qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas…
là-bas… les merveilleux nuages !
 
Charles Baudelaire, poète français magnifique, né et mort à Paris, 1821-1867.  
 
 Texte 65
Chanson pie.
Il était noir,
Elle était blanche,
L’amour chantait malgré la loi
Sur la porte de leurs cinq doigts.
Mais une blanche
Vaut deux noires
Pour qui connait bien la musique,
L’histoire et la métaphysique.
À mort le Noir !
À mort la Blanche !
Du goudron pour qu’on la tartine !
Lui, roulez-le dans la farine…
Elle devint noire,
Il devint blanc.
Et ils trouvèrent que c’était mieux
Tandis qu’on les jetait au feu…
Il était noir,
Elle était blanche…
Que voulez-vous que je vous dise ?
Il n’en resta que cendre grise. Il était noir,
Elle était blanche…
Pourquoi voulaient-ils, elle et lui,
Mélanger le jour et la nuit ?
Hervé Bazin est un écrivain et romancier français, 1911-1996. Surtout connu pour ses romans, il a également publié de nombreux poèmes. Celui-ci a été mis en musique par Van Parys et chanté par Mouloudji.

Texte 64
Allez allez
Ne ramenez pas tant votre science,
Tout le monde ne peut pas tuer tout le monde,
Croyez-en ma vieille expérience.
Alors,
Tout saccagé qu'il est,
Le Grand Bal du Printemps
Peut-être
Ne fait que commencer
Jacques Prévert est un poète, scénariste, parolier et artiste français, 1900-1977. Il devint populaire grâce à son langage familier et à ses jeux sur les mots. Il écrivit 'Étranges étrangers' au sortir de la Seconde Guerre mondiale, époque où la France recourait à une main-d'œuvre étrangère après avoir utilisé les 'cobayes des colonies' comme soldats et où déferlait une vague xénophobe.

Texte 63
Invictus Dans les ténèbres qui m'enserrent, Noires comme un puits où l'on se noie, Je rends grâce aux dieux, quels qu'ils soient, Pour mon âme invincible et fière. Dans de cruelles circonstances, Je n'ai ni gémi ni pleuré, Meurtri par cette existence. Je suis debout, bien que blessé. En ce lieu de colère et de pleurs, Se profile l'ombre de la Mort. Je ne sais ce que me réserve le sort, Mais je suis, et je resterai sans peur. Aussi étroit soit le chemin, Nombreux, les châtiments infâmes, Je suis le maitre de mon destin, Je suis le capitaine de mon âme.William Ernest Henley est un poète, critique littéraire et éditeur britannique, 1849-1903. Il est principalement connu pour son poème 'Invictus'. C'est le poème préféré de Nelson Mandela.

Texte 62
Apartheid.
Je vous comprends si bien, mes frères  
Dans les méandres de l’Histoire,
Tant d’hommes se sont fait la guerre,
Pour un caillou.…Un peu de gloire.…
Vous avez cru à l’Amérique,
Champs de coton où vos peaux noires,
Dans ce pays démocratique,
Avaient le ton du désespoir.
Dans vos églises pathétiques,
Où vous chantiez, on pouvait voir
Oui, même là, dans vos musiques,
Des notes blanches et des noires.
Si vous avez vécu l’enfer
Les troquets blancs…les regards noirs…
Sachez bien qu’au vent du désert,
La poudre est blanche et l’or est noir
Dans cet univers utopique,
Vous trouverez, j’ose le croire,
Un fétu d’amour authentique
Qui consolera vos mémoires.
Cypora Sebagh. Nous savons d'elle qu'elle est née en 1957. Elle publie sa poésie sur les sites Internet. Cypora Sebagh, si vous vous remarquez ici, faites signe et dites-en plus sur vous.

 Texte 61
Un musulman, un chrétien, un juif et un athée entrent dans un café.…
Ils s'assoient ensemble, discutent, rient et deviennent potes.
Ce n'est pas une blague.
C'est ce qui arrive quand on n'est pas un imbécile
Anonyme. Poème libre, anonyme, remarqué sur Internet. Si l'auteur se remarque ici, sérieusement, qu'il se fasse connaitre pour la rédaction de quelques lignes de présentation. 
 
  ▶ Texte 60
« Je sais que je suis raciste, peut-être même envers plusieurs groupes. Je le regrette ; je préfèrerais dire que je ne suis pas d’accord avec certains groupes et, pourtant, il m’arrive d’avoir des accès jubilatoires quand des ennuis arrivent à un des groupes vis-à-vis desquels je me considère raciste. Je sais aussi que je ne voterais jamais pour un parti, nationaliste par exemple, qui aurait le moindre relent raciste. Je suis contre le racisme. Je sais encore que je ne suis pas excentrique ; je me considère dans la moyenne des gens. Je suis également un scientifique et non un rêveur. Mes convictions que le racisme est quasi universel sont donc basées sur une interprétation de recherches fiables et cohérentes. Cette interprétation n’est pas farfelue, même si nombre de collègues ne l’acceptent pas publiquement. Comme mes collègues, j’espère la disparition du racisme, mais nous différons sur les moyens à employer. J’écris ce livre avec la conviction que les conséquences les plus néfastes du racisme disparaitront ou diminueront si l’on accepte tout d’abord ce côté nauséabond de notre personne. Se battre contre ce que l’on ignore ou occulte est totalement vain. Améliorer ses faiblesses commande qu’à tout le moins on soit conscient de ses déficiences ».
 
Jacques-Philippe Leyens. Extrait de 'Sommes-nous tous racistes, psychologie des racismes ordinaires'. Jacques Philippe Leyens, 1942-2017, a été professeur émérite à L’Université Catholique de Louvain, en Belgique. Il a reçu, en 2002, la plus grande distinction européenne en psychologie sociale, le prix Henri Tajfel, pour la qualité de ses travaux. Il a beaucoup publié.

 Texte 59
Le racisme.
Le racisme est aussi dévastateur qu’un séisme,
Il se propage à la vitesse du guépard,
Et quand il vous pique avec son dard,
Ça fait mal et l’on est triste,
Puis après, on suit sa piste.
On fouille, on regarde, et quand on l’a trouvé,
On va vers lui et avant qu’il puisse frapper,
On lui parle, on essaye de lui expliquer,
Qu’au lieu de vouloir dire inégalité,
Sa définition pourrait être tendresse et amitié.
Mais s’il ne désire pas changer,
Alors tant pis pour lui, il sera capturé,
Car il exprime la terreur, et beaucoup en ont peur.
Il a l’apparence d’un méchant, d’un bagarreur,
Qui n’arrivera peut-être jamais à calmer sa fureur.
Mais heureusement, il y a les hommes de bien,
Qui prennent toujours le dessus,
Quand ils arrivent, c’est bientôt la fin.
Je sais qu’avec eux, je ne serai jamais déçu,
Mais pour le moment, on ne les a pas beaucoup vus.
 
Anonyme. Poème, empreint de fraicheur, remarqué sur Internet. Si le poète, au féminin ou au masculin, de ce texte, reconnait ses vers, qu’il se fasse connaitre, que nous célébrions son nom.
 
Texte 58  
Besoin de scotch.
Donnez-moi un petit bout de scotch,
Pour recoller les morceaux de mon cœur.
Donnez-moi un grand coup de scotch,
Pour anesthésier le tourment de mon cœur.
Ô doux leurre de l’amour fraternel,
Sempiternel.
Leur désamour me scotche.
Qu’on me redonne du scotch !
 
JeF Pissard est un écrivain de France et de Navarre, né à Poitiers en 1954 il réside à Pau. De nouveaux ouvrages sont à son actif depuis 1987, année de son entrée en livres. Il est aussi éditeur numérique des Éditions Jerkbook Art et Essai/e. Il y publie notamment l'un de ses livres dont il a la préférence 'Je t’aime Dieu non plus' sous-titré '70, Les turbulences d’une époque en province'.
 
 Texte 57
Les Noirs dans la société médiévale.
Le racisme anti-Noir au sens moderne du terme est inconnu au Moyen Âge. Il n'y a pas assez de gens de couleur en Europe pour que les blancs les perçoivent comme une menace. Les Noirs sont simplement une partie de la race humaine, qui souffrent, pèchent et, comme tout le monde, ont besoin d'un rédempteur . A la fin du Moyen Âge, des Noirs sont canonisés et la convention veut qu'il y ait toujours un Noir parmi les rois mages. Par ailleurs, le noir est l'attribut le plus courant pour désigner le mal et il est très souvent associé à Satan, ce qui n'équivaut pas à démoniser les Noirs mais ne joue à priori pas en leur faveur. Pour cette même raison, les bourreaux et les tortionnaires sont souvent représentés avec des hommes de couleur noire.
Association historique du Temple de Paris.

  Texte 56
Cher frère blanc,
Quand je suis né, j’étais noir,
Quand j’ai grandi, j’étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.
Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.
Alors, de nous deux,
Qui est l’homme de couleur ?
>
Léopold Sédar Senghor, 1906-2001, est un poète, écrivain, homme d'État français, puis sénégalais et premier président de la République du Sénégal (1960-1980) et il fut aussi le premier Africain à siéger à l'Académie française. Il a également été ministre en France avant l'indépendance de son pays.

  Texte 55
Ah bon, je suis noire ?!   
Pendant longtemps, je n'ai pas vraiment su que j'étais noire. Je sais, c'est étrange de dire cela   quand on me voit, c'est évident. Mais je me souviens qu'enfant, je répondais aux personnes qui me disaient noire   «Mais non, je suis marron et toi, t'es beige   Tout le monde croit que le racisme est un truc de méchant, une idée si grossière, si haineuse que personne n'est dupe quand elle se manifeste. Pourtant, le racisme le plus diffus et le mieux accepté se niche dans notre quotidien et s'exprime à travers les situations les plus ordinaires.
Rokhaya Diallo, née en 1978 à Paris, est une militante associative française, journaliste, réalisatrice et écrivain dont l'action s'inscrit dans la lutte contre le racisme, 'les préjugés ethno-raciaux' et contre la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises. Elle est l'auteure de plusieurs essais, comme 'Racisme : mode d'emploi', 'Comment parler de la laïcité aux enfants'. Elle a aussi réalisé plusieurs documentaires parmi lesquels 'Les Marches de la liberté' ou 'De Paris à Ferguson : coupables d'être noirs'.

Texte 54
Dans la peau d'un Noir.
[ Un écrivain s'’st transformé en Noir, le temps d’une expérience dans le sud des Etats-Unis.
« Je pris Chartres Street, dans le quartier français, et me dirigeai vers Brennan'’, un des restaurants réputés de la Nouvelle-Orléans. Dans un moment de distraction, je m'arrêtai pour compulser le menu qui était artistiquement mis en évidence dans la devanture. Je lisais, sachant que quelques jours auparavant j'aurais pu entrer et commander tous les plats que j'aurais voulus. Mais maintenant, tout en étant la même personne, avec le même appétit et les mêmes goûts et jusqu'au même portefeuille, aucun pouvoir au monde ne pouvait me faire entrer dans cet endroit et y prendre un repas. Je me souvins d'avoir entendu un Noir dire   « Vous pouvez vivre ici toute votre vie, mais vous n'entrerez jamais dans un des grands restaurants, sauf comme garçon de cuisine   C'est monnaie courante pour un Noir de rêver de choses dont il n'est séparé que par une porte, sachant qu'il ne les connaitra jamais. Je déchiffrai le menu avec attention, oubliant qu'un Noir ne fait pas une chose pareille. C'est trop poignant, comme le petit garçon les yeux écarquillés devant la vitrine du confiseur. Cela pourrait impressionner les touristes. Je levai les yeux pour voir les froncements de sourcils désapprobateurs qui peuvent tout exprimer sans que l’on ait besoin de paroles. Les Noirs apprennent à connaitre par cœur ce silencieux langage. Grâce au regard désapprobateur et irrité de l'Homme blanc, il sait qu’il sait qu'il doit passer son chemin, qu'il a dépassé la mesure.
John-oward Griffin, 1920-1980, est un journaliste et écrivain américain, réputé pour son combat contre les discriminations raciales dans son pays. Il s'est surtout illustré avec son livre 'Dans la peau d'un Noir', écrit à la suite de son expérience de la ségrégation raciale dans le sud des États-Unis en 1959. Pour cet ouvrage il a reçu le prix 'Saturday Review Anisfield Wolf' en 1962.

  Texte 53
Étranger,
Ton Christ est juif
Ta voiture est japonaise
Ta pizza est italienne
Et ton couscous est algérien
Ta démocratie est grecque
Ton café est brésilien
Ta montre est suisse
Ta chemise est indienne
Ta radio est coréenne
Tes vacances sont turques,
Tunisiennes ou marocaines
Tes chiffres sont arabes
Ton écriture est latine<
Et... tu reproches à ton voisin
D'être étranger  ? 
Jules Beaucarne, est un artiste belge né en 1936 à Bruxelles. C'est un poète, conteur, écrivain, sculpteur, comédien, chanteur, chantant en français et en wallon. 
 
Texte 52
Banzaï !
Pour combattre le racisme,
Fais-toi PANDA
Il est blanc,
Il est noir,
Il est asiatique,
Et il est gros !!
 
Anonyme (arrangé JeF Pissard)
 
  Texte 51
Le petit lapin noir.
II est tout malheureux, le petit lapin noir
Que sa blanche maman, ce soir, a rejeté
De la communauté.
Pas de lapin noir
Chez les lapins blancs,
C’est clair, mon enfant ?
Bonsoir !
Et on lui claque au nez la porte.
Il est jeune, il fait froid, qu’importe.
Rien ne sert ici d’insister,
II faut patte blanche montrer.
Alors, le petit lapin noir,
Dans un extrême désespoir,
Mais n’ayant pas de carabine,
Va se noyer dans la farine.
La neige, en rafale, soudain,
Hélas, lui bloque le chemin
Du moulin.
Quel destin,
Dieu, quel destin, petit lapin !
Lors, toute la nuit, il attend,
Et le lendemain, au matin,
Quand sa maman le voit dans son beau manteau blanc
Et qu’il n’est plus question de le laisser dehors,
Le petit lapin noir, vraiment, est bien content,
Bien que mort.
 
Michel Deville. Né en 1931 à Boulogne-sur-Mer, Michel Deville est connu avant tout en tant que cinéaste, pour les comédies qu’il a réalisées au cinéma comme 'Adorable menteuse', avec Marina Vlady (1963). Mais il a aussi publié des recueils de poèmes : 'Poèmes zinopinés' (1972), 'Poèmes zinadvertants' (1982) et 'Poèmes zimpromptus' (1985).
 
 Texte 50 
L’homme qui te ressemble.
J’ai frappé à ta porte,
J’ai frappé à ton cœur,
Pour avoir bon lit,
Pour avoir bon feu,
Pourquoi me repousser ?
Ouvre-moi mon frère !….
Pourquoi me demander
Si je suis d’Afrique,
Si je suis d’Amérique,
Si je suis d’Asie,
Si je suis d’Europe ?
Ouvre-moi mon frère !….
Pourquoi me demander
La longueur de mon nez,
L’épaisseur de ma bouche,
La couleur de ma peau,
Et le nom de mes dieux ?
Ouvre-moi mon frère !….
Je ne suis pas un noir,
Je ne suis pas un rouge,
Je ne suis pas un jaune,
Je ne suis pas un blanc,
Mais je ne suis qu’un homme.
Ouvre-moi mon frère !
 
René Philombé, nom de plume de Philippe-Louis Ombedé, 1930-2001 est un écrivain, journaliste, poète, romancier et dramaturge camerounais ayant écrit surtout en français.
 
  Texte 49 
Texte Amérindien.
« Il parait qu’autrefois nous étions civilisés et instruits…
Nous savions parler aux arbres et à toutes les plantes, au peuple ailé,
Aux quadrupèdes, aux êtres rampants, aux mammifères et au peuple des poissons.
De plus, nous étions capables de communiquer entre nous…
Nous formions un seul et même esprit.
C’est ce qu’on appelle être civilisé, ou instruit.
Et puis nous nous sommes éloignés de cette connaissance
Pour devenir ce que nous sommes… »
 
Black Elk, en français Wapiti Noir, 1863-1950, est un docteur et homme sacré de la tribu des indiens Lakotas. Il fut un petit-cousin du célèbre chef indien Crazy Horse.
 
 Texte 48
Le sang.
« Oui, il existe plusieurs groupes sanguins différents : ils sont au nombre de quatre, A, B, O et AB. Le groupe O est donneur universel. Le groupe AB est receveur universel. Cela n’a rien à voir avec une question de supériorité ou d’infertilité. Les différences sont dans la culture – la langue, les coutumes, les rites, la cuisine, etc. Souviens-toi c’est Tam, l’amie vietnamienne de ta maman, qui lui a donné du sang, alors que ta maman est marocaine. Elles ont le même groupe sanguin. Et pourtant elles sont de cultures différentes et n’ont pas la même couleur de peau. »
 
Tahar Benjelloum, Le racisme expliqué à ma fille (Maroc). Tahar Ben Jelloun est un écrivain, poète et peintre franco marocain, né le 1er décembre 1944 ou 1947 ou 1949, à Fès au Maroc. Il a été récompensé du prix Goncourt 1987 pour son roman 'La Nuit Sacrée'.
 
  Texte 47
Portrait de l’autre.
L’Autre :
Celui d’en face, ou d’à côté,
Qui parle une autre langue
Qui a une autre couleur,
Et même une autre odeur
Si on cherche bien…
L’Autre :
Celui qui ne porte pas l’uniforme
Des bien élevés,
Ni les idées
Des bien-pensant,
Qui n’a pas peur d’avouer
Qu’il a peur…
L’Autre :
Celui à qui tu ne donnerais pas trois sous
Des-fois-qu’il-irait-les-boire,
Celui qui ne lit pas les mêmes bibles,
Qui n’apprend pas les mêmes refrains…
L’Autre :
N’est pas nécessairement menteur, hypocrite,
Vaniteux, égoïste, ambitieux, jaloux, lâche,
Cynique, grossier, sale, cruel…
Puisque, pour Lui, l’AUTRE…
C’est Toi
 
Robert Gélis est un poète, conteur et nouvelliste français né en 1938. Il a publié des recueils de poésies : 'Poèmes à tu et à toi', 'En faisant des galipoètes'… et des contes 'Histoires et contes du loup-phoque'… d’humour et d’humanité.
 
  Texte 46
Je veux être raciste !
| Texte ironique |
Ça doit être génial d’être raciste. Franchement, j’aimerais bien l’être. Je rigole pas. Parce que quand t’es raciste, tu sais toujours qui est le coupable et pourquoi se fatiguer à chercher, ce sont toujours les mêmes.
Quand t’es raciste, tu te sens super intelligent car tu trouves des solutions super-simples aux problèmes complexes. Yaka couler les bateaux, tous les renvoyer chez eux, interdire l’Islam au nom de la liberté d’expression. Et zou, c’est réglé. Ô toi le raciste, comme je t’envie tes belles évidences tranquilles alors que je gaspille mon temps à douter de tout.
Quand t’es raciste, tu trouves le moyen d’avoir raison chaque jour. T’es un peu déçu quand c’est un belge-catho-blanc qui a braqué Mémé, mais tu trouves vite une occasion de te consoler.
Quand t’es raciste, t’es un vrai résistant et ceux qui pensent pas comme toi sont soit des bisounours soit des bobos, soit des collabos, alors que toi, tu es extra-fort et puissant. Y a plus qu’à passer à l’action.
Quand t’es raciste, tu es un homme, un vrai, parce que tu sais ce qu’il faut faire alors que les hommes politiques n’ont pas de couilles. Et puis quand t’es raciste, t’es aussi voyant extra lucide car tu connais l’avenir de l’Europe si ON ne fait rien très vite. Alors que moi, j’arrive pas à prédire le temps qu’il fera demain même après avoir lu la météo.
Ce qui est formidable dans la vie d’un raciste, c’est que tu peux être à la fois raciste et victime du racisme. Rien ne t’empêche de faire partie d’une minorité et d’en maudire une autre. Qu’est-ce que ça doit défouler.
Quand t’es raciste, tu connais pas la honte car tu dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Et c’est là qu’on voit que t’es vraiment costaud, parce que moi, je sais pas ce que les autres pensent et j’aimerais bien avoir aussi ce super pouvoir.
Quand t’es raciste, tu dois jamais te poser les questions qui font mal vu que quand quelque chose va de travers, c’est forcément quelqu’un d’autre qui doit changer et pas toi. Ça, ce sont de vraies vacances.
Et puis t’es pas raciste, t’es islamophobe et ça c’est plus fort que fort. Parce qu’une phobie, c’est une névrose caractérisée par une peur irraisonnée et incontrôlable d’un danger inexistant. Je t’envie trop parce que moi, mes désordres mentaux, je fais tout ce que je peux pour pas trop les montrer alors que toi tu réussis à en faire un drapeau.
Quand t’es raciste, la vie est simple parce que tu peux mettre tous les groupes dans le même sac sans te sentir affreusement con alors que moi, dès que je fais une simple généralité je me trouve débile.
Aidez-moi les gars, je cherche un groupe ethnique à haïr. Ouvert à toute proposition. Et si toi aussi, tu voudrais devenir raciste mais que tu y arrives pas, partage !
 
Philippe Dylewski. Il semble que Philippe Dyleswski soit un directeur d’agence de détective privé, s’adonnant à l’écriture.
 
Texte 45 
Dupont !
C’est pas parce que tu as trois ou
Quatre générations en tout
Bien empilées dans ta valise,
Bien tatouées sous ta chemise,
C’est pas parce que tu t’appelles Dupont
Que tu en as plus dans le pantalon…
Moi, j’en connais des Arturo,
Des Isaac, des Hidalgo,
Des petits Français de gouttière,
Des gentils gaulois de barrière
Qui te valent, pauvre franchouillot !
C’est bien parce que je m’appelais Tachdjian
Que cet enfoiré d’enseignant
M’a fait rerépéter mon nom
En travers, en large et en long,
J’avais onze ans, c’était la nuit,
J’y repense encore aujourd’hui…
Je le jure sur toutes vos races,
Je vous jure que c’est dégueulasse, < br/> Je souhaite à cet instituteur
Que sa fille perde sa candeur
Avec le nègre d’en face !
Si tu savais comme je serais bien,
En plus d’être un peu arménien,
Si j’étais également arabe,
Juif allemand avec une barbe,
Enfin bref un de ces métèques
Qui te piquent ta femme et ton steak…
Dors tranquille, mon pauvre Dupont,
Sur tes deux oreilles, sur ton nom,
Personne ne songe vraiment
À t’arracher les ongles et les dents
À part ton vieil ami Durand !
 
Henri Tachan, dit Henri Tachan, né en 1939 à Moulins, est un auteur-compositeur-interprète français.
 
Texte 44
Ce n’est qu’au jeu de cartes
Que les couleurs m’importent.
Ou au jardin
Pour commenter les parfums.
Ou avec mes chats
Pour commenter leurs noms.
Avec les humains
Je suis daltonien.
 
Michel Besnier est un poète et romancier français né à Cherbourg en 1945.
 
Texte 43 
Pas raciste, la mort !
Après cinq minutes, l’encéphale dégénère.
Relâchement des muscles et des sphincters,
Provoquant l’excrétion de l’urine et des matières.
Le corps encore tiède est d’une cireuse pâleur.
Il devient rigide au bout de cinq heures.
Des taches rouges apparaissent après vingt-quatre heures.
Le corps ne cesse de se putrifier et d’exhaler.
La peau devient parchemin sur les os, prête à crever.
Les ongles, les poils, les cheveux, finissent par tomber.
Les organes se délitent en ketchup mayo, en interne,
Remplissant un temps le crâne, le thorax, l’abdomen.
Plus de cœur en six mois, et plus de foie en trois semaines.
Les graisses glissent et pendent sur les bords de la bière.
Les liquides corporels et leurs sels vont à la terre.
Cinq mille litres de gaz emplissent l’atmosphère.
Le corps n’est plus qu’un squelette au bout d’un an,
Auquel tiennent encore des bribes de ligaments.
La désunion des os demande, elle, quatre à cinq ans.
Voilà, oui je sais, c’est ragoutant.
Mais c’est le lot de la mort qui prend le même temps,
Pour les Noirs, les Rouges, les Jaunes, les Blancs.
Alors raciste, la mort ! ? Ah ça non !
 
JeF Pissard est un écrivain de France et de Navarre, né à Poitiers en 1954 ; il réside à Pau. De nouveaux ouvrages sont à son actif depuis 1987, année de son entrée en livres. Il est aussi éditeur numérique des Éditions Jerkbook Art et Essai/e. Il y publie notamment l’un de ses livres dont il a la préférence : 'Je t’aime Dieu non plus' sous-titré '70, Les turbulences d’une époque en province'.
 
Texte 42 
Ils m’ont traité de Nègre | De Chinetoque | De Toubab | De Bougnoule | De singe | De Niakh | Ils disent que les Noirs sentent fort | Ont un gros nez | Sont sales | Ils disent aussi que les Métis ne sont ni de vrais blancs ni de vrais noirs | Que les Arabes sont des voleurs et des paresseux | Que les Asiatiques se ressemblent tous | Que les Blancs ne se lavent pas | Parce que je m'exprime bien de français, j'ai la peau claire et les traits fins, les gens ne me croient pas africaine | Parce que nous sommes des jeunes de couleur, les gens ne nous pensent pas dignes de confiance | Parce que je suis marocain, et moi sénégalaise, les gens ne comprennent pas pourquoi on est amis. Pourtant l'amitié n'a pas de frontière | Parce que l'amour est universel, il ne devrait pas avoir de couleurs | En 2013, la France, la Jordanie et l'Inde figurent sur la liste des pays les plus intolérants. Mis à part ça, nous avons déjà été tous témoins d'un acte de racisme. Ainsi pour la trente-sixième semaine de la lutte contre le racisme et les discriminations, je vous invite tous à travailler ensemble pour changer les mentalités et ainsi construire un monde meilleur sans discriminations. Le racisme vient de l'ignorance Unissons-nous contre le racisme.
 
Retranscription des dialogues du clip 'Tous contre le racisme', diffusé sur Youtube par Aimnshoot Films 2015. Avec la participation de Alioune Sanogo, Chloé Seonyoung Jang, Meganne Visette, Rim Chebab, Aude Émilie Homawoo, Carl Ametepe, Dalila Yaro, Kevyn Bele-Binda, Jessica Angui, Pearl Andrieu, Karma Aboukheir, Alysée Bouchet, Naomie Mandilou, Khalil Séré, Omar Ledjiar, Ngouille Yabsa Ndiaye, William Bansah, Barbara Vivet, Jean-Marie Mousenga.
 
Texte 41 
Aux Martiens !
Dis, sont-ils verts ?
Espérons qu’ils soient verts.
Qu’ils laissent entrer les navigants de la Terre
Pour qu’ils exploitent leurs terres.
Nous allons reconquérir.
Et ils vont souffrir.
Nous allons être sur leurs dos.
Nous ne leur ferons pas de cadeaux.
Attention, les Martiens !
Attention aux Terriens !
Ils l’ont déjà fait !
 
Neoo3 (retouché JeF Pissard). Neoo3 est un poète moderne du Net. Il publie des texte sur Internet sans qu’on ne sache qui il ou elle est vraiment.
 
Texte 40  
Je vois des gouttes sur la fenêtre,
Chacune n’en fait qu’à sa tête,
Si différentes mais pourtant si similaires,
Est-ce que sur Terre, il y a six mille airs ?
Mais chez toi qu’est-ce qui te gêne ?
Pourtant je respire le même oxygène,
Est-ce que moi ça me gêne que nos ADN
Partagent les mêmes gênes ?
Non, mais moi ça me gêne
Que d’autres comme toi partagent cette gêne.
Cœur, poumons, pieds, notre anatomie est la même.
Est-ce que de l’arc-en-ciel, les couleurs
Se demandent qui est la reine ?
Alors pourquoi penses-tu être supérieur
Parce que nos couleurs ne sont pas les mêmes ?
 
Yung Malick (légèrement retouché JeF Pissard. Yung Malick est un jeune réalisateur africain. Il fait aussi parfois dans la poésie. Témoin, ce texte trouvé sur Internet.
 
Texte 39
« L’intelligence prend fin où commence le racisme. Le racisme, c’est le vers qui ronge le fruit de l’intelligence, la rouille qui corrode et détruit la dignité de la personne. Le raciste, fait de peur et d’ignorance, traumatisé par le manque d’intelligence et d’estime de soi, et nourri par la haine de l’autre du fait d’un complexe d’infériorité profond et incoercible, est à la fois le danger et la victime : un danger pour les autres (l’enfer virtuel, ce n’est pas l’autre, c’est le racisme) et une victime de lui-même. Une victime qui devient le bourreau de l’autre. Prisonnier de ses préjugés, phobies et contradictions, le raciste n’aime pas la liberté car la liberté, c’est la diversité, la pluralité d’être et de choisir. Lui aussi – né du métissage d’un homme et d’une femme – a peur de choisir parmi la diversité des options, critères et modèles tout comme l’effraient la cohabitation, la communication et le rapport individuel aux autres. Devoir reconnaitre les différences l’angoisse tout comme le métissage – pureté ô combien audacieuse – l’épouvante. »
« Il y a certaines perversions de l’intelligence et de la société humaines contre lesquelles il est inutile de lutter ouvertement. La seule action positive est d’éduquer les enfants de telle manière que ces perversions leur paraissent inacceptables les moindres égarements. De toutes ces perversions, le racisme est sans doute la plus répugnante. »
 
Manuel-Martin Ramirez, textes déclaratifs. Manuel-Martin Ramirez, le président de l’association 'Presencia Gitana', à Madrid.
 
Texte 38  
Le racisme semble d’abord se caractériser par une antipathie accrue, une sensation de compétition plus violente entre mâles de race différente ; mais il a pour corolaire une augmentation du désir pour les femelles de l’autre race. Le véritable enjeu de la lutte raciale n’est ni économique, ni culturel, il est biologique et brutal : c’est la compétition pour le vagin des jeunes femmes. »
 
Michel Houellebecq, 'Plaforme', monologue de Robert le vieux raciste. Michel Houellebecq, né Michel Thomas à la Réunion, en 1956 (acte de naissance), ou en 1958 (selon lui), est un écrivain français. Poète, essayiste, romancier et réalisateur, il est l’un des auteurs contemporains de langue française les plus connus et traduits dans le monde. Il a reçu le prix Goncourt 2010 pour son livre 'La carte et le territoire'. Il a fait quelques apparitions remarquées en tant qu’acteur.
 
Texte 37 
[ … ]
Je te forcerai à te rendre !
Je brandirai l’étendard de nos différences,
Briserai la prison de tes obsessions,
Déchirerai les livres des interdits.
Ce sera le début de l’exil,
Vers ton avenir.
Je t’apprendrai les couleurs,
Du sang qui coule dans les cœurs,
La musique des amours cachés,
La beauté d’un échange,
Le temps d’un mélange !
Tu t’effondreras dans mes bras,
Me suppliera de toute refaire,
Pour effacer la honte,
D’avoir été inférieur à,
Toi-même !!!
 
Mick-Jhon (légèrement retouché JeF Pissard). Mick-Jhon publie des textes poétiques sur Internet.
 
Texte 36 
Humain à l’eau !
Moi humain Papou,
Primaire et pas vous ?
Si évoluer c’est ça,
Moi j’évolue pas pour un sou.
Moi parler des glaciers,
Si coulés, moi fâché,
Je saurai où te chercher
Quand comme moi tu seras perché.
Mais oui, retiens-moi bien,
Piercing tout comme les tiens,
Le même trou qu’à la couche d’ozone,
Je te le ferai, à l’étui pénien.
Mais vole, vole, voyage,
Fais-les tes reportages,
Mais pot de colle,
Crache loin dans votre bol de potage.
Dans votre monde de gotha,
Moi ? Je n’en voulais pas,
Évidemment que tu crois,
Mais on se tait quand on ne sait pas
Ta bouche, gros bêta,
Écoute, la nature est là
Ne vous étonnez pas,
Ça pue le coup d'État.
Humain à l’eau !
Humain à l’eau !
Mais petit modernisé,
Pourquoi tu me parles mal ?
Je respecte les Pygmées,
Donc respecte les Maassaï,
Je respecte ton terrier,
Respecte mes terres,
Je respecte les insectes,
Donc respecte les mammifères.
Je te l’explique encore,
Moi devoir définir,
Toi pas comprendre, < br/> Pas parler ou plutôt réfléchir ?
Le pauvre il faut l’aider,
Son pote il faut l’aider donc,
Déléguer au délégué,
Qui délèguera au délégué.
Imbécile, tais-le !
Même si, tais-le !
Trop risqué d’être écouté,
Même à telle, telle ou telle heure.
C’est un euphémisme,
Oui, je t’idéalise,
Et la culture de la bêtise
De ça, oui, je suis raciste.
Humain à l’eau !
Humain à l’eau !
Ça fait quatre fois que 'ton hélico passe,
Et tout le village a les boules,
Passez, passe, mais faites gaffe,
Si un jour il s’écroule.
Y’a pas de gang ou de police,
Nan, ce n’est pas la zone ici,
Les jaguars ne roulent pas,
Chez moi c’est l’Amazonie,
Ou c’était, pour ce qu’il en reste.
Mais garde-les tes arbustes,
Touche encore un poil à ma forêt,
Ton pénis, j’en ferai des buches,
Toi et toutes tes perruches,
Tes Christophe Colombus.
Trop tard pour les excuses,
Au nom du déluge,
3G, 4G ou déchet,
Oubliez G8, G20 ou j’ai chié,
Et j’ai bien caché.
Vous décidez de ça à notre insu,
Moi aussi j’aurais aimé être entendu,
Donc arrêtez de suite,
Vous êtes stupides ou quoi ?
Les études ne donnent aucune science infuse.
Humain à l’eau !
Humain à l’eau !
Humain à l’eau !
Humain à l’eau !
 
Stromae. Paul Van Haver, dit Stromae ou Paul, né en 1985 à Etterbeek, est un auteur-compositeur-interprète et producteur belge de hip-hop, de musique électronique et de chanson française originaire de Laeken, à Bruxelles.
 
Texte 35 
Quand le sang de tes veines
Retournera à la mer,
Et que la terre de tes os
Retournera dans le sol,
Alors peut-être
Te rappelleras-tu
Que cette terre
Ne t’appartient pas,
Mais que c’est toi
Qui appartient
À cette terre.
 
Inconnu. Poème indien.
 
Texte 34 
Ici,
Des pavillons,
Des pommes argentées.
Là-bas,
Des cases,
Des calbasses.
Ici,
Le froid,
La pluie.
Là-bas,
Le chaud,
Le soleil.
Ici,
Un bateau à moteur.
Là-bas,
Une pirogue à pagaies.
Ici,
Une forêt polluée.
Là-bas,
Une savane ensoleillée.
Ici,
Un cœur joyeux.
Là-bas,
Des gens heureux.
 
Cassandra Drouin est une poétesse du Net.
 
  Texte 33 
Ne décline pas de nom,
Pedigree,
Et curriculum vitae,
Ton pays,
Tes convictions,
Tes goûts et tes malheurs.
Si tu oses me dire
Que tu es un homme,
Viens t’assoir
Près de mon cœur,
Tout à droite.
 
 Malick Fall, 1920-1978, est un poète sénégalais, enseignant de formation. Il a été en service au ministère de l’information avant de devenir ambassadeur du Sénégal au Maroc, en Éthiopie, en Tunisie. Avant de faire paraitre son remarquable livre 'La plaie', il avait publié en 1964 un recueil de poèmes intitulé 'Reliefs'.
 
 Texte 32 
Va à l’étranger comme chez ton ami,
Et chez ton ami comme à l’étranger.
Depuis longtemps nos langues nous séparent,
Malgré les montagnes,
Les plaines,
Les rivières,
Que nous avons grimpées,
Traversées,
Longées.
Depuis longtemps nos dieux nous séparent,
Malgré le désert,
Le ciel,
La mer,
Que nous avons priés.
Le pommier est-il l’étranger du pin ?
L’oranger, celui du chêne ?
Le reflet du peuplier dans la rivière de Castille,
Est-il plus clair que celui du bouleau,
Dans un lac de Finlande ?
La neige qui tombe à Odense,
Au Danemark,
Le jour de Noël,
Est-elle plus blanche,
Que celle qui tombe des rêves du Touareg,
À Bamako,
Le jour de L’Aïd ?
La lune que je contemple ce soir,
Dans l’hémisphère nord,
Est-elle plus ronde,
Que celle qu’on ne voit pas ce soir,
Dans l’hémisphère sud ?
Depuis longtemps nos langues nous attirent,
Grâce aux pains,
Aux chants,
Que nous partageons,
Autour de la même table.
Et la main qui m’ouvre le chemin,
Dans ce pays où je me perds,
M’est plus proche,
Que celle qui menace,
Dans mon pays où l’on se perd,
Dès que de l’autre côté de la route,
Qui relie nos villages,
Nos quartiers,
Dans notre ville,
De notre pays,
Ils font de l’inconnu,
Un étranger.
Yvon Le Men, est un poète et écrivain français, né en 1953 en Bretagne. Son œuvre poétique comporte plus d’une trentaine d’ouvrages.
 
Texte 31 
Suis-je ou ne suis-je pas aux yeux de ces gens-là ?
Qu’ai-je fait pour être tant détesté/e ?
Qu’ai-je fait pour être tant rejeté/e ?
Suis-je ou ne suis-je pas aux yeux de ces gens-là ?
Ont-ils peur de mes idées ?
Ont-ils peur de partager ?
Ont-ils peur d’échanger ?
Ont-ils peur de la richesse ?
Est-ce là, vraiment un signe de sagesse ?
Suis-je ou ne suis-je pas aux yeux de ces gens-là ?
De mon corps, ils ne voient que les décors.
Pour eux, je suis : une religion, une nation, une couleur, et puis un pays !
Pourquoi me rejeter alors que j’ai tant à donner ?
Suis-je ou ne suis-je pas aux yeux de ces gens-là ?
 
Samira, 12 ans, 1er (exæquo) prix concours de poésie de Bruxelles. Une des belles découvertes textuelles sur Internet. Le titre du poème est 'Pourquoi le racisme ?'. Nous n’en savons pas plus sur ce concours et sur cette jeune et talentueuse Samira. En tout cas, grand bravo !
 
 Nous progressons, de texte en poésie, dans le déroulé de notre compilation titrée 'LE TOUR DU RACISME EN 80 TEXTES'. Et, AVERTISSEMENT !, nous nous sommes posé la question de savoir s’il fallait publier ici, un texte raciste d’une grande violence pour montrer de quoi il peut être question ! ? Vraiment !!! Nous allons donc en publier un, en début de la seconde partie, à suivre, de notre compilation. Il s’agit d’un texte d’un chef nazi pendant la dernière guerre mondiale. Attention, il est glaçant !!!